L-'USUKPATION NE PEUT-ELLE SE xMALNTEMP. PAR LA FORCE
Mais l'usurpation ne saurait-elle se perpétuer par la force ? N'at-elle pas à son service, comme tô^ut gouvernement, des geôliers, des chaînes et des soldats ? Que faut-il de plus pour garantir sa durée ?
Ce raisonnement, depuis que l'usurpation, assise sur un trône, tient de l'or d'une main et une hache de l'autre, a été reproduit sous des formes merveilleusement variées. L'expérience elle-même semble déposer en sa faveur : j'ose pourtant révoquer cette expérience en doute.
Ces soldats, ces geôliers et ces chaînes, qui sont des moyens extrêmes dans les gouvernements réguliers, doivent être les res- .sources habituelles de l'usurpation, vu les obstacles qu'elle rencontre de toutes parts. Le despotisme, dont ces gouvernements ne font sentir à leurs sujets la pratique que par intervalle et dans les temps de crise, est, pour l'usurpation, un état constant et une pratique journalière.
Or, la théorie du despotisme se laisse défendre spéculativement par des écrivains ou des orateurs, parce que la parole prèle à toutes les erreurs sa docile assistance ; mais la pratique proloii *'e du despotisme est impossible aujourd'hui. Le despotisme est un troisième anachronistne, comme la conquête et l'usurpation.
Donnons quelques dévcloppemerts à cette assertion ; disons d'abord pourquoi l'on a pu croîte que noire génération était dis-
l/uSURPATIOiN .NE PEUT-ELLE SE MAINTEMU l'AU LA FiiHCE. l'O^
posée à se résigner au despotisme. C'est parce qu'on lui a oiïerl avec ignorance, obstination et rudesse, des formes de liberté dont elle n'était plus susceptible, et qu'ensuite, sous le nom de liberté, on lui a présenté une tyrannie plus ctlVoyable qu'aucune t!o celles dont l'histoire nous a transmis la mémoii'c. Il n'est pas étonnant que cette génération ait conçu de la liberté une terreur aveugle qui l'a précipitée dans la plus abjecte servitude.
Heureusement le despotisme, et grâces lui en soient rendues, a l'ait de son mieux pour nous guérir de cette honteuse erreur. 11 a prouvé que, sous ses couleurs véritables, sans déguisements et sans palliatifs, il causait autant de maux, pour le moins, que ce ([u'on avait si absurdement désigné comme liberté. Le moment est donc arrivé où quelques idées raisonnables sur cette matière peuvent trouver accès.