‹ Cours de politique constitutionnelleChapitre 24 sur 128 · CONTINUATION' DU MEME SUJET · texte numérisé non relu

CONTINUATION' DU MEME SUJET

Assurément les écrivains que je viens de peindre son loin de prévoir tous ces maux. Ce n'est pas sans retour qu'ils ont abjuré des principes dont leur jeunesse a été nourrie, auxquels ils doivent leur première gloire, et qui, de quelques excès qu'ils soient le prétexte, ne peuvent perdre leur empire sur des âmes élevées et sur des esprits éclairés. Il y a dans la pensée, dans la méditation, dans l'étude, une tendance naturelle vers l'indépendance et vers la raison. Ceux des hommes de lettres qui sont de bonne foi. dans leur opposition à lautorité, contractent, par cette opposition même, une habitude de réclamation qui doit leur faire à jamais un besoin généreux delà résistances l'arbitraire. Dès qu'ils apercevront le despotisme à découvert, dès qu'ils discerneront l'abime vers lequel les pousse leur éloigneraent pour quelques hommes, etleurs préjugés contrequelques institutions, ils reviendront à leur destination primitive ; ils se rallieront autour d'une cause qu'ils ont abandonnée sans vouloir la trahir, et la liberté verra réunis sous ses bannières, ses anciens comme ses nouveaux amis.

Déjà paraissent plusieurs symptômes de ce retour salutaire. Des écrivains, qui, pendant trop longtemps, ont abusé de leur talent d'amertume et de la force de leur logique, pour diriger contre les républicahis une haine qui devait, malgré eux, retomber sur la république même, regardent tout à coup autour d'eux et s'éton-

0? DES RÉACTIONS POLITIQUES. — rH.\I>. VI.

lient de voir appliquer à leurs opinions chéries ce qu'ils avaient dit contre des mesures ou contre des hommes qu'ils détestaient. Illibérauxdans leurs inimitiés personnelles, ils sont éminemment libéraux dans leurs principes abstraits : et j'ose leur annoncer qu'ils ne tarderont pas à se joindre, dans la défense de la philosophie pour laquelle ils voudraient encore réclamer sr uls, aux hommes mêmes qu'ils ont attaqués. Il verront que leur cause est inséparable de celle de tous les amis de la liberté. Ils pardonneront des erreurs ; on leur pardonnera des injustices. Ils grossiront la phalange républicaine qui combat pour la préservation de tout ce qu'il y a de saint dans les droits et d'étendu dans les lumières.

Mais cette réunion tardive pourra- 1- elle encore mettre un terme à la réaction, dont la violence s'accroît d'heure en heure? Les hommes créent les circonstances; mais les circonstances entraînent les hommes : la main qui donna le mouvement est rarement celle qui le dirigéH)u l'arrête, et le premier auteur d'une impulsion tombe souvent victime de celui qui s'en empare.

Lorsque les Girondins voulurent la république, une foule de citoyens vertueux leur criait : L'anarchie vous suit, elle vous seconde, elle vous dévorera. Ce fut en vain ; l'enthousiasme de leur sublime entreprise les aveuglait sur se.s dangers. Ils ne virent pas les monstres qui formaient leur terrible arrière-garde. Ils fondèrent la république, et la féroce Montagne la renversa sur ses fondateurs.

Il en pourrait être de même aujourd'hui dans le sens opposé. Derrièreccsécrivains,dont les intentions sont pures, mais que dominent des souvenirs amers, ou d'excessifs scrupules, marche, avec des vues plus vastes, des moyens mieux combinés, des projets mieux suivis, un parti montagnard de sa nature, mais montagnard pour la royauté '.

Les hommes qui composent ce parti sont exempts ilu moins du reproche d'inconséquence. Ce ne sont point des apostats de la liberté. Ils n'ont jamais pris d'engagement avec elle, ni fait aucun pas dans cette noble et périlleuse carrière.

De tout temps gouvernés par des opinions étroites, ou par des

' Édit. de 1810. Monteigiianl conU'e révolutionnaiie.

CONTINLAIMN DL MÈMK SIJKI. 9'^

intéi't'ls plus (^îtroits encore, .scclairL'Scuiislaiilsclcrillib('!ialilc; sous la monarchie, délateurs des pliilosoi)lies, panégyristes de l'intolérance, apologistes de la Saint-Dailliéleniy, sous la république, oiitliousiastes de la nionarcliie •, et tiers des crimes (jui ont souillé la plus juste des révolutions, ils apjyortenl aujourd'liui en j)om[ie une désastreuse expérience à l'ajipui i\ unv a\ilissan(e théorie. Ils nous étalent leurs j.jophélies piélendues. lis cumj>tentav(!C une joie féroce les blessures de leurs i)ays. Us ne voient dans les malheurs de la France (ju'une prouve en laxtur^de leurs dégradants systèmes. Odieux pai' leurs principes, odieux par leurs jirédictions, ]»lus oïlieux parleur joie, ils tirent de nouveaux sophismes des calamités que leurs sophismes causèrent. C'est en préchant la jésistanceà des améliorations nécessaires qu'ils ont amené, au lieu de ces améliorations, des déchii'ements; et comme si leur destination éternelle était d'empoisonner tous les biens, et d'évocjuer tous les maux, après s'être' opposés à ce qu'on améliorât, ils s'opposent aujourd'hui à ce qu'on répcire.

Un grand nombre de journaux est sous la direction de ces hommes.

Je ne veux point ici blâmer en général l'existence des journaux. La nécessité d'écrire tous les jours, me parait, il est vrai, l'écueildu talent. Ce calcul journalier qui lait d'une feuille un revenu, qui suppute les souscriptions, qui établit une létribution pécuniaire, si positive et si détaillée entre le lecteur dont on llatte l'opinion, et l'écrivain qui la ilatte, ne laisse ni le temps ni l'indépendance que demande la composition d'ouvrages utiles. Le besoin de frapper par des réflexions fortes mène à l'exagération ; celui d'amuser par des anecdotes, entraine à lu calomnie. Tous ces inconvénients s'aggravent encore par les querelles polémiques, par les disputes personnelles, inséparables de cette profession. Un journaliste renonce à la dignité d'homme de lettres, à la profondeur du raisonnement, à la liberté de la pensée. D'ordinaire un journal est plus mauvais que son auteur, et d'ordinaire encore un auteur devient plus mauvais que son journal.

C'est avec regret que j'exprime ces vérités sévères. Je ne me déguise pas que les journaux sont une ressource très-efficace, peut-

' Édit' de i8iy. Enthousiastes du pouvoir iibsolii d'un seul.

94 DR^; nÉAfiTioxs Pdi.myiEs. — r.n.M'. vi.

être, la plus efficace, et quelquefois la seule, contre des actes d'oppression individuelle,qui sont inséparables de tout gouvernement administré par des hommes. Mais cette considération redouble mon ressentiment contre ceux qui, par l'abus qu'ils font de cette ressource, tendent à la rendre odieuse et illusoire. , Lorsqu'on pense qu'il y a, chaque jour, trois à quatre cents écrivains, inventant ou répétant des anecdotes calomnieuses contre tous les hommesdistingués, et même, pour peu qu'une passion particulière les sollicitç ou les soudoie, contre les hommes les plus obscurs; portant la désolation dans les familles, violant le sanctuaire de la vie domestique, déchirant les plus douces affections, semant la dissension entre les époux, rendant les citoyens suspects à l'autorité sous laquelle ils vivent, l'autorité odieuse à ceux sur qui elle est établie, exerçant en un mot un genre de persécution indéfinie et minutieuse, qui défie tous les ressentiments et élude toutes les lois, et commettant tous c'ês crimes pour la misérable rétribution journalière, qui sert à les dispenser de tout genre de travail honnête, et de toute occupation légitime, on éprouve par une injustice involontaire, contre l'institution même, qui est sujette à de pareils abus, un mélange de mépris et d'horreur; et l'on a besoin de se rappeler que ce n'est qu'en France et depuis la révolution, que certains journalistes se sont regardés comme une classe ennemie de toutes les autres classes, et affranchie de tous devoirs sociaux.

Il est cependant, je ne veux point le nier, plusieurs journaux qui méritent l'estime. Il en est dont les écarts ne sont pas sans excuse. Je ne parle ici que de ceux qui font de la calomnie une spéculation mercantile, et qui, renchérissant les uns sur les autres, la mettent pour ainsi dire au concours. J'en connais de tels dans tous les partis; je les ai tous en vue, et si je déteste davantage ceux qui attaquent la liberté, je ne méprise pas moins ceux qui la souil lent en la défendant.

La puissance de ces journaux s'est élevée comme par magie, au milieu d'un écroulement universel. Elle donne de l'audace aux plus lâches et de la crainte aux plus courageux» L'innocence n'en garantit pas, le mépris ne peut la repousser. Destructive de toute estime et profanatrice de toute gloire, elle défigure le passé; elle devance l'avenir, pour le défigurer de même; et grâce à ses efforts

(iiiNTiNi ATiuN m mi;mi: -ijii. !».»

cl à SOS succès, après une révolution de sf|)l années, il ne rcsti' dans unenatioiide vinçit-cinq millions d'Iiomines, pas un nom sans taciie, pas une action (jui n'ait été calomniée, pas un souvenir pur, pas une vérité rassurante, pas un principe consolateur.

Ces journaux calomniateurs veulent établir leur magistrature sur un peuple vainqueur de toute la terre. Cette magistrature est le contraire du gouvernement des meilleurs. C'est le gouvernement des plus vénaux et des plus vils. L'on a vu des nations écrasées par la force, d'autres furent trompées par la superstition. Aucune société encore n'avait choisi pour guider des hommes qu'elle accablait elle-même de sa déconsidération. Ceux-ci ne fournissenl à la France, ni l'excusede l'illusion, ni celle de la terreur. Ce n'est ni du fond du sanctuaire, ni du haut du trône, qu'ils l'aveuglent et (|u'iJs l'asservissent. C'est du sein du mépris qu'ils la corronipontet (ju'ils la dégradent ! Ils sont réunis par le mensonge ; ils ont pour principe une ligue impie en faveur de tout ce qu'ils disent à l'envi de fau.x, d'injuste ou de calomnieux. Leur opprobre fait leur puissance ; ils étalent leur dégradation ', et vous les entendez, naïfs dans leur bassesse, se vanter de ce qu'à l'abri de cette égide, ils lancent impunément leurs traits empoisonnés, et déshonorent avec d'autant plus d'audace, que leur sauvegarde est le déshonneur.

La plupart de ces écrivains sont à cette époque de la vie, où l'âme neuve encore, suit toutes les impulsions de la nature, et dont le partage est une noble imprudence, une généreuse indignation,

' Lorsqu'on accuse il f;iiit |irouver. Je demande pardon au lecteur de la preuve que je vais fournir. Elle est d'un genre si bas, que j'ai eu hciucouji de peine à me déterminer à la transcrire; mais elle m'a semblé trop remarquable pour être supprimée. C'est un journaliste, de l'espèce de ceux dont je parle, car je ne puis trop établir la distinction ; c'est, dis-je, un journaliste lui-même qui va nous donner une idée de la dégradation à laquelle ces écrivains se résignent, et de la manière dont ils s'égayent sur leur infamie. (Extrait du Grondeur du 3 ventôse, an V ;

u Les journalistes ne devraient-ils pas bien prier Daunou, puisqu'il a des comi) plaisances pour eux, de faire déterminer au moins les cas oii ils doivent recevoir » des souftlets, des coups de bâton, des étrivières, des croquignoles, des gourmades, » et toutes les autres petites corrections anodines qui sont du ressort de la police )) casuelle? Au moins on saurait à «{uoi s'en tenir, et l'on préparerait un jour ses » épaules... En un mot, on ne serait point exposé à l'arbitraire. Mais surtout qu'on » fixe le nombre et les quantités, car, voyez- vous, les nombres ne sont |tas à né- )) gliger dans ces sortes d'occasions. Je tiens aux nombres, et je veux absolument » qu'on détermine les nombres; car, si je me trouve dans le cas de vingt croqui- » gnôles, etc., etc. »

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une fierté préservatrice, un désintéressement exalté, l'amour du vrai, la liaine du vice, toutes ces sensations presque physiques dans nos premières années, et qu'on voit avec tant de peine la vieillesse décomposer et flétrir ; et c'est à l'entrée de leur carrière qu'ils trafiquent volontairement d'opprobre, renoncent à leur propre estime, et dans leur monstrueuse alliance avec les sectaires vieillis des préjugés vaincus, présentent, de toutes les réunions, la plus hideuse, la grossièreté brutale de la jeunesse, et la corruption ral'linée de l'âge avancé.

A leur voix, tout un peuple digne jadis de la liberté, descend dans la servitude. A leur voix se flétrissent nos espérances; la victoire devient inutile, les défenseurs de notre patrie tombent insultés ou méconnus. Tandis que la gloire est sur nos frontières, la calomnie empoisonne et dévaste nos foyers; et ce qui partout eût commandé la reconnaissance et l'enthousiasme, excite parmi nous rinsoieiice de l'ingratitude, l'espoir d'un doute coupable, ou le sourire du dédain K

♦ On a souvent rappelé à B. Constant ces repro,ches véhéments adressés aux journalistes du Directoire; on a i)rétL'ndu qu'il n'avait pas toujours été l'ami passionné de la liberté de la ])resse. Cette accusation n'est pas fondée. Nulle part l'auteur ne demande des mesures iiréventives, il ne veut que des lois énergiques qui frappent le calomniateur. Les vrais amis de la liberté de la jiresse sont ceux qui délestent le plus fortement les crimes et les délits commis en son nom. Tout le monde sans doute réprouve les abus de la presse; mais comme pour une certaine école, ces abus même servent d'argument an système préventif qu'elle défend, ils ne lui font pas ressentir comme aux partisans de la liberté, deux douleurs à la l'ois (E. L.)

('HAPITRE VII.

UK-i UKSSOIUCES nll KESTE.NT AUX A.MIS l>K I.A I.IHKUÏK ET DES I.rMIÈKES.

Dans ce clépérissementderopiniûii,dans cette dissolution apparente de tout esprit national, quel espoir peuvent conserver encore les amis de la liberté et des lumières? Quels moyens ont-ils? Quels plans doivent-ils suivre ?

Leur cause n'est point perdue ; ils ne la trahiront point. Ils ne composeront avec aucun genre de réaction. Ils n'accepteront ni le despotisme, ni une royauté mitip,ée, qui cesserait bientôt de l'être, ni une république arbitraire, qui ne serait pas moins vexatoire que la royauté, ni l'avilissement réduit en dogme, ni une grossièreté féroce réduite en principe.

De leur constance et de leur succès dépend, et le salut de la république, et celui même de la tourbe imprudente qui les abandonne ou les proscrit.

La royauté qui les immolerait, devenantbientôt toute-puissante, demanderait de nouvelles victimes. Les époques et les formes seraient oubliées ; l'on méconnaîtrait des modifications désormais inutiles. Avoir voulu tracer des limites à une puissance, qui, de sa nature, n'en reconnaît point, égalerait le crime d'avoir contribué à sa chute ou lutté contre son rétablissement.

Le système, que servent sans le savoir des hommes jadis patriotes, franchira toujours toutes les barrières. Il dévorera indistinctement tout ce qui ne lui fut pas dévoué jusqu'au fanatisme. Si II. 7

98 DES RÉACTIONS POLlTIOt'ES. — CHAP. VII.

ce système affreax triomphait, la proscription serait sans terme et sans bornes MM. de Lafayette,dans les cachots ennemis, est encore

' (( Tous ceux qui prêtèrent le serment du Jeu de paume, sans exception, trahi- )) rent l'État, étaient coupables de lèse-majesté, et devraient être juj^ès comme » tels... Les noms de ceux qui se rendirent ainsi parjures, doivent être gravés, avec » le burin d'une vérité vengeresse, dans les annules de la monarchie qu'ils ont )) détruite 11 n'est point pour eux de repentir qui puisse les juslilier au tribunal » inexorable de l'histoire. L'in.scription de leurs noms sera et est dès aujourd'hui » leur arrêt. Ce ne sera pas à des Brissol, des Marat, des Manuel, que \n postérité )) demandera compte de tant d'horreurs et de cahimités, ce sera à ceux dont les noms » ont seuls figuré dans les premiers moments de la révolution... {Du rétablissement » de la Monarchie, p. 56 et 57.) Les constitutionnels virent dresser pour eux les » guillotines, qu'ils avaient imaginées, fabriquées, élevées jjour les royalistes : leur H sang impur coula sans honneur, il n'excita ni regret, ni pitié, et le baptême de )) l'échafaud ne put pas même laver leurs crimes... Ihid., p. 76 et 77.

» Ce n'est pas tout d'arracher les fruits de cet arbre planté par les constitution- 1) nels, et par eux arrosé de sang, il faut l'abattre, il faut couper jusqu'à la dernière » racine; et, bien loin de se semir de la moindre de ses branches, il faut fouiller )) tout autour avec l'aitenlion la plus scrupuleuse, et ne pas lui laisser la possibilité » d'un rejeton... S'il reste le moindre germe de cette race exécrée, le plus léger » souffle de la discorde ou du mécontentement ira le porter sur la plage infortunée » où mille circonstances imprévues le développeront pour le malheur du genre )) humain. Après avoir reçu de toutes les puissances européennes le bienfait inappré- )) ciable de la destruction d'une secte impie, nous manquerions à la dette sacrée de )) la reconnaissance en gardant volontairement au milieu de nous un venin caché qui » pourrait les infecter... Ihid., p 89 et 90.

)) Quelle ressource, grand Dieu ! resterait-il donc à la France, si les atrocités des «jacobins devaient faire oublier ou pardonner les crimes des constitutionnels!... » Ihid., p. 160.

» Si la clémence est un plaisir, la justice est un devoir... Il est des atrocités dont )) le caractère, le n'ambre et les détails sont au-dissus du pardon... C'est la pociété » entière, c'est l'humanité même qui demande alois vengeance. Telles sont celles » qui ont ensanglanté la France sous le règne des conslilutiunnels. Qu'il est effrayant )) le nombre des scélérsts qui les ont servis!... Je suppose qu'il n'y en ait qu'un par » municipalité, et déjà j'en compte plus de quarante-quatre mille!... A ce ramas » d'administrateurs, ajoutez ces clubs, ces sociétés... Ajoutez les débris de la pre- )) mière assemblée, les successeurs qu'elle se choisit... Ibid., p. 164 et suiv. Si la )) nation assemblée exprimait le vœu de Restreindre l'autorité royale... elle voudrait )) sa perte... Elle serait encore en état de délire, et par cela même hors d'état de » vouloir. » Ihid., p. 189.

Je crois inutile de joindre à ces citations d'un ouvrage officiel des développements qui ne pourraient qu'nff.nblir ITmpression que ces citations seules doivent produire. Vous qui désirez la contre révolution, conti-mplez-la tout entière.

L'édition de 1819 ajoute : Quand on lit ce que certains hommes écrivaient en 1793, l'on est moins étonné de ce qu'ils ont fait ou approuvé en ISlô.

(Tous ces passages sont extraits textuellement d'un ouvrage publié à Londres, en septembre 1793, réimprimé à Liège en 1794, et intitulé : Du rétahlissement de la monarchie. L'auteur de ce pamphlet violent, oii la rancune de l'émigration va jusqu'au

DES RESSÛUKCES ijl I UESTKNT AIX AMIS DR I.A LIUERTK. i^9

l'objet de la haine de raristucratie implacable '. Des hommes en France, ô honte 1 applaudissent aux crimes d»^ l'étranger, à ces

délire, est M. Ferrant (v su|». t. I, p. '2~l)). Ministre de la première restauration,

fut, en 1814, un des plus dan^rereux amis de la royauté. (E. L.)]

* Je ne considère ici M. de Lafayetie que sous le rapport du malheur, et sous ce rapport, je saisis avec em|iressement l'occasion d'inspirer l'horreur pour les traitements alTreux dont il est victime. Les souverains ont si peu d'intérêt à de piireilles atrocités, que l'on ne peut s'empêcher de croire, quelquefois, que celles-ci sont ignorées de celui qui, pour sa jiloire, devrait les faire cesser, et dans cet espoir, il faut multiplier toutes les chances de |iulilicité. Je ne suis pas assez vain pour su[)poser que cet ouvrage ajoute heaucoup à ces chances; mais quand un seid homme de plus en serait instruit, j'aurais du moins rempli mon devoir,.

(( Les eaux presi|ue stagnantes de la Morava engendrent d'épaisses vapeurs et Il altirent d'innoiiihrahles essaims d'insectes. Pour comble de maux, la hranche de I) eelle rivière (pii coule sous les fenêtres des prisonniers étant, par sa profondeur, )) faxorahle au transport des immondices de la ville, est devenue son principal égoul. n C'est à cette circonslance qu'on attribue le mauvais air qu'on respire à Olmulz. » L'hôpital militaire et celui de la ville sont les bâtiments les plus rapprochés de la » (irison.

» Les murailles extérieures ont six pieds d'épaisseur. Une forte cloison sépare les » deux chambres que Lafayette occufie avec sa famille.

)) Ses deux filles, à qui il n'est permis que de passer six heures par jour avec » leurs parents, habitent une de ces chambres, où elles n'ont qu'un mauvais )) matelas.

n Latour-Maubourg et Puzy sont renferuiés dans deux autres cachots séparés, ils » reçoivent le jour par une ouverture de quatre pieds carrés, où l'air peut à peine » parvenir.

» Chaque cachot est ouvert quatre fois par jour. Le prisonnier prend ses repas en » présence de Kofficier et du prévôt. .Vprès le dernier repas des prisonniers, à neuf )) heures, les lampes s'ont éteintes : il ont été [irivés de briquets et d'amadou, ce qui » leur avait été accordé à leur arrivée, en cas d'indisposition. Leur nourriture est )) dégoûtante. On leur donne seulement une cuiller d'élain. Au commencement de » leur détention, leur boisson était portée dans des bouteilles. A présent ils ne peu- » vent se servir que de vases de terre ou de bois, qui, après leur repas, sont placés » sur la fenêtre du corridor, où ils sont exposés à la poussière, aux insectes, et ser- » vent aux soldats.

» Les trois prisonniers sont couverts de haillons, leurs habits n'ayant pas été re- )) nouvelés depuis quatre ans.

» Lorsque M""" de Lafayette et ses filles arrivèrent, la décence exigea que La- » fayette lut habillé. On lui donna une veste et un pantalon de serge grossière, en » lui disant que le drap était trop cher pour lui. Il n'avait point de souliers, une » de ses filles lui en lit une p.iire avec le drap d'un viel habit.

» L'habillement de Laioiir-Alaubourg consiste en une veste et un pantalon de nan- » quin, entièreitient déchirés, et qu'il porte depuis 1792.» Extrait des papiers alleniands, rapporté dans les journaux du 3 ventôse [an V].

Je ne veux point ici me faire auprès d'un parti, s'il existe, un mérite que je n'ai pas. M. de Lafayette m'est inconnu ; je ne suis lié avec aucun de ses amis, sa rentrée in France me paraitrail d.uigereuse ; mais qu'y a-t-il de rommuii entre sa len-

iOO DES RÉACTIONS POI.ITIOMES^ — CHAP. Vil.

crimes dirigés, non-seulement contre l'infortune, mais contre le dévouement d'une femme, contre la piété conjugale et filiale, contre tout ce qui attendrirait les monstres les plus sauvages. De lâches journaux comblent la mesure de leur opprobre, en justifiant une atrocité, sans exemple comme sans excuse, sans légalité comme sans pudeur. Bailly, Condorcet, Vergniaud, ombres vénérables, noms immortels, sont insultés indifféremment par des écrivains vendus autrefois à leurs bourreaux. 11 est des hommes dans l'âme desquels la pitié n'entre jamais. L'exil, les cachots, les échafauds, toutes les calamités des partis vaincus, ne font naître en eux qu'une joie féroce. En attendant l'orgueil du triomphe, ils ont l'exaltation de la cruauté. Ils déchirent des cadavres, ils foulent aux pieds des cendres, ils profanent des tombeaux.

Ces hommes attendent la chute des républicains pour s'élancer sur ceux mêmes qu'ils encouragent pendant la lutte. Dans leurs alliés d'aujourd'hui, ils marquent déjà leurs victimes de demain.

Ils ne déguisent point leurs ressentiments, tant ils comptent sur vos passions aveuglées, vous que traîne à leurs pieds un tardif et vain repentir.

Vous pardonneront-ils, généreux enthousiastes, qui, les premiers, avez donné le signal de la révolution qu'ils détestent, dont les noms sont attachés aux plus brillantes époques de l'affranchissement des Français, qui avez brisé vos propres privilèges, et dont le désintéressement ne leur paraît qu'un crime de plus ?

Vous pardonneront-ils, égoïstes ambitieux, à qui l'on n'a pas à reprocher des vertus, mais des fautes : qui avez mêlé vos vues particulières aux grands intérêts de la nation, et dont les calculs personnels ont détourné la révolution des sentiers de la morale?

Vous pardonneront-ils enfin, à vous, hommes vraiment coupables, assassins convertis, proconsuls repentants? Qu'attendez-

trée et les tourments que l'Autriche lui fait éprouver ? Ces tourments sont horribles, ils ne sont appuyés sur aucune loi, justifiés par aucun droit, motivés par aucun intérêt. Ils sont atroces sous tous les rapports.

[Au moment ou B. Constant écrivait cette page généreuse, le Directoire refusait de négocier pour la liberté de Lafayette. Il se souciait peu de voir ce nom fameux reparaître en France. On sait que ce fut Bonaparte, qui, au traité de Campo-Formio, exigea noblement la mise en liberté de ces prisonniers que l'Autriche retenait au mépris du droit des gens, car ils n'avaient jamais été ses ennemis. (E. L.)]

DES ItESSdLUGES QUI RESTENT MX AMIS DE LA I.IREUTK. 101

VOUS de leur indulgence? Quel traité peut être durable entre le crime qui abdique et la vengeance qui ressaisit le pouvoir?

Vous tous, qui pendant un jour, pendant une heure, avez espéré de la révolution, vous qui l'avez applaudie, ou secondée, ou souillée, constituants, législatifs, conventionnels, feuillants, jacobins, criminels d'acclamations ou coupables de silence, vous êtes frappés d'un égal anatlième. Votre sort à tous est décidé.

A vous, qui fûtes coupables : la vie sous la république ; elle vous l'a promise. Sous la royauté, la mort. A vous, qui ne fûtes qu'ambitieux : le pardon sous la république ; elle vous le doit ; vous avez, malgré vos erreurs, servi la liberté. Sous la royauté, la mort. A vous, dont la conduite toujours pure n'irrite que la tyrannie: sous la république, gloire et reconnaissance toujours croissante. Sous la royauté, la mort.

C'est donc la France entière que défendent les républicains. Il appartient à eux seuls de la défendre. Seuls ils peuvent opérer le rétablissement de l'ordre : seuls ils rassurent cette classe ardente et mobile, à laquelle, en lui révélant le secret de ses droits, l'on n'a pu cacher le secret plus dangereux de ses forces. Us parlent seuls sa langue ; ils peuvent seuls la contenir, aujourd'hui qu'enfin il faut la convaincre au lieu de l'écraser, et lui inspirer la confiance au lieu de lui commander l'effroi.

Cependant une so^te de découragement s'est emparé d'eux. Ils sont muets au milieu des clameurs confuses de leurs ennemis.

De toutes parts se multiplient des pamphlets incendiaires ou perfides. Ici l'on propose de violer la foi publi(|ue, de dépouiller de leur propriété ceux qui par leur confiance en la loyauté nationale ont soutenu l'État au milieu d'une guerre dévorante '. Plus loin

* J'invite les acquéreurs de biens nationaux à lire une brochure récemment publiée, et qui a pour titre : Frappez, mais écoutez.

Voici le jugement qu'en ont porté les journaux : (( Cet ouvrage est fort en raj- )) sonnement et en principes, mais déplacé, impolitique et dangereux .- déplacé et )) impolitique, parce qu'il est plus propre à détruire la confiance qu'à la rétablir : et » dangereux parce qu'il renferme des vérités qu'il faudra longtemps encore tenir » cachées. » Le Grondeur, 17 ventôse |an V).

Cet ouvrage qui renferme des vérités que l'on ne doit cacher que. pour un temps encore, propose de dépouiller de leurs propriétés tous les acquéreurs de biens nationaux, de quelque nature que soient ces biens. V. chap. x. Il indique un prétendu mode de remboursement absolument illusoire, et ne s'occupe en rien des intérêts des tiers acquéreurs. Mais l'auteur ne se borne pas à ces projets financiers subversifs

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