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SENSATION DE LA VUE

660. D'après cette construction de l'œil , il est facile de concevoir l'efifet qu'y produit un objet lumineux placé au-devant.

Un faisceau lumineux (f. 473) venant tomber sur la surface extérieure de l'œil, tous les rayons qui tombent en dehors de la cornée transparente, sont réfléchis diversement, et ceux seulement qui tombent sur celte cornée transparente même peuvent pénétrer dans l'œil. En y pénétrant, ils sont réfractés par l'humeur aquease qu'ils traversent de manière à tomber sur Viris, qui réfléchit tous ceux qui ne tombent pas sur la pupille : le petit faisceau central qui passe ainsi à travers la pupille, tombe sur le cristallin , et est réfracté par lui de maraère à venir converger au fond de l'œil.

Nous voyons donc qu'un objet lumineux placé devant un œil, peint au fond de celui-ci son image renversée (f. 474). C'est ce

dont il est facile de s'assurer par l'expérience suivante; on ferme l'ouyerture du volet d'une chambre obscure par un œil de mouton ou de bœuf, dont on a aminci la sclérotique au point de la rendre transparente : l'œil étant fraîchement préparé, et étant disposé de manière que sa cornée transparente reçoive les rayons partis d'un objet lumineux extéiieur , l'observateur place dans la chambre noire, voit l'image renversée de cet objet se peindre sur le fond de cet œil. C'est ce qu'on aperçoit encore avec un œil arlilîciel, c'est-à-dire, un appareil formé d'un globe creux, obscur, qui porte une ouverture munie d'un verre de montre pour remplacer la cornée transparente j derrière l'ouverture se trouve une lentille qui remplace le cristallin, et au fond, un verre dépoli qui fait fonction de rétine et de choroïde.

661. Le réseau nerveux qui tapisse la surface intérieure de la choroïde étant transparent , ce n'est pas sur lui que se peint l'image; il parait donc qu'elle se peini sur la choroïde elle-même, où elle est ensuite comme palpée par le nerf qui en transmet la sensation au cerveau. C'est donc par le toucher que le réseau nerveux exerce sur l'image peinte par un objet sur la choroïde de l'œil j que nous recevons l'impression de la forme et de la couleur de cet objet.

Si nous voyons dans leur position réelle les objets dont l'image se peint cependant dans noire œil dans un sens renversé, cela est dû à ce que notre esprit place chacun de leurs points dans la direction du rayon lumineux qui en vient.

La couleur des objets nous apparaît toujours dans toute sa pureté, parce que l'œil est parfaitement achromatique.

662. D'après ce que nous venons de voir, l'œil n'est à proprement parler qu'une lentille achromatique convergente , au foyer de laquelle se peint l'image d'un objet placé au-devanl, image dont notre esprit peut recevoir la sensation. Ornons savons que le foyer d'une lentille change de position selon les distances qui séparent celte lentille du point lumineux. Comment se fait-il donc que les images de deux ou plusieurs objets inégalement éloignés puissent se peindre toutes sur la rétine, c'est-à-dire, en des foyers également éloignés du cristallin : condition essentiellement nécessaire pour que nous puissions voir les objets placés à des distances diUérenles?

Celte question était difficile à résoudre , et quelques physiciens y répondaient en disant que le fond de l'œil peut à volonté être rapproché ou être éloigné du cristallin , de manière à se trouver toujours au foyer de celle espèce de lentille; d'autres disaient au contraire que c'est le cristallin qui peut à volonté être avancé ou reculé, ou s'arrondir plus ou moins, de manière à projeter toujours son foyer sur la choroïde. Ces théories ne sont plus admissibles ni l'une ni l'autre, et il paraît que le fait qu'elles devaient expliquer repose entièrement sur la nature du cristallin et sur l'ouverture plus ou moins grande de la pupille. Nous allons expliquer cette nouvelle théorie.

Si l'on plonge un cristallin dans l'eau chaude, il se prend en une petite masse solide et ferme, sans éprouver d'altération dans sa forme : disséquant un cristallin solide, on trouve qu'il est formé de couches successives plus épaisses dans la longueur que dans la largeur (f. 475) , en sorte que vers le centre elles finissent par êtres phériques. On peut donc considérer le cristallin comme forme par un assemblage de lentilles dont les unes sont sphériques et les autres de plus en plus elliptiques à mesure qu'elles sont plus éloignées du centre. Or nous savons qu'une lentille a son foyer d'autant plus rapproché qu'elle même est plus sphérique. Si donc les rayons envoyés par les objet rapprochés sont concentrés par les lentilles sphériques (centrales) et les rayons partis des objets éloignés par les lentilles elliptiques (celles des extrémités) , on conçoit facilement que les divers rayons ou faisceaux lumineux réfractés pourront former leurs foyers sur un même plau. Nous voyons donc que pour que les objets éloignés et rapprochés puissent peindre également leurs images sur la choroïde , il suffit de recevoir les rayons lumineux des premiers sur les lentilles extrêmes, et ceux des derniers sur les lentilles centrales du cristallin : c'est ce qu'il est facile de faire en donnant à la prunelle une ouverture plus grande dans le premier cas et plus petite dans le second. En effet l'observation prouve que l'iris est dans un état de mobilité continuelle, et que la prunelle s'ouvre d'autant pins que l'objet qu'on veut voir est plus éloigné, et réciproquement. 663. Quoiqu'un objet lumineux trace son image dans chacun de nos yeux , cet objet ne nous apparaît pas double , tant que les deux images tombent sur des plans correspondants des deux ré-

fines : les deux impressions qui en résultent alors étant uniformes , ne produisent en nous qu'une seule sensation. Mais si les axes optiques des deux yeux ne concourent plus vers le même point, les images tracées sur les rétines n'occupent plus des plans correspondants, et alors nous recevons une impression double. Dans l'ivresse et d'autres circonstances où l'homme n'est plus capable de diriger ses veux , il voit doublement les objets qui frappent sa yue.

664. APPRÉCIATION DE LA DISTANCE. Nous jugeons de réloignement d'un objet par l'angle que font entre eux les deux axes optiques dirigés sur un même point; mais nous ne pouvons juger ainsi des distances d'après le mouvement de nos yeux que par l'expérience que nous acquiert l'usage continuel de notre organe yisuel. On ne juge que très-imparfaitement des distances lorsqu'on ne se sert que d'un œil. On apprécie aussi la distance d'après l'éclat de la lumière qu'il nous envoie.

665. APPRÉCIATION DE LA GRANDEUR. On appelle angle visuel l'angle que font entre eux les rayons partis des extrémités d'un objet en venant se croiser dans la prunelle : l'ouverture de cet angle est la grandeur apparente de l'objet, grandeur qui varie selon l'éloignement de celui-ci. En combinant la grandeur apparente des objets avec leur dislances , et surtout en la comparant avec les corps connus qui se trouvent placés auprès d'eux, nous apprécions leur grandeur réelle par effet de l'expérience acquise.

666. ILLUSIONS D'OPTIQUE. Lorsque, malgré notre habitude, nous jugeons de la grandeur réelle des objets par l'angle visuel, nous éprouvons des illusions qui nous trompent sur cette grandeur, ou sur leur éloignement qui lui est réciproque. C'est ainsi que, étant placé à l'entrée d'une longue avenue, les rangées d'arbres qui la forment se rapprochent de plus en plus et paraissent se rejoindre à l'extrémité opposée. Cela est dû à ce que l'angle visuel devient de plus en plus petit à mesure qu'on regarde deux arbres correspondants plus éloignés (f. 476). C'est par la même cause que , étant à l'extrémité d'une longue galerie, celleci paraît se rétrécir et que le sol et le plafond semblent se rapprocher de plus en plus.

Si un homme est placé au pied d'un objet élevé , tel qu'une tour, cet objet lui paraît penché de son côté, et s'il est placé

devaDi une surface plane éieudue, telle que la mer, celte plaine paraît s'élever en peule douce.

Une ligne droite très-étendue nous parait courbe.

Lorsque deux objets voisins sont différemment éclairés celui des deux qui est le plus lumineux nous paraît plus rapprocbé. Les astres nous paraissent plus grands à Tborizon qu^au zénith : en effet , Taslre étant à l'horizon , les objets terrestres qui se trouvent placés entre lui et nous, nous permettent d'apprécier sa distance mieux que lorsqu'il est au zénith : aussi en, ce dernier point nous parait-il moins éloigné parce que son éclat est plus vif: l'angle visuel qu'il sous-tend dans les deux cas étant d'ailleurs le méme^ il doit nous paraître plus petit au zénith qu'à l'horizon.

Le brouillard, obscurcissant les objets, les fait paraître plus éloignés. C'est ce qu'il ne faut pas confondre avec l'air chargé de vapeur, qui nous fait paraître les objets plus rapprochés.

Les corps en mouvement produisent aussi de nombreuses illusions. C'est ainsi qu'un homme subissant un mouvement dont il ne peut s'apercevoir, il lui semble que les objets immobiles devant lesquels il passe marchent en sens contraire de son propre mouvement, et que lui-même est dans un repos complet. C'est par une illusion semblable que nous attribuons au soleil le mouvement diurne de la terre, ou qu'il nous semble que tout s'agite autour de nous, quand nous sommes entraînés rapidement par un bateau ou par une voiture.

667. DURÉE DE LA SENSATION. La sensation de la lumière dure pendant un certain temps. C'est ce que prouve la couleur blanche que parait avoir un disque coloré des nuances du spectre (644) et qu'on fait tourner rapidement autour de son centre ; c'est ce que prouve encore l'anneau de lumière qui nous apparaît'quant nous fixons l'espace où l'on fait tourner en cercle un charbon ardent.

Le Phénakisticope de M. Plateau fait ressortir le même fait. Il consiste en deux disques de carton qui tournent autour de leur centre sur un même axe. Sur l'un des disques on trace des figures: par exemple, les diverses positions d'un homme lancé à la course ; on regarde ces dessins à travers les trous que le disque supérieur porte vers sa circonférence, et alors il semble que ce soit le même homme qui passe successivement par toutes les po-

( 428 ) siiioDS de la course, c'est-à-dire, qui coure réelleraenl. Cela est dû à ce que l'image que chacune des posilions produit sur l'œil, se fait encore sentir pendant Tinstant Irès-court où passe TinlBrvalle noir qui sépare une position de l'autre , et qu'alors celle-ci apparaissant avec une légère modification , il semble que la figure qu'elles représentent toutes deux ait fait un léger mouvement.

668. IMAGES ACCIDENTELLES. Quand on a fixé longtemps le soleil couchant ou certains autres objets , il se produit uue impression opposée, obscure si l'objet était clair, et claire s'il était obscur. Celle impression se nomme image accidentelle, et disparait alternativement plusieurs fois de suite.

Quand on fixe un cercle blanc sur un fond noir , et un cercle noir de même grandeur sur un fond blanc, le premier paraît plus grand que le second. Il résulte de là que l'impression produite sur une surface lumineuse s'étend en largeur un peu audelà de l'image qu'elle trace sur la rétine : c'est ce fait qu'on nomme irradiation , et qui nous empêche de distinguer nettement les couleurs de la flamme d'une bougie que nous regardons à quelque dislance. C'est encore par l'effet de l'irradiation qu'il se forme une auréole lumineuse autour des objets obscurs et une auréole obscure autour des objets lumineux, quand ces objets sont placés sur un fond plus clair ou plus obscur qu'eux mêmes.

669. COULEURS ACCIDENTELLES. Les images accidentelles qui succèdent à la contemplation d'un objet ont des couleurs qu'on nomme accidentelles et qui sont les couleurs complémentaires de celles del'objet(645}; si, par exemple, on regarde pendant quelques instants un pain à cacheter rouge placé sur un fond blanc, on aperçoit UQ cercle bleuâtre à sa place , quand on l'a enlevé. Les résultats de ce genre ont reçu de M. Chevreul le nom de contraste successif des couleurs. Les couleurs accidentelles se mêlant entre elles ou avec des couleurs réelles, produisent les mêmes nuances composées que ces dernières se mêlant entre elles-mêmes (646).

La sensation de la couleur complémentaire se produit autour de l'image, même pendant qu'on fixe l'objet. Il se produit ainsi une auréole accidentelle colorée , qui exerce une grande influence sur la teinte voisine, et qu'on nomme contraste simultané.

M. Cbevrcul a étudié ces influences réciproques des couleurs voisines en observant les changements des nuances qui apparais-

sent à l'œil , par la juxtaposition de bandes étroites et diversement teintes. Deux couleurs complémentaires acquièrent de l'éclat et de la pureté par leur juxtaposition. Elles perdent au contraire de ces qualités , si elles ne sont pas complémentaires. Une couleur quelconque devient plus éclatante et plus foncée quand on la pose sur du blanc, et celui-ci prend un peu la teinte complémentaire. Sur du noir, qui prend aussi la teinte complémentaire, la couleur paraît plus brillante et plus claire. Le contraste des couleurs peut encore exercer son influence sans juxtaposition immédiate.

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