‹ Cours de physique purement expérimentaleChapitre 18 sur 199 · ATTRACTION MOLÉCULAIRE · texte numérisé non relu

ATTRACTION MOLÉCULAIRE

lorsque celui-ci est du mercure; alors, au lieu de s’élever dans le tube, le liquide s’abaisse, et cela d’autant plus que le tube est plus étroit (fig. 42); enfin, la surface du liquide, qui était concave dans le cas précédent, est maintenant convexe.

Tous ces phénomènes et beaucoup d’autres que nous ne mentionnons pas, ont pour cause l’attraction moléculaire qui s’exerce entre la substance des tubes et le liquide, combinée avec l’attraction des molécules liquides entre elles. C’est aux mêmes forces qu'est due la légère ascension des liquides sur le pourtour intérieur des parois des vases qui les contiennent; par exemple, dans un verre à boire, dans une carafe remplie d’eau.

60. Effet» du» A la capillarité — C’est par un effet de capillarité qûe l'huile s’élève dans les mèches des lampes, et le suif en fusion dans les mèches des chandelles. Les interstices qui existent entre les fibres du coton dont les mèches sont formées, jouent le rôle de petits tubes extrêmement capillaires, dans lesquels a lieu l’ascension. Dans les corps tres-poreux, les pores, en communiquant entre eux, forment comme des séries de petits tubes capillaires qui produisent le mêmeeiret. Par exemple, si vous plongez un morceau de sucre, seulement par sa partie inférieure, dans du café, vous voyez le liquide s’élever rapidement et envahir tout le morceau. Il est même à remarquer que le sucre se dissout alors plus vite que si on l’avait plongé immédiatement dans le café. Cela provient de ce que, dans ce dernier cas, l’air qui remplit les pores, ne pouvant se dégager aussi facilement que lorsque le morceau de sucre n’est qu’en partie immergé , s’oppose à la pénétration du liquide dans la masse du sucre, et en retarde ainsi la dissolution.

61. Absorption et imbibition. — On entend par absorption la pénétration, dans un corps poreux, d’une substance étrangère, solide, liquide ou gazeuse; et par imbibition la pénétration d’un liquide dans un corps solide.

Le charbon a un grand pouvoir absorbant pour les gaz. En effet, si l’on fait passer un charbon incandescent sous une cloche de verre pleine de gaz acide carbonique, et reposant sur un bain de mercure, on voit le volume du gaz diminuer rapidement, et on trouve que la partie qui disparaît, en pénétrant dans le charbon, représente un volume égal à 35 fois celui de ce corps. 11 est même

IM III IUT ION. G"l

des gaz, en chimie, dont le volume ainsi absorbé peut égaler 90 fois celui du charbon.

Dans les végétaux et les animaux, on rencontre constamment des exemples d’absorption : les racines des plantes absorbent du sol l’eau et les autres substances nécessaires à l’accroissement des tiges, des feuilles et des fruits. Chez les animaux, l'absorption joue un rôle important dans la nutrition et dans la respiration. 11 est mémo à observer que les tissus des animaux peuvent absorber aussi des substances solides. Par exemple, dans les arts où les ouvriers ont il manier des sels de plomb ou de mercure, ces métaux sont absorbés peu à peu dans l’économie animale, et y produisent des accidents redoutables qu’on ne peut prévenir avec trop de soin.

62 Effets dus à l’imbibition. — On a vu ci-dessus qu’on entend par imbibition la pénétration d’un liquide dans les pores d’un corps solide. C’est toujours là un effet de capillarité, car les pores, en communiquant entre eux, forment une série de petits tubes très-irréguliers, mais très-fins, dans lesquels les liquides tendent à pénétrer, par la môme raison que l’eau monte, dans les petits tubes de verre, au-dessus de son niveau extérieur. Telle est la cause de l’imbibition de l’eau dans les éponges, dans les bois, dans la terre.

C’est par un effet d’imbibition que le tabac se dessèche promptement dans une tabatière de bois, tandis que dans une tabatière d’or ou d’argent, il se conserve frais, parce que son humidité n’est pas absorbée par le métal.

En s’imbibant dans les matières végétales et animales, l’eau en augmente le volume; de là un grand nombre de phénomènes qui se présentent journellement à notre observation. Par exemple, si, ayant mesuré une feuille de papier un peu grande, on la mouille légèrement, on trouve en la mesurant de nouveau que ses deux dimensions sont notablement augmentées. Cette propriété est utilisée par les dessinateurs pour tendre le papier sur lequel ils veulent dessiner. Ils le mouillent, puis en collent les bords sur une planchette de bois avec de la colle à bouche. En séchant, le papier, qui s’était allongé, se resserre et se tend fortement. C’est par la môme raison que les papiers de tenture de nos appartements, après avoir été collés sur toile, le long des murailles, se tendent quelquefois jusqu’à se déchirer.

ATTRACTION MOLECULAIRE.

Dans les arts, pour courber une pièce de bois, on chauffe la face du côté où l’on veut obtenir la courbure, et on mouille la face opposée. Celle-ci s’allongeant par l’effet de l’eau qu’elle absorbe, tandis que l’autre se raccourcit par l’effet de la sécheresse, il en résulte nécessairement une courbure du côté de la face chauffée.

On a déjà vu (11) que c’est à cause des changements de volume qu’elles subissent sous l’influence de l’humidité et de la sécheresse, que les boiseries de nos appartements font souvent entendre des craquements aux changements de temps.

Par l’absorption de l'humidité, les cordes se raccourcissent; par la sécheresse, elles s’allongent. Cela peut paraître opposé à ce que nous disions plus haut en parlant du papier mouillé, mais il est facile d’en donner l’explication. En effet, les cordes étant formées de fibres de chanvre enroulées ensemble, et ces fibres se gonflant par l’absorption de l’eau, la corde devient plus grosse, et par suite chaque fibre doit faire, pour s'enrouler, un circuit plus grand, d’où résulte un raccourcissement de la corde d’autant plus grand qu’elle s’est plus gonflée. C’est par la même raison que les toiles neuves éprouvent un retrait considérable lorsqu’on les mouille pour la première fois.

A ce sujet, on rapporte que le pape Sixte-Quint, voulant faire élever sur une place de Rome un obélisque qu’il avait fait venir d’Égypte, avait arrêté sous peine de mort, de crainte que l’opération ne fût troublée, que les spectateurs observassent le plus profond silence. Or, l’obélisque était au moment d’être dressé sur son piédestal, quand les cordes qui le soutenaient s’allongeant par la traction d'un tel fardeau, l’opération se trouva gravement compromise. Une voix, celle de l’architecte Zapaglia, s’écria alors, du milieu de la foule: « Mouillez les cordes! » On le fit, les cordes se raccourcirent et l’obélisque fut dressé.

Enfin, passant des grandes choses aux petites, disons encore que si les cors aux pieds font souffrir à l’approche des temps de pluie, c’est parce qu’ils se gonflent en absorbant l’humidité de l’air.

Page 1