APPLICATION DE L ’ É L E C T R I CI T Ê
sans mouvement et complètement insensible à la piqûre d’une aiguille, il plaça une petite lame de zinc dans le bec et un fil d’argent dans le rectum, puis établit la communication entre les deux métaux. « Quel fut mon étonnement, écrit-il, lorsqu’au moment du contact, l’oiseau ouvrit les yeux et se redressa sur ses pattes en battant des ailes! Il respira de nouveau pendant six ou huit minutes et expira ensuite tranquillement. »
Cette expérience et beaucoup d’autres prouvent combien l’électricité agit puissamment sur l’économie animale. On a peu essayé d’appliquer cet agent sous la forme de courant continu, comme l’a fait'M. de Humboldt dans l’expérience ci-dessus, mais beaucoup plus sous la forme de courant interrompu, qu’on administre, en général, à l’aide de machines d’induction. Ces machines sont de deux sortes : les unes fonctionnent sans pile , et le courant y est développé par l’induction d’un fort barreau aimanté, qui tourne devant deux bobines de fil de cuivre recouvert de soie et enroulé sur un cylindre de fer doux en fer à cheval, à la manière des électro-aimants. Le fer s’aimantant et se désaimantant à chaque révolution du barreau , il agit par induction sur le fil des bobines, et y développe un courant induit alternativement de sens contraire. Dans les autres machines d’induction, le courant inducteur est dû à une pile à charbon, comme dans la bobine déjà décrite (fig. 307).
La figure 308 représente une machine de cette espèce, imaginée par le docteur Duchenne (de Boulogne) et employée par lui dans sa pratique. Elle se compose d’une petite caisse de bois sur laquelle est fixé un cylindre de cuivre qui renferme une bobine à deux fils. Dans la caisse est un tiroir de zinc où se trouve une légère couche d’eau salée, et dans cette dissolution plonge une plaque de charbon de coke bien calciné et imprégné d’acide azotique; c’est-à-dire que le tout représente un couple de la pile de Bunsen légèrement modifié. Deux lames de cuivre communiquant l’une avec le zinc, .l’autre avec le charbon, conduisent le courant au gros fil de la bobine, mais après qu’il a passé dans un interrupteur produisant le même effet que le mouvement d’horlogerie dans l’appareil de la figure 207. Cet interrupteur consiste en une petite lame de fer doux qui est attirée par un électro-aimant placé au centre de la bobine. Cette lame étant attirée toutes les fois que le courant passe, l’inter-
ÉLECTRICITÉ
rompt aussitôt. Quant au fil induit, il sort de l’appareil et vient par ses deux bouts s’adapter à deux godets de cuivre, munis de manches de verre que l’expérimentateur tient à la main. Ces godets sont creux et garnis, à leur partie inférieure, d’éponges humectées avec de l’eau salée ou de l’eau ordinaire, suivant qu’on veut éta-
Fig. 308. — Application thérapeutique de l'électricité.
blir plus ou moins intimement la conductibilité du courant sur les parties en contact avec ces éponges. Le dessin ci-dessus montre comment on s’y prend pour faire passer ainsi le courant dans un membre malade.
On a obtenu de bons effets de l’électricité dans plusieurs affections nerveuses, particulièrement dans celles de la vue et dans les névralgies; mais c’est surtout dans les cas de paralysie que les courants électriques ont donné les résultats les plus satisfaisants. Ils ont aussi été appliqués au traitement des anévrismes par M. Pétrequin, à Lyon. Dans tous les cas, il importe de ne se faire électriser que par des praticiens familiarisés avec les effets de l’électricité dans les diverses affections. Car si elle est souvent sans