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L’air, sous une très-grande épaisseur, donne une teinte bleuâtre aux objets lointains, ce qui tendrait à prouver que l’air est plus diaphane pour le bleu que pour les autres couleurs du spectre. Cependant, comme il nous transmet sans altération la lumière blanche du soleil, la couleur bleue de la voûte céleste doit plutôt être attribuée aux innombrables réflexions que subit, sur les molécules de l’air, la lumière diffuse renvoyée dans toutes les directions par les objets terrestres.
299. Couleur» complémentaire», image» accidentelle». — Newton
a nommé couleurs complémentaires les couleurs qui par leur mélange forment du blanc. En effet, mélangez, à l’aide d’une lentille biconvexe, toutes les couleurs du spectre, moins le rouge, vous aurez, au lieu de blanc, une teinte vert bleuâtre; puis, réunissez, sur un écran, cette teinte avec le faisceau rouge qui a été isolé, et vous aurez du blanc. Le vert est donc la couleur complémentaire du rouge; de même le bleu est complémentaire de l’orangé, le violet du jaune.
On rencontre des effets de couleurs complémentaires dans plusieurs expériences curieuses. Far exemple, collez sur un fond noir un objet coloré, un pain h cacheter, je suppose, regardez-le fixement quelques minutes, jusqu’à ce que la vue soit fatiguée; puis dirigez aussitôt les veux sur une feuille de papier blanc, vous verrez alors une image dé même forme que l'objet, mais colorée d’une couleur complémentaire; c’est-à-dire que si le pain à cacheter est rouge, son image est verte ; s’il est orangé, elle est bleue, et ainsi de suite. De même, si on contemple fixement le soleil couchant , qui est rouge, et qu’cnsuile on regarde un mur blanc, on voit un disque vert intense qui persiste quelques instants, puis 1 image rouge reparaît; une seconde image verte lui succède, et ainsi do suite un assez grand nombre de fois jusqu'à ce que toute apparition s’évanouisse.
Ces images qui persistent ainsi après qu’on a contemple pendant un certain temps un objet, et qui ont pour caractère de présenter les couleurs complémentaires de celles de cet objet, ont ele signalées pour la première fois par Buffon, qui leur a donné le nom d 'images accidentelles.
11 est encore un autre exemple de couleurs accidentelles signa-
AKC-EN-CIE L.
lées aussi par Buffon : lorsqu’on regarde assez longtemps un objet coloré, placé sur un fond blanc, on aperçoit bientôt cet objet entouré d’une auréole dont la couleur est complémentaire de celle de l’objet. Co phénomène, connu sous le nom A' auréole accidentelle , se vérifie facilement au moyen d’un pain à cacheter collé sur unu feuille de papier blanc.
De nombreux effets de coloration se rattachent aux images et aux auréoles accidentelles; telle est la coloration des ombres. Par exemple, sur un mur blanc, au lever et au coucher du soleil, on observe que les ombres sont vertes si le soleil est rouge, et bleues s’il est orangé.
Lorsqu’on examine successivement plusieurs pièces d’étoffe de même couleur, ou remarque que les dernières paraissent d’une mauvaise nuance ; cela est dû à ce que la couleur accidentelle de l’étoffe commençant à se former, la teinte perd de sa vivacité. De môme, lorsqu’on imprime de? dessins ou qu’on brode des étoffes sur des fonds colorés, la couleur du dessin est modifiée par la complémentaire do celle du fond, d’où pçuvent résulter des effets tout à fait opposés à ceux qu’on voulait obtenir. En général, deux couleurs voisines sont-elles complémentaires, elles acquièrent l’uno et l’autre un plus grand éclat, mais si elles sont de même teinte, elles s’affaiblissent mutuellement. On conçoit donc combien le phénomène des images accidentelles présente d’applications pour l’assortiment des couleurs dans les teintures, les papiers peints, les tapis, les meubles, dans la toilette même, -quoiqu'il soit vrai que le goût ait depuis longtemps devancé les données de la science. Pour plus de détails sur cette matière, on peut consulter l’ouvrage du Contraste des couleurs , par M. Chevreul , directeur do la fabrique des Gobelins.
300. Aro-en-ciel. — Nous compléterons ce qui précède sur les brillants phénomènes quo présentent les couleurs du spectre, en faisant connaître la cause de Y arc-en-ciel ou iris, ce magnifique symbole de réconciliation, dont Dieu dit dans la Genèse : « Je mettrai mon arc dans les nuées, afin qu’il soit le signe de l’alliance que j’ai faite avec la terre »; paroles dont un poëte conserve le souvenir dans les vers suivants :
Sept rubaus colorés composent ce portique ,
Qui , simple en ses contours, mais d’un aspect magique ,
Semble aui fils de la terre une porte des deux .
L’arc-en-ciel no se formant que sur les nuées qui se résolvent en pluie et présentant toujours toutes les couleurs du spectre, exactement dans le même ordre, cela indique évidemment une
décomposition do la lumière blanche du soleil par les gouttelettes de pluie. De plus, comme l'arc-en-ciel n’est visible que pour l’observateur qui, regardant la nuée, tourne le dos au soleil, on en conclut qu’il faut que la lumière, d’abord décomposée k son entrée dans les gouttes de pluie, soit ensuite réfléchie vers l’observateur. C’est donc à un double effet de réfraction et de réflexion qu’il faut attribuer la formation de l’arc-en-ciel.
Pour interpréter ce double phénomène, reportons-nous à ta figure 209, dans laquelle sont représentées, en a et en 6, deux gouttelettes de pluie extrêmement amplifiées par rapport à l’arc dont elles font partie. Le faisceau de lumière blanche qui tombe sur la gouttelette a, se réfracte et se décompose k son entrée dans cette gouttelette, en donnant naissance k sept rayons, rouge, orangé,
ACHROMATISME.
jaune, vert, bleu, indigo et violet (293). Au pointa, sur la face postérieure de la gouttelette, une portion de cette lumière réfractée s’échappe et se dis|>erse dans l’atmosphère, sans donner naissance à aucun phénomène particulier; quant à la lumière qui n’est pas sortie de la gouttelette, elle se réfléchit en a , revient en avant, et sort en se réfractant une seconde fois pour parvenir enfin à l’œil de l'observateur, comme le représente la figure.
Une seconde gouttelette c, placée au-dessous de la précédente, produit un effet entièrement semblable; seulement ce n’est pas la même couleur du spectre qu’elle envoie à l’observateur. En effet, les différentes couleurs étant inégalement réfrangibles, les rayons colorés qui sortent d'une même goutte de pluie sont divergents et, par suite, no se propagent pas ensemble; d’où il resuite que chaque goutte n'envoie \ors l’observateur qu’une espèce de couleur. Or, d’après le degré de réfrangibilité de chaque rayon du spectre, les gouttelettes placées sur le pourtour extérieur de l’arc n’envoient à l’œil que des rayons rouges; les gouttelettes situées sur le pourtour intérieur, des rayons violets. Les autres couleurs proviennent des gouttelettes intermédiaires.
En résumé, l’arc-en-ciol est la base d’un cône dont l’œil de l'observateur est le sommet; et la surface de ce cône est formée, de l'extérieur à l’intérieur, de sept faisceaux, rouge, orangé, jaune..., correspondant à chacune, des bandes du. spectre. Plus le soleil est. près de l’horizon, plus est grande la partie visible de l’arc-en-ciel; mais à mesure que l'astre s’élève, l’arc diminue, et il disparaît tout à fait lorsque le soleil est élevé de 42 degrés au-dessus de l’horizon. C’est pour cette raison qu’on ne voit jamais d’arc-enciel que le matin et le soir.