‹ Cours de physique (volume 2)Chapitre 112 sur 113 · TIMBRE. — THÉORIE DE LA CONSONNANCE · texte numérisé non relu

TIMBRE. — THÉORIE DE LA CONSONNANCE

Les Pythagoriciens, que leurs mesures avaient amenés intuitivement à ce fait, le rattachaient à leur grande loi de Tharmonie universelle.

Partant de ce principe que « Tâme par sa nature aime en même temps et les perceptions simples parce qu'elles ne la fatiguent point et les perceptions variées parce qu'elles lui épargnent l'ennui de l'uniformité », Sauveur (*) expliquait le charme des accords par les coïncidences des pulsations à intervalles réguliers et très courts. Aux coïncidences se produisant toutes les vibrations, toutes les deux vibrations, toutes les trois vibrations, correspondent l'unisson, l'octave, la douzième ou la quinte. Quand les rencontres n'ont lieu que toutes les cinq ou six vibrations, comme dans les tierces, les perceptions sont moins simples, mais cependant encore agréables à cause de leur variété. Au delà, elles cessent de plaire. A plus forte raison, les battements sont-ils désagréables. « On trouve en effet que les accords dont on peut entendre les battements sont justement ceux que les musiciens traitent de consonnances et que ceux dont les battements se font sentir sont les dissonances; quand un accord est dissonance dans une certaine octave et consonnance dans une autre, c'est qu'il bat dans l'une et ne bat pas dans l'autre. » D'ailleurs, le terme de l'agrément des accords serait moins fixé par la nature que par l'usage, ce qui rendrait compte de la divergence des goûts musicaux chez les différents peuples.

Quelques-unes de ces idées se retrouveront dans la théorie métaphysique d'Euler (*) : « la consonnance est la sensation agréable résultant de la perception de l'ordre sans fatigue de l'esprit » ; d'autres, dans la théorie physique de M. von Helmholtz; tandis que le principe de la coïncidence des pulsations est peut-être trop délaissé.

Nousmentionneronsencore la théoriede Rameau ('').Selonrillustre musicien dijonnais, la consonnance s'explique par la propriété que possèdent naturellement les corps d'émettre, outre le son fondamental, toute une série d'harmoniques, propriété qu'il appelle la

(*) Sauveur, Mémoires de V Académie; 1700.

(2) EUI.ER, Mémoires de V Académie; 1740.

(3) Rameau, Nouveau système de musique Ihéorétique. Paris; 1726; et Démonstration du principe de l harmonie, Paris; 1750. Voir aussi cI'Alembert, Eléments de musique suivant les principes de Rameau, Lyon; 1762.

ViOLLB, Cours de physique. — ïl. 20*

résonnance multiple. L'octave n'étant d'ailleurs qu'une réplique^ Toreille rabaisse d'elle-même les harmoniques au degré voulu pour les consonnances. Sans doute, l'explication est insuffisante ; mais Rameau a posé un principe exact en affirmant le rôle capital des harmoniques dans les accords.

Théorie de M. von Helmholtz, — La théorie de M. vonHelmholtz s'appuie sur ce fait que les battements déterminent dans certains nerfs auditifs une excitation intermittente, désagréable comme toutes les excitations du même genre (lumière papillotante, grattements, etc.). D'après M. von Helmholtz.le summum du désagrément correspond à 33 battements par seconde : telle est la discordance aigre et sifflante produite par le concours de 513495''* et de «^4 Sifr^. Au delà de i32, les battements cessent d'être perceptibles : la quinte ut^Q.6\^^ — sol^Zf^^^ est parfaitement consonnante. La quarte 1/^3264'* — /a3 352'^*(différence %9r) accuse déjà un commencement de dureté qui s'accentue dans les tierces ut^ 264""* — mi^ 33o''* (dififérence 66'*^) et 1^/3264^*— mi3t3o8^* (différence 44'*). Dans les octaves graves, les tierces deviendront de vraies dissonances. Toutefois, suivant M. von Helmholtz, la netteté des battements et par suite la dureté de l'intervalle ne dépend pas seulement de la différence absolue des nombres de vibrations; elle tient au^i au rapport de ces nombres, autrement dit à la grandeur de l'intervalle. Ainsi

le demi- ton 51*3495"* — «^4528^*

le ton 1/^3264 — re3 297,

la tierce mineure mijifiS — 50/3198,

la tierce majeure ut.^iZi — migiôS,

la quarte sol^ 99 — ut.^i'ii,

la quinte , . ut^ 66 -:- 50 /^ 99,

qui donnent tous 33 battements, sont d'une dureté manifestement décroissante. On comprend en effet que si deux sons se trouvent suffisamment éloignés dans l'échelle musicale, les fibres auditives simultanément ébranlées par ces deux sons vibrent trop faiblement pour que les battements soient encore appréciables. Jusqu'ici nous avons supposé les deux sons concomitants

Page 1