‹ Cours de politique constitutionnelleChapitre 26 sur 128 · DES RESSOURCES QUI RESTENT AUX AMIS DK I.A I.IHEHTK · texte numérisé non relu

DES RESSOURCES QUI RESTENT AUX AMIS DK I.A I.IHEHTK

la presse pour servir leur cause. Ils recourent h la raison ', faute d'avoir reconquis la force. En voulant nous faire rétrograder, ils sont réduits II mettre en usage et à déclarer sacrée la ressource même qui nous a poussés si loin malgré leurs efforts.

C'est un trait caractéristique des révolutions (piécette facilité et cette hardiesse des partis à jeter loin d'eux leurs raisonnements, et à saisir les arguments de leurs adversaires, comme on voyait, sur les bords du Scamandre, les héros grecs et phrygiens échanger leurs armes, et marcher ensuite à de nouveaux combats.

L'histoire d'Angleterre, à l'époque des guerres de Charles I", est remplie d'exemples semblables. « Ce fut un singulier spec- » tarie, dit Clarendon, que de voir les amis de la monarchie » affectant la rigueur des opinions républicaines, et ceux qui » étaient véritablement attachés à la république, défendant sou- ■» vent des mesures monarchiques. »

« Dans la dixième année de la république anglaise, dit Burnet, » plusieurs hommes du parti du roi, de ceux qu'on appelait cava- >' liers, se mêlèrent aux affaires publiques. Ils étaient tous alors » de zélés républicains, suivant les ordres que la cour leur faisait y> passer du dehors. Leur occupation était de s'opposer au gouver- » nement, d'entraver ses mesures, de l'affaiblir ainsi dans l'inté- » rieur, et àl'extérieur de l'avilir. Lorsque quelques personnes du X parti contraire s'étonnaient de ce grand changement, et leur de- )i mandaient comment tout d'un coup, de défenseurs obstinés de la >) prérogative royale, ils étaient devenus les patrons zélés, et les » avocats minutieux de la liberté la plus abstraite, ils répondaient, » qu'élevés à la cour, et lui ayant des obligations, ils s'étaient » trouvés jadis engagés par la reconnaissance ou l'habitude; mais » que la cour et la royauté n'existant plus, ils étaient revenus aux » principes communs à tous les hommes, et à l'amour de la » liberté. Par ce moyen, comme quelques républicains de bonne » foi y furent trompés, et se laissèrent aller k les soutenir, ils don- » nèrent beaucoup de force à la faction. Ces mêmes hommes, lors » de la restauration du roi, jetèrent le masque, et retournèrent à » leurs anciens principes de haute prérogative et de puissance » absolue. Ils dirent qu'ils étaient pour la liberté lorsque c'était

' Ëdil.de 1819. Ainsi, alor.s comme aujourd'inii, mon opinion était que, lorsqu'on réclamait la liberté de la presse, on avait raison.

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» un moyen d'embarrasser ceux qui n'avaient pas le droit de gou- » verner. mais que le gouvernement étant redevenu légitime, ils » étaient, autant que jamais, de fermes soutiens de l'autorité » royale, et des ennemis déclarés de la liberté '. »

Le même ensemble de circonstances ne se reproduisant pas, de pareilles comparaisons ne peuvent être parfaitement exactes; je déclare même que je suis loin de faire de ce passage une odieuse et injuste application à des hommes qui se sont opposés au gouvernement avec une chaleur excessive, mais avec des intentions honnêtes. Cette chaleur était en eux l'effet de l'inexpérience, comme quelques-unes des mesures, qu'ils relevaient avec tant d'amertume, étaient l'effet de l'inexpérience inséparable d'un gouvernement tout neuf. Cette conformité de causes dans les erreurs ne devrait-elle pas conduire à un rappochement mutuel, à une mutuelle indulgence? Tout ce que j'ai voulu prouver, c'est que l'exagération des principes, étant le moyen le plus infaillible de les rendre inapplicables, sera toujours une des armes les plus dangereuses que puissent employer les partisans des préjugés.

J'entends proférer ici l'accusation de machiavélisme. Vous voulez, dira-t-on, faire toutpour les circonstances; après avoir si longtemps prétendu ne pas les compter.Vous abandonnez vos principes dès qu'ils ne servent plus à vos vues. Vous calomniez vos adversaires lorsqu'ils raisonnent d'après les bases mêmes que vous les avez forcés d'admettre. C'est vous qui êtes inconséquent, versatile, insidieux; vous qui opposez les abstractions les plus rigoureuses aux intérêts que vous voulez froisser, et qui faites des exceptions sans nombre, en faveur de vos propres-intérêts.

Je suis loin de mériter ce reproche. Tout en repoussant ceux pour qui le raisonnement abstrait est une évolution, et la métaphysique un stratagème, personne n'est en garde, plus que moi, contre les sectateurs de l'excès contraire, contre ces panégyristes éternels des modifications, qui, cherchant toujours le milieu, restent toujours à moitié chemin, et ne croyant pas que l'ordre social puisse être fondé sur des bases fixes, prennent le balancement pour de l'aplomb, et la fluctuation pour de l'équilibre.

Cette neutralité de l'esprit, entre l'en eut et la vérité, est d'au-

* l\u\nf:l, Ilisi'jnj of hn own liiiti'. Ëdirnb. i'ioi , l. I, |i. 99.

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tant plus dangereuse, qu'elle se transforme en qualité aux yeux de ceux qui l'ont adoptée. Comme en pactisant avec tous les abus, ils ménagent tous les systèmes, et négocient avec tous les préjugés, ils se glorifient du nombre de t rai tés par liels qu'ils coud ueut, ou plu tôt qu'ils proposent, et ne sentent pas que ces traités incomplets et contradictoires sont des germes nouveaux de désordre. Il me semble voir un homme dont les mouvements sont entravés par une foule de frêles liens, et qui dit avec orgueil : « Un autre les briserait; moi je les respecte.» Oui ; mais un autre avancerait, vous n'avancez pas, et derrière vous roule la force des choses; elle approche, elle est imminente, elle vous presse, elle va vous heurter ; vous et vos considérations serez écrasés.

Sans doute, il est un milieu entre les modifications qui entravent, et les exagérations qui égarent. Ce milieu, ce sont les principes, mais les principes dans toute leur force, dans tout leur ensemble, dans leur ordre naturel, dans leur enchaînement nécesaire, adoptés tous, réunis et classés, se prêtant ainsi un appui mutuel et pourvoyant à la fois à leur conservation générale et à leurs applications de détail.

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