DISPOSITION DU FLUIDE
463. Perte de fluide. Les corps éleclrisés, exposés à l'air, perdeul bientôt leur fluide électrique. Celte déperdition est due principalement à ce que ces corps électrisés attirent les molécules bumides d'air, leur cèdent une partie de leur fluide et les repoussent ensuite pour en attirer de nouvelles, et ainsi de suite. L'air sec étant mauvais conducteur, la perte de fluide qu'éprouvent les corps est d'autant plus grande que l'air est plus bumide.
La perte de fluide électrique que les corps éprouvent, est proportionnelle à l'intensité de leur électricité et dépend de leur surface. La déperdition de fluide est relativement égale, quel que soit le volume des corps.
Les corps électrisés perdent une partie de leur fluide, non-seulement par le contact des molécules bumides de l'air , mais encore par l'imperfection et par l'état hygrométrique de leurs supports isolants. La cire d'Espagne est le meilleur isolant connu : un iso- . lant est d'autant meilleur qu'il est plus long, plus mince et plus sec à la température ordinaire.
464. Retenu par l' air . Prenant deux sphères métalliques d'égale grandeur, solides ou creuses, formées du même métal ou de deux métaux difi^érents , électrisez-en une , mettez l'autre en contact avec elle, et il sera facile de voir (462) qu'elles contiennent des quantités égales de fluide électrique. Cette expérience , dans laquelle la masse et la nature des globes n'influent nullement sur le partage de fluide qui se fait entre eux , prouve évidemment que le fluide électrique n'éprouve aucune affinité pour les molécules matérielles. D'après cela, le fluide électrique, obéissant à sa force de répulsion, devrait s'échapper instantanément des corps , pour lesquels il n'éprouve aucune affinité. L'air est le seul obstacle qui empêche celte séparation : en efl^et , plaçant un corps éleclrisé sous le récipient de la machine pneumatique , il perd aussitôt tout son fluide électrique. Aussi ne saurait-on éleclriser un corps qui communique par des conducteurs avec le vide de la machine pneumatique ; parce que à mesure qu'il se développe du fluide électrique, il s'échappe dans le vide : donc l'air est la seule cause qui retient sur les corps le fluide électrique. Ces expériences se font dans l'obscurité, avec un tube (f. 516) ou avec VceuJ électrique {l, 317;.
465. Sa disposition. L'électricité obéissant à sa force de répulsion se porte en entier à la surface des corps. C'est ce dont il est facile de s'assurer en électrisant une boule creuse , dont la paroi est biea mince ; eu touchant la surface intérieure de cette paroi avec un plan d'épreuve , on voit qu'elle n'est point électrisée. Tout le fluide se porte donc sur la surface extérieure et y forme une couche dont l'épaisseur est extrêmement faible. Eo effet , si l'on éleclrise une sphère exactement couverte d'une feuille d'or très-mince, et qu'on enlève ensuite celle-ci, on ne découvrira aucune trace d'électricité dans la sphère. Le fluide électrique ne peut former de protubérance à la surface des corps; car s'il pouvait en former en quelque point, il serait entièrement libre en ce point , et par conséquent il se dégagerait. Il doit donc avoir pour surface la surface même du corps , et y former une couche intérieure très-mince , dont la forme dépend de celle du corps et dont l'épaisseur dépend de Tintensité électrique (a).
466. On peut s'assurer par le plan d'épreuve que, dans une sphère , le fluide électrique a partout une intensité égale.
L'intensité électrique est plus forte dans les extrémités des ellipsoïdes, disques, corps anguleux , etc.; enfin elle est d'autant plus grande , que la surface a une courbure plus prononcée : aussi , dans les pointes , que nous pouvons considérer comme des surfaces ayant des rayons de courbure infiniment petits, la couche électrique est-elle la plus épaisse possible. C'est à cela qu'est due la puissance électrique des pointes. En disposant une pointe métallique sur les conducteurs d'une machine électrique , il devient impossible de charger celle-ci , parce que le fluide qui s'y développe se concentre dans la pointe et y acquiert assez d'intensité
(a) Connaissant le rapport des intensités électriques de deux corps par le moyen indiqué au paragraphe 462, en en prenant les racines carrées on a le rapport des épaisseurs de leurs couches de fluide. £n effet, le calcul prouve que la tension du fluide électrique est toujours proporlioniielle à répaisseur de sa couche : d'ailleurs la force répulsive avec laquelle ce fluide presse sur Pair qui le retient dans le corps , est en raison composée de la tension et de Tépalsseur de la couche; puisque la pieniière de ces quantités est proportionnelle à la seconde, il est évident que la force répulsive du fluide est portionnelle au carré de celle-ci. Les forces répulsives sont donc eulre elles commes les carrés des épaisseurs de la couche.
pour s'échapper à travers l'air. Le tourniquet électrique (f. 318) est une spirale tournant sur un pivot placé sur les conducteurs de la machine électrique : cette spirale métallique laissant échapper le fluide par sa pointe inférieure, reçoit ainsi, par la pression que ce fluide exerce sur l'air, une impulsion qui lui imprime un mouvement révolulif.
Dans un même corps , les épaisseurs de la couche électrique sont toujours dans le même rapport.