PROPRIÉTÉS GÉNÉRALES. — COMPRBSSIBILITÉ. DIVISIBILITÉ
redevenant numériquement la même quand la température et la pression reprennent respectivement leurs valeurs primitives, pourvu toutefois que Teffort exercé n'ait pas été trop énergique. La propriété que possède tout corps de céder plus ou moins à une force extérieure et, une fois déformé, de tendre à reprendre sa forme première se nomme V élasticité. On appelle plus particulièrement dilatabilité la propriété de changer de volume sous Faction de la chaleur.
121. Divisibilité. — Tous les corps peuvent être divisés en parties dont la petitesse défie complètement nos mesures. Un morceau de musc qui répand dans un appartement des parcelles odorantes sans cesse renouvelées, n'aura cependant après des années éprouvé qu'une
perte de poids insimifiante. n de milliîrramme de chlorure
de sodium suffit pour colorer en jaune la tlamme du gaz d'éclairage (Kirchhoff et Bunsen). La rosaniline communique une coloration sensible à loooooooo de fois son poids d'alcool (llofmann). Mais ce qui confond surtout notre esprit, c'est la ténuité des éléments anatomiques qu'il faut admettre dans les plus petits êtres perceptibles au microscope. Que peuvent être ces éléments chez des infusoires longs à peine d'un micron et qui cependant ont une nutrition et une circulation ?
De ce que la matière est ainsi réellement divisible à un point extrême, devons-nous conclure qu'elle est divisible à l'infini (*)? Rien ne nous y autorise; et, quand Anaxagore de Clazomène (450 av. J.-G.) enseignait la divisibilité indéfinie de la matière en se fondant sur ce que les parties d'un corps si petites qu'elles soient sont identiques à ce corps et par conséquent divisibles comme lui, il s'appuyait sur une affirmation absolument gratuite. A celte doctrine de Vhomœomérie (ôijloToç semblable, ixipoç partie) ou de r homogénéité {b\t,6<; semblable, yévoç race) se rallièrent Platon et Aristote, ainsi que les Néoplatoniciens de l'école d'Alexandrie et plus tard les écoles du moyen âge où Aristote régnait
(*) VoirWuRTz, La théorie atomique des corps, Paris, Bailliëre, 1879, p. 222; et Dins, Exposé de quelques propriétés générales des corps, Paris, Dunodi 1881, p. 455.
sans rival. Ce fut la même idée qui, dans la fameuse querelle dti yide et du plein, guida Descartes loi*squ'il remplit tout l'espace d'une matière continue, siège de ses fameux tourbillons : de la continuité il concluait la divisibilité indéfinie. La même conclusion découle encore de Thypothèse dynamique mise en avant par les philosophes allemands au commencement de ce siècle : Kant et Schelling par des voies diverses arrivent également à proclamer la matière continue et par conséquent divisible à Tinfini; et de nos jours sir William Thomson a proposé un mode de conception de Tunivers assez semblable à l'ancienne idée des tourbillons de Descartes, mais perfectionnée et appuyée sur des faits et qui nous ramène ainsi à l'antique et séduisante hypothèse de l'unité de la matière (*).
En opposition à la doctrine de l'homogénéité se présente la doctrine des atomes, imaginée par Leucippe (500 av. J.-C.) et développée par Démocrite d'Âbdère. Suivant les philosophes de cette école, les corps sont composés d'une multitude de particules très petites^ indivisibles, indestructibles, impénétrables, isolées dans le vide, et en
(*) Tout le monde connaît les couronnes que certains fumeurs savent lancer avec la fumée de leur pipe ou qui se produisent quand une bulle d'hydrogène phosphore crève à la surface de Teau. Pour les produire régulièrement, on remplit de fumée une boUe fermée d*un côté pai* une membrane de caoutchouc et percée d'un petit trou dans la face opposée : un coup sec frappé sur la membrane lance une couronne à travers l'ouverture. Dans ces couronnes tout est mouvement : les particules de fumée roulent sur elles-mêmes et autour de Taxe circulaire de la couronne, le mouvement sur chaque section droite à l'intérieur de l'anneau étant de même sens que le mouvement de translation. Mais ce qu'il faut remarquer, c'est que les particules sont indissolublement liées les unes aux autres et ne peuvent plus se séparer, ainsi que M. Helmholtz l'a démontré analytiquement. L'expérience vérifie assez bien ces propriétés sur les tourbillons de fumée se propageant dans l'air, malgré la viscosité du milieu ; leur forme d'équilibre est le cercle; dérangés, ils y reviennent en oscillant. Si on essaie de les couper, ils se détournent ou s'infléchissent sans se laisser entamer. Si deux tourbillons se rencontrent, ils se séparent après le choc, comme deux corps élastiques, en vibrant énergiquement. Un cas curieux est celui de deux tourbillons se suivant parallèlement sur une même trajectoire : celui qui vient le dernier se contracte, accélère sa vitesse, passe à travers le premier qui s'est au contraire ouvert et a ralenti sa marche ; une fois dépassé, celui-ci se serre, se hâte à son tour, et le môme jeu recommence. Ces tourbillons indestructibles et indivisibles sont bien les véritables atomes des chimistes : sir William Thomson propose de regarder l'univers comme constitué par de tels tourbillons insécables, indestructibles, vibrant au sein d'un fluide parfait, avec une masse et suivant une période déterminées pour chacun d'eux.
perpétuel mouyement. La théorie atomique se répandit rapidement: nous la re trouvons deux cents ans après adoptée par Epicure, et deux siècles encore plus tard chantée par Lucrèce dans son poème célèbre De natura rerum. Gassendi la soutint énergiquement contre Descartes, tandis que Newton l'appelait à son aide pour sortir de rimpasse où Tayait acculé son calcul de la vitesse du son dans Tair. Enfin est venue la chimie moderne, apportant maint argument indirect en faveur de Texistence des atomes; et aujourd'hui il parait difficile de ne pas admettre Tatome, quelque idée d'ailleurs que Ton puisse s'en former. Cependant l'atome n'est après tout et ne sera jamais qu'une hypothèse. Heureusement cette hypothèse n'a pour nous qu'une valeur spéculative : la physique ne considère que la molécule ; l'atome est du domaine de la chimie.
122. Constitution de la matière. — La nécessité de la molécule résulte de l'impénétrabilité unie à la déformabilité. Gomment en effet concevoir la coexistence de ces deux propriétés autrement qu'en regardant les corps comme formés de moiéculeSy c'est-à-dire de portions extrêmement petites, si ténues qu'elles échappent au microscope le plus puissant, mais néanmoins finies, et séparées par des intervalles appréciables, ou pores moléculaires (*) ? La notion des molécules n'est donc pas à proprement parler une hypothèse, mais le simple énoncé d'un fait. On ne saurait guère non plus se refuser à croire que ces molécules ne restent point immobiles, mais qu'elles sont animées de mouvements en rapport avec l'état calorifique du corps : les phénomènes de diffusion, d'une part, les effets mécaniques de la cha* leur, d'autre part, attestent ces mouvements intérieurs et en déterminent la grandeur. Enfin, par une conception empruntée à la
(^) Ces pores moléculaires ne sauraient pas plus être montrés que les molécules : en ce sens donc la porosité n'est pas une propriété que Tobservation découvre dans tous les corps. Si au contraire il s'agit des cavités manifestes que présentent un grand nombre de corps, cavités que Ton appelle souvent pores sensibles^ leur existence n'ayant jamais été constatée dans certains corps, le verre par exemple, ne peut pas être considérée comme générale. C'est pourquoi nous n'avons pas fait figurer la porosité parmi les propriétés générales de la matière.
doctrine de la continuité, on se figure les intervalles qui existent entre les molécules comme remplis par un milieu très raréfié, élastique, vibrant, Véther. Cette idée que Ton pourrait faire remonter à Platon et à Aristote et que Descartes a certainement beaucoup contribué à introduire, a reçu des admirables travaux de Fresnel tant de preuves solides que Ton est en droit de dire quHl y a peu de choses actuellement aussi certaines que Texistence de Téther, de ce milieu matériel, inerte, élastique, assez subtil pour pénétrer partout, à Tintérieur des corps comme dans les espaces planétaires et servant d^intermédiaire entre toutes les parties de Tunivers.
En résumé, pour les physiciens d'aujourd'hui, un corps est formé de molécules, séparées par des intervalles remplis d'éther et animées de mouvements au milieu de ce fluide.
La tendance de tout corps déformé à reprendre son volume primitif nous montre en outre à Fintérieur des corps l'existence de forces que nous supposerons appliquées aux molécules, répulsives pour certaines distances, attractives pour d'autres, et devenant rapidement insensibles quand la distance devient appréciable. En ajoutant celte idée des forces moléculaires à la doctrine actuelle sur la constitution de la matière, nous pourrons rendre compte des phénomènes d'élasticité et aussi des caractères correspondant aux différents états des corps.
123. Divers états des corps. — On appelle ainsi trois manières d'être sous lesquelles se présentent les corps et que Ton peut définir de la façon suivante :
A Vétat solide la forme et le volume sont égalemeni; déterminés : à Véiat liquide y il y a encore un volume, mais il n'y a plus de forme propre; h. Vétat gazeux , il n'y a plus ni forme ni volume appartenant au corps.
Dans ces deux derniers états où le corps, se modelant de lui-même sur le vase qui le renferme, est par conséquent éminemment déformable, il prend souvent le nom de fluide. La différence essentielle entre les deux catégories de fluides consiste dans V expansibilité des gaz, c'est-à-dire dans leur tendance à augmenter sans cesse de volume. Une vessie dégonflée et fermée, placée sous le récipient