REFLEXION DU CALORIQUE
Pour cela, on reçoit un faisceau de ces rayons sur un réflecteur concave, comme le montre la figure 139, et en maintenant au foyer, pendant quelques instants, un corps inflammable, comme du papier, du bois blanc, un bouchon de liège, en ayant soin de
Fig. 139. — Miroir ardent.
les tenir avec une pince pour ne pas se brûler les doigts, on voit ce corps prendre feu. L’efTct produit dépend ici de la grandeur des miroirs. Avec un miroir ayant l”, 74 d’ouverture , c’est-à-dire d’un bord à l’autre, on a fondu le cuivre et l’argent en quelques minutes; l’ardoise s’est transformée en un verre noir qu’on a pu étirer en fil; les pierres siliceuses et les cailloux ont été ramollis et fondus.
La facilité avec laquelle on peut enflammer les corps à l’aide des miroirs concaves leur a fait donner le nom de miroirs ardents. On rapporte qu’Archimède embrasa par ce moyen les vaisseaux des Romains devant la ville de Syracuse. Depuis, le fait a été
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révoqué on doute par quelques auteurs; mais Buffon a fait voir qu’il était possible. En effet, ce célèbre naturaliste parvint, par un soleil ardent d’été, à embraser une planche de bois goudronnée à G8 mètres de distance, en se servant d’un immense réflecteur concave, composé de 128 miroirs de verre, chacun d’une surface de trois décimètres carrés et demi; ils étaient montés à charnière sur un châssis commun, de manière à recevoir l’inclinaison convenable pour renvoyer toute la chaleur vers un même point.
192. Pouvoir réfléchissant de» diverse» substances. — NOUS avons déjà fait observer (190) que la chaleur qui tombe sur un corps se partage toujours en deux parties, l’une réfléchie à la surface, l’autre absorbée, c’est-à-dire pénétrant dans la masse du corps et élevant sa température. Or, les quantités de chaleur ainsi absorbées ou réfléchies sont très-variables d’une substance à une autre; les unes réfléchissent beaucoup et absorbent peu, ce qu’on exprime en disant qu’elles ont un grand pouvoir réfléchissant ; d’autres, au contraire, réfléchissent peu la chaleur, mais l’absorbent beaucoup, c’est-à-dire qu’elles ont un grand pouvoir absorbant. Il est évident d’ailleurs que ces deux propriétés doivent être en raison inverse l’une de l’autre, car tout corps qui absorbe beaucoup de chaleur ne peut en réfléchir que très-peu, et réciproquement.
Afin de comparer entre eux les pouvoirs réflecteurs des différentes substances, Leslie prenait pour source de chaleur un cube de fer-blanc plein d’eau à 100 degrés, qu’il plaçait devant un réflec- . teur concave ( fig. 140 ). Les rayons émis par cette source de chaleur dans la direction du réflecteur, tendaient à aller concourir au foyer F. Mais en avant de celui-ci étaient placées successivement de petites plaques carrées de papier, de verre, de métal, en un mot, des différentes substances dont on cherchait le pouvoir réflecteur. Cela posé, les rayons réfléchis une première fois sur le miroir concave, se réfléchissaient une seconda fois, mais en sens contraire, sur les plaques, et venaient enfin tomber sur la boule d'un thermomètre différentiel, comme le montre le dessin ci-après. Or, dans cette expérience, la source de chaleur restant la môme, ainsi que sa distance au réflecteur, le thermomètre indique des degrés de chaleur très-différents, suivant la substance dont les
POUVOIR REFLECTEUR.
petites plaques sont formées. C'est quand elles sont en cuivre jaune poli que le thermomètre accuse la plus haute température, ce qui prouve que c’est ce métal qui a le plus grand pouvoir réflecteur. Celui de l'argent n’est que les de celui du cuivre jaune ; celui de l’étain £; celui du verre Enfin, pour l’eau et le ndir de fumée, le pouvoir réflecteur est nul; ce qu’on reconnaît, parce
Fig. 140. — Pouvoir réflecteur.
qu’en recouvrant de noir de fumée ou en mouillant les plaques devant lesquelles est placé le thermomètre différentiel, celui-ci n’indique aucune élévation de température ; ce qui prouve qu’il ne reçoit plus de chaleur,
193. Pouvoir absorbant. — Pour comparer entre eux les pouvoirs absorbants des différentes substances, Leslie a disposé ses expériences comme dans la figure 141. La source de chaleur et le réflecteur étant les mômes que dans l’expérience précédente, la boule du thermomètre différentiel est placée au foyer même, où elle reçoit directement toute la chaleur réfléchie par le miroir. Mais ici, au lieu de conserver la boule focale , celle qui est au foyer, constamment identique à elle-même, on modifie sa surface et, par suite, son pouvoir absorbant, en la recouvrant successivement de
CALORIQl'K.
papier, de feuilles minces d’étain, d’or, d'argent, de cuivre, etc. ; enfin, on fait aussi déposer dessus une légère couche de noir de fumée, on la mouille, et ainsi de suite, jusqu’à ce qu’on ait expérimenté successivement sur toutes les substances dont on veut connaître le pouvoir absorbant. Or, on observe que c’est lorsque la boule focale est recouverte de noir de fumée, ou mouillée, que le
Fig. 1 41 . — Pouvoir émissif.
thermomètre accuse la plus haute température; d’où l’on conclut que ce sont ces substances qui ont le plus grand pouvoir absorbant. Au contraire, c’est quand la boule est recouverte de feuilles de métal, et surtout de cuivre jaune, que le thermomètre marque le plus petit accroissement de température, ce qui montre que ce sont les métaux, et particulièrement le cuivre jaune, qui laissent le moins pénétrer la chaleur, qui ont le plus faible pouvoir absorbant. En un mot, on arrive à ce résultat, qu’il était facile de prévoir, que ce sont les corps qui réfléchissent le mieux la chaleur qui l’absorbent plus difficilement, et réciproquement, que ce sont les moins bons réflecteurs qui l’absorbent davantage.