Structure des corps solides non cristallisés
En dehors de l'état cristallin partait, les corps solides peuvent présenter différents modes de structure plus ou moins nettement définis. Si le corps est formé de cristaux extrêmement petits places bout à bout en longues rangées à peu près parallèles, il offre une structure fibreuse. « 11 est à remarquerque dans lescristaux filiformes constituant ces fibres, les axes cristallographiques suivant lesquels les cristaux s'allongent sont toujours les mêmes pour une même substance et indiquent ainsi, très vraisemblablement, ceux suivant
0) Lavalle, g. R., XXX, 495; i8o3. Voyez aussi Pasteur, Ann, de chim. et de phys. (3), XLIX, 5; <857.
(«) Gernez, Ann. de l'École normale (1) lit, 167 ; ii566; et (2) V, 9 ; 1876.
(*) M. Lecoq de Boisbaudran a même obtenu par ce moyen la cristallisation de corps qui ne cristallisent pas dans les condilions ordinaires.
lesquels la force moléculaire attractive est la plus intense. Dans les cristaux à un axe principal, c'est généralement cet axe qui est celui des fibres (*)• » Ces fibres cristallines peuvent d'ailleurs se rompre soas Taction dé forces extérieures énergiques (chocs) ou constamment répétées (vibrations) : la structure devient alors grenue et la résistance à la rupture a beaucoup diminué.
Pour se rendre un compte exact de la structure vitreuse^ il suffit d'observer quel aspect prennent à la longue le verre et tous les corps analogues : ils perdent leur transparence et deviennent grenus, ils se dévitrifient. Le sucre de pomme se transforme ainsi en quelques jours; Tacide arsénieux vitreux finit par ressenibler à de la porcelaine ; les vieux vitraux des cathédrales sont corn* plètement opaques. Cette dévitrification n'est autre chose qu'une cristallisation, comme on le reconnaît indubitablement par un examen attentif des substances dévitrifiées. Lors de la solidification du verre, les molécules gênées par la viscosité du liquide, saisies en outre souvent par un refroidissement brusque {trempe)^ ne peuvent s'orienter comme le voudraient leurs actions réciproques. La matière refroidie conserve donc l'isotropie que possédait le fluide incandescent : il ne paraît même pas qu'il y ait d'autres solides vraiment isotropes que ceux qui sont ainsi à l'état de fluidité solide (^). Mais dans ces solides les forces intérieures ne sont pas supprimées, et, plus ou moins lentement mais sûrement, elles amènent les molécules à ces positions d'équilibre stable qui caractérisent un édifice cristallin.
Il est cependant des corps qui, même lorsqu'ils prennent l'état solide dans les conditions semblant permettre aux molécules d'obéir librement à leurs tendances naturelles, ne cristallisent jamais. Graham a nommé ces substances des colloïdes (semblables à la colle) : ce sont ou des matières organiques, telles que l'albumine, les gommes, etc., ou même des substances minérales, comme la silice hydratée.
•(^) Mallard, Cours de cristallographie , L Paris, Dunod, 1880. («) Le Roux, C. R., LXIV, i26; 1867.