‹ Cours de politique constitutionnelle (volume 3)Chapitre 91 sur 105 · EN · texte numérisé non relu

EN

, EXTRAIT DU COKPTB-BEIfDU DE ■. SAINlfBTIUE.

La prétendue conspiration du8 juin 1817, à Lyon, est un de ces événements trop communs dans les temps de parti, et dont il est utile de perpétuer le souvenir. En conséquence, j^ai cru devoir consigner ici Tanalyse que j^aî publiée dans la Minerve , du compte-rendu au gouvernement et au public par M. Sainneville. Si à une époque éloignée l^on veut juger les temps dans lesquels nous avons vécu, et les hommes que nous avons dû combattre, cette analyse pourra répandre quelque lumière sur ces temps et sur ces hommes.

Il fut un temps où quiconque se serait permis de révoquer en doute la conspiration de Lyon, eût couru le risque d'être déclaré l'un des conspira* leurs. Il fallait ajouter foi au mensonge pour ne pas être accusé de craindre la vérité. Il fallait applaudir aux bourreaux pour ne pas être placé parmi les victimes. Ce temps n'est plus. Les ouvrages du colonel Fabvier et de M. Sainneville ont répandu la lumière sur ces événements déplorables. Mais, comme les factions étant toujours les mêmes, leurs manœuvres peuvent se renouveler sans cesse, il est bon d'en garder le souvenir, et de perpétuer, dans les temps qui suivront, l'horreur qu'elles inspirent.

Cependant l'écrivain qui entreprend ce travail nécessaire est arrêté dans son zèle par une difficulté que l'état actuel de notre législation sur la presse rend presque insurmontable.

M. de Chabrol et M. le général Canuel d'une part , dans des degrés dififérents, mais dans le même sens, et M. Sainneville de l'autre, exposent, sur la conspiration de Lyon, d'une manière également affirmative, des faits directement opposés . Ces faits ne sont pas du genre de ceux sur lesquels l 'une des par-

lies peut se tromper, et sur lesquels, par conséquent, Ton peut adopter la version de ]*autre partie, sans inculper la véracité, les intentions, la moralité de celle a qui Ton accorderait moins de confiance. Acteurs ou témoins dansées événements mémorables, les trois écrivains ci-dessus nommés(nous laissons de côté M. de Fargues, parce qu'il est mort) n*ont pu tomber dans aucune erreur involontaire sur des faits positifs, arrivés sous leurs yeux, et dont ils ont recueilli, constaté, analysé toutes les circonstances. Si Ton en croit M. Sainneville, les moyens de police employés pendant son absence par diverses autorités, et nommément par l'autorité militaire , ont transformé en conspiration coupable, en révolte ouverte , des mécontentements partiels, isolés, qui, sans l'intervention de cette police occulte, se seraient évaporés d'une manière, sinon innocente, au moins inoffensive. L'on a excité des malheureux pour les dénoncer ; Ton a compris dans ces dénonciations des citoyens irréprochables. Des lois sévèces ont été appliquées avec une rigueur sans mesure et sans justice à des infortunés moins coupables que ceux qui leur avaient tendu ces détestables embûches. Si Ton en croit M. le lieutenantgénéral Ganuel , un vaste complot menaçait de bouleverser la monarchie. Des épiciers , des cabaretiers , un tambour-major , un prêtre marié , des blanchisseurs, des tisserands, des tailleurs d'habits, des maçons, et, pour commander l'expédition , quelques officiers en retraite , avaient projeté de conquérir la France au profit d'une dynastie illégitime. Leurs moyens étaient prêts, leur succès possible. Ceux qu'on flétrit du nom de provocateurs et de délateurs ont sauvé l'Etat en engageant les traîtres à se démasquer. Tous les jugements ont été justes; et l'excès, s'il a eu lieu, a été du côté de l'indulgence , et non de la sévérité.

Les contradictions ne sont pas moins étonnantes , et pour nous , comme on le verra tout à l'heure , elles ne sont pas moins inquiétantes, quand il s'agit des faits particuliers. Messieurs les commandants de la force armée déclarent, par écrit, qu'ils n'ont eu aucun agent ou employé de police. M. le lieutenant-général Canuel affirme deux fois, dans son mémoire, que ces agents appartenaient tous au lieutenant de police civile; et M. Sainneville cite les noms et rapporte en entier les interrogatoires d'agents dirigés exclusivement , et à son insu , par messieurs les généraux , et il produit une quittance signée par M. Canuel, pour frais de haute police. .

Si les événements de Lyon étaient déjà àa domaine de l'histoire , ou s nous en étions au moins séparés par plusieurs années, nous pourrions examiner , sans concevoir d'alarmes , les documents qui nous sont présentés. Nous pèserions l'autorité des affirmations , celle des démentis , la vraisemblance des explications; et, nous le croyons , il serait facile de démêler le faux du vrai , le raisonnable et le possible de l'exagéré et de l'absurde. 11 y a six mois que nous aurions suivi cette marche franchement et sans crainte. Mais aujourd'hui plusieurs jurisprudpnces se sont introduites , que nous ne blâmons pas , mais qui nous jettent dans des embarras inextricables. Messieurs les chefs militaires ont été nommés par le roi : copier ce que M. Sainneville rapporte sur eux, c'est , nous apprend-on, affaiblir indirectement le respect dû à la majesté royale. Les juges des cours prévôtales doivent leur institution au pouvoir suprême , de qui émane toute magistrature : extraire ce que M. Sainneville dit de l'excessive sévérité de leur jugement, c'est, d'après la doctrine nouvelle , porter à l'aij^torité du monarque une atteinte indirecte ; et , en effet , un écrivain vient d'être

condamné à des peines rigoureuses : et l'un des motifis de sa condamnation est qu'il s'est permis nominativement contre M. le général Canuel et les cours prévôtaîes , un peu moins que ce qu'affirme M. Sainne ville. D'un autre côté, ce dernier est aussi investi d'une nomination auguste : nier ses assertions serait évidemment , suivant le nouveau système , manquer de respect à la source sacrée de laquelle il tient ses pouvoirs. Si nous disons que ce que M. Canuel a dit est vrai , nous inculpons M. Sainneville , et le ministère public a été invité à commencer d'office des procédures contre toute inculpation de ce genre. Si nous ajoutons foi aux pièces produites par M. Sainneville , nous sommes exposés aux mêmes dangers de la part du même ministère , nous poursuivant d'office dans l'intérêt de M. Canuel. Si nous disons oui , il y a poursuite ; et il y a poursuite si nous disons non.

Ce n'est pas tout : parler des malheurs ae Lyon sans faire allusion , de manière ou d'autre , à ceux que M. Canu^t^^ppelle des citoyens hon* nètes , et M. Sainneville d'infâmes délateurs , n'est pas praticable. Or , si nous faisons allusion à la part qu'ils ont prise à ces événements pour les blâmer, ces agents , qui sont domiciliés dans diverses parties du royaume, peuvent nous attaquer au lieu de leur domicile. Si , à l'exemple du général €anuel , nous louons leur zèle infatigable , il y a parmi ceux qu'ils avaient dénoncés, des hommes dont l'innocence a été reconnue , et qui pourront, à leur tour, nous faire traîner à deux cents lieues de Paris, pour avoir appuyé de notre suffrage les impostures de leurs calomniateurs.

Remarquez qu'il n'est pas question de ces interprétations dont tous les écrivains peuvent s'inquiéter. Nous sommes pour le moment rassurés sur ce point. M. de Marchangy a fait succéder à son plaidoyer contre M. Fiévée, plaidoyer fécond en interprétations subtiles et ingénieuses , un plaidoyer contre un autre ouvrage ; et il a déclaré , cette fois , qu'il n'interpréterait point , parce que tout ce qui avait besoin d'interprétation n'était pas dangereux (1), déclaration dont nous laissons à M. Fiévée à se prévaloir. Mais il est question de faits positifs, simples, clairs, dégagés de tout raisonnement ; de faits matériels qu'il faut nier ou admettre. Or, que nous admettions ces faits, que nous les niions, la nouvelle doctrine nous punit aussi sévèrement dans un cas que dans l'autre. Ecrire pour, écrire contre , écrire sur, est également dangereux. Tel est l'état où la presse est tombée; et, si l'on croyait nous réfuter en nous objectant ce qu'on publie ou ce que nous publions nous-mêmes, nous répondrions que le fait ne prouve nullement la garantie : qu'on passe au bas d'un glacier pendant que l'avalauche se détache , et que , si l'on échappe de quelques secondes , il ne s'ensuit pas que la route soit sûre ; il peut y avoir tolérance , indifférence , ménagement ou dédain ; mais il^y a hasard (2) , il n'y a pas liberté.

Que ne gardez-vous le silence ? nous dira-t-on. Mais est-il croyable que

(1) Moniteur du 14 mai.

(1) Cela est si yrai , que le ministère public lui-même nous parle d^écrÎTâins qui it croient courageux parce qu^ils sont épargnés. Mais , s^ils sont épargnés , ils sont donc coapables : car on n^a jamais dit des innocents qu*on les épargnait. Le ministère public cboisit donc ceux qu*il épargne et ceux qu*il n*épargne pas. Il a donc ou il s*arroge un pouvoir discrétionnaire. Ce n*est point le délit, c^est sa volonté qui décide s*il y aura ou non poursuite. Toutes les subtilités du monde n*empêcheront pas ce système d^étre , de tous les systèmes , le plus contraire à la liberté.

telle soit l'intention du gouvemement? Des écrits contradictoires sont pU' bliës. Ils intéressent la vie , Thonneur, la tranquillité , la loyauté des habitants d'un des premiers départements de ]a France. Ils sont signés respectivement par des fonctionnaires élevés en dignités, et qui conservent des fonctions éroinentes. Ils circulent de Taveu et sous les regards de l'autorité. L'on n'a poursuivi aucun de leurs auteurs. L'on nous a permis de les acheter et de les lire. Ces écrits répandent dans l'opinion publique l'agitation qui résulte toujours d'allégués diamétralement destructifs les uns des autres , agitation que la découverte et la démonstration de la vérité peuvent seules apaiser. Et l'autorité voudrait que l'opinion restât dans cette agitation , daiis cette inquiétude , conséquence inévitable d'un doute prolongé sur des objets qui ont rapport à la sûreté des citoyens et à la stabilité du gouvemement ? Non , certes , l'autorité est trop éclairée pour ne pas sentir que la question de la conspiration vraie ou prétendue qui a éclaté à Lyon en 1817, doit être éclaircie dans l'intérêt même de l^autorité. Car enfin il ne s'agit de rien moins que de savoir si une province de la France est pleine d'hommes désaffectionnés , malveillants, désirant le renversement de ce qui existe ; ou si , dans cette province , des agents subalternes , ou même des délateurs et des provocateurs volontaires, qui s'arrogeaient une mission pour l'obtenir ensuite , se sont disséminés , à l'insu du pouvoir suprême, et au mépris de la hiérarchie de tous les pouvoirs, pour inventer et exploiter des conspirations à leur profit. N'est-il pas évident que si la France reste dans le doute, ce doute aura des conséquences au moins pénibles , peut-être funestes? D'une part, si, ce que nous sommes loin de croire, mais ce que certaines gens semblent se complaire à insinuer, il existe dans le royaume des mécontents épars, sans chefs, sans point de réunion, et par là même sans moyens réels , n'est-il pas dangereux de leur laisser présumer qu'une vaste province aussi est mécont^te ; que les mécontents y sont en grand nombre ; que leurs trames , à peine brisées , peuvent se renouer, et que de la sorte une entreprise criminelle trouverait, sur ce point du royaume , de l'assentiment et de la sympathie? D'une autre part , l'opinion qiie des provocateurs soudoyés tendent des pièges à la classe pauvre et malheureuse pour l'entraîner à des attentats et la livrer à des geôliers et à des bourreaux, cette opinion, qui doit aliéner, révolter, démoraliser le peuple, en lui peignant ses adminbtrateurs comme des ennemis perfides, n'est-elle pas bonne à détruire , si en effet elle peut être détruite ? En n'éclaircissant rien , on laisse ces deux hypothèses désastreuses à la merci de qui veut s'en emparer. L'on réunit tous les inconvénients, l'on combine deux éléments de mécontentement et de désordre. Ce n'est pas là ce que peut vouloir une autorité juste et prudente.

Prouver à la France que ses habitants ne sâ&t point disposés à conspirer, et que leur attachement aux lois est tel qu'on ne peut les en faire défrier qu'en les trompant, c'est-à-dire, démontrer que l'immense majorité des Français veut le bon ordre et chérit la charte , c'est, nous le sentons, rendre service au gouvernement. Eh bien ! nous essaierons de contribuer à répandre cette conviction salutaire; mais nous ne nous déguisons point que c'est à nos risques et périls. Par une étrange complication de circonstances, de passions, d'intérêts mal entendus , on dirait que , pour plaire à certaines portions de l'autorité , il faut leur dire que l'autorité en général a nombre d'ennemis , et qu'un moyen de la flatter, c'est de se montrer per-

suadë qu*eUe est odieuse. Affinner que rien ne menace le repos pablic , appuyé , comme il doit Têtre , sur la justice et la liberté publique, est une assertion qui passe pour téméraire et demande du courage.

Ce préambule était nécessaire pour que nos lecteurs nous excusent si , dans le compte que nous allons rendre de TouTrage de M. Sainneville, nous nous interdisons toute réflexion , et si nous nous bornons à l'extraire et à le citer textuellement. La connaissance personnelle qu'a du caractère de ce fonctionnaire public l'un des auteurs de la Minerve en particulier, nous pénètre pour lui de beaucoup d'estime , et ses assertions sont poor nous , comme individus , d'un très-grand poids , mais, dans notre fonction de critiques , nous rapportons tous les faits sous sa garantie , et c'est pour cela que nous ne cbangerons aucune de sea paroles. Il n'y aura de différence entre son mémoire et notre analyse que la brièveté , et par là même, quelques transpositions indispensables pour que nos abréviations ne nuisent pas à la clarté , première qualité requise dans un exposé de faits.

«c Depuis deux ans on ne cessait de présenter le département du Rhône 1» comme un foyer de conspiration (p. 1)... Le 8 juin 1817 une horrible » catastrophe parut destinée àjusti6er ces bruits si longtemps propagés...^ » Le sang répandu en divers lieux par la hache fatale , et Je régime de n terreur partout adopté , semblaient attester la gravité du crime et le n nombre des coupables. Cependant, au milieu de ces scènes d'horreur, n des rapports contradictoires font naître des doutes graves sur l'existence » de la prétendue conspiration, sur la justice des rigueurs dont tant de » citoyens sont frappés : et bientôt on se demande avec effroi si c'est parmi » les accusateurs ou parmi les victimes qu'il faut chercher les véritables n criminels (p. 1 et 2). n C'est cette question que M. Sainneville se propose de résoudre. «cLa solution [serait difficile, observe- t-i 1 , si, avant d'exa- » miner les événements ej^ eux-mêmes , on ne se représentait pas les cir- » constances politiques dont ils ont été précédés, et au milieu desquels ils » ont pris naissance (p. 5).» Il commence donc par rappeler l'état de la France et de Lyon avant Tinsurrection du 8 juin. «Tous les bras se seraient » levés (au 20 mars), dit-il, s'il n'avait été question que de prendre la dé- » fense du monarque. Mais de certains hommes n'avaient vu dans le nou- » vel ordre de choses que le triomphe d'un parti. Ils avaient eu l'impru- » dence d'exciter des alarmes sur de grands intérêts. Quand on se vit placé » entre ces alarmes et un danger bien plus terrible , plusieurs furent assez » aveuglés pour ne pas voir que c'était ce danger qu'il fallait d'abord con- » jurer (p. 7). »

A Lyon , « les machinations de l'ile d'Elbe n'avaient point eu de com- » plices... La soumission de cette ville doit être attribuée aux événements » qui vinrent la surprendre... et surtout à l'exemple et aux ordres de M. de » Fargues , alors maire de Lyon. Ce magistrat ne crut pas devoir s'éloigner » ni se démettre de sa place , et la résignation d'un royaliste aussi pro- » nonce fit cesser toutes les irrésolutions (p. 9). w Nous ajouterons, comme fait 9 que nous avons sous les yeux la proclamation de M. de Fargues lors du retour de Napoléon. Elle est telle, qu*aucun de ses adhérents le$ plus enthousiastes n'aurait refusé de la signer. Elle est datée du 10 mars 1815, antérieure par conséquent de treize jours au départ du roi. Sans doute cette proclamation mémo n'était , dans M. de Fargues , qu'un acte de dévoûment de plus à la cause royale. L'accueil que son auteur a rencontré

après le 8 jaillet , et les fonctions qa*îl a remplies constamment depuis cette époque , en sont une preuve assez évidente. Mais cette proclamation, mal jugée par des hommes qui étaient placés trop loin des affaires pour en apercevoir les ressorts secrets , a pu les tromper ; de même que les places acceptées après le 20 mars par des fonctionnaires éminents , qui restaient à côté de Tusurpaleur pour servir le roi , ont pu être d'un exemple dangereux , malgré la pureté des motiis qui animaient les acceptants.

Après les cent jours , «un système de réaction fut bientôt établi (p. BJ.» <( L'ordonnance du 5 septembre mit un terme à cette réaction ; mais à n entendre le parti des réacteurs , cette ordonnance venait de rouvrir tous » les cratères %e la révolution. Elle immolait les véritables serviteurs du » roi à leurs ennemis communs. Elle attestait ainsi que S. M. n'était entoun rée que de traîtres (un seul ministre excepté) (p. 18)... Pour essayer de » convaincre le roi (de la vérité de ces assertions , que fallait-il ? Lut mon- » trer un peuple inquiet et séditieux, mourant de faim au milieu de ses n convulsions, attestant, par ses désordres, l'impuissance et les dangers » du système adopté , et menaçant sans cesse le trône d'une sanglante » catastrophe. Ce plan a-t-il en effet été conçu? L'exécution en a-telle été )» tentée et suivie? La France entière se lèvera pour répondre affirmative- » ment, parce que la France entière a été témoin et victime (p. 15 M et 16 ). »

M. Sainneville passe ensuite à ce qui regarde Lyon en particulier, u De >* secrets émissaires répandaient sans cesse de faux bruits , des nouvel- }i les alarmantes. Les bruits grossissaient, se dénaturaient de bouche en >» bouche , et dans leurs rapides progrès , étaient à peine reconnaissables n le soir aux yeux de ceux qui les avaient semés le matin (p. 16 )... Ces n manœuvres prirent yi lus d'intensité au moment des élections (p 18)... » Les généraux affectaient de vives inquiétudes... Ils présentèrent un rapn port dans une conférence (chez M. de Chabrol) (p. 19 )... L'invraisem- » blance des faits supposés était si grande , le silence absolu de tous mes » agents , continue M. Sainneville , sur des choses aussi difficiles à cacher , »i si extraordinaire, que je dus ajouter peu de confiance à ce récit ( p. 21).. • H Mais il était de mon devoir de vérifier ces faits avant d'arrêter mon opi- » nion. Pour diriger plus sûrement mes recherches , je priai les deux géné- » raux de me mettre en rapport avec les auteurs de ces étonnantes rêvé- » lations. Ils s'y refusèrent^ attestant qu'ils n'avaient ni agents, ni em- » ployés... Le résultat de mes perquisitions fut la preuve que tous les » faits consignés au rapport de MM. les généraux étaient aussi complète- A ment faux qu'ils m'avaient paru absurdes(p. 22)... »

Nous supprimons ce qui regarde d'autres révélations d'une fille que M. Sainneville voulut entendre, et qu'il ne put parvenir à voir, et les renseignements fournis par trois témoins , dont deux se présentaient comme agents secrets des généraux, qui avaient déclaré auparavant n'avoir point d'agents de cette espèce (p. 2^ et SB). » Je fus convaincu, dit M. Sainne- » ville , que tout se réduisait à des opinions et à des espérances coupables, » exprimées par des individus sans moyens et sans ressources... M. le comte » de Chabrol en eut la même opinion , et s'en exprima avec une égale » franchise dans une lettre qu'il écrivit au ministre de la police... Il y » disait que , si l'on pouvait faire honneur à un esprit de zèle des premiè- » res informations , il n'en était pas moins avéré qu'une tactique coupa-

i> ble a'en était emparée pour produire une agitation factice... Il parlait du )) sous-offîcier Gauthié (Fun des révélateurs) coiume d'un homme qui , au » lieu de se borner à rendre compte , avait pris Tinitiative, et proposé lui- ]> même des enrôlements en se disant Fagent d'un parti puissant (p. SS)... }> Cependant les tribunaux furent investis de l'affaire... Deux des individus )i soupçonnés furent rendus à la liberté sans avoir été rois en jugement. )i De sept autres prévenus, qui n avaient pu être traduits que devant le tri- )) bunaî de police correctionnelle , trois furent acquittés , et les quatre n autres condamnés à quelque temps de prison. Encore cette condamnan tion fut-elle prononcée, ainsi que M. de Chabrol le mandait à Son Exel- )» lence le ministre de la police... moins par justice que par i^ard pour ceux » gui avaient inventé la conspiration (p. So)... » Ce qui doit frapper le lecteur , c'est que tous ces révélateurs s'adressaient de préférence à l'autorité militaire (p. 36), déclarant qu'une partie de leurs instructions était de ne rien communiquer au lieutenant de police, et qu'un des généraux , interrogé à cet égard par M. Sainneville lui-même, fut conduit enfin à lui répondre confidentiellement que M. le lieutenant-général Canuel lui avait expressément recommandé le plus grand secret avec lui (p. 30).

Ces manœuvres continuèrent, u Un gendarme!., fut arrêté... pour s'être )) mis en rapport avec des personnes qu'on lui avait désignées comme pro- » fessant des opinions douteuses, s'être présenté à elles comme un officier » de l'ancienne armée, décoré et privé de solde et de retraite, et leur n avoir adressé des propositions coupables... Il déclara que ses démarches » avaient pour objet de découvrir des bonapartistes, afin de les livrer enn suite à l'autorité (p. 36)... Un nommé Brunet travaillait avec non moins » d'ardeur à faire des dupes. A peine arrêté, M. de la Colombe, adjudant » de place, vint en personne le réclamer. J'exigeai, dit M. Sainneville, » une demande par écrit : elle me fut adressée, et Brunet fut mis en liberté, n M. de la Colombe me promit alors de ne plus employer un instrument n aussi dangereux... (p. 43). Un autre, dénonciateur de trois des princi- }> paux fabricants de Lyon , reconnut n'avoir joué que le rôle d'un agent n provocateur (p. 44)... Un quatrième avait engagé des gens du peuple à se » procurer des armes... et cela pour les compromettre, pour les perdre , afin » de les mettre dedans y et de les convaincre qu'ils machinaient (p. 52). » Ici se reproduit une observation déjà faite. Le dernier de ces agents déclara qu'un des généraux lui avait reproché d'avoir servi la police civile de préférence à la police militaire (p. S3).

M. Sainneville termine cette partie de son mémoire en rapprochant un passage de la réponse du général Canuel à M. Fabvier, d'une quittance signée par le général lui-même. Dans le premier, le général affirme qu^aucun agent n'appartenait à la police militaire; dans la seconde , il reconnaît avoir reçu de M. Sainneville douze cents francs en remboursement dépareille somme déboursée pour frais de haute police (p. 56).

<c Nous arrivons au 8 juin, reprend M. Sainneville dans son troisième }> chapitre; au 8 juin, jour de deuil et de larmes pour le département du » Rhône , jour de scandale et de douleur pour la France entière (p. 57). • M. Sainneville était absent; il était parti, laissant le département dans le calme le plus profond. Tous les bruits de conspiration avaient cessé (p. 58). Le 0 juin , le gouvernement fut instruit de l'explosion subite par une dépêche télégraphique, et M. Sainneville se trouva de retour à Lyon le 13

fp. 63). u Ce qui me frappa , dîMI , c'est que plusieurs jours avant Texpluw ston , les apprêts en avaient été annoncés , non par des bruits vagues , » non par des on dit , mais par des déclarations positives , par des avis offi* » ciels , d'où je concluais qu'il eût été facile de prévenir toute espèce de » mouvement (p. 64). n M. Sainneville détourna ses regards de dessus les hommes <( dont la joie, au milieu de la douleur générale, semblait annoni> cer le triomphe et les excès d'un parti, bien plus que le triomphe et les » rigueurs de la justice , » et se livra sans relâche à la recherche des causes d'un événemciit qu'il avait peine à comprendre (p. 6S). <c.Je ne tardai point, » dit-il , à concevoir les doutes les plus graves sur la réalité de la prétendue » conspiration. Mais, ces doutes, l'instruction seule pouvait les éclaircir » et les changer en conviction en fournissant des preuves positives... Je )i m'empressai de proposer aux diverses autorités de faire cette instruction » en commun ; mais cette communauté de travail et d'impartialité ne fut :> point agréée... J'essayai d'obtenir quelques lumières en interrogeant, >i après M. le maire de Lyon, quelques-uns des prisonniers... Maison finit )i par me refuser toute communication avec les personnes arrêtées (p. 65)... » M. le préfet, qui pendant longtemps avait jugé les choses comme moij> même, paraissait avoir subitement changé d*opinion... ce qu'il avait » considéré comme des chimères avait pris à ses yeux le caractère de la }i réalité (p. 66). » Des obstacles presque insurmontables s'opposaient à ce qu'aucune lumière ne fût répandue sur ces événements si désastre use^B^nt bizarres. Ces obstacles étaient «< l'éclat qu'avait déjà jeté la prétendue con- )i spiration, la terreur qu'avaient répandue et qu'augmentaient chaque n jour les mesures des autorités militaires et civiles , et les actes de Tauto- » rite judiciaire. Comment parvenir à faire démentir des mouvements dont » la nature et la gravité avaient été officiellement et solennellement pro- }i clamées (p. 66)? » Ces difficultés ne purent être vaincues que « lorsque 11 le gouvernement envoya dans le département du Rhône un lieutenant >i du roi , avec les pouvoirs qui manifestaient la volonté et fournissaient 1» les moyens d'atteindre la vérité... Cette vérité alors retrouva le courage n de se montrer, et les malheureux trouvèrent la force de se plaindre. :>

M. Sainneville fait connaître ensuite l'ensemble des preuves si lentement et si difficilement acquises. Avant d'entrer nous-mêmes dans cette nartie de notre travail , nous réclamons de la justice de nos lecteurs le témoignage que jusqu'ici nous avons porté dans notre exposé toute la modération et toute la réserve possibles. Nous avons retranché des phrases même de M. Sainneville tout ce qui tenait à une indignation naturelle, et, en admettant les fiûts, à une indignation légitime; et celte réserve, nous ne nous la sommes pas imposée uniquement par prudence , une autre considération nous a dirigés.

Nous pensons , comme nous l'avons dit plus haut , que tous les faits relatifs aux événements de Lyon doivent être connus. Les ténèbres dont on les environnerait seraient plus fâcheuses que le spectacle que le grand jour pourra nous offrir, quelque affligeant que puisse être ce spectacle ; mais, si tous les faits doivent être connus, nous pensons aussi, dans la sincérité de notre âme , que ce doit être bien plutôt pour préserver l'avenir des récidives que pour revenir sur le passé autrement que par l'opinion, que nul pouvoir n'empêche d'être un juge inévitable ; et voici nos motifs, que nous professons avec une franchise complète.

Toutes les fois que , dans un pays où des partis existent, rautorité croira suivre une route habile et politique en sMsolant de tout ce qu^elle appelle des partis et en les opposant l'un à l'autre , il en résultera que chaque parti, voulant forcer l'autorité a se rapprocher de lui de préférence , se réjouira des ^lutes que pourra commettre le parti contraire ; mais il ne se bornera pas simplement à s'en réjouir : il passera nécessairement du sentiment que les fautes de ses ennemis lui sont profitables au désir de leur voir et bientôt de leur faire commettre des fautes : et de ce désir, il passera encore à celui de voir arriver ou d'amener des événements dont le malheur ou le crime leur soit attribué. Les partis se tendront ainsi des pièges , et porteront en triomphe à l'autorité toutes les conjectures, tous les faits, toutes les inventions qui , dans un état de choses ordinaire , affligeraient les meilleurs citoyens ; ils se battront , pour ainsi dire , à coups de conspirations dont ils s'accuseront mutuellement. Cet état sera déplorable, mais le principe en sera au fond dans le système adopté. Quand l'autorité marche nalionalement , elle est assez forte pour n'avoir besoin de se jeter dans les bras d'aucun parti ; et dès-lors , chaque parti , sachant qu'elle ne se jettera pas dans ses bras , et qu'il n'y a rien à gagner pour lui aux fautes du parti contraire, lie les provoquera plus.

Passant aux événements du 8 juin 1817, dont il ne nous a fait connaître jusqu'ici que les antécédents, M. Sainneville aborde une première question , celle de savoir si les projets des factieux étaient prévus par les autorités avant d'avoir éclaté (p. 68). Or, «le général Canuel convient que le 7juin » au soir il fut prévenu que la conspiration devait s'exécuter le lendemain . . . M Une déclaration écrite de M. de la Colombe, adjudant de place, prouve }» que le général en était instruit plusieurs jours auparavant, puisque Fun » des agents reconnus de l'autorité militaire se trouvait au milieu des agi- » tateurs. M. le maire assure avoir saisi tous les fils de la conspiration plii- » sieurs jours avant son explosion. M. le préfet publie des lettres qu'il avait » reçues bien avant le 8 juin , des avis sur le danger que courait la tranquil- H lité publique ; et en effet , dans les premiers jours de juin , le maire de » Saint-Genis -Laval (de cette commune devenue ensuite si déplorablemcnt M célèbre) avait écrit deux fois à M. le préfet que sa commune était agitée, M et demandait formellement que le capitaine Oudin en fût éloigné (p. 69;.

Il Quel usage fit-on de ces renseignements si positifs et si multipliés ? >» On n'accorda aux maires aucun des moyens nécessaires pour prévenir le Il complot annoncé... Oudin se présenta , le 5 ou le 6 juin , chez le général )» Camiel : il ne fut point arrêté... et le 8 , il but et mangea dans sa com- •» mune avec un sous-ofïicier de gendarmerie qui paraissait ne se douter de » rien (p. 70).... La force armée ne fut point envoyée dans les communes » menacées , dont les maires avaient formellement annoncé les désordres... » Les gendarmes résidant à Saint-Genis , où était Oudin , et dont le maire }> avait manifesté tant d'alarmes... se trouvèrent absents tonte la journée, » pour leurs aflPaires ou pour leurs plaisirs. Le brigadier seul était resté à n son poste; et, après avoir passé au cabaret une partie du jour avec » Oudin , il s'éloigna de Saint-Genis au moment où le mouvement allait » commencer (p. 71)... Je n'ai point à rechercher, continue M. Sainne- » ville , quelle a été l'intention des uns ou des autres en agissant ainsi : » mais se seraient-ils conduits autrement s'il était possible qu'ils eussent » été dans la confidence du mouvement projeté , et qu'ils eussent jugé

» nécessaire de le laisser éclater, saaf à prendre des mesares pour en arré- M ter les suites (p. 73)? »

A Lyon , aucune agitation ne se manifesta ; mais là non plus u aucune » incsure n^avait été prise d'avance pour prévenir une explosion si elle eût » été à craindre. Les commissaires de police n'avaient reçu aucune instriicn tion. . . la garde nationale aucun ordre... les troupes elles-mêmes » n'avaient pas fait la plus légère démonstration, le 8 juin, avant trois » heures de l'après-midi ; et cependant dès six heures du matin , suivant » M. de Fargues, à dix heures, d'après M. le prévôt de Lyon, le signal » de rinsurrection avait été donné (p. 74). »

Voyons maintenant en quoi consistèrent les démonstrations criminelles des campagnes.

Le département du Rhône se compose de 261 communes. Dans ce nombre, onze seulement prirent au mouveijnent une part quelconque... (p. 77). Les communes les plus peuplées ne fournirent pas un seul insurgé (p. 78)... Dans la totalité des communes agitées , et dont la population s'élève au moins à dix mille âmes, deux cent cinquante hommes au plus parurent participer à l'insurrection... mais , parmi ces deux cent cinquante hommes, >c combien peut-on compter de véritables conspirateurs? combien » se sont mis en mouvement sans savoir ce qu'ils faisaient, sans but cou- » pable, entraînés par le bruit, l'exemple et la curiosité?... Le tocsin ayant » été sonné la nuit... plusieurs... se trouvèrent au milieu du mouvement, » y étant accourus avec des sceaux , croyant être appelés au secours d'une » maison incendiée. »

De cette énumération des conjurés , M. Sainneville passe à l'examen détaillé de leurs moyens.

II parait que leurs fonds se composaient de 1071 francs , dont l'un d'entre eux avait distrait 821 francs pour son usage (p. 85). Cette somme de 1071 francs, comme le marque IVl. Sainneville, « ne s'élève pas aussi haut » que les douze cents francs réclamés par M. le général Canuel pour dépen- » ses de haute police (p. 86 ). »

Leurs enrôlements se bornaient à un seul enrôleur , un cordonnier , et à trois recrues, un infirme, un mendiant, et un troisième qui n'a pas même, à ce que croit M. Sainneville , été mis en jugement (p. 86).

Leurs fusils n'excédaient pas cinquante, et leurs cartouches n'auraient pas sufii pour alimenter pendant une heure le feu d'une compagnie de vingt hommes (p. 87).

Avec ces moyens, quel était le plan des conspirateurs? « D'attaquer une » ville défendue par cinq mille soldats dévoués et six mille hommes de » gardes nationales... d'assaillir simultanément tous les postes, toutes les » casernes et rarscnal... de détruire quinze cents Suisses en faisant rouler » sur eux, par cent hommes non armés , les pierres d'un fort démoli , où » il ne reste plus de pierres , ou en incendiant , avec des fagots placés n dans des souterrains , des casernes sous lesquelles il n'y a pas de souter- » rains (p. 88 et 89). » Ainsi s'allumaient, suivant M. le préfet, ces deux foyers d'insurrection, « lesquels, s'appuyant sur la Saône d'un côté, sur n le Rhône de l'autre, et sur l'enlre-deux des deux routes du Rourbonnais » et de la Rourgogne, pouvaient, en moins d'une heure, se réunir, laisser » Lyon à la tête du triangle , s'isoler du reste du département , et donner » la facilité d'étendre le mouvement , pour se porter à la fois par les rou-

)t tes de Moulins , de Mâcon ou de Toulouse, sur la ville (page 83). i»

Nous chargeons le lecteur de comparer ce vaste projet avec les ressources que nous avons indiquées , et dont les détails plus développés doivent être lus dans l'ouvrage de M. Sainne ville, et nous arrivons au résultat.

Ce résultat fut k qu'en un clin d'œil tout fut dispersé (c'est M. de Chabrol » lui-même qui l'atteste); dans moins de vingt-quatre heures tout était » rentré dans l'ordre , sans que la force armée eût été obligée de tirer un » seul coup de fusil (p. 83). n

Ainsi l'insurrection était apaisée , la sûreté publique à l'abri de tout danger.

u Alors on proclama que la France venait d'être sauvée d'un abime épou- » vantable ; que le gouvernement légitime avait été sur le point d'être ren- » versé ; les nobles, les prêtres et tous les vrais royalistes près d'être égor^ » gés; que les moyens, le plan et le nombre des conspirateurs étaient » immenses... On assurait que les mouvements exécutés à Lyon se liaient n avec des manœuvres pratiquées dans les départements de l'Ain, de l'Isère, » de la Drôme , de la Loire, du Puy-de-Dôme, de Saône-et- Loire , du Jura, }i et même dans les environs de Paris , dans les Pays-Bas et la Bavière , et » jusque dans le pays de Vaud (p. 91).

» Etait-ce, continue M. Sainneville, était-ce la peur qui grossissait ainsi A les objets? Cette exagération inouïe , ces inexplicables suppositions, ne » seraient-elles pas plutôt une nouvelle preuve de la nature et de l'origine » du mouvement? Il parait certain que s'il était l'ouvrage de ceux qui s'en » firent un triomphe , ce n'était pas tout pour les agitateurs d'avoir excité » quelques scènes de désordres. Leur sécurité leur avait commandé de n restreindre le mouvement; mais leur intérêt leur faisait une loi de Texaw gérer. Il fallait grossir le danger pour pouvoir effrayer le gouvernement; }« il le fallait, pour exalter le mérite des libérateurs; il le fallait, pour frap- » per l'opinion publique , et la préparer au changement de système qu'on » poursuivait depuis si longtemps (p. 92)... Dans l'hypothèse où ce mou- » vement n'eût été en effet qu'un simulacre de complot , destiné a servir » les projets d'une faction perfide, tout s'enchaine et se lie : les démonstra- » tions et les tentatives qui ont précédé le mouvement, l'affectation de ne » rien faire pour le prévenir, l'exiguité de ses résultats et de ses moyens, » et enfin la manière dont on a exagéré et le mal et la vengeance (p. 94). »

A mesure que nous avançons, notre tâche devient plus triste. Jusqu'ici , nous n'avons eu à parler que de dénonciations fausses, de négligences bizarres, de tentatives impuissantes et d'exagérations ridicules. L& moment est venu où, en vertu de ces fausses dénonciations, de ces déplorables négligences, de ces tentatives insensées, de ces exagérations démenties par les faits, les cachots vont s'ouvir et le sang couler. Nous resterons plus que jamais fidèles à notre système d'emprunter les paroles de M. Sainneville, pour qu'aucune imputation dans une matière aussi grave ne parte de nous. C'est donc lui qui va exposer lesfaits. «Il les exposera, dit-il, sans être touché » de la doctrine de M. de Chabrol. Il ne saurait se résoudre à penser qu'il » faille creuser juaqu au centre de la terre pour y ensevelir les erreurs des ma- » gistrats, l\ lui semble que ni rhumanité,nila politique ne s'accommodent » de cet étrange et commode système. Il ne peut voir un malheur dans un )» scandale qui lui parait le moyen le plus sûr de forcer les magistrats à veil- » 1er sur eux-mêmes, et il ose dire que l'indépendance judiciaire proclamée

1* par la charte sera bien plas réelle, le jour où les tribanaux, fortement » avertis par Topinion publique ne pourront prononcer leurs arrêts sans se » dire : Le magistrat qui jugcj à son tour est jugé {i^.\%l). » Voici donc le tableau qu'il trace de Tétat du département du Rhône après le 8 juin 1817.

<c Au moment où l'Europe retentissait du yaste complot découvert dans n ce département, cette malheureuse contrée était livrée à un système n de terreur. Plus de quatre cents personnes furent privées de leur liberté. )» Des agents officieux ou salariés dressaient des listes de suspects , c'est-à- » dire de tous ceux que de simples soupçons devaient faire arrêter ou sou- » mettre a une rigoureuse surveillance. Les citoyens de toutes les classes » voyaient leur asile violé par des visites domiciliaires, et s'estimaient heu- >t reux lorsque les agents qui les dirigeaient s'étaient contentés de leur en- » lever leurs armes et de livrer leurs papiers à une odieuse investigation. » Ce n'était pas seulement à ceux que des dénonciations ou des soupçons » atteignaient que ces rigueurs étaient réservées. Un prévenu parvenait-il n à se soustraire aux recherches , ses parents et ses amis expiaient aussitôt » dans les fers les liens qui les unissaient à lui. Des enfants, des épouses » étaient incarcérés pour les forcer à déclarer la retraite de leur père, de » leur mari... Les arrêts de la cour prévôtale jetaient l'effroi dans tous les )> cœurs. Le tombereau fatal parcourait les campagnes désolées (p. 93.) »

Il entre ensuite dans le détail des procédures.

On y voit que l'un des principaux auteurs de l'insurrection avait été un nommé Barbier, qui , se présentant sous différents noms , distribuait des titres, promettait des trésors, savait où était Bonaparte (p. 105), avait dressé le plan d attaque (p. 106), et, le 8 juin encore, distribué des cartouches à un malheureux, qui , pour ce fait, a péri cinq jours après sur l'échafaud (p. 107). Ce Barbier, demeuré tranquille h Lyon pendant que l'effroi faisait fuir et les coupables et les innocents, est enfin conduit devant le maire , le 22 juin , quatorze jours après l'explosion. Là , «< pour » conserver les apparences, dit M. Sainncville, il commence par tout nier.» Mais bientôt il fait les aveux les plus circonstanciés. «Il serait venu depuis » longtemps révéler ce qu'il savait de la conspiration, s'il n'avait pas craint )t d'être assassiné par les conjurés. » Il développe » dans des interrogatoires » qui se sont disséminés dans un espace de quatre mois, le roman de la M conspiration... Ses déclarations ont fait arrêter, de l'aveu de M. le maire, )t deux cent seize personnes... Fidèle, en prison , au système de perfidie n qu'il avait suivi avant d'y entrer, il y trompait les malheureux au milieu n desquels on l'avait placé à dessein. Il les provoquait par des révélations » mensongères , et faisait encore des dupes de ceux dont il avait fait des » victimes (p. 108). » M. Sainncville voulut l'interroger lui-même; mais sa présence lui fut refusée avec obstination. «(Enfin , par arrêt de la cour pré- » vôtale , Barbier, ainsi que le lecteur doit s'y attendre, recouvra sa liberté , n comme révélateur (p. 109).»

Un second agent était Brunet ; celui qui, arrêté avant le 8 juin par ordre de M. Sainncville, à cause de ses provocations démontrées, avait dû sa liberté à M. de la Colombe , adjudant de place. Ce Brunet , signalé par un des commissaires du lieutenant de police , comme l'un des factieux les plus ardents, fut de nouveau mis en prison. M. de la Colombe fit les démarches les plus actives pour obtenir sa liberté. Ces démarches ayant été inutiles, on livra cet agent à la cour prévôti^^, à i'insu de M. Sainncville, et il fut

relâché presque aussitôt. Le lieutenant de police le fit encore arrêteri Le procureur du roi vint s*en plaindre. Il attesta que c'était un agent de la police militaire, et qu'il avait tout su et tout révélé. >< Il s'agissait, dit )i M. Sainneville, de m'en donner une déclaration par écrit. Ce fut Tobjet n d'une assez longue négociation. Mon obstination vainquit enfin toutes » les répugnances. » M. Sninneville rapporte ici la lettre de M. de la Colombe, tcqui certifie que Brunet n'avait parcouru les campagnes que par » son ordre (p. 97 et 98). » Nous omettons ce qui concerne plusieurs autres individus, employés comme Barbier et Brunet. On ne saurait abréger ces récits sans les défigurer; et, pour en bien saisir l'ensemble, il faut les suivre avec soin dans l'ouvrage même. Mais nous devons citer la conclusion que M. Sainneville tire de ces faits.

(( On y voit , dit-il , par quels moyens le général Canuel était instruit » d'avance des projets des factions. On y remarquera aussi une nouvelle n preuve de la franchise qui distingue cette déclaration solennelle qu'au- » cun des agents qui parcouraient les campagnes n appartenaient à la police )» militaire,,. Enfin, dans la complicité désormais avérée des agents de cette ty police militaire avec les perturbateurs... il serait difficile de ne pas dé- }i couvrir un moyen de s'éclairer sur les véritables artisans de nos troubles » (p. 99). »

Nous passons aux jugements trop fameux prononcés par la cour prévôtaie, à ces jugements qui ont attiré tant d'amers reproches et de peines sévères sur ceux qui ont osé révoquer leur justice en doute et s'affliger de leurs rigueurs. Voici la manière dont M. Sainneville s'exprime à cet égard.

(( La cour prévôtale était appelée spécialement, par la loi de son institua n tion , à poursuivre et à punir toute réunion séditieuse. £lle fit donc son » devoir en procédant contre les coupables qui s'étaient attroupés dans » les campagnes ; mais ce devoir avait ses bornes et sa mesure tracées par Il la politique, non moins que par les lois. Ces bornes ont-elles été respec- » tées(p. 187)?... Les articles 100 et 20^ du Code pénal ordonnent expres' » sèment qu'il ne soit prononcé aucune peine contre ceux qui . ayant fait » partie d'attroupements séditieux ou de bandes armées, sans y exercer » aucun commandement et sans y remplir aucun emploi ni fonction , se » seront retirés au premier avertissement des autorités civiles ou militain res , ou même depuis, lorsqu'ils n auront été saisis que hors des lieux de N la réunion séditieuse , sans opposer de résistance et sans armes. En jetant » les yeux sur ces règles , on voit ce qu'on avait droit d'attendre de la » cour prévôtale. L'instruction montrait les événements du 8 juin comme n tenant à un seul et même complot , à la tète duquel se trouvaient quel- M ques chefs, suivis de beaucoup d'instruments aveugles de leurs passions » ou de leurs calculs. Une seule procédure destinée à découvrir ces che£s , N un seul arrêt qui les eût frappés comme la foudre, et eût rendu lasécu* i> rite à ceux qui n'étaient pas atteints ; voilà ce que demandaient la loi, Il la prudence et Thumanité. Qu'a fait la cour prévôtale? Séparant ce qu'il i* fallait réunir, et confondant ce qu'il fallait séparer , la cour prévôtale » a divisé ses poursuites en onze procédures, et les chefs et les instruments » ont été frappés pèle-mèle. Il est trop vrai encore que des malheureux, » comme Ta dit le colonel Fabvier, assurés par les proclamations et les n promesses des chefs de troupes envoyés à leur poursuite , ont quitté leur » asile pour venir se livrer à l'autori^, et au lieu de la grâce promise ont

» reça la mort. Celte déloyauté , cette trahùon ont été vainement déoiMi'n ties. On avait excepté de la grâce les^hefs de bande, a dit le générai n Canuel. Mais les deux cent cinquante insurgés avaient-ils cent cinquante » cina chefs? Les séditieux de Saint-Andéol n'étaient qu'au nombre de » vinp : douze ont été condamnés. Le nombre des commandants était-il » donc plus considérable que celui des soldats? Que dira d'ailleurs le gênéa rai Canuel, lorsque nous lui montrerons d'une main les lettres originales » écrites à divers individus par uu commandant de la force armée pour » les engager a rentrer , et de l'autre , la liste des condamnés , dans laquelle n les noms de ces malheureuses victimes de la loi violée se trouvent écrits n en lettres de sang (1) (p. 189)? Mais du moins la cour prévôtale s'est- » elle bâtée de rendre ces terribles arrêts , comme son institution l'exi- » geait? Non. C'est plus de quatre mois après les premières condamnan tiens que les dernières ont été prononcées* Pendant ce long espace n de temps , elles sont venues lentement et successivement répandre le » deuil et l'efiroi. L'imagination , sans cesse tourmentée par d'affreux specn tacles , n'avait pour se reposer qu'uMvenir plus effrayant encore. Rien n n'annonçait le terme de ces incroyabm rigueurs. Chaque jour d'infâmes )i délateurs désignaient de nouvelles victimes. Leurs atteintes étaient d'aun tant plus dangereuses, que la délation se cachait sous le masque de la n complicité... C'est dans cette déplorable sitnat^n que M* le duc de Ran guse a trouvéle département du Rhône (p. 1 lO). . . SaïAsslon fut un grand » bienÊiit , non-seulement pour la contrée à laquelle il a rendu le calme , » pour cette multitude de familles ^désolées au secours desquelles il a ap- » pelé la clémence royale , mais pour le gouvernement lui-même , auquel » il importe tant d'être éclairé... IXepuis ce moment, aucun trouble, au- » cune alarme n'ont agité cette contrée... Cette population , au milieu de » laqueUe , s'il £Biut en croire certains hommes, s'ourdissaient chaque jour » des complots criminels , a joui tout-â-coup de la plus parfaite tranquil- » lité. On a vu la confiance renaître dans tous les cœurs , et l'autorité se » dépouiller de ces formes hostiles qui semblent présager de nouveaux mal- » heurs(p. U2) »

Nous ne citerons plus que la conclusion de M. Sainneville, conclusion que déjà sans doute nos lecteurs ont pressentie.

« Non , dit-il, il n'est pas vrai que le 8 juin ait vu éclater dans le dépar- » teroent du Rhône une véritable conspiration. Ceux qui persistent à en » soutenir la réalité , qui prétendent que dans ses plans et ses forces elle » menaçait à la fois le trône et l'Etat, pourront-ils nous expliquer pourquoi » le soin d'une si vaste entreprise se trouvait confié à une poignée d'indin vidus obscurs , sans argent, sans armes, sans munitions? pourquoi les n troubles n'ont éclaté que là où ils n'étaient pas dangereux? pourquoi on n n'a découvert aucun chef dont le nom pût faire soupçonner l'impor-

(1) ( Copie d^une des lettres adressées indi?iduelleineiit à plusieurs prévenus de la commune de Saint-Andéol , pour les ioTÎter à rentrer dans leurs foyers , ensuite de Tordre du jour du général Canuel. ) « Saint-Andéol , le 11 juin 1817. Le nommé Colomban voudra » bien se rendre auprès de moi , à Tinstant même , conformément à Tordre du jour qui

n vient d*élre publié et affiché. Pour le commandant d*armes, Signé G , major. —

» iV. B, Colomban a été condamné à mort par arrêt du 30 juin , et exécuté le l^r juillet.

o Les invitations sofflt toutes signées de M. G , major ; toutes datées de Saint-Andéol ,

» le 1 1 juin 1817. Les arrêts de condamnations sont du 50. » Pièces juêtifieatiws ^ p. 60 .

.»' tance du complot , ni le moindre rapport avec d'autres contrées et d*aa- » très conspirations ? Et , si néantnoins il faut admettre avec eus que le » mouvement était dirigé par une main puissante, précisément parce il qu'elle était invisible , qu'ils nous expliquent donc pourquoi cette main n puissante, si la conspiration étaitourdiede bonne foi, l'aurait fait Ifeater M lorsque rien n'était prêt pour le succès. Ce n'est pas tout. Il faut encore » expliquer comment , instruites d'avance du mouvement du 8 juin , ces n mêmes autorités , qui prétendent en avoir été si effrayées , ne firent n -cependant rien pour le prévenir ; et pourquoi le général Ganuel se refusa n même à prendre les mesures les plus simples , les plus indispensables et n les plus vivement provoquées. Il faut encore dire par quel singulier » basard tous les complots insurrectionnels ourdis à Lyon depuis 1816 jus- » qu'à l'arrivée du duc de Raguse ont été déjoués , excepté celui qui a » éclaté pendant mon absence ; par quelle fatalité il n'en a pas été tenté nn n seul sans que l'on n'ait saisi parmi les coupables des agmits de cette » même autorité militaire qui se vante d'avoir tout fait pour la tranquil- » li4é publique (p. 145) , Non , ce ne fut point une véritable conspiration n que celle qui éclata le 8 juin. Les faits n'en accusent pas les bommes » égarés par la plus borrible perfidie; ils en accusent les provocateurs qui, )> par d'odieuses manœuvres , se glissaient sous le toit paisible de quelques n individus froissés par ^ malbeur des temps , ou exaspérés par des vexa- » tiens particulières (p. 1 46). »

M. Sainneville se livre ici à une indignation bien juste contre les auteurs de ces manœuvres atroces : nous partageons cette indignation. Pour ne pas l'éprouver, il faudrait avoir perdu tout sentiment de morale ; et ne pas l'exprimer, quand on l'éprouve , serait une lâcheté dont nous ne voulons pas avoir à rougir. Mais , après avoir flétri de tout le poids qui peut appartenir à la réprobation des hommes honnêtes ceux qui ont tendu au pauvre d'infâmes embûches, ceux qui ont spéculé sur la misère pour fomenter la révolte , et sur la crédulité pour recueillir le crime , ceux contre qui s'élèvent le désespoir des mères , les cris des orphelins , et le sang qui fume encore , nous croyons utile d'envisager de plus haut cet affreux sujet.

Nous avons dit que le principe de ces calculs coupables tenaient à l'espérance laissée à chaque parti de forcer le ministère à se jeter dans ses bras, en Teffrayant sur les fautes du parti contraire. Nous ajouterons que l'exécution de ces mêmes calculs tient à ce système d'espionnage, encouragé de nos jours , dans tant de pays,' par d'aveugles administrateurs , qui mettent en fermentation la lie de l'espèce humaine , parce que leur présomption leur fait croire qu'ils sont assez forts pour en rester les maîtres. Présomption fatale ! les espions ne sauraient être ni contenus ni dirigés. Ces hommes , au-dessous des animaux les plus vils, et au-dessous encore des animaux les plus féroces, une fois lâchés dans les ténèbres sous leurs déguisements exécrables , ne reviennent jamais au gite sans y rapporter leur proie. Ils sont hors de toute règle, parce qu'ils sonthors de la nature, hors de la loi, hors de la morale. Hypocrites devant leurs victimes, honteux devant ceux qui les emploient, ils savent qu'ils ont mérité l'horreur, et que partout où ils sont connus ils l'inspirent. S'il leur reste quelque chose d'humain , c'est l'irritation contre le mépris qui les iHppable. Dévoués à l'opprobre , ils s'en vengent sur la société qui le leur prodigue.

Et l'on écouterait de tels hommes sur ce qa'ils prétendent avoir observé dans cette société, avec laquelle ils sont en inimitié sourde et permanente ! Ne voyez-TOUs pas qu'ils ne veulent pas s'en retourner a vide , et qu'ils n'ont pas embrassé ce métier pour se passer de salaire? Quel motif les arrêterait? Les affections? ils en profitent pour les dénoncer. La vérité? ils vivent de mensonge. La pitié ? leurs gages sont ce qu'un peuple voisin a nommé T argent du sang^ expression que je plains les Anglais d'avoir consacrée dans leur langue , et qui , je l'espère , ne l'est pas encore dans la nôtre. Quand vos espions ne trouvent pas de coupables , ils en créent ; quand ils ne peuvent en créer, ils en inventent.

Je vais plus loin. Je suppose qu'ils soient parvenus à en découvrir. Que savez-vous s'ils ne les ont pas séduits pour les livrer? Que savez-vous si ceux qu'ils accusent n'avaient pas lutté longtemps contre des tentations que vos agents seuls ont rendues irrésistibles? si ce n'est pas à leur voix qu'ont reparu toutes les suggestions longtemps écartées , tous les désirs confus , tous les vœux coupables étouffés avec effort ? Recevez-les , remerciez-les , payez-les : ils vous rapportent les criminels qu'ils ont faits.

Qu'on ne pense pas que j'exagère. Qu'on lise la plupart de ces interrogatoires qui forment une partie si précieuse de l'ouvrage de M. Sainneville ; l'on y verra que presque toujours les révélateurs conviennent qu'ils ont fait les premiers les proposition (^) ' ^*^° T verra ceux qu'ils égaraient résister, reculer, se dégager, attester, par chacune de leurs actions et de leurs paroles, qu'ils n'entraient qu'à regret dans ces entreprises mystérieuses , dont jamais l'ensemble ne leur était révélé ; l'on y verra le zèle naïf avec lequel ces agents parlent de la peine qu'ils se sont donnée pour réunir, dans les maisons ou dans les bois , des hommes que l'on pût faire arrêter (â) ; leur persistance à renouer les trames qu'ils ourdissaient , et que brisait sans cesse l'instinct des victimes ; leurs efforts sur des circonstances insignifiantes pour les travestir en complots ; leur travail enfin pour tout empoisonner. Certes , si la rigueur de la loi doit se proportionner au degré du crime , c'est contre ceux que vous nommez les révélateurs que cette rigueur devrait s'exercer. Aateurs des désordres qu'ils dénoncent et des périls dont ils vous effraient, ils sont bien plus coupables que ceux qu'ils accusent. Ils n'ont pour apologie ni l'erreur , ni le mécontentement , ni l'opinion. Les autres sont des insensés ; eux sont les véritables conspirateurs. Ils conspirent contre TEtat, car ils affaiblissent dans les esprits l'idée la plus conservatrice, celle de la stabilité. Ils conspirent contre la morale , car ils violent tout ce qui est sacré dans les relations des hommes. Ils conspirent contre vous-mêmes , car le sang qu'ils font répandre rejaillit sur vous.

Laissons à d'autres peuples leurs Olivers et leurs Gastles. Tant pis pour eux si leurs gouvernements pensent en avoir besoin. Nous , dont les mandataires , trop peu nombreux , sont pourtant nommés par une élection réelle ; nous , qui voyons l'égalité triompher chaque jour davantage des prétentions et des titres ; nous , qui ne sommes pas contraints d'aller pardelà les mers opprimer d'autres nations pour acquitter nos charges publiques; nous , dont l'infatigable industrie effacera bientôt, si nous sommes

(1) Pièces juêtificativBê j p. 45.

(â) Pièces juatificativûê ; p. 48.

libres, les derniers vestiges de nos malheors passagers ; nous enfin , possesseurs encore de tant de héros et de tant de gloire , et assurés de tant d^avenir , nous pouvons ne pas nous souiller de ces ressources liontenses. La nation entière est douée d'un instinot admirable de bon ordre et de liberté constitutionnelle. Qu'on soit juste envers elle ; elle sera fidèle. Qu'on ne lui tende point de pièges, et sa loyauté sera le prix de la loyauté.

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