‹ Cours de psychologie et de morale [microform]Chapitre 18 sur 115 · LEÇON VIII · texte numérisé non relu

LEÇON VIII

hk MÉMOIRB ET ^'IMAGINATION CRfiATRICl

SOMMAIRE

La mémoire et rimagination , qui ne sont primitivement que le prolongement des sens, deviennent des facultés intellectueUes par l'application de l'attention et de la réflexion.

Ulémoire : souvenirs et réminiscences. ~ La mémoire est la faculté de conserver ou de retrouver nos perceptions antérieures avec la conscience que nous les avons déjà eues. Le trait caractéristique du souvenir, c'est la reconnaissance , à savoir reconnaître l'objet comme déjà perçu antérieurement. L& réminiscence est un souvenir incomplet où manque précisément cet élément de la reconnaissance.

Hémoire et perception extérieure. — L'une nous représente les objets absents et passés; l'autre, les objets actuels ei présents; la mémoire, ainsi que l'imagination, peut évoquer librement les objets les plus éloignés ; la perception n'est pas libre et subit nécessairement l'action des objets.

Mémoire et imag^ination. — Dans !e passé, la mémoire n'est pas libre ; elle ne peut rien changer à l'ordre des objets : l'imagination modifie cet ordre à son gré.

Souvenirs spontanés, souvenirs volontaires. — Tantôt nos souvenirs se réveillent d'eux-mêmes ; tantôt nous les évoquons par notre volonté.

Lois de la mémoire. — Quatre conditions pour la reproduction des souvenirs : !• vivacité; 2« attention; 3« répétition ; 4» associa» tion.

L*onbli suppose le souvenir ; on n'oublie que ce qu'on a connu.

Imagination créatrice. — L'imagination devient ci^éatrice lorsqu'au lieu de laissrr flotter les images dans le vide elle les cou* struit et en fait des fictions.

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LA MÉMOIRE ET L'IMAGINATION CRÉATRICE

I-e génie. — Le plus haut degré de rîmagination créatrice est le génie^ qui consiste à exprimer une grande idée dans une forme déterminée (statue, tableau, chants, poèmes).

L'imagination dans les sciences. — Partout où il y a création, il y a imagination : hypothèses scientifiques.

Bôle de llmaginalion dans la vie. — !<> point d'action sans but ; Fimagination propose le but ; 2« elle fait trouver les moyens; S© elle orne la vie; 4« elle est le principe des beaux arts. — Ses dangers.

Nous avons vu plus haut (Leçon t) que la sensation ne disparaît pas nécessairement de l'esprit lorsque l'objet qui Ta causée a disparu. Elle demeure sous forme d'image^ et l'action de Tesprit, qui consiste à considérer cette image sans penser qu'on la déjà perçue, ni à quel moment on la perçue, s'appelle imaginer; si, au contraire, on rapporte cette image au passé, c'est ce qu'on appelle se souvenir.

La mémoire et l'imagination, plus ou moins confondues à leur origine, ne sont donc d'abord que la prolongation des sens et se rattachent elles-mêmes pour cette raison à la sensibilité. Mais elles peuvent devenir aussi des opérations intellectuelles par l'application de l'attention et de la réflexion. Nous devons les étudier à ce nouveau point de vue.

Déflnition de la mémoire. — La mémoire est la faculté de se souvenir du passé, c'est-à-dire de conserver et de rétrouver, au besoin, en l'absence des objets, nos perceptions antérieures, avec la conscience que nous les avons déjà eues antérieurement.

Souvenirs et réminlseenees* — Le souvenir se compose donc de deux éléments : i« la représentation mentale des choses ou des personnes que nous avons antérieurement perçues; 2® l'acte de reconnaître ces choses et ces personnes comme ayant été antérieurement perçues par nous. De ces deux faits, le premier est commun à l'imagination et à la mémoire : il est la part de l'imagination dans la mémoire. Le second est le fait caractéristique et l'élément essentiel de cette seconde faculté.

De là la différence entre les réminiscences et les souvenirs, La réminiscence n'est qu'un demi-souvenir, un souvenir incon-

scient. Un connaît l'anecdote de Fonlenelle, qui, écoutant un poète lui lire des vers de sa façon, ôtait de temps en temps son chapeau. « Que faites-vous? lui dit l'autre. — Je salue au passage de vieilles connaissances, » répondit Fontenelle. Celui-ci avait des souvenirs, et l'autre des réminiscences.

La mémoire se distingue, d'une part, de la perception extérieure; de lautre, de l'imagination.

La perceplion extérieure et la mémoire* — La première différence de la perception et du souvenir, c'est que l'une nous représente les objets comme actuels eiprésents, l'autre comme absents et passés.

Vin outre, dans la perception, nous ne pouvons, à notre gré, faire apparaître ou disparaître l'objet. Sije suis, par exemple, en face du palais du Louvre, avec les yeux ouverts, il m'est impossible de ne pas le voir. Sans doute, je puis m'éloigner, je puis fermer les yeux, je puis en un mot changer les conditions de la sensation ; mais, ces conditions étant données, l'objet m'apparait nécessairement. Au contraire, étant à Paris, je puis penser à Saint- Pierre de Rome, Remplacer cette image parcelle du Niagara, ou par toute autre. Cette liberté de l'imagination et de ?a mémoire, qui manque entièrement à la perception, les distingue l'une et l'autre très nettement de celle-ci.

Différence de la mémoire et de l'imag^ination. — Nous venons de distinguer la mémoire de la perception : distinguons-la maintenant de l'imagination. Toutes deux nous présentent des tableaux ; mais l'imagination peut librement en modifier ou déplacer les parties, tandis que la mémoire ne peut rien changer au tableau qu'elle met sous nos yeux. Par exemple, si je pense à un palais fictif, je puis, si je le veux, supposer un toit en or, des cheminées en marbre, des portes d'albâtre, etc. ; je puis le supposer grec, gothique ou égyptien. Mais si je pense au Louvre, je ne puis le voir que tel qu'il est, avec les trois ordres superposés, et les cariatides de Jean Goujon. Venchainement nécessaire des images, voilà donc ce qui distingue les souvenirs des pures fictions.

On a essayé de ramener les différences précédentes à une simple différence de visacîté dans les impressions. Une impression très vive serait la sensation actuelle ou peio&piion ; }a

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LA MÉMOIRE RT L'IMAGINATION CRÉATRICE

même impression affaiblie serait le souvenir; plus faible encore, ce serait l'image ou conception, sans souvenir *. Ce système a été très bien réfuté par Reid : « Qu'un homme se frappe violemment la tête contre un mur, il recevra une impression. Mais n'a-t-il pas la faculté de répéter cette impression avec moins de force ? Oui, sans doute; en frappant plus doucement, de manière à ne point se blesser. Ne peut-il point répéter cette impression en Faffaiblissant encore ? Oui, sans doute, il suffît qu'il touche sans frapper. Dans Thypothèse en question, la première impression serait une sensation, la seconde un souvenir, la troisième une image, tandis qu'en réalité ce sont trois degrés d'une même sensation. »

Souvenirs spontanés; souvenirs volontaires* — Nous avons dit que les souvenirs ont cela de commun avec les fictions, d'être aux ordres de la volonté, tandis que nos sensations en présence des objets ne le sont pas. Il ne faudrait pas en conclure que tous nos souvenirs fussent l'œuvre de la liberté. On en distingue avec raison de deux sortes : les souvenirs spontanés, qui s'offrent d'eux-mêfties à notre esprit, sans que nous y pensions et sans que nous les cherchions, etlessouvenirj volontaires, qui sont cherchés et trouvés par l'esprit lui-même. Mais la distinction précédente subsiste en ce que les premiers, sans être évoqués par la volonté, sont toujours sous sa dépendance, et qu'on peut les faire disparaître pour les remplacer par d'autres. A la vérité, cela n'est pas toujours facile, et il est des souvenirs qui nous obsèdent en quelque sorte et qui résistent à tous les efforts faits pour les écarter ; mais cela n'a lieu d'ordinaire que lorsqu'ils sont mêlés à quelque passion : c'est alors la passion qui contraint le souvenir, et la difficulté de vaincre le souvenir se confond avec la difficulté de vaincre la passion.

Au reste, le fait même de la spontanéité des souvenirs nous fournit un nouveau caractère pour distinguer l'image ou le souvenir de la sensation. Car jamais il n'arrive que, lorsque nous sommes en présence d'un objet immobile, un autre, que nous savons à une autre place, se présente spontanément è

1. Yoy. sur cette question Ad. Gurnier, Facultés de l'âme, ]iy.\l, ch. yi, fil.

nous sans que nous ayons fait quelque effort ou quelque mouvement pour nous porter vers ce nouvel objet. Ainsi, jamais, étant dans une rue, nous ne voyons apparaître les maisons d'une rue voisine sans nous y être portés nous-mêmes ; tandis que, sans changer de place, le souvenir de Rome peut succéder spontanément dans notre esprit à celui de Londres ou de Madrid, si nous avons visité ces différentes villes.

Lois de la mémoire. — Nous appelons lois de la mémoire les principes qui président à la reproduction des souvenirs *. On peut ramener ces principes à quatre principaux : !• la vivacité de l'impression première; 2® l'attention; 3* la répétition; 4® Tassociation des idées.

!• Tout le monde sait qu'une impression 1res vive, n'eût-elle eu lieu qu'une fois, a beaucoup plus de chances de rester fixée dans l'esprit et de se reproduire qu'une sensation faible et banale répétée mille fois. Un enfant, même dans un très bas âge, qui aura assisté à un incendie, à une scène de meurtre, ne l'oubliera de sa vie. Tout le monde a des souvenirs semblables qui tiennent à ce que l'impression première a été accompagnée d'un vif intérêt: par exemple, on se souvient de la première fois qu'on a été au spectacle, de sa première arrivée au collège, etc.

2® L'attention est encore, on le sait, une cause très active pour la mémoire. Un peintre qui regarde attentivement son modèle peut le reproduire de mémoire. Un acteur doué d'une mémoire heureuse pourra reproduire des vers entendus une seule fois, pourvu qu'il les ait entendus avec attention.

3® Mais l'attention ne suffit pas toujours. Il faut y joindre la répétition. Les sensations non répétées disparaissent les unes après les autres. Les observations suivantes de M. Taine illustrent et confirment cette loi.

Tout le monde sait que l'on oublie beaucoup de mots d'une langue lorsqu'on cesse plusieurs années de la lire ou de la parler.

1. Voy. Bor les lois de la mémoire Ch. Bonnet, Essai sur les facultés de rdme; — Taine, de V Intelligence, t. I, liv. II, ch. ii, 133; — Herbert Spencer Principes de psychologie, liv. II, ch. v.

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Il en est de même d'un air qu'on ne chante plus, d'une pièce de vers qu'on ne récite plus, d^in pays qu'on a quitté depuis longtemps.... Tous les jours, nous perdons quelques-uns de nos souvenirs, les trois quarts de ceux de la veille, puis d'autres parmi les survivants de la semaine précédente, puis d'autres parmi les survivants de l'autre mois, en sorte que bientôt un mois, une année ne se retrouvent plus représentés dans notre mémoire que par quelques images saillantes destinées elles-mêmes à disparaître. (De V Intelligence j part. I, liv. II, ch. n.)

Réciproquement, la répétition est un excitant de souvenirs. Tout le monde le sait assez sans qu'il soit nécessaire d'insister- Et d'ailleurs, en appliquant à l'éducation les notions de psychologie, on reviendra nécessairement sur ces lois de la mémoire.

Cependant il peut arriver, dit Taine, que la multiplicité même des images et leur répétition banale soit pour elle une cause d'elfacement.

Un homme qui, ayant parcouru une allée de peupliers, veut se représenter un peuplier, ou qui, ayant regardé une grande bassecour, veut se représenter une poule, éprouve un grand enabarras. Les différents souvenirs se recouvrent. Les différences qui distinguaient les deux cents peupliers ou les cent cinquante poules s'effacent l'une l'autre : il garde une image bien plus exacte et plus intacte s'il a vu un seul peuplier debout dans une prairie ou une seule poule juchée sur un hangar.

Le fait est exact; mais il se ramène facilement aux lois précédentes. D'une part, ce qui est rare nous saisit plus (1" loi), et de Tautre provoque plus notre attention (2« loi) que ce qui est banal ; or, quand il n'y a qu'un seul individu, c'est à lui que nous faisons attention; c'est lui, comme individu, qui fait impression sur nos sens; tandis que, quand il y en a un grand nombre, nous ne faisons attention à aucun en particulier.

4® Enfin, la loi la plus importante de la mémoire est celle de l'association des idées. Mais, comme nous l'avons déjà étudiée, nous n'avons qu'à renvoyer à ce qui a été dit plus haut (leçon v). Remarquons seulement que cette loi s'exerce d'abord spontanément, puisque après l'avoir remarquée nous nous en seryont

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Tolontaîrement pour provoquer le souvenir: c'est ce qui a heudans le phénomène de l'oubli.

Oubli. — L'oubli, en effet, suppose la mémoire, et sang^ louvenir il n'y aurait pas même d'oubli. Saint Augustin a analysé ce mélange de la mémoire et de l'oubli :

Que se passe-t-îl, dît-il, lorsque la mémoire elle-même perd quelque chose, par exemple lorsque nous oublions et que nous faisons nos efforts pour nous ressouvenir? Où cherchons-nous cette chose perdue, si ce n'est dans la mémoire même? Et, s'il s'en présente une autre que celle que nous cherchons, nous la rejetons jusqu'à ce que paraisse la chose même que nous cherchons; et, lorsqu'elle paraît, nous disons: La voilà; ce que nous ne dirions^ pas si nous la reconnaissions.

L'imag:ination volontaire. — Toutes nos facultés^ aussi bien que les sens (leçon vi, p. 83), sont soumises à un double développement et revêtent successivement deux formes.- Elles se développent d'abord instinctivement, puis par la force de la volonté. C'est ce qui est vrai de rimagination comme de nos autres facultés. Nous voyons passer et se succéder dan» notre esprit une infinité d'images, accumulées pêle-mêle, qui paraissent et disparaissent devant nos yeux sans que nous ayons ni la volonté ni même le temps de les appeler ou de les rappeler : c'est ce qui a lieu dans le rêve, dans la rêverie, dans la distraction, dans la folie, etc.

Mais bientôt nous apprenons à gouverner notre imagination comme notre mémoire, et le rappel des idées se fait de la même manière, soit qu'il s'agisse de la mémoire, soit qu'il s'agisse de l'imagination. C'est par cet empire exercé par la volonté sur l'imagination qu'elle va devenir productrice et

créatrice.

Imag^ination constructîve ou créatrice. —

Maintenant, ces traits choisis et distingués que l'imagination recueille et extrait d'abord au hasard dans les perceptions de la réalité, un degré de plus dans l'imagination consiste à les rassembler, à les combiner, à en former des constructions nouvelles: c'est ce qu'on appelle des fictions; et l'imagination, quand elle est arrivée à ce point, prend le nom d'imagination ccnstrue-

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dve on créatnce. Non seulement Timagination invente en combinant des sensations antérieures , mais elle devine d'avance une sensation que Ton n'a pas encore vue : c'est ce qu'on a appelé la pî^éconception.

« J'ai entendu Spurzheim, dit Ad. Garnier, parler dans ses cours de certains artistes en mosaïque, qui, entre deux pierres paraissant présenter les tons les plus voisins, concevaient un son intermédiaire et finissaient par trouver la pierre qui répondait à leur conception. » — « Les peuples de TAllemagne, à l'audition d'un chant, trouvent les tons harmoniques, et donnent spontanément, sans audition antérieure, le dessus ou la basse qui convient... Les sourds-muets se balancent en mesure ; ils conçoivent donc un rythme qu'ils n'ont pas entendu *. i>

Aussitôt qu'il y a combinaison ou préconception d'images, à quelque degré que ce soit, ne fût-ce que pour amuser l'esprit, il y a déjà imagination créatrice. Les jeux des enfants, qui font preuve de tant d'invention en se distribuant les rôles dans une action fictive, sont les premiers produits de l'imagination créatrice: les châteaux en Espagne, quand nous les formons avec intention et volonté, les contes et les fables des premiers âges de Ihumanité, les mythes, les légendes, les personnages fabuleux, tle créations de la mythologie, les féeries, les contes de revenants, les Mille et une nuits^ les inventions de Dorante dans le Menteur de Corneille, en un mot tout ce qui nous transporte du réel dans l'idéal, fût-ce dans un idéal enfantin, creux, sang pensée, est l'œuvre de l'imagination créatrice.

Le g:énie. — Mais le dernier degré et le plus élevé de l'imagination, celui qui prend alors le nom de génie, consiste à s'unir à l'entendement et à n'employer les symboles, las figures, les images que pour exprimer des idées, à limiter et coordonner ses souvenirs en les liant dans une unité supé rieure. L'union de l'intelligible et du sensible dans une forme précise, tel est le suprême effort de l'imagination : ce n'est plus un nuae-e flottant, une fantasmagorie d'images, un torrent de couleurs ou de sons : c'est un objet déterminé : c'est une statue, un tableau, un édifice, un chant, un poème, un discourt

Ad. Garnier, Psychologie et phfénologiê comparées, ch. m, p. J02-Î07.

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éloquent. La nature fournit la couleur; le marbre, la ligne; le son, la parole : l'imagination j ajoute le sentiment et la vie. De tous ces éléments combinés, elle forme un tout qui n'existait pas jusque-là, un corps qui prend vie entre ses mains Quand elle a trouvé cette combinaison heureuse qui s'appelle le beau, les hommes admirent et tressaillent. Leur pensée, leur âme, leurs sens, tout est occupé, ému, entraîné : s'ils sont rassemblés, leur joie éclate par des transports, des applaudissements : quelquefois, l'émotion leur tire des larmes et, comme saint Augustin à la lecture du IV® chant de ÏÉnéide^ ils se demandent comment il se fait que les pleurs soient si

doux.

Rôles divers de rimag^inalion eréatrice. —

L'imagination étant ainsi définie et caractérisée comme faculté inventive, il y aura imagination partouWoù il y aura invention. Ainsi on distinguciaune imagination scientifique comme il y a une imagination esthétique. Le savant qui sait trouver de belles hypothèses ou qui inventera d'ingénieuses expériences sera doué d'imagination. 11 y aura de Timagination dans b vie, dans la guerre, dans le commerce, dans la politique. Napoléon avait, comme capitaine, la plus puissante et la plus féconde imagination. On voit par ces exemples que l'imagination ne tombe pas toujours juste, et qu'elle est aussi bien maîtreèse d'erreur que de vérité (Pascal) ; mais elle n'en est pas moins le principe de l'action et du progrès parmi les hommes.

Rôle de rtmagînatîon dans la vie. — L'imagination est, avec la passion, le principal ferment de l'activité humaine. Elle a donc une grande importance pratique et mérite d'être étudiée de près au point de vue de la morale.

i« Les hommes n'agissent que pour un certain but. C'est l'imagination qui leur représente ce but, et qui leur donne le désir et la force d'y arriver. Le courage viendrait souvent à manquer dans les entreprises difficiles (un Colomb, par exemple, à la recherche de l'Amérique), si l'imagination ne nous représentait d'avance le succès.

2» L'imagination ne représente pas seulement le but, elle nous fait trouver les moyens. C'est l'imagination qui, nous représentant d'avance toutes les chances et tous les risques, nous

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fournit les éléments du calcul qui doit résoudre le problème posé.

3« Lors même que Timagination n'aurait pas l'utilité dont nous venons de parler, elle agit encore d une manière favorable par les couleurs qu'elle répand et qui contribuent à orner et à embellir la vie. C'est un superflu, si l'on veut, mais un superflu nécessaire.

4» EUe est le principe des beaux-arts, et elle répand les jouissances les plus élevées ; elle devient par là l'auxiliaire de la morale.

bangers de l'imagination. — En revanche, il faut dire que l'imagination est presque aussi dangereuse qu'elle est utile.

1® EUe mêle le Actif au réel, et nous empêche de voir les choses comme elles sont. Elle exige de la vie ce qu'elle ne peut pas donner ; et, après s^être représenté avec des couleurs excessives des jouissances impossibles, elle exagère en sens inverse les maux de la vie, et empêche d'en goûter les vraies dou* ceurs.

2® Elle entre comme le principal élément dans toutes les passions en en flattant les désirs. Elle représente au joueur Tor dont il est avide, à l'ambitieux le pouvoir, à l'homme blessé dans ses intérêts le plaisir de la vengeance. La force de ces images finit par devenir telle que la volonté succombe, et que rhomme ne s'appartient plus.

3« L'imagination est la source des désordres sociaux. C'est elle qui alimente l'esprit révolutionnaire, qui alimente les mauvaises convoitises, les haines sociales. Elle transforme avec le même délire l'avenir en paradis et le présent en enfer.

On voit par ces considérations combien la morale doit intervenu» dans la culture et la direction de l'imagination. Vouloir la supprimer absolument serait funeste et, d'aifleurs, est impossible. Il faut donc apprendre à se servir de son imagination sans s'y asservir.

Problèmes et exercices pratiques.

Des diverses espèces de mémoire. — Mémoire des formes, des couleurs, des lieux, des événements, des noms propres, des figures, des dates, etc. Expliquer ce phéntmône.

LA MÉMOIRE ET L'IMAGINATION CRÉATRICE

La mémoire et I'org*anisation» — Influence de Torganisation sur la mémoire : la maladie, l'âge. (Ribot, le$ Maladies de la mémoire.)

La mémoire artiflcielle* — Mnémotechnie.

L'imagination dans les lettres et dans les arts^

Exemples : Les grandes imaginations (Malebranche, Recherche de la vérité, 1. II).

L'imag^ination dans les seiences* — Les grandes hypothèses: Les Tourbillons de Descartes; V Attraction universelle; VÉther.

Les grandes expériences : Expérience du Puy-de-Dôme ^. Expérience de Franklin sur la foudre; Expérience de Fou-^ cault, etc. Expériences de Claude Bernard sur le curare.

L'imagination des enfants, des jeunes gens, des hommes. L'imagination suivant les climats et suivant les races. L'imagination suivant les siècles

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