‹ Cours de politique constitutionnelle (volume 2)Chapitre 74 sur 143 · DE LA FORCE ARMÉE · texte numérisé non relu

DE LA FORCE ARMÉE

la police. Cette seconde classe de la force armée n'aura pas les dangers d'un grand établissement militaire ; elle sera disséminée sur toute l'étendue du territoire; car elle ne pourrait être réunie sur un point, sans laisser sur tous les autres les criminels impunis. Cette troupe saura elle-même quelle est sa destination. Accoutumée à poursuivre plutôt qu'à combattre, à surveiller plutôt qu'à conquérir, n'ayant jamais goûté l'ivresse de la victoire, le nom de ses chefs ne l'entraînera point au delà de ses. devoirs, et toutes les autorités de l'État seront sacrées pour elle.

Le troisième objet de la force armée, c'est de comprimer les troubles, les séditions; La gendarmerie ne suffit pas. Mais pourquoi recourir à l'armée de ligne? N'avons-nous pas la garde nationale, composée de propriétaires et de citoyens ? J'aurais bien mauvaise opinion de la moralité ou du bonheur d'un peuple, si une telle garde nationale se montrait favorable à des rebelles, ou si elle répugnait à les ramener à l'obéissance légitime.

Remarquez que le motif qui rend nécessaire une gendarmerie contre les délits privés, ne subsiste pas quand il s'agit de crimes publics. Ce qui est douloureux dans la répression du crime, ce n'est pas l'attaque, le combat, le péril ; c'est l'espionnage, la poursuite, la nécessité d'être dix contre un, d'arrêter, de saisir même des coupables, quand ils sont sans armes. Mais contre des désordres plus graves, des rébellions, des attroupements, les citoyens qui aimeront la constitution de leur pays, et tous l'aimeront, puisque leurs propriétés et leurs libertés seront garanties par elle, s'empresseront d'offrir leur secours.

Dira-t-on que la diminution qui résulterait, pour la force militaire, de ce qu'elle ne serait placée que sur les frontières, encouragerait les peuples voisins à nous attaquer? Cette diminution, qu'il ne faudrait certainement pas exagérer, laisserait toujours un centre d'armée, autour duquel les gardes nationales, déjà exercées, se rallieraient contre une agression ; et, si vos institutions sont libres, ne doute/ pas de leur empressement, ne soyez pas déliants de leur zèle. Des citoyens ne sont [>as lents à défendre

leur patrie, quand ils en ont une; ils are eut pour le maintien

de leur indépendance au dehors, lorsqu'au dedans ils possèdeul

la liberté : quand ils restent immobiles, c'est qu'ils n'ont rien à perdre ; et à qui la faute ! ?

1 Principes de politique, p. 109. Théoriquement le système de B. Constant peut séduire; en fait, il est impraticable. La France a besoin de soldais sur toutes ses frontières à une profondeur considérable. 11 n'y aura donc que le centre qui serait dégarni de soldats, à la grande surcharge des extrémités. Et s'il vient une émeute, la garde nationale sera-t-elle toujours prête à agir? Àura-t-on le temps de convoquer les chambrés? Chercher la garantie contre l'usurpation dans la répartition accidentelle des troupes, est une chimère; il sera toujours facile a un chef ambitieux de tourner ces précautions matérielles. C'est dans l'organisation même du gouvernement, dans la constitution de l'armée et dans l'esprit de liberté, qu'il faut placer la garantie. Que l'armée ne soit pas composée de mercenaires, qu'il y règne un esprit public, comme en Angleterre, on n'aura rien à craindre des soldats, quelle que soit leur garnison. Ce seront des citoyens armés. (E. L.)

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