‹ Cours de psychologie et de morale [microform]Chapitre 31 sur 115 · COKCLUSION DE LA PSYCHOLOGIE. — L'ESPRIT ET LE CORPS · texte numérisé non relu

COKCLUSION DE LA PSYCHOLOGIE. — L'ESPRIT ET LE CORPS

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DaaUCé de riioinmc. — L'homme est composé de deux parties .

Vâme et le corps ; le moral et le physique.

Retour sur la distinction des phénomènes de Iftme et des phénomènes du corps.

10 Les uns tombent sous les sens externes, et ne sont pas accessibles au sens intime ; les autres sont aperçus par le sens intime et ne le sont pas par nos sens extérieurs.

20 Les uns sont susceptibles de mesure ; les autres, non.

Dualité de l'âme eUe-même. — L'âme elle-même est double. Les trois grandes facultés se dédoublent chacune en deux degrés : sens et entendement; appétits et sentiments ; instinct et vo-

Les sens, les appétits, l'instinct se rattachent à la «te anmafe; l'entendement, le sentiment et la volonté à la vte intellectuelle et morale.

Après avoir achevé l'exposition et la description des facultés humaines, nous devons maintenant résumer dans des conclusions d'ensemble les données que nous avons présentées séparément et successivement.

L'homme, tel qu'il se présente à l'observation, parait compose àe deux parties distinctes : l'espnt et le evr^s, le physique et le moral : sa vie peut se dédoubler également en deux vies distinctes : la vie animale et la vie intellectuelle et morale.

DuaUté de la nature humaine : l'espplt et le

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corps.— On ne peut nier, en effet, queThomme, considéré sous un certain rapport, ne soit une créature appartenant au règne animal, soumis aux mêmes besoins que les autres animaux, naissant, grandissant, mourant comme eux, et exposé, pendant qu'il vit, à un grand nombre d'infirmités et de désordres. Nul doute que le physique ne joue un très grand rôle dans sa vie. Dans les premiers temps de son existence, il ne participe guère plus que les autres animaux à la vie de Tintelligence et de l'âme ; dans les derniers temps de la vieillesse et de la décrépitude, le moral n'est souvent en lui qu'une ombre ou un souvenir. La maladie le réduit au même état . un simple désordre du cerveau ou des intestins peut faire, en quelques instants, une bête brute de cet être que la nature a appelé à comprendre ses merveilles et à vénérer son auteur.

Tel est l'homme que la Providence a jeté m sur la surface de la terre, selon l'expression de Pline, et dont les crw annoncent rentrée à la vie en même temps que la souffrance *, qui ne diffère des animaux que par une organisation plus complexe, la beauté âe la forme,la rectitude de la stature, l'agilité des mains, la sensibilité exquise du toucher.

Voilà donc un premier élément de la constitution humaine : le corps, l'organisation, la vie animale. Mais ce n'est pas là tout l'homme, ce n'est pas même là l'homme véritable : celui-ci réside tout entier dans une seconde partie, que l'on appelle communément l'âme, l'esprit, le moral, l'intelligence.

Nous n'avons pas à entrer ici dans les discussions spéculati- 9es qui se sont élevées sur la nature de l'âme, mais nous devons rappeler quelques-unes des raisons les plus claires, les plus simples, les plus touchantes qui ont conduit à reconnaître dans l'homme une double nature, un homme double {homo duplex).

11 y a une différence telle entre les phénomènes de la vie intellectuelle et morale et ceux de la vie animale qu'on ne peut, sans manquer à toutes les lois de la méthode, les rapporter à un même principe. Voyez les fonctions du corps humain, Biles se réduisent toutes à des phénomènes que les sens peuvent saisir, semblables aux phénomènes qui se passent dans

l Àllnsion à ua vert connu du poète latin Lucrèc*.

toute espèce de corps : le sang circule, l'estomac digère, les glandes sécrètent, les muscles se contractent; tous ces phénomènes sont accessibles à la vue, au toucher, à l'ouïe, à l'odorat Le physiologiste et l'anatomiste peuvent les apercevoir par leurs sens, à la condition de pénétrer dans l'intérieur du corps vivant; et certaines expériences peuvent encore les reproduire aux sens sur le corps mort; mais le plus habile physiologiste, armé des instruments les plus délicats, pourra-t-il jamais rief saisir qui ressemble à une pensée, à un sentiment, à la joie oi à la tristesse, au plaisir ou à la douleur, même aux plaisirs ë aux douleurs sensibles qui ont leur origine dans quelque action corporelle? Ainsi le chirurgien qui opère sur des parties malade! ne connaît la douleur du patient que par ses cris; et les cris mêmes que les sens perçoivent ne sont que des bruits insignifiants par eux-mêmes, et qui ne nous déchirent que parce qu'ils sont le signe de douleurs cruelles que notre esprit devine, et dont notre cœur saigne par l'effet de l'imagination et de la sympathie. Nul homme ne peut connaître intérieurement son propre corps; qui de nous voit circuler son sang, digérer son estomac, respirer ses poumons? En revanche, nul homme ne peut pénétrer dans l'intelligence et dans le cœur de ses sembkbles. Pourquoi cette différence si ces faite sont du même ordre? Chacun devrait avoir conscience de sa digestion * comme de sa pensée, et l'anatomiste, avec son scalpel, devrait pouvoir analyser un syllogisme aussi bien que disséquer un muscle. On a quelquefois proposé d'ouvrir des cerveaux pour les regarder penser. A quoi servirait une telle expérience? Elle nous apprendrait peut-être qu'il y a tel ou tel mouvement du cerveau auquel sont attachées nos pensées; mais la pensée ellemême échappera toujours aux regards des plus pénétrante anatomistes. On prête à un médecin célèbre de notre siècle ce mot absurde : Je ne croirai à l'âme que lorsque je l'aurai rencontrée au bout de mon scalpel. Il fallait aire : Je ne cesserai de croire à l'âme que lorsque le scalpel pourra la toucher. Jusquelà il faut bien avouer que Tâme est quelque chose de distinc

1. On peut avoir conscience de la douleur qui accompagne une digestion pénible; mais le fait chimique et phyjûque de la digestion ne peut étreconno que par loi sent.

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du corpsy puisque, à quelque profondeur que l'on pénètre dans rintérieur des organes, on ne trouve rien qui lui ressemble

Ainsi, la première différence qui sépare dans Thomme les fails physiques des faits intellectuels et moraux, c'est que les premiers ne sont accessibles qu'aux sens externes (la vue, Touîe, le toucher, etc.), les autres ne le sont qu'au sentiment intérieur ou sens intime, par lequel nous sommes avertis de tout ce qui se passe en nous.

Voici une seconde différence. Lorsque j'examine les faits qui se passent dans la matière, j'observe qu'ils sont, en général, susceptibles de mesure, soit en nombre, soit en poids, soit en étendue. Toutes les sciences physiques ne sont que des opérations pour mesurer les phénomènes naturels, et les sciences exactes sont la théorie abstraite de ces mêmes opérations. Maintenant, n'y a-t-il pas d'autres faits qui ne peuvent être ni mesurés, ni pesés, qui, du moins, ne se mesurent pas par des nombres ou par le compas, et ne se pèsent dans aucune balance, quelque délicate qu'elle soit? Ce sont ces faits que l'on appelle les faits moraux. Nous appliquons, il est vrai, assez souvent à ces sortes de phénomènes des qualifications tirées de l'ordre sensible, mais c'est par analogie et par métaphore; et même ce langage figuré n'est pas sans inconvénient. On dit qu'un souvenir est vif^ une pensée forte, un sentiment profond. Mais quel nombre donnera la mesure de cette profondeur, de cette vivacité, de cette force? Si vous parlez d'un sentiment sublime ou d'une noble pensée, vous échappez plus encore à la puissance du calcul; aucune formule ne représente la dignité, la noblesse, la délicatesse et leurs contraires. Ainsi les faits intellectuels et moraux non seulement échappent aux sens, mais ils résistent encore aux procédés d'appréciation dont les objets sensibles sont susceptibles.

l^nfin l'âme se distingue du corps par la dignité, la noblesse, la supériorité des attributs. Qui mettra sur la même ligne un bon cœur et un bon estomac, la faculté de jouir par les sens et la faculté de se dévouer pour la vérité et pour la vertu ?

Dualité de l'âme ; deux classes de facultés^ : la vie animales la vie iiifellccluelle et morale»

- Il y a donc deux parties dans l'homme : le corps et Vâme, mais l'âme elle-même est en quelque sorte double, comme l'homme lui-même; par un côté, elle tient au corps et est sous 5a dépendance; par un autre, elle s'élève au-dessus. C est ams qu'on oppose les sens à Yintelligence; les appétits et les passions aux sentiments; Vinstinct à la volonté.

Les sens nous mettent en contact avec les choses externes; rinte«tgence réfléchit sur les données des sens; les sens sont des auxiliaires nécessaires et les premiers de nosinsfnimen^; mais ce ne sont que des instruments. L'intelligence ou \ entendement est le maître qui les emploie, Vartiste qui les dirige La réflexion est sans doute impossible sans observation, et l observation a Ueu par les sens; mais qu'est-ce qu'observer? C'est se servir des organes du corps comme d'instruments de la pensée ; c es les diriger selon les vues de la pensée même; c'est faire attention à leurs données; c'est réfléchir sur les faits présents, au heu d en recevoir passivement rimpression.

La dualité qui se manifeste dans l'inteUigence se manifeste également dans la sensibilité. D'un côté, sont les instmcts qm nous attachent aux plaisirs des sens; de rautre, ceux qm nous portent aux plus pures jouissances de l'ame; dune part, finstinct de la nourriture, l'instinct de la conservation, l amour de l'argent; de l'autre. Tamour du beau, le ^é^ e^^^J^ Tla vérité et à la justice, Tamour des homnjes. Cest cet^ lutte des instincts inférieurs de Fhomme et de ses plus noblés penchants que les moralistes chrétiens appellen la ^ee de la chair et de l'esprit. C'est au souvenir de cette lutte que saint Paul disait qu'il y a deux hommes en nous ; c es Si cet homo duplex si profondément peint par ce apjive e par saint Augustin. Je sens, disait samt Paul, w^^f>;f^;f dans mes membres, et une loi qui est dans mon esprxt. La pre^ mière est la loi di désir, de la passion, de la concupiscence,

la seconde, la loi de la charité. t^ui^^^^a.

De mêm; qu'il y a dans l'homme deux «"«^es d mie Ugence

(les sens et la pensée), deux degrés dans la ««"«jf'^^jf, appétits et les sentiments), il y a également dans 1 tomme deux modesd'activité : l'un faUl et aveugle, que 'on Wf 1 1|«« "cf ; laulre libre et éclairé que l'on appelle la wlonté. L enfant.

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dans les premiers mois de son existence, l'homme pendant son sommeil, le vieillard tombé en enfance n obéissent qu'à la loi de rinstinct. Il en est de même à peu près de Thomme abandonné à la passion et qui ne sait point la réfréner; il devient l'esclave de ses sens et de ses vices. Par la volonté, au contraire, rhomrae devient maître de lui-même; il dirige ses facultés, gouverne son corps et ses sens, agit pour un but déterminé et choisit les moyens qui servent à y conduire; il triomphe de sa propre nature et s'en crée, en quelque sorte, une nouvelle. C'est en elle que réside surtout ce qu'on appelle le caractèi^e. C'est elle surtout qui, unie à une saine intelligence, fait la valeur de l'homme et sa dignité.

11 est inutile d'insister pour établir que ce qui commande dans l'homme est distinct de ce qui obéit, que la force par laquelle il se dirige lui-même et comprime ses mauvaises passions n'est pas la même que celle qui l'entraîne à l'aveugle, tantôt d'une manière irrésistible, comme dans les fonctions corporelles, tantôt de son propre consentement, comme lorsqu'il s'abandonne à ses appétits brutaux. Platon a tiré de cette opposition une belle preuve de la distinction de l'àme et du corps : « L'homme, dit-il, est une âme qui se sert d'un corps comme un ouvrier d'un instrument. Or, l'ouvrier est distinct de son outil ^ . »

Problèmes et exercices pratiques.

Montrer la distinction de l'âme et du corps, du physique et du moral dans toutes les branches de l'activité humaine.

!• Art. — Art sensuel et matérialiste; art idéal, moral et religieux.

2« Relig^ion. — Religions sensualistes et matérialistes : le fétichisme, le polythéisme, l'anthropomorphisme. —Religions de l'esprit : le judaïsme, le christianisme.

Du rôle des sens dans les cérémonies religieuses. Exagéra* tions des puritains.

3<» Ordre social et politique* — L'homme considéré

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