‹ Cours de politique constitutionnelle (volume 3)Chapitre 42 sur 105 · CHAPITRE XXIU · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXIU

DE LA lieeuté religieuse.

La seule mesure qui soit raisonnable et conforme aux véritables prin-* cipcs dans ce qui concerne la religion , c'est rclablissement de la liberté des cultes , sans restriction , sans privilèges , sans même que les individus , pourvu qu*i1s observent des formes extérieures purement légales , soient obligés à déclarer leur assentiment en faveur d'un culte en particulier.

On a voulu substituer une sorte d'intolérance civile à Tintolérance religieuse proprement dite, aujourd'hui que le progrès des idées s'oppose à cette dernière ; et , à l'appui de cette nouvelle espèce d'intolérance , on a fréquemment cité Rousseau, qui chérissait toutes les idées de la liberté, et qui a fourni des prétextes à toutes les prétentions de la tyrannie.

u II y a , dit-il , une profession de foi purement civile , dont il appar- » tient au souverain de fixer les articles , non pas précisément comme » dogme de religion , mais comme sentiments de sociabilité. Sans pouvoir » obliger personne à croire à ces dogmes , il peut bannir de l'Etat quiconn que ne les croit pas. Il peut le bannir non comme impie , mais comme » insociable (1). n Qu'est-ce que l'Etat, décidant des sentiments qu'il faut adopter ? Que m'importe que le souverain ne m'oblige pas à croire , s'il me punit de ce que je ne crois pas ? Que m'importe qu'il ne me frappe pas comme impie, s'il me frappe comme insociable? Que m'importe que l'autorité s'abstienne des subtilités de la théologie , si elle se perd dans une morale hypothétique non moins subtile , non moins étrangère à sa juridiction naturelle ?

Je ne connais aucun système de servitude , qui ait consacré des erreurs plus funestes que l'éternelle métaphysique du Contrat social.

L'intolérance civile est aussi dangereuse , plus absurde , et surtout plus injuste que l'intolérance religieuse ; elle est aussi dangereuse, puisqu'elle a les mêmes résultats , sous un autre prétexte ; elle est plus absurde , puisqu'elle n'est pas motivée sur la conviction ; elle est plus injuste , puisque le mal qu'elle cause n'est pas pour elle un devoir, mais un calcul.

(1) Rousseau, Contrat social , liv. iv, chap. 8. II ajoute: Que ai quelqu'un après avoir reconnu publiquement ces mêmes dogmes , se conduit comme ne les croyant pas , qu'il soif puni de mort. Il a commis le plus grand des crintes; il a menti devant les loi». Mais celui qui a le malheur de ne pas croire ces dogmes ne peut avouer ses doutes sans s^exposer au bannissement ; et si ses aCfections le retiennent, s'il aune famille, unefemme, des enfants qu*il hésite à quitter pour se précipiter dans Pexil , n*est-ce pas tous , tous seul , qui le forcox a ce que vous appelez le plus grand des crimes , au mensonge devant les lois? Je dirai du reste que, dans cette circonslancc, ce mensonge me parait loin d'être crime. Quand de prétendues lois n^cxigent de nous la Téritc que pour nous proscrire , nous ne leur devons pas In vérité.

L*intolëraiice civile emprunte mille formes, et se réfugie de poste err poste pour se dérober au raisonnement. Vaincae sur le principe , elle dispute sur rnpplication. On a tu des hommes persécutés depuis près de trente siècles , dire au gouvernement qui les relevait de leur longue proscription , que s'il était nécessaire qu'il y eût dans un état plusieurs relierions positives, il ne Tétait pas moins d*empêcher que les sectes tolérées ne produisissent, en se subdivisant, de nouvelles sectes (1). Mais chaque secte tolérée n'est-elle pas elle-même une subdivision d'une secte ancienne? A quel titre conteslerait-clle aux générations futures les droits qu'elle a réclamés contre les générations passées ?

L'on a prétendu qu'aucune des églises reconnues ne pouvait changer ses< dogmes sans le consentement de l'autorité. Mais si par hasard ces dogmes venaient à être rejetés par la majorité de la communauté religieuse, l'autorité pourrait-elle l'astreindre à les professer? Or, en fait d'opinion, les droits de la majorité et ceux de la minorité sont les mêmes.

On conçoit l'intolérance, lorsqu'elle impose à tous une seule profession de foi ; elle est au moins conséquente. Elle peut croire qu'elle retient les hommes dans le sanctuaire de la vérité ; mais lorsque deux opinions sont ]>ermises, comme l'une des deux est nécessairement fausse, autoriser le gouvernement à forcer les individus de l'une et de l'autre à rester attachés à l'opinion de leur secte , ou les sectes à ne jamais changer d'opinion , c'est l'autoriser formellement à prêter son assistance à l'erreur.

La liberté complète et entière de tous les cultes est aussi favorable à la religion que conforme à la justice.

Si la religion avait toujours été parfaitement libre, elle n'aurait, je le pense , été jamais qu'un objet de respect et d'amour. L'on ne concevrait guère le fanatisme bizarre qui rendrait la religion en elle-même un objet de haine ou de malveillance. Ce recours d'un être malheureux à un être juste , d'un être faible à un être bon , me semble ne devoir exciter dans «eux mêmes qui le considèrent comme chimérique , que- Fintérêt et la sympathie. Celui qui regarde comme des erreurs toutes les espérances de kl religion doit être plus profondément ému que tout autre, de ce cçncert universel de tous les êtres souffrants^, de ces demandes de la douleur s'élançant vers un ciel d'airain , de toutes les parties de la terre , pour rester sans réponse , et de l'illusion secourable qui prend pour une réponse le bruit confus de tant de prières, répétées au loin dans les airs.

Les causes de nos peines sont nombreuses. L'autorité peut nous proscrire, le mensonge nous calomnier; les liens d'une société toute factice* nous blessent; la nature inflexible nous frappe dans ce que nous chérissons; la vieillesse s'avance vers nous, époque sombre et solennelle où lesobjets s^obscurcissent, et semblent se retirer, et où je ne sais quoi de froid* et de terne se répand sur tout ce qui nous entoure.

Contre tant de douleurs, nous cherchons partout des ccmsolations , et toutes nos consolations durables sont religieuses. Lorsque les hommes nous persécutent, nous nous créons je ne sais quel recours par-delà les hommes. Lorsque nous voyons s'évanouir nos espérances les plus chéries, la justice, la liberté, la jiatrie, nous nous flattons qu'il existe quelque part un être qui nous saura gré d'avoir été fidèles, malgré notre siècle , à la

(j) Discours des-ju ifs au gouvernement français.

justice, à la liberté , à la patrie. Quand nous regrettons un objet airac ^ nous jetons un pont sur Tabime , et le traversons par la pensée. Enfîn , quand la vie nous échappe , nous nous élançons vers une autre vie. Ainsi la religion est de son essence la compagne fidèle , Tingénieuse et infatigable amie de l'infortuné.

Ce n'est pas tout. Consolatrice du malheur , la religion est en même temps de toutes nos émotions la plus naturelle. Toutes nos sensations physiques, tous nos sentiments moraux, la font renaître dans nos cœurs à notre insu. Tout ce qui nous parait sans bornes, et produit en nous la notion de l'immensité, la vue du ciel , le silence de la nuit, la vaste étendue des mers , tout ce qui nous conduit à rattendrissement ou à l'enthousiasme , la conscience d'une action vertueuse , d'un généreux sacrifice , d'un danger bravé courageusement, de la douleur d'autrui secourue ou soulagée, tout ce qui soulève au fond de notre ame les éléments primitifs de notre nature , le mépris du vice , la haine de la tyrannie, nourrit le sentiment religieux.

Ce sentiment tient de près a toutes les passions nobles, délicates et profondes ; comme toutes ces passions , il a quelque chose de mystérieux, car la raison commune ne peut expliquer aucune de ces passions d'une manière satisfaisante. L'amour, cette préférence exclusive pour un objet dont nous avions pu nous passer longtemps , et auquel tant d'autres ressemblent ; le besoin de la gloire , cette soif d'une célébrité qui doit se prolonger après nous ; la jouissimce que nous trouvons dans le dévouement , jouissance contraire à l'instinct habituel de notre égoîsme; la mélancolie, cette tristesse sans cause , au fond de laquelle est un plaisir que nous ne saurions analyser ; raille autres sensations qu*on ne peut décrire , et qui nous remplissent d'impressions vagues et d'émotions confuses, sont inexplicables pour la rigueur du raisonnement; elles ont toutes de l'afTmité avec le sentiment religieux. Toutes ces choses sont favorables au développement de la morale ; elles font sortir l'homme du cercle étroit de ses intérêts , elles rendent à Tamé cette élasticité , cette délicatesse , cette exalta tionau'é touffe l'habitude de la vie commune et des calculs qu'elle nécessite. L^mour est la plus niélangée ^e ces passions , parce qu'il a pour but une jouissance déterminée, que ce but est près de nous , et qu'il aboutit à l'égoïsme. Le sentiment religieux , par la raison contraire, est de toutes ces passions la plus pure. 11 ne fuit point avec la jeunesse: il se fortifie quelquefois dans l'.àge avancé , comme si le ciel nous l'avait donné pour consoler l'époque la plus dépouillée de notre vie.

Un homme do génie disait que la vue de l'Âpollon du Belvédère ou d'un tableau de Raphaël le rendait meilleur. En effet, il y a dans la contemplation du beau , en tout genre , quelque chose qui nous détache de nousmêmes, en nous faisant sentir que la perfection vaut mieux que nous, et qui, par cette conviction, nous inspirant un désintéressement momentané, réveille en nous la puissance du sacrifice, qui est la source de toute vertu» 11 y a dans l'émotion, quelle qu'en soit la cause, quelque chose qui fait circuler notre sang plus vite , qui nous procure une sorte de bien-être, qui double le sentiment de notre existence et de nos forces, et qui par là nous rend susceptibles d\ii\G générosité, d'un courage, d'une sympathie audessus de notre dis|>osition habitu^^. L'Iioiunie corrompu lui-même est meilleur lorsqu'il est ému, et aussiiorigtemps qu'il est ému.

— lai —

Je ne yeux point dire qne l'absence du sentiment religieux prouve dans tout individu Fabsence de morale. Il y a des hommes dont Fesprit est la partie principale , et ne peut céder qu'à une évidence complète. Ces hommes sont d'ordinaire livrés à des méditations profondes , et préservés do la plupart des tentations corruptrices par les jouissances de l'étude ou l'habitude de la pensée; ils sont capables par conséquent d'une moralité scrupuleuse : mais , dans la foule des hommes vulgaires , l'absence du sentiment religieux , ne tenant point à de pareilles causes , annonce le plus souvent , je le pense, on cœur aride, un esprit frivole , une hme absorbée dans des intérêts petits et ignobles, une grande stérilité d'imagination. J^excepte le cas où la persécution aurait irrité ces hommes. L'effet de la persécution est de révolter contre ce qu'elle commande , et il peut arriver alors que des hommes sensibles , mais fiers , indignés d'une religion qu'on leur impose , rejettent sans examen tout ce qui tient a la religion; mais cette exception , qui est de circonstance , ne change rien à la thèse générale.

Je n'aurais pas mauvaise opinion d'un homme éclairé , si on me le présentait comme étranger aux sentiments religieux ; mais un peuple incapable de ce sentiment me paraîtrait privé d'une faculté précieuse , et déshérité par la nature. Si l'on m'accusait ici de ne pas définir d'une manière assez précise le sentiment religieux, je demanderais comme on définit avec j)récision cette partie vague et profonde de nos sensations morales, qui , par sa nature même , défie tous les efforts du langage. Comment définîrez-vous l'impression que produit sur vous une nuit obscure , une antique foret , le vent qui gémit à travers des ruines , ou sur des tombeaux , l'Océan qui se prolonge au-delà des regards? Comment définirezvous l'émotion que vous causent les chants d*Ossian, Téglise de Saint-Pierre, la méditation de la mort , l'harmonie des sons ou celles des formes? Comment définirez-vous la rêverie , ce frémissement intérieur de l'âme où viennent se rassembler et comme se perdre , dans une confusion mystérieuse , toutes les puissances des sens et de la pensée ? Il y a de la religion au fond de toutes ces choses. Tout ce qui est beau, tout ce qui est intime, tout ce qui est noble , participe de la religion.

Elle est le centre commun où se réunissent, au-dessus de l'action du temps et de la portée du vice, toutes les idées de justice, d'amour, de liberté, de pitié, qui, dans ce monde d'un jour, composent la dignité de l'espèce humaine; elle est la tradition permanente de tout ce qui est beau , grand et bon à travers l'avilissement et l'iniquité des siècles , la voîjl éternelle qui répond à la vertu dans sa langue , Tappel du présent à l'avenir, de la terre au ciel , le recours solennel de tous les opprimés dans toutes les situations, la dernière espérance de l'innocence qu'on immole et de la faiblesse que l'on foule aux pieds.

D'où vient donc que cette alliée constante, cet appui nécessaire, cette lueur unique au milieu des ténèbres qui nous environnent, a, dans tous les siècles , été en butte à des attaques fréquentes et acharnées? D'où vient que la classe qui s'en est déclarée Tennemie a presque toujours été la plus éclairée, la plus indépendante et la plus instruite? c'est qu'on a dénaturé la religion ; Ton a poursuivi l'homme dans ce dernier asile , dans ce sanctuaire intime de son existence : la religion s*est transformée, entre les inniusde l'autorité, en institution menaçante. Apres avoir créé la plupart

et les pitifl poignantes de nos douleurs , le pouvoir a prëtondn oommnnder à riionanie jusque dans ses consolations. La religion dogmatique, puissance hostile et persécutrice, a voulu soumettre à son joug Fimagination dans ses besoins. Elle est devenue un fléau plus terrible que ceux qu'elle était destinée à faire oublier.

De In , dnns tous les siècles où les hommes ont réclamé leur indépendance morale, cette résistance à la religion , qui a paru dirigée contre la plus douce des affections, et qui ne Tétait en effet que contre la plus oppressive des tyrannies. L'intolérance, en plaçant la force du côte de la ibi, a placé le courage du c6ié du doute; la foreur des eroyanta a exalté fa vanité des incrédules, et l'homme est arrivé de la sorte à se faire un mérite d'un système qu'il eût naturellement dû considérer comme un malheur. La persécution provoque la résistance. L'autorité, quand elle menace une opinion quelle qu'elle soit, excite à la manifestation de cette opinion tous les esprits qui ont quelque valeur. II y a dans l'homme un principe de révolte contre toute contrainte intellectuelle. Ce principe peut aller jusqu'à la fureur; il peutè^re la cause de beaucoup de crimes; mais il tient <î tout ce qu'il y a de noble au fond de notre âme.

Je me suis senti souvent frappé de tristesse et d'étonnement en lisant le fameux Système de la nature. Ce long acharnement d'un vieillard à fermer devant lui tout avenir, cette inexplicable soif de la destruction, cette haine aveugle et presque féroce contre une idée douce et consolante, me paraissaient un bizarre délire; mais je le concevais toutefois en me rappelant les dangers dont l'autorité entourait cet écrivain. De tout tem})s on a troublé la réflexion des hommes irréligieux; ils n'ont jamais eu le temps ou la liberté de considérer à loisir leur propre opinion : elle a toujours été pour eux une propriété qu'on voulait leur ravir; ils ont songé moins à l'approfondir qu'à la justifier ou à la défendre. Mais laissez-les

en paix ; il jetteront bientôt un triste regard sur le monde qu'ils ont dépeu- ])lé de l'intelligence et de la bonté suprême; ils s'étonneront eux-mêmes de leur victoire; l'agitation de la lutte, la soif de reconquérir le droit d'examen, toutes ces causes d'exaltation ne les soutiendront plus; leur imagination, naguère tout occupée du succès, se retournera désœuvrée et comme déserte sur elle-même ; ils verront l'homme seul sur une terre qui doit l'engloutir. L'univers est sans vie : des générations passagères, fortuites, isolées , y paraissent, souffrent, meurent. Mul lien n'existe entre ces générations, dont le partage est ici la douleur , plus loin le néant. Toute communication est rampue entre le passé , le présent et l'avenir^ aucune voix ne se prolonge des races qui ne sont plus aux races vivantes, et la voix des races vivantes doit s'abîmer un jour dans le même silence éternel. Qui ne sent que si l'incrédulité n'avait pas rencontré l'intolérance , ce qu'il y a de décourageant dans ce système aurait agi sur l'àrae de ses sectateurs , de manière à les retenir au moins dans l'apathie et dans le silence?

Je le répète. Aussi longtemps que l'autorité laissera la religion parfaitement indépendante, nul n'aura intérêt d'attaquer la religion; la pensée raciue n^cn viendra pas ; mais si l'autorité prétend la défendre , si elle veut surtout s'en faire une alliée , l'indépendance intellectuelle ne tardera pas à l'attaquer.

Do quelque manière qu*un gouYeraeinent intervienne dans ce qui n rapport à la religion , il fait du mal.

Il fait du mal lorsqu'il veut maintenir la religion contre Tesprit d'examen , car l'autorité ne peut agir sur la conviction ; elle n'agit que sur Tiniérèt. En n'accordant ses faveurs qu'aux hommes qui professent les opinions consacrées , que gagne-t-elle? d'écarter ceux qui avouent leur pensée, ceax qui par conséquent ont au moins de la franchise ; les autres, par un facile mensonge, savent éluder ces précautions; elles atteignent les hommes scrupuleux, elles sont sans force contre ceux qui sont ou deviennent corrompus.

Quelles sont d'ailleurs les ressources d'un gouvernement pour favoriser une opinion? €onfîera-t-il exclusivement à ses sectateurs les fonctions importantes de l'état? Mais les individus repoussés s*irriteront de la préférence. Fera-t-il écrire ou parler pour l'opinion qu'il protège? d'autres écriront ou parleront dans un sens contraire. Restreindra -t-il la liberté des écrits, des paroles, de l'éloquence, du raisonuement, de l'ironie même ou de la déclamation? Le voilà dans ane carrière nouvelle; il ne s'occupe plus à favoriser ou à convaincre , mais à étouffer ou à punir. Penset-il que ses lois pourront saisir toutes les nuances et se graduer en proportion ? Ses mesures répressives seront-elles douces , on les bravera , elles ne feront qu'aigrir sans intimider; seront*eiles sévères, le voilà persécutear. Une fois sur cette pente glissante et rapide , il cherche en vain à s'arrêter.

Mais ses persécutions mêmes , quel succès pourrait-il en espérer? Aucun roi , que je pense, ne fut entouré déplus de prestiges que Louis XIV. L'honneur, la vanité , la mode, la mode toute puissante , s'étaient placés , sous son règne, dans l'obéissance. Il prêtait à la religion l'appui du trône et celui de son exemple. II attachait le salut de son àme au maintien des pratiques les plus rigides, et il avait persuadé à ses courtisans que le salut de l'âme du Roi était d'une particulière importance. Cependant, malgré sa sollicitude toujours croissante , malgré l'austérité d'une vieille cour , malgré le souvenir de cinquante années de gloire, le doute se glissa dans les esprits, même avant sa mort. Nous voyons, dans les mémoires du temps, des lettres interceptées , écrites par des flatteurs assidus de Louis XIV , et offensantes également, nous dit madame de Maintenon , à Dieu et au Roi. Le Roi mourut. L'impulsion philosophique renversa toutes les digues; le raisonnement se dédommagea de la contrainte qu'il avait impatiemment supportée , et le résultat d'une longue compression fut l'incrédulité poussée à l'excès.

L'autorité ne fait pas moins de mal et n'est pas moins impuissante , lorsqu'au milieu d'un siècle sceptique, elle veut rétablir la religion. La religion doit se rétablir seule par le besoin que l'homme en a ; et quand on l'inquiète par des considérations étrangères , on l'empêche de ressentir toute la force de ce besoin. L'on dit , et je le pense , que la religion est dans la nature ; il ne faut donc pas couvrir sa voix par celle de l'autorité. L'intervention des gouvernements pour la défense de la religion , quand l'opinion lui est défavorable , a cet inconvénient particulier, que la religion est défendue par des hommes qui n'y croient pas : les gouvernants sont soumis comme les gouvernés à la marche des idées humaines. Lorsque le doute a pénétré dans la partie éclairée d'une nation, il se fait jour dans le gou-

verncment nicme. Or, dans tous les temps, les opinions ou la vanité sont plus fortes que les intérêts. C'est en vain que les dépositaires de l'autorité se disent qu'il est de leur avantage de favoriser la religion : ils peuvent déployer pour cile leur puissance , mais ils ne sauraient s'astreindre à lui témoigner des égards. Ils* trouvent quelque jouissance à mettre le public dans la confidence de leur arrière-pensée : ils craindraient de paraître convaincus , de peur d'être pris pour des dupes ; si leur première phrase est consacrée à commander la crédulité , la seconde est destinée à reconquérir pour eux les honneurs du doute, et l'on est mauvais missionnaire, quand on veut se placer au-dessus de sa propre profession de foi (1).

Alors s'établit cet axiome , qu'il faut une religion au peuple ; axiome qui flatte la vanité de ceux qui le répètent , parce qu'en le répétant, ils se séparent de ce peuple auquel il faut une religion.

Cet axiome est faux par lui-même , en tant qu'il implique que la religion est plus nécessaire aux classes laborieuses de la société , qu'aux classes oisives et opulentes. Si la religion est nécessaire, elle Test également à tous les hommes et à tous les degrés d'instruction. Les crimes des classes pauvres et peu éclairées ont des caractères plus violents , plus terribles , mais plus faciles en même temps à découvrir et à réprimer. La loi les entoure , elle les saisit, elle les comprime aisément, parce que ces crimes la heurtent d'une manière directe. La corruption des classes supérieures se nuance , se diversifie, se dérobe aux lois positives, se joue de leur esprit en éludant leurs formes , leur oppose d'ailleurs le crédit, l'influence, le pouvoir.

Raisonnement bizarre ! le pauvre ne peut rien ; il est environné d'entraves; il est garotté par des liens de toute espèce; il n'a ni prolecteurs ni soutiens; il peut commettre un crime isofé , mais tout s'arme contre lui dès qu'il est coupable. Il ne trouve dans ses juges, tirés toujours d'une classe ennemie , aucun ménagement ; dans ses relations , impuissantes comme lui , aucune chance d'impunité ; sa conduite n'influe jamais sur le sort général de la société dont il fait partie , et c'est ^ntre lui seul que vous voulci la garantie mystérieuse de la religion ! L^^che, au contraire, est jugé par ses pairs . par ses alliés, par des hommes sur qui rejaillissent tonjours plus ou moins les peines qu'ils lui infligent. La société lui prodigue ses secours : toutes les chances matérielles et morales sont pour lui, par reifet seul de la richesse ; il peut influer au loin , il peut bouleverser ou corrompre ; et c'est cet être puissant et favorisé que vous voulez affranchir du joug qu'il vous semble indispensable de faire peser sur un être faible et désarmé !

Je dis tout ceci dans l'hypothèse ordinaire, que la religion est surtout précieuse comme fortifiant les lois pénales ; mais ce n'est pas mon opinion. Je place la religion plus haut , je neHIa considère point comme le supplément de la potence et de la roue. Il y a une morale commune fondée sur le calcul , sur l'intérêt , sur la siiretc , et qui peut à la rigueur se passer de la religion. Elle peut s'en passer dans le riche, parce qu'il réfléchit; dans le pauvre . parce que la loi l'épouvante , et que d'ailleurs ses occupations étant tracées d'avance , l'habitude d'un travail constant produit sur sa vie l'efiet de la réflexion ; mais malheur au peuple qui n'a que cette morale

(1) On remorquait cette tendance bien évidemment dans les hommes en place, dans plusieurs de ceux mrmes qui éinient à la tête de l'Eglise sous Louis XV el sous Louis XVÏ.

oommane ! C*est pour crëer une morale plus élevëe que la religion me 8em>ble désirable : je Tinvoque , non pour réprimer les crimes grossiers, mais pour ennoblir toutes les vertus.

Les défenseurs de la religion croient souyent faire merveille, en la reprë* sentant surtout comme utile. Que diraient-ils , si on leur démontrait qu'ils rendent le plus mauvais service à la religion?

De même qu'en cherchant dans toutes les beautés do la nature , un but positif, un usage immédiat, une application à la rie habituelle, on flétrit tout le charme de ce magnifique ensemble , en prêtant sans cesse à la religion une utilité vulgaire , on la met dans la dépendance de cette utilité. Elle n'a plus qu'un rang secondaire , elle ne parait plus qu'un moyen , et , par-Jà même , elle est avilie.

L'axiome qu'il faut une religion au peuple est en outre ce qu'il y a de plus propre à détruire toute religion. Le peuple est averti , par un instinct assez sûr , de ce qui se passe sur sa tête. La cause de cet instinct est la même que celle de la pénétration des enfants, et de toutes les classes dépendantes. Leur intérêt les éclaire sur la pensée secrète de ceux qui disposent de leur destinée. On compte trop sur la bonhomie du peuple , lorsqu'on espère qu'il croira longtemps ce que ses chefs refusent de croire. Tout le fruit de leur artifice , c'est que le peuple qui les voit incrédules , se détache de sa religion, sans savoir pourquoi. Ce que l'on gagne en piphibant l'examen, c'est d'empêcher le peuple d*être éclairé, mais non d'être impie. Il devient impie par imitation ; il traite la religion de chose niaise et de duperie, et chacun la renvoie à ses inférieurs, qui, de leur côté , s'empressent de la repousser encore plus bas. Elle descend ainsi chaque jour plus dégradée; elle est moins menacée lorsqu'on l'attaque de toutes parts; elle peut alors se réfugier au fond des âmes sensibles ; la vanité ne craint pas de faire preuve de sottise et de déroger en la respectant.

Qui le croirait! l'autorité fait du mal , même lorsqu'elle veut soumettre a sa juridiction les principes de la tolérance ; car elle impose à la tolérance des formes positives et fixes, qui sont contraires a sa nature. La tolérance n^est autre chose que la liberté de tous les cultes présents et futurs. L'empereur Joseph II voulut établi^la tolérance, et, libéral dans ses vues, il commença par faire dresser un vaste catalogue de toutes les opinions religieuses professées par ses sujets. Je ne sais combien furent enregistrées, pour être admises au bénéfice de sa protection. Qu'arriva-t-il? un culte qu'on avait oublié vint à se montrer tout à coup , et Joseph II , prince tolérant, lui dit qu'il était venu trop tard. Les déistes de Bohême furent persécutés, vu leur date , et le monarque philosophe se mit à la fois en hostilité contre le Brabant qui réclamait la domination exclusive du catholicisme, et contre les malheureux Bohémiens , qui demandaient la liberté de leur opinion.

Cette tolérance limitée renferme une singulière erreur. L'imagination seule peut satisfaire aux besoins de Timagination. Quand dans un empire vous auriez toléré'vingt religions , vous n'auriez rien fait encore pour les sectateurs de la vingt -et- unième. Les gouvernements qui s'imaginent laisser aux gouvernés une latitude convenable , en leur permettant de choisir entre un nombre fixe de croyances religieuses , ressemblent à ce Français qui,arritédnns une ville d'Âllemagnedont les habitants voulaient appren-

dre rUalicn, leur donnait le choix entre le basque ou le bas-breton.

Cette multitude des sectes dont on s^épou vante , est ce qu'il y a pour la religion de plus salutaire ; elle fait que la religion ne cesse pas d*être un sentiment pour devenir une simple forme, une ^habitude presque mécanique 9 qui se combine avec tous les vices , et quelquefois avec tous les crimes.

Quand Ift religion dégénère de la sorte , elle perd toute son influence sur la morale ; elle se loge , pour ainsi dire , dans une case des têtes humaines , où elle reste isolée de tout le reste de Texistence. Nous voyons en Italie la messe précéder le meurtre, la confession le suivre, la péniteD0e l'absoudre , et l'homme ainsi délivré du remords se préparer à des meurtres nouveaux.

Rien n'est plus simple. Pour empêcher la subdivision des sectes, il faut empêcher que l'homme ne réfléchisse sur sa religion , il faut donc empêcher qu'il ne s'en occupe ; il faut la réduire à des symboles que l'on répète , à des pratiques que Ton observe. Tout devient extérieur , tout doit se faire sans examen , tout se fait bientôt par-là même sans intérêt et sans attention.

Je ne sais quels peuples mogols, astreints par leur culte à des prières fréquentes, se sont persuadés que ce qu'il y avait d'agréable aux dieux dans les prières, c'était que l'air, frappé par le mouvement des lèvres « leur prouvât sans cesse que l'homme s*occupait d'eux. En conséquence Ges peuples ont inventé de petits moulins à prières, qui, agitant l'air d'une certaine façon , entretiennent perpétuellement le mouvement désiré , et pendant que ces moulins tournent , chacun , persuadé que les dieux sont satisfaits , vaque sans inquiétude à ses affaires ou à ses plaisirs. La religion , chez plus d'une nation européenne , m'a rappelé souvent les petits moulins des peuples mogols.

La multiplication des sectes a pour la morale un grand avantage. Toute les sectes naissantes tendent a se distinguer decellesdont elles se séparent, par une morale plus scrupuleuse , et souvent aussi la secte qui voit s'opérer dans son sein une scission nouvelle, animée d'une émulation recommandable, ne veut pas rester, dans ce genre, en arrière des novateurs. Ainsi l'apparition du protestantisme réforma les mœurs du clergé catholique. Si l'autorité ne se mêlait point de la religion , les sectes se multiplieraient à l'infini : chaque congrégation nouvelle chercherait à prouver la bonté de sa doctrine , par la pureté de ses mœurs : chaque congrégation délaissée voudrait se défendre avec les mêmes armes. De là résulterait une heureuse lutte où l'on placerait le succès dans une moralité plus austère : les mœurs s'amélioreraient sans efforts par une impulsion naturelle et une honorable rivalité. C'est ce que l'on peut remarquer en Amérique, et même en Ecosse, où la tolérance est loin d'être parfaite, mais où cependant le presbytérianisme s'est subdivisé en de nombreuses ramifications.

Jusqu'à présent la naissance des sectes , loin d'être accompagnée de ces effets salutaires , a presque toujours été marquée par des troubles et par des malheurS;. C'est que l'autorité s'en est mêlée. A sa vtrix, par son action indiscrète, les moindres dissemblances , jusqu'alors innocentes et même utiles , sont devenues des germes de discorde.

Frédéric Guillaume, le père du grand Frédéric , étonné de ne pas voir régner dans la religion de ses sujets la même discipline que dans ses caser-

nés, Yoalatunjour réunir les luthériens et les réformés; il retrancha de leurs formules respectives ce qui occasionnait leurs dissentiments , et leur ordonna d'être d'accord. Jusqu'alors ces deux sectes avaient vécu séparées,mais dans une intelligence parfaite. Condamnées à Tunion , elles commencèrent aussitôt une guerre acharnée , s'attaquèrent entre elles et résistèrent à l'autorité. A la mort de son père , Frédéric II monta sur le trône ; il laissa toutes les opinions libres : les deux sectes se combattirent sans attirer ses regards ; elles parlèrent sans être écoutées ; bientôt elles perdirent Tespoir du succès et l'irritation de la crainte; elles se turent, les diflerences subsistèrent, et les dissentions furent apaisées.

£q s'opposant a la multiplication des sectes , les gouvernements méconnaissent leurs propres intérêts. Quand les sectes sont très-nombreuses dans un pays , elles se contiennent mutuellement , et dispensent le souverain de transiger avec aucune d'elles. Quand il n'y a qu'une secte dominafite, le pouvoir est obligé de recourir à raille moyens pour n'avoir rien à en craindre. Quand il n'y en a que deux ou trois, chacune étant assez formidable pour menacer les autres, il faut une surveillance, une répression non interrompue. Singulier expédient! Vous voulez, dites- vous, maintenir la paix , et pour cet effet vous empêchez les opinions de se subdiviser de manière à partager les hommes en petites réunions faibles ou imperceptibles^ et vous constituez trois ou quatre grands corps ennemis que vous mettez en présence, et qui, grâces aux soins que vous prenez de les conserver nombreux et puissants, sont prêts à s'attaquer au premier signal !

Tellessontles conséquences de l'intolérance religieuse; mais l'intolérance irréligieuse n'est pas moins funeste. L'autorité ne doit jamais proscrire une religion , même quand elle la croit dangereuse. Qu'elle punisse les actions coupablesqu'une religion faitcommettre, non comme actions religieuses mais comme coupables : elle parviendra facdement à les réprimer. Sielle les attaquait comme religieuses, elle en ferait un devoir, et si elle voulait remonter jusqu'à Topinion qui en est la source , elle s'engagerait dans un labyrinthe de vexations et d'iniquités , qui n'aurait plus de ternie. Le seul moyen d'affaiblir une opinion , c'est d'établir le libre examen. Or, qui dit examen libre , dit éloignement de toute espèce d'autorité , absence de toute intervention collective; l'examen est essentiellement individuel.

Pour que la persécution, qui naturellement révolte les esprits et les rattache à la croyance persécutée, parvienne au contraire à détruire cette croyance , il faut dépraver les âmes ; et l'on ne porte pas seulement atteinte à la religion qu'on veut détruire , mais à tout sentiment de morale et de vertu. Pour persuader à un homme de mépriser ou d'abandonner un de ses semblables , malheureux à cause d'une opinion , pour l'engager à quitter aujourd'hui la doctrine qu'il professait hier , parce que tout à coup elle est menacée, il faut étouffer en lui toute justice et toute fierté.

Borner, comme on l'a fait souvent parmi nous, les mesures de rigueur aux ministres d'une religion, c'est tracer une limite illusoire. Ces mesures atteignent bientôt tous ceux qui professent la même doctrine , et elles atteignent ensuite tous ceux qui plaignent le malheur des opprimés. « Qu'on ne me dise pas, écrivait M. de Clermont-Tonnerre , en 1791 , et l'événement a doublement justifié sa prédiction , qu'on ne me dise pa0 qu'en pour-

suivant à outrance les prêtres qu'on appelle rëfractaires , on éteindra toute opposition ; j'espère le contraire ;^ et je l'espère par estime pour la nation française ; car toute nation qui cède à la force en matière de conscience , est une nation tellement yile, tellement corrompue, que l'on n'en peut rien espérer ni en raison , ni en liberté. » La superstition n'est funeste [que lorsqu'on la protège ou qu'on la menace : ne l'irritez pas par des injustices , ôtez-lui seulement tçut moyen de nuire par des actions , elle deviendra d'abord une passion innocente, et s'éteindra bientôt , faute de pouvoir intéresser par ses souffrances , ou dominer par l'alliance de l'autorité.

Erreur ou vérité ; la pensée de l'homme est sa propriété la plus sacrée ; erreur ou vérité , les tyrans sont également coupables lorsqu'ils l'attaquent. Celui qui proscrit au nom de la philosophie la superstition spéculative , celui qui proscrit au nom de Dieu la raison indépendante, méritent également l'exécration des hommes de bien.

Qu'il me soit permis de citer encore en finissant , M. de Clermont-Tonnerre. On ne l'accusera pas de principes exagérés. Bien qu'ami de la liberté, ^ ou peut-être parce qu'il était ami de la liberté , il fut presque toujours ^ ; repoussé des deux partis dans l'assemblée constituante ; il est mort victime de sa modération : son opinion , je pense , paraîtra de quelque poids, tt La religion et l'Etat, disait-il, sont deux choses parfaitement distinctes , parfaitement séparées , dont la réunion ne peut que dénaturer Tune et l'autre. L'homme a des relations avec son créateur; il se fait ou il reçoit telles ou telles idées sur ces relations: on appelle ce système d'idées religion. La religion de chacun est donc l'opinion que chacun a de ses relations avec Dieu. L'opinion de chaque homme étant libre , il peut prendre ou ne pas prendre telle religion. L'opinion de la minorité ne peut jamais être assujettie à celle de la majorité ; aucune opinion ne peut donc être commandée par le pacte social. La religion est de tous les temps, de tous les lieux , de tous les gouvernements; son sanctuaire est dans la conscience de l'homme, et la conscience est la seule faculté que l'homme ne puisse jamais sacrifier à une convention sociale. Le corps social ne doit commander aucun culte, il n'en doit repousser aucun. »

Mais de ce que l'autorité ne doit ni commander ni prescrire aucun culte , il n'en résulte point qu'elle ne doive pas les salarier. Il n'est pas bon de mettre dans l'homme la religion aux prises avec l'intérêt pécuniaire. Obliger le citoyen à payer directement celui qui est en quelque sorte son interprète auprès du Dieu qu'il adore , c'est lui offrir la chance d'un profit immédiat , s'il renonce à sa croyance ; c^est lui rendre onéreux des sentiments que les distractions du monde pour les uns, et ses travaux pour les autres, ne combattent déjà que trop. On a cru dire une chose philosophique , en affirmant qu'il valait mieux défricher un champ que payer un prêtre ou bâtir un temple; tnais qu'est-ce que bâtir un temple, ou payer un prêtre, sinon reconnaître qu'il existe un être bon, juste etpuissant, avec lequel on est bien aise d'être en communication ? J'aime que l'état déclare en salariant, je ne dis pas un clergé, mais les prêtres de toutes les communions qui sont un peu nombreuses, j'aime, dis-je, que l'état déclare ainsi que cette communication n'est pas interrompue , et que la terre n'a pas renié le ciel.

Les sectes naissantes n'ont pas besoin que la société se charge de l'entretien de leurs prêtres. Elles sont dans toute la ferveur d^une opinion qui

commence, et d'une conyiction profonde. Mais dès qu'une secte est par- Tenue à réunir autour de ses autels un nombre un peu considérable de membres de l'association générale , cette association doit salarier la nouvelle église. En les salariant toutes , le fardeau devient égal pour tous , et au lieu d'être un privilège , c'est une charge commune , et qui se répartit également (1).

Il en est de la religion comme des grandes routes : j'aime que l'état les entretienne , pourvu qu'il laisse à chacun le droit de préférer les sentiers.

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