‹ Cours de politique constitutionnelleChapitre 87 sur 128 · PREMIÈRE LETTRE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE LETTRE

Monsieur,

J'ai été aussi surpris que flatté de la lettre que vous avez bien voulu m'adresser, et des questions sur lesquelles vous m'avez fait l'honneur de croire que mes réponses pourraient ne pas être sans utilité. Quelque difficiles que ces questions puissent être à résoudre, je dois m'efforcer de me montrer digne, au moins par l'intention, de la confiance que vous semblez m' accorder. Je regrette qu'un accident douloureux ^, dont les suites se sont prolongées plus que je ne croyais avoir à le craindre, ait apporté de si longs retards à mes remercîments et à ma réponse.

' Minerve française, t. 111, p. 49 et suiv. (E. L.)

2 B. Constant s'était cassé a jambe, et resta boiteux à la suite de cet accident. (E. L.)

-U?8 . LETTRKS

Sans avoir résidé dans le département du Gard, je n'ai rien négligé pour connaître avec précision tout ce qui s'est passé depuis la révolution dans ce département, si malheureux par nos dissensions civiles. La persécution qui a réveillé la sympathie des protestants jusque chez les nations voisines a dû produire un effet plus puissant encore sur le cœur d'un protestant français dont les ancêtres ont été victimes du même esprit de fanatisme et d'intolérance.

J'espère toutefois que ma qualité de protestant ne me fera point tomber dans une partialité contraire au reste de mes opinions et de mes principes. Le protestantisme ne prescrit la haine d'aucune religion; il enjoint, au contraire, le respect pour toutes les croyances. Ce n'est jamais qu'en s'écartant de ces maximes fondamentales que les protestants ont imité d'autres sectes qui ont voulu faire prévaloir leurs doctrines par la force.

Sans doute, et tous les prolestants éclairés en gémissent, l'on peut citer quelques faits qui prouvent que les réformateurs n'ont pas toujours pratiqué leur théorie. Mais ces faits sont en bien petit nombre; et, quoique le supplice de Servet soit un crime exécrable, l'on aurait mauvaise grâce en opposant un exemple isolé, et une seule victime, à quatre siècles d'oppression et à trente mille victimes périssant sur les bûchers de l'inquisition.

Je voudrais pouvoir, en répondant aux questions que vous m'avez adressées, Monsieur, laisser de côté toutes les époques propres à réveiller de tristes souvenirs. Mais, obligé d'examiner, dès le commencement de mes recherches, s'il existe un moyen d'opérer une fusion entre les protestants et les catholiques, il faut bien que je dise quelques mots des faits qui ont causé leurs dissentiments, et des accusations qui les perpétuent. Je le dois d'autant plus, qu'ainsi que le lecteur le verra tout à l'heure, des écrits récents ont reproduit ces accusations avec toutes les amplifications de la haine et toute la mauvaise foi du crime, empressé d'attaquer, parce qu'il ne peut se défendre. Il est naturel de chercher une ressource dans la calomnie, quand la justification est désespérée.

Je renonce toutefois aux avantages du terrain sur lequel je pourrais me placer, en remontant aux premiers temps du protes-

\ M. CIIAlU.KS DUUANO. |30

taiitismo. Il est bion certain qu'alors les protestants nv, réclamaient que la liberté religieuse.

Leurs excès mêmes n'étaient ([uc des actes de résistance auxquels les contraignait racliarnement de leurs ennemis. Leur désir d'acquérir de l'importance et du pouvoir dans l'Etat était justifié par le besoin de conquérir des garanties, et il n'est pas étonnant qu'ils tussent des sujets inquiets, et, si l'on veut, rebelles, quand François I''"" les faisait brûler, et que Charles IX les fnsillait. Depuis Henri IV, aucun reproche fondé ne peut être dirigé contre eux. Ils se sont affligés probablement de l'abjuration d'un prince (ju'ils avaient si fidèlement soutenu dans l'adversité. Cependant leurs chefs ne se sont point séparés de lui. Henri, devenu catholique, a trouvé parmi eux ses serviteurs les plus dévoués et les plus utiles'.

Leur lutte contre Richelieu n'a été qu'une légitime et naturelle défense, l'effet d'une prévoyance que l'événement n'a que trop justifiée. Ils savaient qu'en se laissant dépouiller de toutes leurs forces, ils perdaient toutes leurs sauvegardes. Le siège de la Rochelle était la préface de la révocation de l'édit de Nantes. Là résistance même des protestants, à cette époque, doit être attribuée bien moins au protestantisme qu'aux habitudes du siècle dans lequel ils vivaient. Lorsqu'ils prenaient les armes pour demander des villes de sûreté, ils obéissaient, conmie l'observe très-justementM. de Rhulières, à l'esprit général des temps, plus qu'à l'esprit particulier de leur secte. Leur conduite sous Louis XIV a été plus irréprochable encore. C'est après soixante-dix ans d'une tranquillité que rien n'avait troublée, et d'une loyauté non démentie ; c'est après être restés étrangers à la crise orageuse de la Fronde, qu'ils ont vu l'arrêt de proscription prononcé contre eux. Cet arrêt même, ils l'ont supporté avec une résignation admirable. Bossuet, dont la superbe intolérance se repaissait de leurs désastres, Bossuet, qui a souillé sa gloire en exaltant les persécuteurs et ^en insultant aux victimes, Bossuet leur rend cet hommage dans l'éloge de leur bourreau le plus acharné.

' Les protestants, dit le cardinal d'Ossat, n'ont rien attenté, ni contre Henri IV, ni contre aucun des cinq rois, ses prédécesseurs, quelque boucherie que leurs majestés aient faite desdiis huguenots.

4'tO LETTRES

C'est dans l'oraison funèbre de Le Tellier qu'il atteste que (oultsl resté calme dans un si graticl mouvemenL

Quel mouvement, grand Dieu 1 que l'expulsion de cent mille pères de famille ! Quel mouvement que dix mille hommes expirant sur les écliafauds 1 Quel mouvement que le massacre d'innocents désarmés réunis pour priewDieu 1 Quel mouvement, enfin, que les confiscations et les dragonnades !

Sous le régent, malgré les intrigues de l'Espagne, la fidélité des protestants a été inébranlable. Privés encore, durant le règne de Louis XV, des droits qui appartiennent à tous les hommes en société, quelles révoltes ont-ils excitées? Quelle vengeance ont-ils tenté d'exercer? Et cependant, sous Louis XV, ils étaient arrêtés, bannis, traînés aux galères ; leurs ministres étaient condamnés à mort, et l'exécution du dernier arrêt de ce genre remonte à la date bien récente du 18 février 1762. Rétablis, sous Louis XVI, dans quelques-unes des conditions de l'existence civile, on ne les a point vus murmurer de ce que la justice qu'on leur avait rendue était incomplète. Ils n'ont point profité de ce qu'ils obtenaient pour s'arroger davantage. Leur nombre ne s'est point accru, preuve évidente qu'ils n'étaient animés d'aucun esprit de prosélytisme. Jusqu'à la révolution, on ne peut citer un acte de sédition, un délit quelconque, commis par un protestant pour cause de protestantisme.

S'ils ont eu des torts, s'il ont mérité la haine des catholiques, c'est donc depuis la révolution; et, en effet, c'est des événements de cette époque que veulent s'appuyer tous les apologistes des attentats de 1815.

En 1790, disent-ils, les protestants ont ensanglanté leur victoire ; en 1793, ils ont partagé les excès d'une révolution désastreuse ; sous Bonaparte, ils se sont emparés de toute l'autorité ; durant lesGent-Jours, ils ont profité d'un ascendant passager pour menacer et pour opprimer leurs adversaires.

Telles sont les accusations répétées depuis près de deux ans, tantôt dans les libelles anonymes, écrits ou commandés par les assassins mêmes, tantôt dans les mémoires prétendus justificatifs, destinés à pallier la connivence ou à excuser la lâcheté.

Ces accusations viennent d'être reproduites, comme je l'ai dit en commençant cette lettre, dans un pamphlet récent, tel qu'il

A M. CHARLES DUIU.ND.

n'en a jamais paru, j'ose l'aflirmer, chez aucun peuple civilisé; tel que n'en ont jamais publié les révolutionnaires les plus fougueux ou les plus atroces. Dans ce pamphlet, on érige en priucipo les massacres populaires ; on réclame , pour quiconque se dit offensé, le droit de vengeance illégale que l'homme abdique par cela même qu'il entre en société ; enlin, l'on imprime que le meurtre ne fait que prévenir et remplacer la justice.

Ne me demandez pas, Monsieur, comment il arrive que, dans un moment où certes la liberté de la presse est suffisamment surveillée, et où les phrases les plus innocentes en apparence sont interprétées de manière à valoir à leurs auteurs de longues détentions et d'énormes amendes, un tel pamphlet circule librement sous les yeux du ministère public. Je ne suis pas chargé d'expliquer ce phénomène ; je raconte ce fait et je le prouve, laissant à MM. les avocats du roi le soin de nous faire concevoir comment un livre où assassiner s'appelle remplacer la justice, et où, par conséquent, la classe peu éclairée trouve d'avance des apologies pour tous les désordres et des justifications pour tous les crimes, est moins dangereux que tel écrit où l'on insinue qu'un préfet a commis quelque acte arbitraire, ou qu'un maire a dépassé son pouvoir * .

' \0\e7. V Impartial, en réfutation de l'écrit intitulé: Marseille, Nîmes et. ses environs en 1815; Nîmes, de rimprimerie de Gaudes fils, .le ne serais pas étonné si naes lecteurs refusaient de croire qu'à une époque où les principes de l'humanité, de la justice et du respect pour les lois soWt adoptés par l'immense majorité d'une nation qui ne veut plus ni révolution ni despotisme, l'esprit de parti, ou plutôt l'ivresse du crime, ose professer des maximes que les assassins du 2 septembre auraient à peine avouées. En conséquence, je vais appuyer de citations ce que j'ai affirmé. Mais je prends au hasard les phrases (jui se présentent, et j'avertis que j'en laisse de côté une foule d'autres oii le même esprit règne, et dont les expressions ne sont ni moins claires, ni moins subversives de toutes les bases de l'état social. (( Quelques victimes ont payé de leur sang le salaire dû à des forfaits trop nombreux (p. 66). » Ainsi le salaire dû aux hommes prévenus d'un crime, ce n'est pas l'examen, ce ne sont pas les formes, ce n'est pas un jugement : c'est l'assassinat au coin des rues. « On sait, quoi qu'en dise'M. Durand, que (( les victimes, dont il se )) plaît à augmenter le nombre, avaient en grande panie mérité leur sort, et que )) la vengeance de quelques royalistes du Gard n'a fait au fond que remplacer et » prévenir la justice (p. 7). » Ainsi des hommes peuvent mériter d'être assassinés. C'est la justice remplacée que le meurtre, l'incendie et les tortures. Pourvu que ceux que l'on immole soient en grande partie coupables, peu importe que d'autres qui ne sont pas compris dans cette grande partie périssent de la sorte. Les roj/ah'steisont sans reproche, et ils ont le droit de mas.sacrer sans distinction. « Lorsque,

Le pamphlet dont j'ai parlé est dirigé contre vous, Monsieur. Il est destiné à lé;;itinier toutes les horreurs commises à Nîmes. Pour y parvenir, l'auteur attribue aux protestants les premières violences qui ont souillé la révolution dans le Midi. Il y parle des mille viclimes cgorgées par eux en 1790, lorsqu'aueun parti n'avait encore souff'erL II évoque contre eux les ombres d'infortunés religieux qui ont péri dans un mouvement à jamais déplorable, mais dont j'indiquerai plus loin la cause et l'origine. Il veut soulever jusqu'aux pierres des édifices dévastés dans une émeute, pour détourner les regards du public d'autres ruines encore fumantes et ensanglantées ; et après avoir peint les protestants, à cette époque, comme des assassins et des incendiaires, il

« vaincus encore (les protestants, après la seconde abdication de Bonaparte), on « puni quelques-uns des plus coupables, ils crient à la tyrannie et à l'injustice. (( Ils appellent des brigands et des monstres ceux qu'ils ont forcés à punir leurs force faits toujours renaissants. 'Ils implorent le pouvoir du roi en tramant peut-être « déjà dans l'ombre quelque nouvelle conspiration, en lui demandant de punir ses (( défenseurs innocents, pour venger ses ennemis coupables (p. 63). n Toujours punir pour assassiner, s'irriter contre ceux qui se plaignent en tombant sous le poignard, s'indigner de ce qu'on dit que des meurtriers sont des monstres, les peindre comme forcés à leurs attentats, trouver nalnrel qu'on massacre des gens qui, peutêtre, conspirent dans l'ombre, appeler innocent^ cc\\\ qui tuent, et coupables ceux qui sont tués! La Terreur a-t-elle rien fait de mieux? Mais la Terreur a flétri la république et la liberté. Penset-on que sans le 5 septembre (1816), la monarcbie eût été à l'épreuve des prétendus royalistes d'aujourd'bui.

Encore une citation, c'est l;i plus remarquable ; car c'est le développement du système, c'est la profession de foi du parti. << Cet homme si terrible (Trcstaillon), après « avoir éprouvé dans la révolution tout m dont les protestantssont capables, se ven- « gea-l-il au premier retour du roi, en 1814? Tout altéré de sang (juc M. Durand (( veut bien le peindre, trouve-t-il quelques accusations à lui faire à cette époque? « Mais en 1815, ajyrès qu'il a de nouveau montré son dévouement à son roi, de nonce veau on le persécute, on incendie ses propriétés. Il court les plus grands [lèrils, (( sans autre crime que d'avoir rempli son devoir avec zèle, et M. Durand trouve « étrange, trouve horrible qu'il n'ait pas pardonrJ encore à ses derniers assassins, (( qu'il n'ait pas attendu une troisième fois pour les punir? » C'était donc à Trcstaillon à voir quand il devait punir et quand il devait pardonner. C'était à lui à examiner s'il lui convenait ou non de se faire justice à lui-même ! Les lois, les tribunaux, les formes judiciaires, tout devait disparaître devant la sentence qu'il prononçait seul dans sa propre cause et sans appel, et que sa main se chargeait d'exécuter! Je ne recherche point ce (ju'il a fait. Je parle de la doctrine que l'on établit. C'est le code des sauvages, introduit en France par de soi-disant royalistes, au nom de la royauté. Comme si, dans tout ce qui se rapporte à ces soi-disant royalistes, le ridicule devait égaler l'odieux, je donne aux lecteurs à deviner quelle épigraphe ce panégyriste du meurtre a choisie : Ne rous haisscz pas, parce que vous pensez différemment les uns des autres.

A M. CM \l;l.KS IMHAM). ( (.■,

les présente comme ayiiiil été |)lns tard les faiilrms, les la\(iris. K's seuls insiriimeiits de lionaparte.

Sans doute, lors même (|ue ces assertions seraient fondées, lors même que l'horrible événement de 1790 serait le crime des protestants, ce crime ne légitimerait pas des attentats commis vingt-cinq ans plus tard, à moins qu'on ne veuille établir parmi nous une succession de meurtres et de vengeances. Sans doute encore, il serait vrai que, durant les dix années de l'Empire, les protestants auraient occupé toutes les places, qu'il n'en serait pas plus équitable sous le règne de la Charte, après les mots union et oubli, de les priver des droits qui sont garantis à tous les Français, et de proposer au monarque constitutionnel d'imiter ce que l'on reproche à l'homme qui s'était saisi d'un pouvoir illimité.

Cependant, puisque les faits allégués sont faux, il est bon d'ôter ce misériible prétexte h des criminels démasqués, et de les chasser de leur dernier refuge. Je consacrerai donc à ce travail ([uelques pages, et je m'y livre avec d'autant moins de répugnance, que certes, en disculpant les protestants, je suis loin d'accuser les catholiques. Il faut se pénétrer d'une vérité : depuis assez longtemps il n'existe plus de fanatisme religieux ou politique. Les assassins de nos jours n'appartiennent à aucune croyance, comme ils n'appartiennent à aucune opinion. On leur fait trop d'honjieur en les associant à une doctrine quelconque. Ceux de la classe supérieure veulent du poavoir ; ceux des classes inférieures, du pillage. Ils arborent toutes les couleurs, parce que leurs propres couleurs sont flétries ; ils empruntent tous les masques, parce que tout déguisement diminue l'horreur qu'ils inspireraient en se montrant tels qu'ils sont.

Depuis le commencement de la Révolution jusqu'au mois d'avril 1790, Nimes avait joui de la tranquillité la plus parfaite. L'union des catholiques et des protestants paraissait, et certainement, dans la partie éclairée des deux communions , elle était sincère. Sur huit députés du tiers état, cinq catholiques et trois protestants avaient été nommés'. Les seuls symptômes d'agita-

' Voici le nom de ces députés : Ricard, lieutenant particulier de la sénéciiaussée de Nimes, Vouland, avocat à Uzès, Chambon, premier consul à Uzès, Soustelle, avocat à Mais, Valerian-Ducios, du Sainl-Ksprit, catholiques. La Roquette du Vigan, Rabaut-Sainl-Étienne, Meyiiier-Salinelles, protestants. Les deux derniers furent con-

m LETTRES

tioii qu'on pnt remarquer, c'étaient quelques brochures publiées dès le mois d'octobre 1789. Une de ces brochures était intitulée : Pierre Romain, aux catholiques de Nîmes ; une autre : Lettre de Charles Sincère à Pierre Romain K Dans la première, on recommandait aux «catholiques de fermer l'entrée des charges et des honneurs aux protestants, leurs ennemis-nés; dans la seconde, l'on examinait s'il ne serait pas avantageux d'expulser les protestants du royaume, et l'on conseillait aux habitants du Languedoc de révoquer ceux de leurs députés, et de désarmer ceux de leurs gardes nationaux, officiers et soldats, qui appartenaient à cette communion. Je ne pense pas qu'on attribue aux protestants ces brochures, qui néanmoins sont antérieures de six mois aux troubles dont on les accuse d'avoir été les auteurs.

Il paraît qu'elles produisirent peu d'effet. Tout resta calme jusqu'aux décrets de l'assemblée constituante sur les propriétés du clergé. Malheureusement, à cette époque, la révolution qui, dans ses premiers actes, n'avait froissé que des préjugés et des ambitions, en vint à froisser des intérêts. Ce n'est point ici le lieu de juger les mesures qui furent adoptées à cette époque. Sous quelque point de vue qu'on les envisage, soit qu'on les déclare conformes aux principes du droit public, ou simplement justifiées par les nécessités financières, soit qu'on les condamne comme imprudentes et précipitées, il est évident qu'à Nîmes, comme

damnés à mort par le tribunal révolutionnaire en 1793. Je n'ai pas besoin de faire observer à mes lecteurs que dans ce nombre, et parmi les protestants, se trouve l'infortuné Rabaud-Saint-Etienne, moins distingué encore par son éruditiou et ses succès littéraires que par le courage avec lequel il combattit dans la Convention le despotisme sanguinaire qu'on organisait au nom de la liberté. L'on n'a pas oublié le discours éloquent dans lequel, s'élevant contre les pouvoirs illimités que s'arrogeait l'assemblée, il se déclarait, pour sa part, fatigué de sa portion de tyrannie, et impatient de l'abdiquer.

* .le n'ai cité que deux des libelles publiés alors contre les protestants, et je n'ai rapporté aucune pbrase de ces libelles. Voici quelques mots qui prouveront quel esprit les avait dictés, a Vipères ingrates, » dit Pierre Romain en parlant des protestants et en s'adressant aux catboliques, « vipères ingrates, que l'eni^nurdissement de (( leurs forces mettait bors d'état de vous nuire, réchRufTées par vos bienfaits, elles (( ne revivent que pour vous donner la mort. Ce sont vos ennemis nés. Vos pères 0 ont échappé comme par miracle à leurs mains sanguinaires. » Indépendamment de ces deux libelles, on en distribua dans le même temps plusieurs autres, sous le titre de : Réponse à la Lettre de M. le duc de Melforl; Français, réveillez-vous ; Paul Romain ù Pierre Romain ; Avis important à l'armée française, etc.

A M. illMil.lCS lilltANh. { (.)

ailleurs, elles ne purent occasionner de lerinentafion (jue parmi les catholiques. Les protestants durent y rester tout à lait étrangers. Ce fut en etiet parmi les premiers que des symptômes d'agitation se manifestèrent.

Le 20 avril 1790, des citoyens se disant catholiques de Nîmes prirent une délibération ', où ils témoignaient de vives alarmes sur le sort de la religion catholique, et où ils protestaient contre tout changement dans la hiérarchie ecclésiastique, réclamant pour le catholicisme la jouissance exclusive des honneurs du culte public. Ils nommèrent des commissaires chargés de transmettre cette délibération aux diverses municipalités du royaume, avec une lettre dans laquelle, au nom de la religion et du roi, ils les sollicitaient d'y adhérer '■^.

Le 1" et le 3 mai, ce ne fut plus par des délibérations ou par des libelles que les protestants furent attaqués : des attroupements se formèrent contre eux ; ils furent menacés, poursuivis, blessés : cette foi s encore, ils n'opposèrent point la force àla force. Protégés à peine par des autorités timides ou malveillantes, ils se contentèrent d'invoquer la sauvegarde des lois. Et j'ajouterai que l'immense majorité de la population catholique de Nîmes était si peu disposée à se laisser égarer par le fanatisme, qu'en dépit de la faiblesse et de la partialité de plus d'un magistrat, la proclamation de la loi martiale, entin obtenue, suffit pour rétablir l'ordre. Je suis heureux de rendre un pareil témoignage à cette majorité catholique. Il prouvera, j'espère, qu'en rétablissant des faits qui, défigurés, perpétuent depuis longtemps des haines injustes, je n'accuse aucune communion, et que je sépare d'un petit nombre d'insensés et de brigands mie population respectable ^.

Voilà donc, Monsieur, trois occasions dans lesquelles lesprotes-

* Dans ceUe déliltéralioii, les soi-disant calholiques demandaient que la religion catholique lut' déclarée la religion de l'État, et i\u elle jouît seule des fionneurs du culte public; que le pouvoir exécutif suprême fut rendu au roi ; que S M. discutât dans sa sagesse les décrets qu'elle avait sanctionnés forcément ; qu'il ne fût fait aucun cliangement dans la hiérarchie ecclésiastique , ni aucune réforme dans les corps séculiers et réguliers sans le concours des conciles nationaux, etc.

^ Voyez, dans le rapport de M. Alquier sur les troubles de Nîmes, le 19 février 1791, le texte de la lettre des soi-disant catholiques aux diverses municipalités du royaume.

■* u Le 3 mai, une fermentation très-vive se manifesta. Dès le matin il y eut des » attroupements ; des Uommes armés de haches, de sabres, de baïonnettes et d'é-

'l4Li LETTRES

taiits ne lurent nnllcnicnt les aiii-esseurs; et jnsqn'à présent l'on ne peut leur refuser le mérite prolongé d'une patience soutenue et difficile.

J'arrive à la journée du 13 juin, journée déplorable, où les deux partis se livrèrent à d'inexcusables excès. Si je ne les décris pas en détail, ce n'est certes point que je ne les déteste également dans tous les partis: je serais enclin même à les juger plus sévèrement dans celui dont j'embrasse la défense. Il est mille fois moins douloureux d'avoir à condamner ses adversaires (jue ses alliés. Mais la question n'est pas, tout lecteur équitable doit le sentir, de savoir si, dans la mêlée, au milieu du danger, après un triomphe disputé, quelques protestants abjurèrent la modération dont ils avaient Tsi longtemps donné l'exemple; la question est de déterminer si les protestants en général furentles auteurs des premiers désordres qui signalèrent cette funeste journée, ou si, forcés à se défendre, ils abusèrent des succès auxquels on les avait contraints malgré eux. Pour décider cette question, trois faits me paraissent plus que suffisants.

Premièrement, lorsque aprèsle commencement de ces violences, deux hommes, signalés comme leschefs des perturbateurs, voulurent attribuer aux protestants les atteintes portées à la paix publique, rassemblée électorale, composée' en majorité de catholiques, déclara, dans un procès verbal unanime, « qu'elle avait » vu avec indignation que ces deux hommes rejetaient sur les » victimes de leur agression, et sur celles de leurs complices, le » coupable projet d'insurrection dont ils étaient eux-mêmes les

)) pées, parcourent lus rues. Ils paraissaient très-animés contre les protestants. Plu- » sieurs turent insultés et grièvement blessés. Des travailleurs de terre traînaient » une corde et criaient : c'eut pour pendre les prolestaïUa. A nridi, la place, les » cours, les escaliers, et quelques salies de l'Hôtel de Ville, étaient remplis de tra- » vailleurs de terre; deu.v jeunes gens s'y étant rendus pour voir donner l'ordre, )) et ayant été reconnus pour protestants, furent injuriés et maltraités. Un soldat )) du régiment de Guyenne passa devant les fenêtres de l'Hôtel de Ville : il fut atta- » que par les légionnaires. Deux de leurs ofliciers lui sauvèrent la vie. Le maire pa- » rut et apaisa le désordre... Les boutiques furent fermées : on fut obligé d'aller » à la place de Salamandre pour prendre l'ordie qui se donnait chaque jour à l'Hô- )i tel de Vile... Les soldats du régiment de Guyenne étaient aussi l'objet de la fu- » reur... Un soldai fut blessé d'iin coup de sabre. Un grenadier, nommé Laugier, » fut assassiné d'un coup de fusil, et mourut de sa blessure .. Le i, la ville était n tranquille, la loi martiale lui proclamée. »

A \i. i;ii\r.i.i> III KAM». ■ i I /

■t> auteurs'. » En second lieu, ce lut après avoir ehtoncé les portes d'un couvent que les protestants, innocents jusqu'alors de toutes cruautés, n'imitèrent que trop (qui pourrait ne pas en convenir et le déplorer!) les misérables qui les avaient provoqués; mais les témoins déposent que leurs ennemis retirés dans ce couvent, s'en étaient l'ait une citadelle, du haut de laquelle il les fusillaient en liberté '*. Ce fut ;\ la fin d'une journée entière, qu'entourés des ca-

' LeUre du sieur Descombiez à M. de Bouzol :

(( .... Les dragons protestants ont altiuiiié, >ur les six heures du soir, les callioliques... )) ,

Lettre du sieur Fromunt ii M. de Bouzol :

(( Les dragons prolestants ont attaqué et tué plusieurs de nos catholiques désarmés... »

Extrait du procès-verbal de l'assemblée électorale.

« L'assemblée a vu avec indignation que ces hommes, privés de caractère, reje- » talent sur les victimes de leur agression, et sur celles de leurs complices, le cou- )) pable projet d'insurrection dont ils sont eux-mêmes les auteurs, et que, d'après » un exposé aussi infidèle, ils avaient sollicité l'un et l'autre le secours du régiment » de dragons en garnison à Sommières. » {Rapport de M. Alquier.)

■- « Les troupes étaient en bataille vis-à-vis les Capucins, lorsque, vers une » heure, elles furent assaillies de plusieurs coups de fusil. Le quatrième témoin, » jardinier des Capucins, dépose qu'étant dans l'église, il entendit quatre coups de )) fusil qui lui paraissaient partis du couvent; qu'il monta dans les corridors et ne )) découvrit personne. Le quatorzième, que des coups de fusil furent tirés des fenè- » très des Capucins. Le quarante-troisième voit d'une fenêtre l'éclat d'une arme à » feu dans un corridor des Capucins, donnant sur l'esplanade, et en même temps il » entend plusieurs autres coups de fusil qu'il juge partis de ce corridor. Le » soixante-troisième, major de la légion, voit faire feu du couvent des Capucins. » Le trentième voit à ses côtés un sapeur blessé d'un coup de fusil qu'on lui dit à » l'instant même avoir été tiré des Capucins. Le quarante-quatrième voit, de la » fenêtre du dernier étage d'une maison, un homme sans chapeau dans le clocher )) des Capucins; il voit aussi un autre fusil, et ne peut pas apercevoir l'Iinnime qui » le tenait. Le quarante-cinquième voit, de la fenêtre d'un secondétage, un homme » armé d'un fusil dans le clocher des Capucins. Le cinquante-sixième voit deux » coups de fusil partant du clocher des Capucins : un officier municipal étranger est 1) tué de l'un de ces coups de fusil. Enfin, le curé de Boissières, cent-dixième té- I) nioin, dépose que les troupes furent assaillies de plusieurs coups de fusil, mais que » la frayeur qu'il éprouva, et le soleil qui donnait à plomb, l'empêchèrent d'apern cevoir d'où provenait le feu. »

« Je me suis attaché aux détails de ce fait, a continué le rapporteur, et j'ai cru » Jmportant de mettre dans tout son jour la preuve que, du couvent des Capucins, n on avait tiré sur les troupes, parce que cet événement est un de ceux que les insii tigateurs, soit connus, soit cachés, des troubles de Niines, ont présentés de la ma- 1) nier.' la plus fausse et la plus perfide pour échauffer l'imagination- du peuple, et ') pour rendre vraisemblable par des crimes commis dans uii premier mouvement

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davrcs de lours compagnons ainsi massacrés, ils s'emparèrent de ce refuge de leurs assassins, et que l'ivresse de la victoire les rendit coupables. Troisièmement enfin, le mouvement qui occasionna toutesles calamités du 13 juin avaitsi manifestement pris sa source dans les manœuvres du parti opposé aux protestants, que, lors même que ces derniers s'en furent rendus maîtres dans l'intérieur de Nîmes, ce mouvement conserva dans les campagnes sa direction première. Le peuple, dit un document bien authentique, égaré par des insinuations perfides, ci convaincu que la religion catholique était en danger, croyait devoir la venger ; et des forfaits exécrables furent commis avec un sang-froid qui glace d'épouvante '. Ces forfaits, d'une portion des catholiques, je ne les détaillerai pas non plus. Ceux qui les connaissent, ceux qui peuvent les retrouver dans des ouvrages ouverts à tout le monde, me sauront gré de mon silence '^.

Jetons un voile sur tant d'horreurs! Reconnaissons que la guerre une fois engagée, les deux partis ont mérité de cruels reproches ; mais n'accusons pas ceux qui longtemps étaient demeurés victimes patientes d'avoir donné le signal des excès qu'ils n'ont que le tort d'avoir imités. Quel intérêt avaient, en effet, les protestants à exciter des troubles? quavaienl-ils à regretter ? que perdaient-ils? Ce n'était point aux protestants que la révolution enlevait des privilèges

» de rage le projet insensé du massacre des prêtres et des catholiques qu'ils fei- )) gnent d'attribuer aux protestants. »

Il est fâcheux de voir le premier magistrat d'un département rappeler comme excuse ou explication de forfaits commis presque sous ses yeux des faits prouvés faux en 1790. « A peine la révolution, » dit M. le marquis d'Arbaud-Jouques, dans sa brochure intitulée : Troubles et agitations dû département du Gard, « commen- » çait-elle la longue série de ses excès et de ses crimes, qu'elle se signala à Nîmes » par un épouvantable massacre de catholiques. »

* « Dans les campagnes, oii le peuple était trompé sur la vraie cause des troubles n de la ville, oii des insinuations perlides lui annonçaient que la religion catholique » élail en danger, où il ci oyait devoir la venger en versant le sang des protestants, )) des forfaits exécrables furent commis avec un sang-froid qui glace d'épouvante... » Plusieurs citoyens qui fuyaient Nimes furent arrêtés, et à chaque fois il fallait, u pour sauver leur vie, qu'ils fissent preuve de catholicité. Faute de celte preuve, dos femmes, des vieillards, des enfants, furent impitoyablement massacrés.

Je supprime les noms et les faits particuliers, bien que ceux-ci soient malheureusement aussi incontestables qu'horribles, parce que, encore une fois, ce n'est le crime de personne, mais l'innocence des protestants que je veux prouver.

'^ Voyez tout le rapport ci-dessus indiqué, et les pièces imprimées dans le Moniteur tie 1791.

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/lalleurs, des lUnnilés éinincnles, un rang iclalanl dans lacunlrée, (les richesses immenses : ils gagnaient loul à la révolution, car ils étaient privés de tonl sous l'ancien rcyimc. Us recouvraient la plénitude des droits civils ; et, vouésaux manufactures et au commerce, ils devaient désirer la tranquillité publique, et voir avec un transport de joie s'établir un gouvernement libre, dont l'heureuse infîhence devait ajouter à leur fortune en favorisant leur industrie et en agrandissant leurs relations commerciales^. Qu'on n'attribue donc plus aux protestants de Nîmes les malheurs de 1790; qu'on ne s'en autorise pas pour légitimer les attentats de 1815; etqu'entin, aujourd'hui que tous les partis sont désarmés, l'ère de la réconeilialiou commence !

Vous remarquerez sans doute, Monsieur, que j'ai laissé de côté un tait <|ui m'eût lourni tles armes bien plus acérées et bien plus irrésistibles que toutes celles que j'ai employées. Je n'ai point parlé de cet étrange mémoire, rédigé, imprimé, publié par l'un des chefs de la révcdte et des massacres exercés sur les protestants en 1790, mémoire dans lequel cet homme se vante d'avoir travaillé à organiser, sous un prétexte religieux, la guerre civile dans le Midi ^. Ce mémoire toutefois existe; il est authentique ; plusieurs exemplaires en sont déposés dans tles mains

' Voyez le rapport de M. Alquier, p. 71.

- Je ne cite que deux |)assages de ce mémoire aurieux sous tant de rapports, mais sur lequel je me suis fait la loi de n'insister que le moins qu"il me sera possible. (( Mon plan, dit l'auteur, tendait uniquement à lier un parti et à lui donner autant » qu'il serait en moi de l'extension et de la consistance. Le véritable argument des » révolutionnaires étant la lorce, je sentais que la véritable réponse était la force • )) alors, comme à présent, j'étais convaincu qu'on ne peut étouffer une forte passion » que par une plus forte encore: » Et en conséquence l'auteur voulait réveiller le zèle religieux. Ce zèle étant réveillé, veut-on savoir l'usage qu'il en aurait fait'/ Écoutons ses propres paroles. (( J'exposai sans détour les moyens qu'on devait » employer pour assurer le triomphe des royalistes du Gévaudan, desCévennes, etc. » Pendant la chaleur de la discussion, M*'* me dit : Mais les opprimés et les parents » des victimes ne chercheront-ils pas à se venger? — Eii qu'importe'^ lui dis-je, )) pqjirvu que nous arrivions à notre but. — Voyez-vous, s'écria-t-il, comme je lui )) ai fait avouer qu'on exercerait des vengeances particulières! Plus qu'étonné de )) cette observation, je dis à M**' : Je ne croyais pas qu'une' guerre civile dût res- » sembler à une mission de capucins. »

Certes, après avoir lu ces paroles, et rapproché i790.de 1815, on doit conclure

aujourd'hui comme alors qu'ïi est faux que les protestants aient excité les troubles

de Nimes; qu'ils ont été en butte à la haine d'un parti, aussitôt qu'un parti

s est fur int- contre la constitution, et qu'ils sont devenus l'objet d'un cil ramas

sûres: je le possède de inoi-raênie. Mais il tient à des questions trop délicates; il réveillerait des souvenirs trop tristes; et, si je ne suis pas réduit par des dénégations imprudentes, ou par des attaques qui seraient mal calculées, je ne m'en prévaudrai pas.

Je crois avoir rempli la première partie de ma tâche : Les protestants n'ont point immolé de victimes à Nîmes, lorsqu' aucun parti n'avait encore souffert^. Les premières victimes immolées ont été des victimes protestantes.

Je passe à la seconde assertion. Les protestants de Nîmes ont-ils exercé de l'ascendant durant la révolution? En ont-ils abusé ? Se sont-ils emparés de toute l'autorité sous Bonaparte? Étrange délire de leurs accusateurs ! Tout ce qu'ils allèguent contre les hommes qu'ils veulent attaquer retombe sur le parti qu'ils pensent défendre ; et, si je n'étais pas empressé moi-même de répéter sans cesse que la religion n'a rien de commun dans notre siècle avec les fureurs des factions et les désastres des guerres civiles, les réfutations auxquelles me forcent ces prétendus catholiques si zélés, deviendraient en apparence des accusations contreles catholiques.

En effet, après le 31 mai 1793. toutes les autorités établies à Nîmes, et parmi lesquelles siégeaient quelques protestants, furent destituées par un conventionnel catholique. Un catholique fut nommé maire ; un tribunal révolutionnaire fut organisé, et tout les membres de ce tribunal furent pris parmi les catholiques. Ce tribunal condamna à mort cent quarante-six victimes,, et dans la liste de ces victimes, on voit les noms de cent vingt-cinq protestants, signataires de l'adresse en faveur de Louis XVI, après la journée du 20 juin 1792. Plus de cinq cents protestants furent rais hors la loi, ou portés sur des listes d'émigrés. Leurs biens furent vendus, leurs femmes, leurs enfants emprisonnés. Plus de deux mille furent arrêtés commesuspects.

Mais sous Bonaparte ils ont été les principaux instruments de son gouvernement despotique'* ! Hépondons de nouveau par des faits positifs, par des calculs précis. Vous-même, Monsieur, semblez avoir ignoré quelques-uns de ces faits, et n'avoir pas eu les

de calomnies artificieuses, pratiquées contre eux ^our exciter des troubles et faite éclater une contre-révolution dans le midi de la France.

' Voyez l'Impartial, |i. 7.

- Voyez Vlmpartial, p. 48.

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données (It; r» s calcnls; car vous nie*t"aites, dans votre lettre, l'honneur de me dire que les protestants et les catholiques eurent, sous l'empire, un partage à peu près égal dans les emplois et les administrations.' Or, jusqu'au 31 mars 1814, il y a eu deux cent soixante habitants do Nîmes, ou du département du Gard, appelés, soit aux différents corps législatifs, soit aux emplois administratifs ou judiciaires. Sur ces deux cent soixante employés, il y a eu soixante-quatre protestants et cent quatre-vingt-seize catholiques. En 1811, le tribunal civil et le tribunal d'appel furent établis à Nîmes, et sur quarante-cinq individus qui y entrèrent, il y eut quarante-un catiioliqucs et quatre protestants.

A qui fera-t-on croire, en effet, que les protestants eussent tant de droits à la bienveillance de Bonaparte? Y avait-il disette de catholiques pour le servir? Manquait-il de préfets pour vanter le restaurateur du culte, et d'évêques |>our célébrer le conquérant du monde ? Les mandements étaient-ils tellement rebelles qu'il lui fallût recourir aux prônes ? Favorisait-il le protestantisme, celui qui, lorsque tous les liens avec la cour de Rome paraissaient rompus, a conclu au nom de la France un concordat qui n'est devenu tolérable que comme point de comparaison ? Favorisait-il le protestantisme, celui qui, dans ses manifestes contre l'Angleterre, dénonçait aux fidèles les hérétiques Anglais ? Certes, je ne veux pas insinuer que Bonaparte préférât un culte à l'autre. La véritable religion est toujours amie de la liberté ; et quiconque veut un pouvoir absolu, rencontre dans toutes les religions des bornes importunes. Mais Bonaparte, tel que nous l'avons connu, avec le génie qui en fit un héros, avec les erreurs ([uien firent un despote, pouvait-il aimer le protestantisme, qui, en France, a devancé, dans ses conceptions hardies, les premières idées de la" liberté politique; le protestantisme, qui, sous Charles-Quint, a mis un obstacle à la monarchie universelle ; le protestantisme , auquel l'Angleterre doit .le triomphe du système représentatif?

Il me reste à traiter de la part que les protestants du Gard ont prise à la révolution du 20 mars. Quant à leur conduite durant les Cent-Jours, et à l'affreuse réaction dont ils ont été victimes, tout se trouve dans les trois parties de votre excellent ouvrage. Je pourrai donc, après avoir rétabli quelques faits antérieurs,

Ll'TTRK-

tâclierde répondre aux (j«t'Stioiis que vous m'avez adressées, et, mappuyant de la connaissance du passé, essayer de tracer des règles pour l'avenir.

J'ai l'honneur d'être, etc.

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