Théorie de Newton sur la coloration de* corps opaque
— La décomposition de la lumière blanche par le prisme a conduit Newton à cette conséquence curieuse sur la coloration des corps, que ceux-ci ne sont point colorés par eux-mêmes, n’ont point de couleur propre, mais qu’ils possèdent seulement la propriété de décomposer la lumière blanche qui les éclaire, en réfléchissant inégalement les diverses espèces de lumières dont elle est formée. Par exemple, le vermillon n’est pas rouge en lui-même, il n’ost que doué de la propriété de réfléchir la lumière rouge et d’absorber toutes les autres, ou du moins de ne les réfléchir qu'en proportion beaucoup moindre. De même, les feuilles des plantes ne sont point vertes , elles ont seulement pour la lumière verte un pouvoir réfléchissant beaucoup plus grand que pour les autres lumières. En un mot, les corps ne sont colorés que par la lumière qu’ils réfléchissent. En effet, portez ces mêmes feuilles vertes dans le spectre solaire, au milieu d'une chambre obscure; si vous les placez dans la bande verte, elles paraîtront d’un vert éclatant, beaucoup plus beau que leur couleur naturelle; mais placez-Ies dans la bande rouge, elles paraîtront rouges; dans la bande violette, elles seront violettes. De même, faites passer une rose successivement dans chacune des bandes du spectre, et vous la verrez alternativement rouge, orangée, jaune, verte, bleue, indigo et violette; ce qui prouve bien que la couleur des corps ne leur est pas propre, mais dépend uniquement de l’espèce de lumière que leur constitution moléculaire leur donne la propriété de réfléchir; et encore n’est-ce pas cette lumière réfléchie qui est colorée! Nous disons bien, pour nous conformer au langage ordinaire, le faisceau rouge , le faisceau jaune,... mais ce n’est là qu’une manière de parler. Les différents faisceaux qui composent le spectre ne sont pas plus colorés que ne le sont les corps; seulement, d’après le nombre de vibrations de l’éther correspondant à chacun d’eux, ils possèdent la propriété de faire naître en nous la sensation du rouge, du jaune, etc. En un mot, l’œil juge des couleurs comme