HISTOIRE LITTERAIRE
Le plus considérable des travaux littéraires de J. B.-S. est
une édition des œuvres de Boileau, riche en détails biographiques et bibliographiques, 4 vol. in-8°, aujourd'hui fort rares. Je citerai encore de curieuses recherches sur les anciens jeux des mystères, in-8° de 52 pages.
Le Cours de procédure civile de J. B.-S. est, sans contredit, son titre le plus solide à l'estime des jurisconsultes. C'est encore le meilleur traité de procédure que nous ayons , au point de vue didactique. Le livre demeuré incomplet de Boncenne est écrit dans un style plus brillant; les leçons posthumes, et également incomplètes de Boitard, plaisent par les développements d'une improvisation facile; l'ouvrage de Carré, revu par M. Chauveau, offre une grande richesse de discussions d'un intérêt pratique. Tous pèchent par le plan; tous confondent les idées élémentaires et les doctrines approfondies. Un vice radical , dans un livre d'enseignement, est de rester inaccessible aux élèves qui commencent ; de leur présenter pêle-mêle le simple et le composé , les principes primordiaux et leurs conséquences les plus éloignées, les notions faciles et les questions inextricables. Delvincourt et J. Berriat-Saint-Prix ont évité cet écueil par la décomposition de leur livre en deux parties : un texte élémentaire et des notes savantes. Cet artifice de méthode, commandé par la saine théorie de l'enseignement , leur a pourtant été reproché comme une faute. M. Dupin a prétendu que
Delvincourt avait divisé sa pensée. Mais est-ce donc diviser sa pensée que de conduire les étudiants par un chemin facile (levi primo ac simplici via, Instit., §2) jusqu'aux régions les plus ardues de la science? Si la méthode que je défends est rationnelle, appliquée au droit civil proprement dit (1), elle Test peut-être encore davantage, appliquée à la procédure. Il importe, quand on étudie les formes judiciaires, d'en déterminer l'enchaînement rationnel et la succession chronologique ; il importe, môme en scrutant chacune d'elles dans ses plus minutieux détails, de ne jamais perdre de vue l'ensemble. Le tableau analytique des actes fondamentaux est aussi indispensable au formaliste que la carte générale d'un pays l'est au géographe, l'image du squelette humain à l'anatomiste, le plan de l'édifice ou de sa charpente à l'architecte. Et puis, quel lecteur, après avoir fouillé dans un amas de controverses , n'éprouve pas le besoin de faire un triage et de dégager sa mémoire d'un encombrement nuisible? Ce résumé, qui e^le complément nécessaire de toute étude scientifique , est écrit d'avance (2) dans le texte du Cours de procédure. Au dire de M. Dupin, mieux inspiré cette fois, « l'auteur possède au dernier degré le talent de l'analyse, et Ton peut dire de ses notes : brèves quidem, sed succi plenœ. »
Du vivant même de J. B.-S.-P., des lois nouvelles sont venues modifier les règles sur la compétence des tribunaux et sur la procédure de la saisie immobilière. L'auteur avait, avec sa concision accoutumée, signalé les principaux changements dans des additions qu'il accumulait successivement à la fin de son livre. La combinaison de ces corrections aussi succinctes que multipliées avec le corps de l'ouvrage était pénible pour le lecteur; j'ai dû refondre entièrement les pages 50 à 68 , sur la jurisdiction ; les pages 625 à 676 , sur la saisie des immeubles , et les pages 723 à 728 , sur la surenchère. J'ai rejeté dans un supplément , p. 889 à 924, l'exposition de quelques vues qui me sont propres, et des innovations moins essentielles qu'ont introduites des lois plus récentes.
(1) Que penser des professeurs qui, dociles à la prescription littérale de la loi de ventôse an XII , enseignent à fond , dès le début , les théories de la non- rétroactivité des lois et des statuts réels ou personnels (C. civ., art. 2 et 3), théories dont les applications embrassent le droit tout entier?
(2) Quelques auteurs font suivre d'un résumé le développement de leurs doctrines. V. M. Ortolan, Marcadé, etc.