ATTRACTION MOLECULAIRE ET PHENOMENES QUI EN DÉPENDENT
57. Cohétion et affinité. — Après avoir fait connaître, sous le nom de gravitation universelle , l'attraction qui existe entre les astres; sous celui de pesanteur, l’attraction que la masse terrestre exerce sur les corps pour les faire tomber, il nous reste à étudier l'attraction qui lie entre elles les dernières molécules des corps (4). Cette force, qui n’agit qu’à des distances infiniment petites, se désigne tantôt sous le nom de cohésion , tantôt sous celui A' affinité.
La cohésion est l’attraction qui s’exerce entre deux molécules d’une même substance, par exemple, entre deux molécules de fer, entre deux molécules de soufre; tandis que V affinité est l'attraction qui lie entre elles deux molécules de substances différentes. Par exemple, l’eau étant formée d’oxygène et d’hydrogène, c'est l’affinité qui unit une molécule d’oxvgène à une ou plusieurs molécules d'hydrogène. De même, le sucre étant composé d’oxygène, d’hydrogène et de carbone, la force en vertu de laquelle ces trois corps se combinent pour former une molécule (le sucre, est encore l’affinité. Cette force, quoique n’agissant que sur les dernières molécules des corps, joue un rôle immense dans la nature, C'est elle, en effet, qui, déterminant la combinaison des corps simples, forme, avec un petit nombre d’entre eux, le nombre immense de produits organiques ou minéraux qui servent à nos usages journaliers; car ces corps sont souvent composés des mêmes substances, et ne diffèrent que par la quantité qu’ils en contiennent. JJn peu plus ou un peu moins do carbone, d’hydrogène ou d’oxygène, suffit pour former des composés entièrement dissemblables.
Quand du sucre ou un sel se dissout dans l’eau, c’est l’affinité mutuelle qui s’exerce entre ces substances et le liquide, qui détermine la dissolution. Lorsque du charbon brûle, c’est l’affinité qui fait que ce corps se combine à l’oxygène de l’air pour donner
\ T T K A C T 1 O N MOLKCULAIHK.
naissance au gaz connu , en chimie , sous le nom d'acide carbonique.
Rii force répulsive que la chaleur fait naître entre les molécules des corps (4) diminue la cohésion; c’est pour cela que, lorsqu’il s’agit de forger les métaux, on commence par les chauffer au rouge, afin de les rendre plus malléables. Quant à l’affinité, tantôt elle s’affaiblit par l’action de la chaleur, tantôt elle augmente. Chauffées fortement, toutes les substances végétales et animales sont décomposées par la chaleur, leurs éléments se séparent, ce qui prouve que l’affinité est vaincue par la force répulsive qui s’exerce entre les molécules. Au contraire, beaucoup de substances qui, comme le carbone et l’oxygène, le soufre et le fer, ne peuvent se combiner à froid, se combinent très-rapidement à chaud, ce qui indique que l’affinité est augmentée, effet qui résulte de ce que la chaleur, en écartant les molécules, diminue la cohésion qui les unit et permet ainsi aux molécules des substances en présence d’obéir plus facilement à leur affinité réciproque.
58. Adhérence. — On appelle adhérence une attraction qui se manifeste entre deux corps lorsque leurs surfaces ont été mises en contact. Par exemple, on a souvent observé que deux glaces super- |>osées. finissent par adhérer tellement qu’on ne peut plus les séparer sans les rompre. C’est là, évidemment, un effet de l’attraction qui s’exerce entre les molécules des deux glaces.
L’adhérence croit avec le degré de poli des surfaces et avec la durée de leur contact; elle est indépendante de l’épaisseur des corps, ce qui montre qu elle- n’agit qu’à de très- petites distances, comme toutes les forces moléculaires. C’est à l’adhérence qu’est due la résistance qu’on éprouve à enlever une planche posée sur l’eau; c’est à la même force qu’est due la difficulté qu’on rencontre à marcher dans une boue grasse. Plongés dans l’eau, dans l’alcool et dans la plupart des liquides, les corps solides en sortent mouillés, c’est-à-dire recouverts d'une couche liquide : c’est l’adhérence qui la soutient.