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DES RÉACTIONS POLITIQUES CHAP . VII

on veut flétrir le vainqueur de l'Italie, et calomnier cette armée à laquelle la république doit peut-être autant son existence intérieure que ses éclatants triomphes au dehors. Plus loin encore, un homme, incrédulelorsque les philosophes distribuaient la gloire, et flatteur delà Commune, lorsque la Commune assassinait, tente de relever d'une main débile une superstition expirante. Cet homme, sous le régime de la terreur, rédigeait dans un journal l'article littérature, il plaçait froidement, près des listes sanglantes des victimes de chaque jour, ses dissertations académiques ; il faisait des phrases à côté des échafauds. Déiste d'abord, par vanité, ensuite athée par peur, fanatique aujourd'hui par orgueil, et toujours bouffi d'un talent toujours médiocre, il se prétend saisi d'une indignation subite, trois ans après les crimes, et se pavane de son courage, trois ans après le danger '. Et les républicains gardent le silence !

< de toute justice; il appelle sur les acquéreurs toute la fureur nationale. Il les rend responsables de la guerre, de la disette, de toutes les calamités de la révolution. Il les traite de brigands, d'égorgeurs, d'enfants dénaturés, de citoyens parricides. Enfin cet ouvrage est pour les acquéreurs de biens nationaux, ce qu'est, pour tous les amis de la liberté, le Rétabiissement de la monarchie dont j'ai cité quelques morceaux dans une note précédente (sup. p. 98). L'on n'accusera pas du moins nos ennemis communs de déguiser leurs projets, et si nous souffrions qu'ils les exécutassent, ce ne-serait pas faute d'avertissement.

[B. Constant a beau dire : les premiers acquéreurs des biens confisqués par la république sur les proscrits et les victimes, n'ont servi ni la France, ni la liberté. Ils ont prouvé qu'en France un gouvernement hardi pouvait tout oser, et trouverait toujours des complices. Que de pareilles violences laissent des haines séculaires; qu on n'apaise pas des familles injustement ruinées par des phrases en faveur de la concorde, quand ce sont les spoliateurs qui régnent: c'est ce que B. Constant eût compris s'il eiit été moins jeune en 1797 ; il eût senti que son appel à l'union n'était pour des milliers de victimes qu'un outrage de plus; Il est bon que l'homme n'oublie pas en un jour, et que l'injustice d'une génération pèse sur ses héritiers. C'est la moralité de l'histoire; elle est le tableau de la justice, qui avance lentement, mais qui arrive toujours. (E. L.)]

' C'est le portrait de La Harpe, et un portrait peu flatté; plus tard, B. Constant, revenu à des idées plus calmes et plus justes, et comprenant enfin ce qu'il y a de sérieux et de profond dans le sentiment religieux, a écrit sur La Harpe la page suivante, noble réparation d'une ancienne injustice.

a Cette conversion fameuse, beaucoup de gens l'ont qualifiée d'hypocrisie. Je l'ai )) toujours regardée comme sincère (a). Le sentiment religieux est une faculté » inhérente à l'homme; il est absurde de prétendre que la faute et le mensonge » aient créé cette faculté. On ne met rien dans l'âme humaine que ce que la nature » y a mis. Les persécutions, les abus d'autorité en faveur de certains dogmes,

la) B. Constant oublie le portrait qu'il a fait en 1797.

DES RESSOL'UCES QUI HESTENT .M'X AMIS DE L.V I.IUIMITÉ. 103

Est-ce mépris pour de si misérables adversaires? l^ieu de ce qui se répète n'est à. mépriser : tout a son ttVet dans les réactions, et le défaut du talent, l'absence de la bonne foi, le ridicule de la versatilité, nesuflisent point pouralfaiblir les coups portés dans le sens de l'opiyion. Est-ce déférence pour la domination de la mode? Ah! pour apprendre à dédaigner l'idole, qu'ils contemplent les adorateurs! qu'ils voient cette race puérile, éphémère, eiféminée, bourdonnante, semblable aux ombres que nous peint Homère, privée de connaissance et d'idées, dénuée de jugement, de caractère, de passions même, et s'agitant d ins le vide, imitatrice impuissante, mais infatigable des actions des hommes.

Multa... varianim monsln fi-ranim,

— Tenues sine corpore viias Admoneat volitare, cava sub imagine formae.

11 est vrai, ces êtres dun jour, qui n'ont qu'une existence artificielle, des mouvements copiés, des mots de ralliement, ces êtres travestis burlesquementen dispensateurs de la gloire, veulent ressusciter l'empire des salons, le tribunal de la moie, de cette puissance législatrice de la vanité, indestructible comme elle, et chérie de tout ce qui est nul, parce qu'en rassemblant elle paraît réunir, sert à la fois l'amour-propre et la peur, rassure le ridicule en le rendant général, et agrandit les pygmées, en rabaissant le reste du monde à leur diminutive stature. Mais que les amis de la liberté, que ceux des lumières se raniment ; qu'ils avancent vers ces légers fantômes : dès leurs premiers pas, ces fantômes se dissipeVont; qu'alors, sans s'arrêter à les poursuivre, il couvrent leur vain murmure de la voix forte et mâle de la vérité.

» peuvent nous faire illusion à nous-mêmes, et nous révolter contre ce que n<ii:s » éprouverions si on ne nous l'imposail pas; mais, dès que les causes extérieures » ont cessé, nous revenons à noire tendance primitive; quand il n'y a plus de cou- )) rage à résister, nous ne nous applaudissons plus de notre résistance. Or, la révolu- » tion ayant ôté ce mérite à l'incrédulité, les hommes que la vanité seule avait )) rendus incrédules purent devenir religieux de bonne foi. M. de La Harpe était de )) ce nombre; mais il garda son caractère intolérant, et cette disposition amère qui n lui faisait concevoir de nouvelles haines, sans abjurer les anciennes. Toutes ces » épines de la dévotion disparaissaient cependant auprès de M"* Récamier. » (Portrait de M°>' Récamier par B. Constant, publié par M. de Chateaubriand, Mémoires d'outre-tombe, t. VIII, p. 120.) (E. L.)

10 i DES RÉACTIONS POLITIQUES. — fîHAP. VU.

Qu'ils rappellent des axiomes éternels, qu'ils foudroient les préjugés qu'on relève, qu'ils rectifient les principes que l'on dénature; qu'ils détendent avec un courage inébranlable, et sans redouter de calomnieuses interprétations, les hommes jadis exaltés dans leurs opinions, mais non souillés de crimes, dont on veut aujourd'hui, soit imprudence ou perfidie, faire une race à la fois proscrite et terrible, qui n'ait d'asile sur la terre que sous les débris de l'ordre social; qu'ils les défendent, dis-je, en les contenant; qu'ils garantissent le gouvernement de la ressource enivrante et destructive de l'arbitraire ', et développent enfin la force réparatrice, qu'à l'insu peut-être de quelques-uns de ses défenseurs, renferme la constitution.

Pour établir plus solidement le règne des principes, qu'ils confondent d'abord ceux qui les exagèrent, ces ennemis adroits de la liberté, devenus tout à coup, de courtisans faciles des circonstances, d'amis complaisants de l'arbitraire, des logiciens sévères, et des métaphysiciens rigoureux.

Qu'ils fassent ressortir leurs contradictions, en prouvant par les faits, qu'ils ont combattu de tous leurs moyens la doctrine même quils réclament, qu'ils sesontréfutés d'avance, qu'ils ont désigné comme des fauteurs de l'anarchie, comme des ennemis de l'ordre public, ceux qui tenaient jadis leur langage d'aujourd'hui, et que c'est dans leurs propres discours, dans leurs éloquentes harangues, dans leurs pathétiques déclamations, que l'on peut trouver leur condamnation la plus sévère.

Les mêmes hommes, qui maintenant invoquent la liberté illimitée de la presse, s'élevaient avec fureur contre cette liberté, lorsqu'ils n'avaient pas besoin qu'elle existât, ou, pour mieux dire, lorsqu'ils avaient besoin qu'elle n'existât pas. Alors il fallait prévenir les maux, au lieu de les punir : alors les feuilles périodiques étaient un poison terrible, une liqueur enivrante, dont le gouvernement devait garantir le peuple.

Une réunion bizarre de circonstances les pousse aujourd'hui dans un sens contraire. La puissance et les préjugés étant pour le momenten opposition, leurs défenseurs ont besoin de la licence de

* Édit. de 1819. Je prie le lecteur de se rappeler que l'on a imprimé et que l'on imprimera peut-être encore que j'ai recommandé au Directoire l'usage de l'arbitraire. •

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