ARC-EN-CIEL
lées aussi par Buffon : lorsqu'on regarde assez longtemps un objet coloré, placé sur un fond blanc, on aperçoit bientôt cet objet entouré d'une auréole dont la couleur est complémentaire de celle de l'objet. Ce phénomène, connu sous le nom d* auréole accidentelle, se vérifie facilement au moyen d'un pain à cacheter collé sur une feuille de papier blanc.
De nombreux effets de coloration se rattachent aux images et aux auréoles accidentelles; telle est la coloration des ombres. Par exemple, sur un mur blanc, au lever et au coucher du soleil, on observe que les ombres sont vertes si le soleil est rouge, et bleues s'il est orangé.
Lorsqu'on examine successivement plusieurs pièces d'étoffe de même couleur, on remarque que les dernières paraissent d'une mauvaise nuance ; cela est dû à ce que la couleur accidentelle de l'étoffe commençant à se former, la teinte perd de sa vivacité. De même, lorsqu'on imprime de? dessins ou qu'on brode des étoffes sur des fonds colorés, la couleur du dessin est modifiée par la complémentaire de celle du fond, d'où peuvent résulter des effets tout à fait opposés à ceux qu'on voulait obtenir. En général, deux couleurs voisines sontr-elles complémentaires, elles acquièrent l'une et l'autre un plus grand éclat, mais si elles sont de môme teinte, elles s'affaiblissent mutuellement. On conçoit donc combien le phénomène des images accidentelles présente d'applications pour l'assortiment des couleurs dans les teintures, les papiers peints, les tapis, les meubles, dans la toilette même, quoiqu'il soit vrai que le goût ait depuis longtemps devancé les données de la science. Pour plus de détails sur cette matière, on peut consulter l'ouvrage du Contraste des coupleurs, par M. Chevreul , directeur de la fabrique des Gobelins.
300. Aro-en-oîel. — Nous compléterons ce qui précède sur les brillants phénomènes que présentent les couleurs du spectre, en faisant connaître la cause de Varc-enr-ciel ou iris, ce magnifique symbole de réconciliation, dont Dieu dit dans la Genèse : <r Je mettrai mon arc dans les nuées, afin qu'il soit le signe de l'alliance que j'ai faite avec la terre » ; paroles dont un [poëte conserve le souvenir dans les vers suivants :
Sept ralniu cdorét corapotsnt c« porliiiD* ,
Qui , «imiile en Ha codlonn, mui d'na upset migiqoe ,
L'aa'-en-ciel ce se TormaDt que sur les nuées qui se résolvent en pluie et présentant toujours toutes les couleurs du spectre, exactement dans le même ordre, c«la indique évidemment une
Fig Ï0> — Ttaioiit de rue-co-cieL
décomposition de la lumière blanche du soleil par les goutlelettu de pluie. De plus, comme 1 arc-en-ciel n'est visible que pour l'observateur qui, regardant la nuée, tourne le dos au soleil, on en conclut qu'il faut que la lumière, d'abord décomposée à sou entrée dans les gouttes de pluie, soit ensuite réfléchie vers l'observateur. C'est donc à un double effet de réfraction et de réflexion qu'il laul attribuer la formation de l'arc- en -ciel.
Pour interpréter ce double phénomène, reportons- nous à b figure 209, dans laquelle sont représentées, en a et en 6, deui gouttelettes de pluie extrêmement amplifiées par rapport à l'arc dont elles font partie. Le faisc«au de lumière blanche qui tombe sur la gouttelette a, se réfracte et se décompose à sonenU^ dans cette gouttelette, en donnant naissance à sept rayons, rouge, orangé,
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jaune, vert, bleu, indigo et violet (293). Au point a, sur la face postérieure de la gouttelette, une portion de cette lumière réfractée s'échappe et se disperse dans l'atmosphère, sans donner naissance à aucun phénomène particulier; quant à la lumière qui n'est pas sortie de la gouttelette, elle se réfléchit en a, revient en avant, et sort en se réfractant une seconde fois pour parvenir enfin à l'œil de l'observateur, comme le représente la figure.
Une seconde gouttelette c, placée au-dessous de la précédente, produit un effet entièrement semblable; seulement ce n'est pas la même couleur du spectre qu'elle envoie à l'observateur. En effet, les différentes couleurs étant inégalement réfrangibles, les rayons colorés qui sortent d'une môme goutte de pluie sont divergents et, par suite, ne se propagent pas ensemble ; d'où il resuite que chaque goutte n'envoie vers l'observateur qu'une espèce de couleur. Or, d'après le degré de réfrangibilité de chaque rayon du spectre, les gouttelettes placées sur le pourtour extérieur de l'arc n'envoient à l'œil que des rayons rouges; les gouttelettes situées sur le pourtour intérieur, des rayons violets. Les autres couleurs proviennent des gouttelettes intermédiaires.
En résumé, l'arc-en-ciel est la base d'un cône dont l'œil de l'observateur est le sommet; et la surface de ce cône est formée, de l'extérieur à l'intérieur, de sept faisceaux, rouge, orangé, jaune..., correspondant à chacune des bandes du spectre. Plus le soleil est près de l'horizon, plus est grande la partie visible de l'arc-en-ciel; mais à mesure que l'astre s'élève, l'arc diminue, et il disparaît tout à fait lorsque le soleil est élevé de 42 degrés au-dessus de l'horizon. C'est pour cette raison qu'on ne voit jamais d'arc-enciel que le matin et le soir.