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PRÉSENTATION DU PREMIER PROJET DE LOI SUR LES ÉLECTIONS

Ce fut le 15 lévrier, sur le corps encore palpitant d'une victime royale, quand tous les cœurs étaient révoltés et déchirés, quand l'entraînement et l'émotion ne demandaient qu'à se convertir en affection et en amour, qu'il présenta la loi sur les élections. La présentation de cette loi tut son dernier acte d'obéissance aux contre-révolutionnaires, non que ceux-ci voulussent encore cette loi: transaction déjà importune quand ils étaient faibles, elle leur semblait indigne d'eux maintenant qu'ils se sentaient forts; mais comme elle était généralement odieuse, ils voulaient que sa défaveur pesât sur M. Decazes. Ils le traînèrent donc au milieu du sacrifice, et il les y suivit comme une victime qu'aveuglait la fatalité. En quittant la tribune, il croyait vraisemblablement avoir mérité quelque répit; mais sa condescendance n'avait fait qu'ajouter à la rage de ses adversaires. Il avait renoncé, pour les apaiser, à l'imique ressource qui pût le sauver. Ils redoublèrent de furie, et sa chute, depuis si longtemps résolue, s'accomplit enfin.

§ l'^O. POSITION DE LA FRANCE APRÈS LA CHUTE DE M. DECAZES.

Cette catastrophe plaçait la Francedans une situation effrayante. C'était une révolution plus orientale qu'européenne. La faction qui avait obtenu cette victoire, par des moyens si peu réguliers, semblait enfin toucher au pouvoir. Déjà ses chefs étendaient la main pour s'en einpai'cr; aucune force visible n'y mettait obstacle; mais une force invisible les repoussait. Cette force, c'était le sentiment unanime de la France. La France tout entière frémissait en voyant l'empire prêt à échoir aux honiines de Toulouse, de Nîmes et d'Avignon. Ce frémissement fut entendu. Il y a dans la vérité des choses une autorité. La faction de 1815 s'arrêta d'elle-

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même. Elle n'osa pas ottVir au monarque, dont elle avait espéré contraindre le (.lioix,dcsnoms(iuirappellaientdeux ans d'oppression et vingt massacres. Elle proposa M. de Richelieu ; il fut accepté. Durant quelques jours, il l'ut de l'ait seul ministre, et tout en conservant pour collègues ceux de M. Decazes,il composa réellement un ministère nouveau.

La nomination d'un ministère qui n'arborait pas l'étendard sanglant de 1815 l'ut un sujet d'espoir pour la France. Tous les hommes raisonnables en éprouvèrent de la joie, et je me souviens que je manifestai la mionne, malgré les avis d'amis plus prévoyants et plus ombrageux.

§ "21. — CK (JUK DEVAIT rAlKE M. DR fUCHKLIEC.

Mais le ministère ainsi composé, que devait faire ce minilère, et M. de Richelieu qui le dirigeait? Reconnaître l'abominable ac. tion de Louvel pour ce qu'elle était : le crime solitaire d'un exécrable insensé ; se garder avec soin d'en faire peser la honte et l'horreur sur une nation qui en était indignée ; renoncer aux projets qui avaient à bon droit effrayé cette nation ; écarter un parti qui avait dévoilé toutes ses tureuis, et doublé par là l'horreur nationale qu'il iiispire ; accueillir le mouvement également national qui entraînait les Français autour d'un monarque qu'une grande calamité rendait plus auguste et pouvait rendre plus cher; et sur la tombe d'un prince dont la mort admirable avait pénétré de respect et d'émotion toutes les âmes, réconcilier la France avec un gouvernement qu'elle ne demande pas mieux que de voir s'affermir sur les bases de la constitution et de. la liberté.

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Mallieureusement, ce que M. de Richelieu devait faire, dans son intérêt et dans celui du trône et de la France, il ne le fit pas : la raison en est simple et n'inculpe ni son caractère ni ses intentions.

M. de Richelieu ignore complètement la disposition des esprits dans une patrie qu'il habite depuis peu d'années ; vingt ans d'absence et une éducation étrangère rendent cette ignorance natun. 3.3

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relie, sans la rendre moins lâeheuse. Il esl injbu de certains préjugés suggérés par la naissance, entretenus par l'émigration, fortifiés par l'habitude des cours et la routine des cercles diplomatiques. Eli rapport avec des souverains qui l'honorent, parce que son caractère personnel mérite l'estime, et entouré d'ambassadeurs qui le flattent, parce qu'ils le font servir à leurs vues secrètes, il n'a aucune idée de ce qu'est une nation, il ne se doute pas de l'existence de cette classe intermédiaire, qui désormais, quoi que l'on en fasse, décidera du sort de l'espèce humaine. 11 croit qu'aujourd'hui, comme autrefois, des négociations et des traités conclus entre une douzaine d'hoiiiines, décorés de titres et surchargés de rubans, suppléent aux vœux de la masse, devenue riche parce qu'elle est industrieuse, et indépendante parce qu'elle est riche. Quand il s'agit des peuples, M. de Richelieu s'occupe des rois; il pensa de très-bonne foi, lorsque l'élection de candidats populaires eut porté l'effroi dans Aix-la-Chapelle, que la seule chose importante était de dissiper cet eflroi, en promettant que la loi des élections serait modihée ; et quand il vit les inquiétudes étrangères calmées par cette promesse, il oublia les inquiétudes françaises, dont elle ne pouvait manquer d'être le signal.

M. de Richelieu a un grand mérite : il a eu, sur le séjour des étrangers en France, un sentiment patriotique d'autant plus digne d'éloge qu'il n'était partagé ni par les hommes de sa caste, qui voient dans les nobles étrangers des compatriotes, ni par les zélateurs du pouvoir absolu, qui voient dans les soldats étrangers des auxiliaires; mais pur malheur, ce sentiment a été, dans M. de Richelieu, plus chevaleresque que national. Il n'a pas réfléchi que les peuples de nos jours veulent non-seulement l'indépendance, mais la liberté; qu'il faut, sans doute, que nul prince anglais, russe ou allemand ne nous dicte des ordres, mais qu'il faut, de plus, que notre gouvernement indigène nous régisse par des lois claires, fixes, équitables, conformes aux principes, et dégagées de tout arbitraire. M. de Richelieu a désiré la délivrance de la France, comme Bayard ou Duguesclin l'auraient désirée ; ce qu'ils auraient fait par les armes, il l'a fait par des traités. Plus d'habileté aurait peut-être rendu ces traités moins désavantageux, mais l'intention était pure; seulement il ne s'est pas aperçu que

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nous n'étions plus clans le siècle de Duj^uesclin el de Bayaid, mais dans un siècle légataire des maximes deLocke etde Montesquieu. Cette réunion d'anaclironismes, de préventions et de méprises, manjuait d'avance le chemin qut^ M. de Richelieu était condannié à suivre. S'il était vrai que sa confiance personnelle appartint de plus à des hommes d'un caractère roide envers ce qui n'est pas la puissance, et d'un esprit dédaigneux pour ce qui n'est que la raison, héritiers de noms iujposants, mais ayant, dit-on. désavoué les principes ({ui avaient rendu ces noms illustres ; s'il était vrai que ces hommes, nourris dans l'iiitiiuilé d'un pouvoir absolu, eussent porté à M. de Richelieu les traditions de ce pouvoir, l'admiration de son action rapide, le mépris du peuple, les habitudes de l'arbitraire, ou concevra que tout s'accordait pour lui taire illusion et pour l'égarer. Ne connaissant, comme je l'ai dit, ni les Français ni la France; vivant sous l'empire d'une cour (jui fausse à ses yeux tous les objets ; environné de diplomates qui se l'ont valoir auprès de leurs cabinets en dénonçant les peuples, parce que ces dénonciations ont l'apparence d'un zèle méritoire, d'une observation subtile et d'une sagacité merveilleuse, il devait tomber, par une déclinaison graduelle et rapide, sous l'empire d'une faction qu'il avait d'abord éloignée : c'est ce (jui est arrivé. Son intégrité personnelle est encore une garantie de fait contre des iniquités de détail, et même jusqu'à l'instant où l'on sera parvenu à le tromper eu l'effrayant d'un complot imaginaire, cette intégrité mettra obstacle aux coups d'État violents : mais la faction de 1815 s'organise; elle fait des progrès journaliers, et chac^ue département voit s'établir, sous des noms divers et sous dilférents prétextes, le gouvernement des sept hommes, réclamé, en 181 G, par M. de GJiateaubriand.

§ 23. XOUVKAU PROJET DE LUI SUll LES ÉLECTIONS, DICTÉ l'A« LB

PAllTI DE 1815.

Cette domination du parti de 1815, sous le joug duquel M. de Richelieu est ainsi tombé graduellement et à son insu, a dû avoir pour effet infaillible la présentation d'un nouveau projet de loi sur les élections, projet différent de celui de M. Decazes, qui avait en vue l'accroissement du pouvoir ministériel, tandis que le pro-

jet actuel a pour but la contre-révolution pure et simple; car j'appelle contre-révolution le pouvoir remis en entier à la classe des riches, qui s'en prévaut toujours pour stipuler pour elle-même des exemptions, des privilèges, des inégalités politiques, civiles et pécuniaires.

La comparaison détaillée des deux projets entourerait cette vérité d'une évidence sans réplique. Mais la longueur de cette comparaison la rendrait déplacée ici. Je me bornerai à dire quelques mots sur leur tendance, pour montrer combien celle de l'un avait peu d'analogie avec celle de l'autre.

Le projet présenté par M. Decazes était destiné, comme je l'ai énoncé, à fortifier le pouvoir ministériel. De là. la quinqueunalité, la formation illusoire du bureau, le vote public, comme moyen de maintenir les fonctionnaires dans la dépendance, enfin quelques autres détails propres à écarter les concurrents qui déplairaient aux ministres. Quant à l'avantage donné à l'oligarchie, par la nomination de 142 députés, choisis par elle, il est évident que c'était une concession dont on avait même tâché d'atténuer l'effet, en plaçant ces élus de l'oligarchie en minorité.

Le projet présenté par M. Laine est au contraire calculé pour assurer la victoire complète de l'oligarchie. De là ces collèges des plus imposés, qui, dans presque tous les départements, seront formés d'anciens riches; car on a beau dire, les grandes fortunes ont, pour la plupart, résisté aux orages politiques. Elles ont été protégées par leur masse ; la foudre n'a frappé que les fortunes moyennes. Les faveurs de Bonaparte, appelées bienfaits sous l'empire, et restitutions depuis la royauté, ont indemnisé la classe que la révolution avait dépouillée, et l'on passe sa vie à voir rétablis dans leurs châteaux, leurs terres, leur opulence, des hommes qu'on avait contracté, depuis vingt ans, l'habitude de plaindre et de secourir. De là, encore, celte combinaison recherchée, à l'aide de laquelle le candidat de la minorité la plus imperceptible pourra être choisi par le grand collège, au détriment du candidat d'une majorité des dix-neuf vingtièmes, ou même (la chose n'est nullement impossible) des quatre-vingt-dix-neuf centièmes dans les collèges d'arrondissement.

Aussi, en relisant les exposés des motifs des deux projets de loi, l'on s'aperçoit, du premier coup d'œil, que l'exposé rerais par

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