DES MINISTRES
M. BENJAMIN de CONSTANT
PARIS 1815 — 2e EDITION. 1818
Dans l'avertissement qu'il a mis en tète de la réimpression de ses œuvres politiques (sup. p. 1G6), B. Constant nous dit qu' « il a retranché tout ce qu'il disait des indi- » vidus, quels qu'ils fussent, soit en bien, soit en mal... Le mal consistait en souve- » nirs... Le temps les ayant éloignés, il n'y aurait eu à les renouveler avec amertume, » ni utilité, ni convenance. » En 1818, l'auteur avait peut-être raison d'en agir de la sorte; quoiqu'on puisse soupçonner «m'en retranchant tout ce qui concernait l'Empire, il voulût avant tout ne rien faire de désagréable à l'opposition, qui avait recruté plus d'un membre libéral parmi les généraux et les préfets, les plus compromis avec le régime impérial. Oublier le passé était alors le vœu général. C'est sans doute le motif qui explique pourquoi B. Constant n'a compris dans la collection de ses œuvres ni les Principes de politique qui rappelaient trop que l'auteur avait été conseiller d'État en 1815, ni le livre de V Esprit de conquête et de l'Usurpation, écrit à une époque où il combattait Napoléon et ses amis. Aujourd'hui tous ces écrits appartiennent à l'histoire, les premières opinions de B. Constant aussi bien que les dernières; nous croyons qu'un éditeur impartial doit donner les unes comme les autres. Ceux qu'elles pouvaient blesser, n'existent plus; il n'y a plus aujourd'hui qu'un intérêt, celui de la vérité ! Nous publions le texte définitif, celui de 1818, mais nous donnons en note les variantes de la première édition. Nous ferons de même pour le pamphlet : De la Liberté des Brochures; ce sera une cditio variorum qui ne manquera pas de curiosité. Le fond libéral des idées est toujours le même, mais les jugements sur les personnes ont varié plus d'une fois; il serait puéril de le dissimuler. Nous rapportons les jugements pour que l'histoire en fasse son profit, nous gardons les idées, qui sont le patrimoine commun de la liberté. (E. L.;