‹ Cours de politique constitutionnelle (volume 3)Chapitre 84 sur 105 · CHAPITRE m · texte numérisé non relu

CHAPITRE m

Des devoirs du gouvernement dans les réactions contre les idées.

Si , dans les réactions contre les hommes , le gouvernement a surtout besoin de fermeté , dans les réactions contre les idées , il a besoin surtout de réserve. Dans les unes , il faut qu'il agisse ;:^ans les autres , qu'il maintienne. Dans les premières, il importe qu'il fasse tout ce que la loi ordonne; dans les secondes , qu'il ne fasse rien de ce que la loi ne commande pas.

Les réactions contre les idées portent sur des institutions ou sur des opinions. Or, les institutions ne demandent que du temps, les opinions que de la liberté.

Entre les individus et les individus , le gouvernement doit mettre une force répressive ; entre les individus et les institutions , une force conservatrice ; entre les individus et les opinions il n'en doit mettre aucune.

Lorsque vous avez établi une institution , ne vous irritez pas de ce qu9n la désapprouve. Ne cherchez pas à empêcher qu'on ne déclame contre elle : n'exigez la soumission que d'après les formes et devant la loi. Ignorez l'opposition ; supposez l'obéissance ; maintenez l'institution : avec la loi , les formes et le temps , l'institution triomphera.

Lorsque vous avez , je ne dirai pas établi une opinion , Dieu vous préserve d'en établir, mais renversé la puissance de quelque opinion qui fut jadis un dogme , ne vous effrayez pas de ce qu'on la regrette ; ne prohibez pas l'expression de ces regrets ; n'allez pas lui décerner les honneurs de l'intolérance : feignez d'ignorer son existence même ; opposez à son importance votre oubli ; laissez à qui le voudra le soin de la combattre ; il se présentera des combattants, n'en doutez pas , lorsque l'odieux du pouvoir ne rejaillira plus sur la cause. Ne comprimez que les actions, et bientôt l'opinion , examinée , appréciée , jugée , subira le sort de toutes les opi<* nions que la persécution n'ennoblit pas , et descendra pour jamais de sa dignité de dogme.

La justice prescrit au gouvernement cette conduite, la prudence encore la lui prescrit.

Les réactions contre les hommes n'ont qu'un but, la vengeance, et qu'un moyen , la violation de la loi ; le gouvernement n'a donc à prévenir que des délits précisés d'avance. Mais les réactions contre les idées sont variées a l'infini , et les moyens sont plus variés encore. Si le gouvernement veut être actif , au lieu d'être simplement préservateur , il se condamne à un travail sans fin ; il faut qu'il agisse contre des nuances : il se dégrade par tant de mouvements pour des objets presque imperceptibles. Ses efforts , renouvelés sans cesse , paraissent puérils : vacillant dans son système , il est arbitraire dans ses actes : il devient injuste , parce qu'il est incertain ; il est trompé , parce qu'il est injuste.

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