DISTINCTION DES DEUX FLUIDES
434. Ayant frotté l'un contre l'autre ou contre une étoffe de laine,
( 516 ) un bâton de verre et un bâton de cire d'Espagne , approchez de l'un d'eux une petite balle de sureau suspendue par un fil de soie, et elle sera attirée par lui, au point qu'elle viendra le toucher; mais aussitôt que le contact aura eu lieu , elle en sera repoussée, et sera attirée par le second bâton ; lorsqu'elle aura touché celuici , elle en sera aussi repoussée, -tandis qu'alors elle sera de nouveau attirée par le premier bâton électrisé. Celte petite balle de sureau sera ainsi successivement attirée par chacun des deux bâtons, étant toujours repoussée par celui qu'elle vient de toucher en dernier lieu. Cette opération prouve que, ayant frotté deux corps l'un contre l'autre, chacun de ces corps électrisés repousse les corps légers qu'il a touchés, et attire ceux touchés par l'autre: ils ne sont donc pas électrisés identiquement. Cette observation a été faite par Dufay.
455. Il existe donc deux fluides électriques diflférents. On adonné le nom de fluide vitré à celui développé dans le verre par l'expérience que nous venons de citer, et celui de fluide résineux à celui développé dans la résine. Le fluide vitré porte encore de préférence le nom de fluide positif, et le résineux celui de fluide uégatifj on représente d'après cela le premier par le signe arithmétique -I- et le second par le signe — .
Nous avons vu, dans l'expérience indiquée au paragraphe précédent, que la balle de sureau était repoussée toujours par le bâton qu'elle venait de toucher, et attirée par l'autre: or en touchant le bâton électrisé, elle prenait une partie de son fluide, et se trouvait alors électrisée comme lui. Celte expérience prouve donc que les corps éleclrisés repoussent les corps légers qui sont électrisés de même, et attirent ceux éleclrisés différemment. Puisque les corps électrisés de même, se repoussent, et que ceux électrisés différemment, s'atlirent, nous pouvons poser eu principe que les fluides de nom contraire s'attirent , tandis que ceux de même nom se repoussent.
456. Frottant l'un contre l'autre, des disques de verre et de résine d'égale surface , et les approchant ensemble d'une balle de sureau suspendue par un fil de soie, on voit qu'ils ne l'attirent ni ne la repoussent; tandis que séparément chacun d'eux agira sur elle avec une force égale , et de la manière indiquée plus haut. Cette expérience prouve qu'il y a , dans deux corps de surface
égale, frottes l'un contre l'autre, développement de quantite's égales des deux fluides électriques différents , et que ces quantités égales de fluides de noms contraires , se neutralisent tant qu'elles sont en présence l'une de l'autre par la juxtaposition des deux corps. On doit donc croire, d'après cela , que Télat naturel de tous les corps consiste à contenir des quantités égales des deux fluides positif et négatif. Un corps électrisé est celui auquel on a enlevé plus ou moins de l'un ou de l'autre de ces deux fluides.
457. Le même corps développe, par son frottement avec d'autres corps , tantôt l'un, tantôt l'autre des deux fluides. La peau de chat s'électrise toujours positivement ; le verre s'éleclrise positivement par son frottement avec tout corps autre que la peau de chat. Dans la table suivante, les corps sont rangés dans un ordre tel , que chacun d'eux s'électrise positivement avec tous ceux qui suivent, et négativement avec tous ceux qui précèdent :
Peau de chat, verre poli, étoffe de laine, plumes, bois, papier, soie, résine.