‹ Cours de politique constitutionnelleChapitre 100 sur 128 · P.\RTI OUE VEULENT EN TUIER LES ENNEMIS DE LA LIBERTÉ · texte numérisé non relu

P.\RTI OUE VEULENT EN TUIER LES ENNEMIS DE LA LIBERTÉ

Cependant, il faut en convenir, si le forfait de Louvel pouvait nuire à un parti, c'était au parti constitutioimel. Certes la liberté était aussi innocente de l'assassinat de M. le duc de Berri que la religion de celui de Henri lY. Mais toutefois, de même qu'au moment du meuitre de ce monarque, les soupçons étaient tombés sur les catholiques, parce que entre eux et les protestants, ce n'étaient pas les protestants qu'on pouvait accuser, de même les attaques dont on menaçait la Charte, et l'insolence des contrerévolutionnaires, (jui se croyaient sûrs de la victoire, ayant irrité les esprits, l'on pouvait être disposé à considérer l'assassinat

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dont on s'cponvaiitait, coiiinio VvÀXcA do cette irritation. Si U-. criminel eût échappé, il est impossible de prévoir où nous auraient précipités des conjectures erronées, mais que l'esprit de parti eût trouvées spécieuses.

^ IG. — TRIPLE BUT qu'ils SR PROPOSENT.

Les contre-révolutionnaires lurent frappés de cette pensée. Quiconque a parcouru leurs journaux, entendu leurs paroles le lendemain de cette imit désastreuse, doit être convaincu qu'ils essayèrent de profiter d'un grand crime par un crime presque aussi grand. Ils voulurent s'emparer du mouvement des esprits, exploiter la douleur publique pour servir leurs fureurs individuelles, et à l'aide du premier trouble et de l'ignorance qui enveloppait encore les causes secrètes de celte effroyable affaire, inventer une vaste conspiration pour y comprendre tous leurs ennemis.

Heureusement ils se proposèrent à la l'ois un triple but; et ils tentèrent simultanéuîent trois choses qu'ils auraient dû, dans leur intérêt, n'opérer que l'une après l'autre. Ils crurent pouvoir en un jour s'emparer du pouvoir, écraser le parti national, et renvei'ser M. Decazes.

§17. H.^I.VE DES CO.NTRE-RÉVOLUTIONNAIRRS CONTRE M UKC.XZES.

Ce ministre était, depuis le 5 septembre, l'objet de leur haine la plus forcenée. Il n'avait fait que trop d'efforts pour les apaiser. La France porte la peine de ces efforts aussi mal calculésqu'inutiles. Mais ils ne pouvaient lui pardonner d'avoir en un jour détruit le fruit- de dix-huit mois de travaux, et en montrant au roi l'abîme qu'ils creusaient sous le trône, anéanti d'un trait de plume toutes leurs espérances.

Ils révoquèrent d'autant moins en doute la possibilité d'opérer enfin la chute de M. Decazes, qu'ils savaient combien ses ménagements en leur faveur, les concessions qu'il leur avait prodiguées en échange de leurs accusations et de leurs outrages, et surtout son dernier projet électoral, la plus éclatante et la plus funeste de ces concessions, lui avaient aliéné l'opinion publique.

L'on a dit beaucoup de mal de M. Decazes : il en a fait beau-

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coup lui-même. Incerfain (huis sa marche, souvent oublieux de ses promesses, n'apercevant, ou ne voulant, pour ne pas être importuné de pressentiments sinistres, l'aire ejitrer en ligne de compte que le danger du jour, auquel il opposait des expédients dont l'eflicacité s'usait au bout d'une heure ; jouant tour à tour avec tous les partis, non pour les blesser, mais pour s'en défaire; aimant à n'avoir pas à lutter, et en conséquence portant au pouvoir de la part de la liberté, et à la liberté de la part du pouvoir, des engagements dont ni le pouvoir ni la liberté n'étaient convenus ; puis contraint à rompre, par la violence, des transactions qu'il avait fondées sur des bases chimériques, et paraissant alors pertîde quand il n'était qu'embarrassé, M. Decazes a soulevé contre lui toutes les irritations, et rassemblé lui-même, par son insouciance, les nuages qui ont fait éclater enfin sur sa tête l'orage au milieu duquel il a disparu.

Cependant, je le dis aujourd'hui avec d'autant moins de réserve que M. Decazes est éloigné du pouvoir, ce ministre n'avait point mérité par ses intentions, bien qu'il ait autorisé par ses actes, la haine que les partis les plus opposés lui ont témoignée. Avec plus de force dans le caractère, et pour me servir d'une expression déjà employée: avec plus d'avenir dans l'esprit, il aurait pu conduire la France à la jouissance d'un système constitutionnel; il le désirait vaguement. Un instinct assez juste l'avertissait que, dans ce système seul, était la sûreté pour la monarchie, et par conséquent pour les ministres de la monarchie. Mais une atmosphère de cour l'entourait; il était enivré par cette atmosphère : il était ilatté de la respirer, même au milieu de ses ennemis. 11 jouissait d'être à côté d'eux, tout en sachant qu'ils tramaient sa perte; il voulait conquérir cette bienveillance de salon dans laquelle l'aristocratie, d'ailleurs si souvent servile,aplacé son indépendance, et qui, par-là niême, paraît d'un plus grand prix que les sollicitations et les hommages directs qu'elle ne refuse pas à ceux qu'elle hait, ([uand elle a besoin d'eux.

Certes, si l'on compare à ces motifs puérils les fautes dont M. Decazes s'est rendu coupable, l'excuse semblera peu satisfaisante. Mais il est de fait néanmoins que M. Decazes, qui a facilité à la contre-révolution plus d'une victoire, et qui, dans ces derniers temps, a forgé pour les contre-révolutionnaires les armes

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dont, après sa cliule, ils se sont emparés, ne voulait ni la contrerévolution, ni le triomphe des contre-révolutionnaires. L'ordonnance du Ô septembre, la loi des élections le démontrent ; mais il aurait voulu ajourner la liberté, parce que la cour le rendait responsable de ce que les formes franches, et quel([uefois rudes, de la liberté avaient d'etîrayant pour elle; et CQmme la liberté ne se laisse pas ajoi.rner sans mot dire;, en voulant lui imposer silence, il l'étouffait.

Forts de l'unanimité de mécontentement qui entourait M. Decazes, les contre-révolutionnaires pensèrent donc qu'ils frapperaient à la lois les trois grands coups qui devaient leur livrer la France. Leurs journaux du 15 [février] excitèrent ouvertement à la guerre civile, provoquèrent les citoyens à prendre les armes, exigèrent un changement de ministres. Le même jour, durant la matinée, leurs spadassins parcoururent les rues, armés et menaçants, donnant à entendre que leurs projets étaient approuvés et leurs menaces autorisées. A deux heures, M. Decazes était dénoncé comme complice de l'assassinat commis par Louvel. Le dénonciateur peut-être a sauvé la France.

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