CHAPITRE VII
DIVERS PROCÉDÉS DE REPRODUCTION dIÉGRITURES ET DE DESSINS.
Sommaire : Aulographie sur pierre et sur zinc. — Chromographe. — Papyrographe. — Auto-copiste noir. — Trypographe. — Procédés au chlorure d'argent, de platine, au ferro-prussiate, au cyano-fer, au papier Colas, au papier Artiguc. — Négatifs directs à laide d'un dessin.
Autographie.
Ce moyen de reproduction, plus spécialement employé pour la reproduction des pièces écrites et des dessins originaux, sert à tirer un grand nombre d'exemplaires. C'est, en résumé, de la lithographie sur pierre ou sur zinc dont le sujet à reproduire, au lieu d'avoir été écrit ou dessiné directement sur la pierre ou sur le zinc, a été d'abord écrit ou tracé avec une encre particulière sur du papier autographique d'où il est transporté sur le véhicule destiné à fournir le tirage.
Papier autograpMqiie. — H y a diverses sortes de papiers autographiques que l'on trouve tout prêts dans le commerce. La maison Lemercier et C'"^ livre deux sortes de ces papiers, dont l'un d'une couleur jaunâtre convient aux dessins et écritures directs ; l'autre, translucide, sert pour opérer des calques. Quand on se sert du premier de ces papiers, il est bon de le préparer à la sandaraque pour éviter que les traits ne s'étalent.
Cette opération est des plus simples. On met à la surface du papier une pincée de sandaraque et on Tétend le plus également possible en frottant avec un blaireau, puis, avec un linge fin, on essuie le papier de façon à enlever la poudre en excès.
On peut faire soi-même du papier autographique en immergeant des feuilles de papier dans une dissolution de gélatine à 10 0/0, puis, après que la gélatine a fait prise, dans un bain d'alun à 2 0/0, on rince à l'eau ordinaire et l'on met à sécher.
Du papier albuminé dont l'albumine a été coagulée par de l'alcool constitue aussi un excellent papier autographique.
Encre autograpMqiie, — Aucune indication spéciale n'est à donner au sujet de cette encre que l'on trouve à acheter toute prête, soit à l'état liquide, soit en bâtons. La pression, lors du report sur pierre ou sur zinc, ayant pour effet d'étaler un peu les traits, il convient de ne pas employer cette encre trop épaisse. Elle doit bien couler sur la plume sans être cependant trop fluide.
Plume. — La nature de la plume employée joue un rôle important dans le succès de l'autographie. Les plumes d'oie seraient excellentes pour ce genre de travail si elles ne s'émoussaient trop rapidement et n'étaient difficiles à tailler convenablement.
Il vaut donc mieux employer des plumes de fer ; nous voyons recommander spécialement pour les écritures, les plumes métalliques dites Hwiiboldt W 2, les plumes Parisiennes et les plumes Letailleur, et pour le dessin les plumes de Sommerville, John Mitchells et GilloVs.
Exécution des dessins et des écritures. — Aucune
règle n'existe pour cela, chacun agissant à son gré, et d'ailleurs l'habitude indique vite quelles sont les précautions à prendre pour obtenir les meilleurs résultats/
Décalque sur pierre et sur zinc. — Quand le dessin autographique est terminé, on peut le reporter sur pierre ou sur zinc et en faire ensuite le tirage .
Nous ne voyons aucun avantage à employer la pierre de préférence au zinc et Ton peut indifféremment, suivant l'outillage dont on dispose, user de l'un ou de l'autre de ces deux moyens.
Seulement, si Ton a à s'outiller en vue des reproductions autographiques, nous conseillerons toujours de donner la préférence au zinc qui offre sur la pierre divers avantages importants.
Le zinc donne, en effet, plus de finesse aux épreuves, il donne un tirage plus considérable, ne se brise jamais sous pression, et il est surtout d'un maniement bien plus facile sans oublier qu'il tient aussi bien moins de place.
Il y a donc bien des motifs pour choisir le zinc plutôt que la pierre, sans parler encore du coût bien moindre pour une feuille de zinc que pour une pierre d'égale dimension.
Nous allons donc entrer dans quelques détails relatifs à l'emploi du zinc, en reproduisant la plupart des indications si nettes et si pratiques du Manuel des procédés de reproductmi, publié par le ministère des Travaux publics .
Choix du zinc. — Le zinc ne doit présenter ni soufflures, ni taches, ni bosses, ni cassures, ni ondulations ^ La surface doit être rigoureusement plane. On doit le
1 On peut se procurer les feuilles de zinc convenables soit grenées soit décapéti?, ^k^i MM. Monrocq et C*% 3, rue Suger, à Paris.
prendre mince, entre les n^^ 6 et 12^ suivant le format de la feuille, le n° 12 étant le plus épais servira naturellement pour les épreuves de grande dimension.
Grenage du zinc. — Le zinc simplement laminé, tel qu'il sort de chez les marchands, n'est pas propre à recevoir le décalque autographique. L'impression manquerait de solidité, il faut, pour fixer solidement le décalque, créer à la surface du métal des aspérités ou des grains, c'est ce que l'on appelle le grenage.
On se sert, pour le produire, de sable siliceux très pur, tel qu'est le sable de Fontainebleau ; l'émeri d'un numéro approprié peut servir aussi de même que des fragments de meule à aiguiser pulvérisées.
A Faide d'un tamis à mailles plus ou moins ouvertes, on obtient des sables d'un grain plus ou moins fin.
Le gros grain convient aux écritures et aux dessins à traits forts-; le grain fin est nécessaire pour les dessins à traits plus déliés.
La feuille de zinc est placée sur une surface plane et dure, par exemple sur une glace ou sur une autre pierre lithographique posée dans une cuvette ou sur une table à rebords ; on y répand une certaine quantité de sable qu'on mouille abondamment, puis, avec une molette de verre, de marbre ou de grès, on tourne comme si on broyait de la couleur.
Par cette opération le poli du zinc disparaît et l'opération est achevée quand toute la surface est régulièrement mate.
On doit mettre du sable en excès pour éviter les rayures.
Ce travail est encore assez long, car il doit être fait avec beaucoup de soin.
Qii^i'^d le grenage est terminé, on lave la feuille de
zinc à grande eau pour la bien débarrasser de tout le sable, puis on Tessuie avec une éponge et on la fait sécher le plus rapidement possible pour éviter l'oxydation de la surface.
Décapage, — Quand il s'agit d'un tirage à un petit nombre d'exemplaires, on peut se dispenser de grener les plaques de zinc et il suffit de les décaper simplement.
Pour faire cela on met dans une cuvette en porcelaine une dilution de 7 à 8 grammes d'acide sulfurique dans 100 grammes d'eau ; on y plonge une brosse en crins durs et ras et l'on frotte fortement le zinc. Ce lavage le dégraisse et le blanchit ; on lave ensuite rapidement pour arrêter l'action de l'acide sur le métal, après quoi l'on trempe un chiflfon dans une dilution d'acide réduite à 5 p. 0/0 seulement et ce chiffon, formant tampon, est recouvert de pierre ponce finement pulvérisée et tamisée ; on frotte avec ce tampon la feuille de zinc qui blanchit encore davantage ; on la lave et, quand elle est sèche, elle est prête à servir.
Décalque. — Le décalque s'effectue sur le zinc comme sur la pierre ; on laisse quelques instants la feuille qui porte l'écriture ou le dessin autographique sur du papier buvard imprégné d'eau. Le dos du papier autographique portant seul contre le buvard humide, puis la plaque de zinc grenée ou décapée étant posée sur la presse lithographique ou autographique, on y applique, à- la place voulue, l'autographie que l'on recouvre de quelques feuilles de carton simple.
On donne plusieurs pressions en graduant peu à peu le degré de ces pressions, puis, mouillant avec précaution, à l'éponge, le dos du papier aatographique, on en soulève un coin doucement pour vérifier si le décalque
s'est opéré, sinon on humecte bien également le dos sans laisser de liquide libre à sa surface et l'on donne encore une ou plusieurs pressions.
Puis on enlève le papier autographique qui doit abandonner sur le zinc tous les traits dont il était couvert.
S'il y avait quelques lacunes accidentelles, on devrait, avant de préparer le zinc, corriger ces manques avec une plume garnie d'encre autographique, ou bien encore écrire ou tracer la partie non décalquée sur un fragment de papier autographique et en opérer le report partiel en ayant soin de prendre quelques repères afin de tomber exactement à l'endroit voulu.
Le décalque une fois terminé, on procède à la préparation de la planche.
Préparation, — La planche est alors gommée avec une dissolution assez concentrée de gomme arabique dans de Teau. On agit ici comme dans la lithographie ordinaire. La gomme, une fois sèche, on laisse la plaque tranquille, durant un instant, puis on lave à l'eau pour dégommer, et Ton encre comme sur la pierre, en employant une encre assez dure, ce qui empêche tout voile de se produire.
Après que la planche est bien encrée partout où elle porte des traits d'écriture ou de dessin, on la soumet à une préparation acide, qui a pour objet d'empêcher le fond de se noircir sous le passage du rouleau.
On se sert généralement, pour cela, d'une solution d'acide gallique dans de l'eau, ou d'une décoction de noix de galle que Ton étend avec un blaireau sur la surface du zinc. Cette préparation donne au métal une teinte violacée, elle a alors produit son effet, il reste à laver abondamment, puis on enlève l'excès d'eau avec une éponge, et l'on gomme de nouveau ; l'on fait sécher
enfin la gomme, et la plaque est prête pour le tirage.
Corrections. — Pour faire une correction, s'il y a lieu, on se sert d'une dissolution très concentrée de potasse d'Amérique, on en passe sur la partie à effacer, avec une plume, un pinceau, un morceau de bois affilé; après un moment d'action on l'enlève avec précaution, pour ne pas toucher les parties voisines, en employant une petite éponge. On neutralise ensuite la potasse par de l'acide acétique, passé sur la place ainsi traitée, puis on enlève les traces d'acide avec une éponge imbibée d'eau propre.
Cela fait, on fait la correction avec de l'encre lithographique, et il ne reste plus qu'à passer la préparation gallique, puis un peu de gomme à l'endroit de la retouche.
Tirage. — Le tirage s'effectue absolument comme sur la pierre lithographique, dès que le tirage est interrompu, il faut gommer la plaque et l'essuyer aussitôt avec un chiffon doux. Si l'on veut conserver la plaque après un premier tirage, on doit l'encrer avec de l'encre ferme, la gommer, l'essuyer et la poser autant que possible sur champ, dans un endroit sec.
Effaçage. — Pour effacer le décalque, on enlève d'abord le noir à l'essence ; puis avec un bain à 7 ou 8 o/o d'acide sulfurique, on procède ainsi qu'il a été dit plus haut au sujet du décapage. Il n'y a plus qu'à lui donner un léger grenage pour qu'elle soit apte à servir de nouveau.
Si l'on tenait à avoir plus de détails encore sur cet intéressant et si utile moyen de reproduction, on ferait bien de consulter le Manuel pratique de Lithographie
sur zinc, par MM. Monrocq frères, éditeurs, imprimeurs, 3, rue Suger.
Chromographe.
Tout le monde connaît aujourd'hui l'appareil de reproduction, ou mieux, de copie à un petit nombre d'exemplaires, désigné sous le nom de Chromo graphe.
On l'appelle ainsi, sans doute, parce qu'il permet, suivant la couleur des encres employées, même simultanément, de produire des copies polychromes d'écritures ou de dessins au trait.
Cet appareil est des plus simples, il se compose d'une boite en zinc formant une sorte de cuvette à bords peu relevés, que Ton remplit d'une pâte composée de gélatine et de glycérine, et dont on trouvera la formule au chapitre des formules diverses.
Le côté vraiment avantageux de ce mode de copie consiste dans la suppression totale de la presse et de toutes préparations autres que celle qui forme le plateau de gélatine imprimant.
Encre, — L'encre spéciale dont on se sert le plus généralement pour écrire ou tracer les originaux est une dissolution concentrée de violet d'aniline, connue sous le nom particulier de violet de Paris. On peut aussi employer une encre noire dont on trouvera la composition aux Formules diverses.
Le nombre d'impressions ou copies, quoique assez limité, est pourtant suffisant pour la plupart des cas, on peut arriver à 20 ou 30 exemplaires d'une vigueur et d'une netteté satisfaisantes.
Emploi du chromographe. — On écrit à la manière ordinaire sur n'importe quel papier ordinaire, et quancj le dessin est sec on rapplique sur la couche de gélatine. Celle-ci, grâce à l'humidité dont elle est imprégnée, dissout tout l'excès de la matière colorante laissé sur le papier par les traits à l'encre d'aniline ; en appliquant à la même place des feuillets blancs, et par la simple pression des doigts promenés sur le dos du papier, on obtient un décalque de l'image. On peut successivement tirer par ce moyen, et avec un seul dessin original, environ 20 à 30 épreuves.
Mais les derniers exemplaires ne présentent que des traits de plus en plus affaiblis.
Effaçage du report. — Une des difficultés qui a souvent rebuté les personnes qui font usage du chromographe vient de la perte de temps que nécessite l'effaçage du report, effaçage souvent incomplet malgré un lavage abondant.
Dès qu'on a cessé de se servir de l'appareil, on doit le laver avec une éponge douce et de l'eau ; plus vite on procède à ce lavage et moins il est difficile d'effacer les traits dont la pâte s'empreint de plus en plus profondément.
Quelques minutes devraient suffire pour ce lavage, mais malheureusement il faut bien plus longtemps pour en venir à bout.
Le plus souvent un lavage à l'eau froide ne réussit pas, il faut alors avoir recours à de l'eau tiède qui dissout la pellicule superficielle de la pâte, et mieux encore à de l'eau acidulée d'acide chlorhydrique à 10 ^'o.
Cette eau acidulée aurait pour effet de polir la surface et d'améliorer la qualité de la pâte.
Si on emploie l'eau tiède il faut veiller à ce que sa
température ne dépasse pas 40 ou 50 degrés centigrades ; on la jette sur le plateau, comme si on développait une plaque photographique, et l'on' décante par un coin en s'abstenant de tout frottement.
Quel que soit le moyen employé, on doit, avant d'employer l'appareil pour un nouveau décalque, en essuyer bien la surface avec du papier buvard pour qu'il n'y reste aucune trace d'eau libre, sans quoi les caractères à décalquer seraient dilués, et l'on n'aurait qu'une impression confuse.
Les gâteaux de gélatine qui forment la base du chromographe sont très sujets à se déformer, à se fausser, à se percer de trous^ il est facile de les ramener dans un état convenable en posant l'appareil, bien horizontalement, sur un bain-marie placé sur un fourneau d'où émane une chaleur modérée.
La pâte entière se liquéfie, elle reprend alors son niveau, les trous et soufflures disparaissent. On n'a plus qu'à abandonner le tout à un refroidissement lent et tranquille pour retrouver un cJiromographe reconstitué.
Papyrographe.
On peut encore, à l'aide d'un nouveau procédé, dessiner sur un papier spécial avec une encre préparée ad hoc^ et dont la propriété est de dissoudre partout où elle touche le papier, un enduit résineux qui le recouvre. Ce procédé donne un dessin perméable à l'encre d'impression, car l'enduit ne la laisse passer sur aucun autre point. Ce papier, qui forme ainsi une vraie planche d'impression, est posé sur un tampon en velours, riche en matière colorante fluide : c'est généralement un
violet d'aniline, et Ton sait que le pouvoir colorant de cette substance est considérable.
Une presse absolument semblable à une presse à copier les lettres, mais dont le plateau inférieur est mobile, sert à pratiquer l'impression. Sous l'influence de la pression, l'encre du tampon traverse les parties perméables du papier et va imprimerie dessin sur le papier blanc posé par dessus. On peut ainsi multiplier les tirages bien plus qu'avec le chromographe.
On pourrait appliquer la photographie à ce mode de tirage, en remplaçant l'enduit préservateur, qui est de la gomme laque, par de la gélatine bichromatée.
La lumière, agissant à travers un cliché ou un dessin fait sur papier translucide^ rendrait insolubles tous les points qu'elle atteindrait, et les autres parties non actionnées seraient solubles dans l'eau chaude et constitueraient les parties perméables. On opérerait comme dans le cas précité, mais après avoir fortement aluné la feuille portant le dessin perméable, de façon à bien durcir la gélatine déjà coagulée par la lumière.
Cette méthode est désignée sous le nom de procédé papyrographique.
Malheureusement les épreuves fournies par ce procédé, comme celles qu'on tire avec le chromographe n'offrent aucune garantie de durée. L'influence de la lumière sur les encres d'aniline est telle que celles-ci ne résistent pas à son action un peu prolongée. On devra donc ne pas faire usage de ces deux modes de reproduction pour des copies destinées à durer longtemps.
Autocopiste noir.
Pour remédier à l'emploi des encres d'aniline, si peu
DIVERS PROCÉDÉS DE REPRODUCTIuN 9:;
stables, ainsi qu'il vient d'être dit, M. Otto Lelm à qui l'on doit la grande vulgarisation du chromographe a imaginé un autre appareil qui se vend sous le nom à' autocopiste noir.
L'impression s'opère dans ce cas-ci avec de l'encre noire lithographique.
Voici d'ailleurs, pour l'intelligence complète de cet ingénieux appareil, les instructions détaillées qui en règlent remploi.
On remarquera que l'on se sert ici d'une encre spéciale, qui n'est autre chose qu'une dissolution de perclilorure de fer dans de l'eau, on y ajoute une matière colorante quelconque pour permettre de voir les caractères ou les traits que l'on trace.
Quant au véhicule sur lequel s'opère le décalque, il est formé par une couche de gélatine alunée dont est recouvert du papier parcheminé.
L'emploi de ce papier parcheminé donne assez de résistance à la planche imprimante, ainsi formée, pour qu'elle puisse fournir de nombreux tirages.
L'on imprime comme sur zinc ou sur pierre lithographique.
Il faut, pour réussir, faire un court apprentissage, bien que l'emploi de cet appareil soit certainement très facile.
Une fois que la couche de gélatine est convenablement encrée on se contente, pour tirer l'épreuve, de lisser du papier blanc à sa surface ainsi qu'on le fait dans le chromographe. Aucune presse n'est donc nécessaire et de plus les exemplaires ainsi imprimés, et dont le nombre peut être considérable, ont toute la durabilité des impressions à base de carbone.
Voici d'ailleurs des instructions complètes relatives à l'emploi de cet ingénieux appareil :