‹ Cours de politique constitutionnelleChapitre 99 sur 128 · DE LA PRESSE · texte numérisé non relu

DE LA PRESSE

Quand on ne parvient pas à vaincre l'opinion, il faut l'étouffer. Ainsi renaquit la conspiration, tant de fois ourdie par tous nos gouvernements depuis trente années, contre la liberté de la presse. Un nouveau projet vint s'adjoindre à ceux qu'on avait formés contre le système électoral; et les ministres, par une logique vraiment admirable, conclurent de ce qu'ils rencontraient d'invincibles obstacles à nous enlever un de nos droits, qu'ils en trouveraient moins à nous en enlever deux. Je ne dis que ce que

' V. Sup., |i. 496. la note à la fin Je l'avertisseirienl (E. L.)

ÎSOS ■ MOTIFS QUI ONT DICTF,

je sais. Beaucoup de gens croient que ce fut à la même époque qu'on admit l'idée de porter atteinte à la liberté individuelle: la chose est vraisemblable. Pour forcer les hommes à ne pas réclamer contre ce qu'ils réprouvent, il faut les (aire taire; et, comme i's ne se taisent pas volontiers, on est conduit bientôt à les incarcérer.

§ 1 i. — ÉVÉNEMENT DU 13 FÉVfilEH.

Nul ne peut dire quel succès définitif aurait obtenu le premier projet de loi, compliqué, tortueux, peut-être inexécutable, et dans la réalité désavoué par tous les partis. Mais un événement déplorable, en portant le trouble dans tous les esprits, la'couslernation dans tous les cœurs, vint comme niveler toutes les barrières qui s'opposaient à l'invasion victorieuse des ennemis de nos libertés.

La nuit du 13 féviier fut témoin du plus exécrable des forfaits. Toutes les circonstances connues de ce crime prouvent qu'on ne peut l'attribuer qu'à une sorte de démence. Louvel paraît être, en fanatisme politique, ce que fut Ravaillac, dans un autre siècle, en fanatisme religieux. L'exemple de Damiens, plus étrange encore que celui de Ravaillac, puisqu'à l'époque de Damiens la fureur de ce fanatisme était fort amortie, indique comment des passions qu'on croit éteintes peuvent se conserver dans des esprits aveugles et des caractères sombres, et dépasser tout ce qu'on pensait encore avoir à en craindre.

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