‹ Cours de politique constitutionnelleChapitre 98 sur 128 · MINISTÈRE · texte numérisé non relu

MINISTÈRE

Pendant que le ininislèic réilécliissait aux innovations qui pourraient lui être utiles, le malheur voulut que des hommes trèsinstruils, et très-honnêtes d'ailleurs, fissent à la Charte l'honneur dangereux de prétendre l'améliorer ^.

Métaphysiciens consciencieux, candides érudits, ces hommes avaient profondément étudié, les uns l'organisation des sociétés et le mécanisme électoral, les autres, les lois anglaises. L'inconvénient des premiers était de n'avoir pas calculé ce qu'admettait la nature humaine. Celui des seconds, de ne s'être pas demandé si

' Le. général Dessoles, le maréchal Gomion .*^aint-r.yr, tt M. Louis. (E. L.) 2 Allusion à la pioposilion Barlhclemy. ^E. L.)

506 MOTIFS Ql 1 ONT DICTÉ

leurs importations britanniques conviendraient à la France. Tout, du reste, était parfaitement combiné, tout aurait marché merveilleusement, sauf le pays et ses habitants.

Je passe rapidement là-dessus, parce que toute erreur est excusable. Les hoHftmes dont je parle avaient, j'en suis sur, les meilleures intentions du monde, et aujourd'hui ils ont le mérite de s'être ralliés franchement à la masse nationale pour repousser des innovations dont ils ont, malgré eux, avec des espérances toutes contraires, donné le funeste signal. L'apparition de ces hommes remplit le ministère d'une grande joie. Il était bien déterminé à détruire; mais il ne savait comment remplacer. Il s'inquiétait assez peu des théories ; ce qu'il voulait, c'était se débarrasser d'une institution qui, trois fois, avait échappé à ses manœuvres : il reçut donc, comme des envoyés du ciel, des auxiliaires qui arrivaient à point nommé pour lui fournir un système politique, tandis qu'il n'avait qu'un calcul personnel. La joie redoubla quand il apprit que l'un de leurs principes fondamentaux était l'adoption des parlements septennaux de l'Angleterre.

La septennalité ! quelle idée profonde! Sept ans de repos pour un ministère ! quelle découverte! Une chambre dont on séduit ou corrompt les membres en quelques mois, et dont on jouit paisiblement durant plusieurs années! c'est le beau idéal des élections.

Le ministère fut tellement charmé de cette conception qui lui semblait le mot de toutes les énigmes et la solution de tous les problèmes, que dès lors toutes les autres combhiaisons ne lui parurent que des détails subalternes, indignes d'attention : de là cette singularité souvent remarquée, qu'après avoir mis le royaume en feu par l'annonce intempestive et précipitée de changements à la Charte, il n'a jamais su précisément jusqu'à la dernière heure ce qu'il allait proposer.

§ 12. — OPPOSITION M.\:vMKESTÉE ['M\ LA NATION.

En attendant, il fallait préparer la France : il était naturel qup les inventeurs de la théorie s'en chargeassent. Les hommes à exécution ne devaient que les suivre.

Les premiers commencèrent. Mais la nation, qui avait pris dans la Charte une confiance qu'il a été difficile et insensé de dé-

LE NOUVEAU PROJET DE r.OI SUR LES ÉLECTIONS. 507

triiiiT, croyant d'abord n'entendre que des dialecticiens plus on moins habiles, les laissa parler, sans prêter l'oreille à leur argumentation.

Cependant les mots d'altération de la Charte, garantie de tous les droits, transaction entre tous les partis, consolidation de toutes les propriétés, frappèrent enfin les oreilles des Français. Ils écoutèrent : ils virent qu'en effet il s'agissait de ce qu'ils avaient de plus cher ; de ce qui, à leurs yeux, mettait en sûreté les conquêtes de trente années." L'inquiétude remplaça l'indifférence. L'opposition se déclara.

Le ministère voulut venir au secours de la Ihcorie par la pratique. La septcnnalité, ou même la quinquennalité, car ce premier échec lavait rendu modeste, la quinquennalité était en réalité tout ce qu'il désirait: il la proposa à lous les partis, les laissant maîtres de toutes les conditions ultérieures; il aurait tout admis en faveur de la quinquennalité. Les hommes qu'il avait vus pénétrer dans l'enceinte de la représentation nationale, avec tant de scandale et de répugnance, auraient obtenu de lui la prolongation de leurs pouvoirs pour cinq ans, s'ils eussent daigné l'accepter. Avec la quinquennalité, je crois que le ministère aurait sanctionné la constitution de 1793 *.

Efforts inutiles ! Ni les commettants, dont un cinquième voulait nommer chaque année ses mandataires, ni les mandataires fidèles à la volonté de leurs commettants, ne pouvaient souscrire à cette condition.

§ 13. PROJET CONTRE LA LIRERTÉ LXblVlDUELLE ET LA I,I»ERTÉ

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