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CHAPITRE VI

PROCÉDÉS DIVERS DE GRAVURE SUR BOIS, SUR MÉTAL, SUR PIERRE ET SUR VERRE.

Sommaire : Caractères de la gravure en Laille-douce et de la typographie. — Gravure sur bois. — Gravure sur métal : Eau-forte. — Gravure au burin. — Gravure à la pointe sèche. — Gravure sur pierre. — Gravure chimique en relief. — Procédé Dumont. — Procédé Devincenzi. — Procédé Gillot. — Procédé Vial. — Procédés Dulos. — Procédé Comte. — Topogravure. — Gravure sur verre. — Graphotypie Dubois.

Nous venons d'indiquer les principaux moyens photographiques de reproduction industrielle des dessins ou gravures au trait ou au pointillé. Toutefois, à ces procédés mécaniques s'ajoutent toujours ceux où la main d'un artiste exécute la planche de tirage ou le cliché, soit sur bois, soit sur pierre ou sur métal, soit enfin sur plaques translucides et même sur papier.

Il est une infinité de ces moyens. Nous allons en décrire quelques-uns.

Si, à l'aide d'un burin, on trace sur une planche de bois parfaitement dressée (on se sert du bois de buis dont les fibres sont très serrées) un trait quelconque, et que l'on encre au rouleau, les reliefs du bois se noirciront, tandis que les traits creux resteront exempts d'encre, et se traduiront, à l'impression, par des lignes blanches sur un fond noir. Cette gravure en creux caractérise la taille-douce.

On obtiendrait l'eiFet inverse si, laissant une ligne en

riiOCÉDÉS DIVERS DE GHAVUKE

relief, on creusait le bois de chaque côté de ce trait : l'encre ne pourrait garnir les parties creusées, et Ton aurait un trait noir sur fond blanc. C'est là ce qui caractérise la gravure en relief ou typographie.

Ce même résultat peut s'obtenir soit pour un, soit pour plusieurs traits, plus ou moins enchevêtrés, et constituant un dessin linéaire sans ombres, ou ombré avec des hachures, et Ton peut agir non-seulement sur le bois, mais aussi sur la pierre ou sur le métal.

Quand on se sert de ces deux derniers subjectiles, il est un moyen d'arriver à l'effet voulu qui dispense de la connaissance pratique du maniement du burin. La pierre ou la surface métallique, est recouverte d'un enduit préservateur (c'est généralement un vernis gras), sur lequel on dessine avec une pointe en mettant la pierre ou le métal à nu partout où doit. exister un trait creux devant constituer le dessin ou ses ombres. Quand Tœuvre première est terminée, on a ainsi un dessin complet, formé par la couleur du métal ou de la pierre, qui se détache sur la teinte, généralement noire, du vernis employé.

Ce vernis gras ou résineux * sert de corps isolant ; il résiste à l'action d'une eau acidulée, de telle sorte que lorsque la pierre ou le métal sont soumis à la morsure, l'acide agit seulement sur les parties non préservées, celles que la pointe du dessinateur a découvertes.

On laisse agir la morsure quelque temps, mais sans qu'il soit nécessaire d'obtenir un creux très marqué. Puis on lave à l'eau pour arrêter l'action de l'acide, et l'on débarrasse la surface du métal ou de la pierre de l'enduit préservateur ; on y arrive à l'aide d'un dissolvant de cet enduit. '

1 Voir aux Formules diverses les formules de ces sortes de vernis de graveurs.

Le résultat est une véritable emi-forte^ que Ton pourra tirer ensuite ou faire tirer mécaniquement à un très grand nombre d'épreuves. C'est en définitive de la gravure en taille-douce, mais obtenue sans le secours du burin. L'effet contraire, c'est-à-dire typographique, serait plus difficile à obtenir. Il faudrait dessiner d'abord à la plume sur pierre lithographique avec une encre grasse et reporter le dessin sur zinc à l'aide d'une impression sur papier de chine encollé ; puis agir comme nous l'avons dit précédemment à propos de la zincographie typographique.

Certains papiers imperméables permettent de faire le dessin directement sur le papier de report ; on transporte, par pression, cette autographie sur la planche de zinc.

On trouvera au chapitre de Fautographie les détails relatifs à cette opération.

Gravure sur dois. — Dans ce genre de gravure, ainsi qu'il vient d'être dit, les traits, au lieu d'être creusés, sont détachés en relief, et l'impression, au lieu de reproduire les parties creuses, rend au contraire celles qui ont été réservées par le burin du graveur.

L'avantage de ce genre de gravures c'est qu'on peut les intercaler dans le texte et les imprimer en même temps que les caractères, ce qui serait impossible avec de la gravure en creux.

A l'aide de la galvanoplastie l'on multiplie aisément et à bon marché les exemplaires d'une même gravure sur bois, ce qui permet de réserver la planche originale, dont on n'use que pour en faire les clichés galvanoplastiques ou galvanos dont on peut avoir besoin.

Plusieurs sortes de bois sont propres à la gravure ; les meilleures espèces sont: le buis, le cormier et le poirier,

PROCÉDÉS DIVERS DE (xRAVURE

mais l'on peut user aussi du pommier, du poirier sauvage, du cerisier et du merisier. Le bois de buis est celui dont on se sert le plus généralement.

La surface du bois étant bien dressée et polie, et son épaisseur d'environ 23 millimètres, dimension qui est celle des caractères d'impression, on trace à la surface le sujet à graver, on l'imprime par un report lithographique, phototypique ou par divers moyens photographiques dont plusieurs constituent des industries spéciales.

On peut encore, si c'est la reproduction d'une estampe que l'on veut graver, coller celle-ci contre le bois, du côté imprimé, puis Ton use le dos du papier, légèrement humecté, de façon à ne laisser que l'image même à la surface du bois.

Pour avoir l'estampe parfaitement imprimée sur le bois, on passe. à la surface de la planche une couche de térébenthine, on y pose Testampe dessus par le côté imprimé, on laisse sécher, puis, avec une éponge imbibée d'eau tiède, on frotte doucement le dos du papier pour l'enlever; de la sorte il ne reste, sur le bois, que les traits de l'estampe, comme s'ils avaient été imprimés à sa surface.

Quant à la façon de s'y prendre pour procéder à la gravure de la planche, il serait difficile de l'indiquer ici sans entrer dans de trop longs détails, c'est là un art spécial qui s'apprend par la pratique, sous la direction d'un praticien habile plutôt que par la lecture d'une description, si détaillée fût-elle.

Gravure sur métal. — Nous nous bornerons, à propos de la gravure sur métal, ainsi que nous l'avons fait pour là gravure sur bois, à quelques indications d'un ordre purement général, il faudrait sans cela écrire des vo-

lûmes pour arriver à décrire même les principaux procédés de gravure sur métal.

Les métaux sur lesquels on grave le plus généralement sont : le cuinre, le zinc, le bronze, le laiton et Y acier.

Le cuivre, pour réunir les bonnes qualités nécessaires à donner de bonnes gravures, doit être plein, liant, très serré, sans être aigre. On trouve chez les planeurs des plaques de ce métal toutes prêtes pour les graveurs, c'est-à-dire coupées à la dimension désirée et parfaitement planées.

Le zinc est aussi livré, par les planeurs, dans de bonnes- conditions pour la gravure ; l'emploi de ce métal, bien moins coûteux que le cuivre, permet de réaliser dans bien des cas une économie sérieuse, mais les résultats qu'il donne sont loin d'avoir la netteté des gravures sur cuivre.

Le bronze, qui est un alliage de cuivre et d'étain, est quelquefois employé comme planche de gravure, il offre plus de dureté que le cuivre, mais il ne saurait rivaliser avec l'acier ; or, depuis que l'on acière si aisément les planches de cuivre, il vaut mieux, pour un graveur, user de ce dernier métal qui est plus ductile.

Le laiton est un alliage de cuivre et de zinc, il est plus dur que le cuivre rouge, mais il est souvent poreux, aigre et cassant, à cause de la présence du zinc; bien qu'il puisse, au tirage, fournir un bien plus grand nombre d'épreuves que les planches en cuivre, il vaut mieux, quand on fait une planche qui doit fournir un très grand nombre d'exemplaires, la graver sur cuivre, que Ton fait aciérer, ou bien encore directement sur acier.

Vacier, pour être gravé, doit être réduit à l'état doux ou décarburé. On procède sur ce métal comme avec les autres métaux ci-dessus désignés.

Gravure a l'eau-forte.

Ce genre de gravure tient une trop grande place dans les travaux artistiques pour que nous ne lui consacrions quelques indications détaillées.

Nous ne nous occuperons que de l'eau-forte proprement dite, ou gravure ci la pointe, qui est faite de sentiment et conduit, avec l'aide de la pointe seule et des morsures intelligemment dirigées, au résultat désiré.

Les pointes propres à graver à l'eau-forte se font avec toute espèce de morceau d'acier bien trempé, rond ou carré, que l'on polit et aiguise sur une pierre à l'huile.

Elles doivent avoir quatre ou cinq centimètres de longueur et être fixées dans des manches tournés de 15 cent, de longueur. On se sert vulgairement de simples morceaux de jonc dans lesquels on fait entrer les pointes.

Des aiguilles à coudre cassées et auxquelles on donne une nouvelle pointe en l'aiguisant peuvent aussi servir parfaitement.

Il est bon d'avoir des pointes de diverses grosseurs. L'affûtage de ces outils exige une certaine pratique, car il faut que, sans couper le cuivre, la pointe, employée dans tous les sens, produise un travail bien égal.

Quelquefois, comme nous le verrons dans le procédé Comte , on se sert de pointes d'ivoire ou de plumes d'oie pour enlever simplement le vernis sans attaquer le métal.

Pour l'eau-forte, il n'y a pas grand danger d'attaquer un peu le métal, excepté pourtant dans les parties qui correspondent aux demi-teintes les plus faibles, où les traits ne doivent pas avoir autant de fermeté que dans les parties vigoureuses du dessin.

Vernis. — La planche du métal que l'on doit graver à l'eau-forte doit recevoir une couche de vernis que la pointe enlèvera pour mettre le métal à nu partout où il devra être attaqué et creusé par l'acide ou eau-forte.

Il y a diverses sortes de vernis à graver, les uns dm^s, les autres mous^ dont on trouvera les formules au chapitre des formules diverses ; ces vernis sont employés suivant les habitudes des graveurs et aussi suivant la nature des sujets qu'ils ont à traiter.

Le plus généralement Ton se sert du vemis mon, quelquefois, comme dans les procédés Duclos et Comte, de vernis Maries.

Application du vernis sur une planche. — Pour appliquer le vernis dur sur une planche on la nettoie d'abord avec soin en passant à sa surface de la craie pulvérisée (blanc d'Espagne).

Puis on fixe, sur un de ses côtés, un petit étau à main ou bien un à chaque extrémité si elle est plus grande et • même quatre si la dimension l'exige; on fait ensuite chauffer cette planche sur un feu de charbon bien allumé et étendu dans un réchaud carré long de manière que la chaleur soit distribuée également sur la planche.

Lorsque la planche est assez chaude pour que le vernis, frotté dessus, y fonde facilement, on y posera le vernis dur en le plaçant par points ou par petites parties assez rapprochées et également distantes les unes des autres ; cela fait on appuiera à petits coups avec le tampon, pour étendre le vernis, rapprocher et confondre tous les petits tas, et faire en sorte que la planche en soit entièrement couverte.

On continuera ainsi jusqu'à ce que le vernis, réduit à la moindre épaisseur possible, présente une surface parfaitement unie, égale de ton, et luisante.

Le vernis étant ainsi étendu bien uniformément on le noircit en se servant d'une flamme de lampe à pétrole à plusieurs mèches, que Ton promène rapidement sous la surface vernie, mais de manière à répartir le noir bien également.

Allumant ensuite une quantité de charbon assez considérable pour obtenir une surface de feu égale à celle de la planche, on posera celle-ci au-dessus, la surface vernie en haut et la soutenant sur deux supports, aux extrémités, on Fy laissera jusqu'à ce que le vernis soit cuit.

On reconnaîtra cela dès qu'il commencera à ne plus fumer, soit au bout d'un quart d'heure environ.

Il faut pour qu'il soit cuit qu'il présente de la résistance à une pointe et que celle-ci marque dessus un trait pur. La retirer à l'instant et la laisser refroidir.

On doit, durant toute cette opération, éviter qu'il ne tombe des poussières sur la planche alors qu'elle est chaude, car elles s'y attacheraient fortement et il faudrait procéder à l'application d'une nouvelle couche de vernis.

La couche de vernis mou s'obtient à peu près de la même manière : il faut envelopper le rouleau ou la boule de vernis dans un double morceau de taffetas neuf, d'un tissu très fin.

Lorsque la planche, chaufiëe par dessous bien également, a atteint .une chaleur telle qu'en promenant le vernis dessus il fonde facilement et s'étende sans fumer, on la couvre entièrement avec le vernis qu'on promène d'un bout à l'autre du métal par lignes horizontales ou verticales, en ayant soin de laisser le moins d'épaisseur possible ; on frappe ensuite toute la surface avec le tampon, jusqu'à ce que le vernis présente,

comme par le premier procédé, une teinte égale, fine et bien unie.

Avant dé noircir au noir de fumée, il faut bien faire attention que le vernis ne fume pas, bien qu'il doive être encore assez chaud.

Une fois que la planche s'est refroidie on peut travailler dessus, le vernis mou n'ayant pas besoin de cuisson ; c'est ce qui lui fait accorder la préférence par les artistes.

On peut préparer d'avance un certain nombre de planches pourvu que la surface vernie soit posée de façon à n'avoir aucun choc, aucun frottement à supporter. On peut en recouvrir la surface avec du papier très fln ou bien encore avec un linge fin et doux.

Tracé. — Le cuivre préparé ainsi qu'il vient d'être dit on peut commencer le tracé à la pointe.

L'artiste se sert de sa pointe comme il le ferait d'un crayon, il n*est astreint à aucune règle, à aucune méthode spéciale, il jouit donc de toute la liberté d'allures possible, laissant à son inspiration tout son essor, c'est ce qui fait que l'œuvre ainsi gravée est bien sienne, elle porte bien le reflet de sa manière habituelle, de son talent personnel.

Il faut que le peintre trace un trait pur, brillant, sans aucune égratignure.

Décalque, — Le plus souvent, avant de procéder au tracé, il convient de disposer sur le vernis les principales lignes du dessin à exécuter et même encore d'y transporter le dessin lui-même.

Le décalque peut s'opérer de plusieurs manières, s'il est indififérent que le dessin à graver soit représenté par l'impression dans un sens inverse à celui qu'il a sur le

papier, ce qui arrive souvent dans Vornement et l'arcliilecture, et s'il peut être sacrifié on n'a qu'à le frotter par derrière avec de la sanguine en poudre, que l'on étend bien également avec un linge fin de manière à ne laisser, sur le papier, aucun grain détaclié qui pourrait rayer et gâter le vernis. On pose ensuite ce dessin sur le cuivre, en le fixant par de petites boules de cire molle, de façon que le dessin ne puisse pas se déranger.

On peut encore, si l'on veut ne pas salir le dessin, mettre, entre le vernis et le dos du dessin, une feuille de papier végétal recouverte de sanguine ou de mine de plomb en poudre, plomdagme.

Ensuite on passe sur tout le trait avec une pointe d'acier légèrement ronde et non coupante, en évitant de trop appuyer, pour ne pas entamer le vernis.

La mine de plomb est préférable à la sanguine parce qu'elle s'attache plus fortement au vernis d'une part et que d'autre part elle résiste plus longtemps aux frottements.

Si l'on tient à ce que la gravure présente, lors de l'impression, une copie placée dans le même sens du dessin, on calque ce dessin sur un papier fin et transparent, avec une plume et de l'encre de Chine ; on frotte ce calque avec de la mine de plomb, et, le retournant sur la planche, on opère comme dans le premier cas.

On pourrait agir de même, avec un dessin et une gravure à reproduire, en les rendant translucides par de l'huile, mais il faudrait qu'il n'y eût aucun inconvénient à les sacrifier.

A l'aide de procédés photographiques l'on peut transporter sur le vernis, et dans tel sens qu'on le désire, toute reproduction possible, sans être astreint à la minutie d'un calque qui n'est jamais d'une fidélité ab-

solue et donne toujours au travail une certaine raideur.

Par ce moyen, Ton a les moindres détails du sujet à reproduire et le travail de l'artiste se trouve considérablement simplifié.

Nous indiquerons plus loin un moyen de travailler à la pointe sèche sur un vernis transparent sous lequel se trouve l'épreuve photographique elle-même, à la surface d'une plaque de verre. L'on arrive ainsi à produire indirectement des eaux-fortes en opérant sur un dessin absolument complet et sur lequel on juge par .translucidité les effets obtenus.

On obtient encore un bon résultat d'un calque sur du papier-glace (gélatine en feuilles minces) avec une pointe fine et coupante : le trait se grave ainsi en creux ; on le frotte ensuite avec de la poudre de mine de plomb ou de sanguine, ou bien avec un mélange de ces deux poudres. On applique ensuite le calque contre la surface du vernis et l'on frotte par derrière avec le brunis-soir. Le décalque ainsi obtenu est d'une très grande pureté.

C'est une sorte de décalque en taille-douce.

Une fois le décalque transporté sur la planche, on époussète cette dernière avec une barbe de plume pour enlever toute poussière qui, en s'étalant, pourrait altérer la pureté du dessin ; puis l'on dispose la planche de façon à ne jamais poser la main dessus pendant le travail, ainsi que cela s'opère d'ailleurs pour le dessin sur pierre lithographique et dans une foule d'autres cas analogues ; d'ailleurs, il est bon, pour les planches d'une certaine dimension, d'en recouvrir la surface entière avec des traverses minces et étroites dont les extrémités portent sur des tasseaux, et sur lesquelles on s'appuie pour travailler; on découvre à mesure qu'il en est besoin les endroits à graver.

On peut encore, et c'est bien plus simple, se servir cVune serviette ou d'un linge sans ourlet de toile un peu usée ; on^ la pose en plusieurs doubles et on l'appuie sur le vernis.

Une petite traverse, servant d'appui-main, est aussi employée par divers artistes, mais Ton a ainsi moins de solidité que lorsque la main est appuj^ée sur la serviette dont nous venons de parler.

En cas d'accident, si le vernis vient à être rayé, on prend au bout d'un pinceau du vernis de Venise (voir aux formules diverses) dans lequel on met un peu de noir de fumée et Ton en couvre les écorchures, raies ou faux traits que l'acide ne devra pas attaquer. On peut graver sur ce vernis accidentel, mais il vaut mieux éviter autant que possible d'avoir à en user.

Le vernis dur est moins sujet aux accidents que le vernis mou, c'est ce qui le fait préférer par plusieurs artistes, surtout pour des ouvrages très longs.

Il se prête mieux, aussi, à l'exécution de certaines hachures tournantes parce qu'il a une dureté qui tient la pointe comme engagée, ce qui permet de faire des traits plus franchement tranchés et par conséquent plus nets et plus semblables à ceux qui s'obtiennent au moyen du burin.

Quand le vernis s'écaille, s'il ne se coupe pas bien nettement, et s'il laisse échapper quelques petits éclats (comme cela arrive fréquemment en hiver), c'est une preuve qu'il est trop sec ; il faut alors avoir soin de chauffer un peu la planche.

Lorsque le tracé d'une planche est terminé, il faut, avant de la soumettre à l'action de l'acide, l'examiner à la loupe avec soin, couvrir avec un petit pinceau et du vernis de Venise noirci les parties défectueuses, les faux traits, les petites écorchures que le vernis aurait

pu éprouver et en un mot toutes les parties qu'il est inutile de laisser attaquer par Teau-forte ; puis on borde la planche.

Manière de torder les planches avec de la cire à modeler. — La cire à modeler est d'abord amollie soit ayec de l'eau légèrement chaude, soit avec les mains; mais on a soin de se mouiller les mains pour éviter qu'elle n'y adhère ; on la pétrit ensuite en forme de bâton ou d'un cordon de 2 à 3 centimètres de diamètre, dont on entoure soit la planche entière, soit les parties gravées pour former une sorte de cuvette dans laquelle la liqueur acide sera contenue sans pouvoir en sortir.

Par les temps très froids on facihte l'adhérence de la cire à la plaque de métal en chauffant un peu celle-ci. Sur un des coins du cordon de cire, on pratique une sorte de bec qui facilitera l'écoulement de l'eau-forte de dessus la plaque.

Il faut en un mot s'arranger pour que le liquide corrosif n'atteigne absolument que les parties où il doit agir; sans quoi, son intervention, sur d'autres parties de la planche, pourrait amener des altérations irrémédiables.

Opération du mordançage. — La planche, bordée comme il vient d'être dit, est placée sur une table bien horizontale et l'on y verse l'eau-forte qui doit la couvrir bien également et avoir une profondeur de 2 à 2 centimètres et demi.

Il est aussi difficile d'assigner des règles à l'opération de la morsure qu'à celle du tracé. La grande habitude de l'artiste le guide mieux que ne sauraient le faire l^s indications les plus précises.

Le résultat d'ailleurs est souvent incertain, il dépend beaucoup de la qualité des vernis employés et de celle du métal de la planche.

Un cuivre très dur est entamé plus difficilement et se creuse plus lentement qu'un cuivre mou. Dans le premier cas on doit employer de Teau-forte plus vive que dans le dernier, et pour cela le graveur doit être muni d'eau- forte de trois degrés différents qu'il vérifiera avec un pèse-acide.

Eau-forte de 15 degrés, de 20 degrés et de 25 degrés. C'est de l'acide nitrique du commerce que l'on coupe avec de l'eau ordinaire.

Il y a lieu de ténir compte de l'état de l'atmosphère car, par un temps sec et chaud, Tacide agit avec plus de force que par un temps froid et humide.

Il doit aussi être établi un rapport entre la force de l'acide et le genre de travail auquel on l'applique. Pour de simples traits et par un temps moyen, ni chaud ni humide, on peut employer de l'eau-forte à 25 degrés ; si l'on a à faire mordre un travail plus compliqué, mais cependant traité assez largement, il faut user d'eauforte à 20 degrés ; enfin s'il s'agit d'une gravure chargée de tailles fines et serrées il sera prudent de n'employer que de l'acide de 15 degrés.

A mesure que l'acide agit sur le métal il se produit de petits bouillons sur les traits, il faut avoir soin de les enlever avec la barbe d'une plume souple.

De temps en temps on peut, potir vérifier l'état de la morsure, vider l'acide et gratter avec un morceau de charbon de saule dans un petit coin, pour juger de la profondeur des tailles. On cache ensuite la partie découverte avec du vernis à couvrir et on le laisse bien sécher avant de recommencer l'opération de la morsure, s'il y a lieu.

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Dans une planche d'un travail un peu compliqué toutes les parties ne doivent pas être mordues également à cause de la nécessité d'avoir des tons différents qui ne sont pas seulement le résultat de la largeur des tailles ou de leur distance, mais encore de leur profondeur. On ôte alors l'acide de dessus la plaque, on la lave à l'eau et on la fait sécher, puis on cache avec le vernis à couvrir toutes les parties qu'on juge assez fortement attaquées et l'on remet de nouveau l'eau-forte.

Cette opération peut être répétée jusqu'à quatre ou cinq fois de suite.

Il est surtout urgent, dès le début de la morsure, de bien observer comment se comporte le vernis : s'il paraît avoir une tendance à se craqueler ou à se soulever, il faut immédiatement arrêter l'opération de la morsure et remédier au mal. Userait trop long d'entrer ici dans tous les détails d'une opération qu'on ne connaît bien qu'avec un peu de pratique, nous donnons surtout une indication générale de la marche d'ensemble du procédé en renvoyant aux auteurs compétents ceux de nos lecteurs qui désireraient acquérir une connaissance plus approfondie de toutes les phases diverses d'un semblable travail.

Lorsque la planclie est suffisamment mordue on remet l'eau-forte dans le récipient d^ verre qui est destiné à la contenir et l'on couvre aussitôt la planche avec de l'eau pure, que l'on agite avec la barbe d'une plume. On la fait ensuite sécher et on la recouvre d'une légère couche d'huile d'olive, puis on la fait chauffer, ce qui dissout le vernis qu'on enlève alors facilement avec des chiffons. Si l'on dissout le vernis avec de l'essence de térébenthine il n'est pas nç^cessaire de faire chauffer la planche.

L'artiste peut alors reprendre les parties qui auraient

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été mal mordues ou faire quelques raccords ou retouches à l'aide de la pointe sèche ou du burin.

Si la planche est recouverte de vernis dur il faut, pour enlever ce vernis, user d'un charbon de bois de saule trempé dans de l'eau, en frottant toujours dans le même sens ; cela emporte le vernis. Quand il est totalement enlevé on frotte le cuivre avec un linge fin, imbibé d'eauforte coupée de deux tiers d'eau, il devient ainsi propre et net.

La planche peut alors être tirée sous la presse à imprimer les gravures en taille-douce. Pour ce tirage comme pour le travail des planches il n'est pas de règles précises, nous laisserons donc de côté toutes les considérations, d'un ordre purement artistique, auxquelles nous entraînerait une étude spéciale de l'impression des eaux- fortes.

Nous renverrons donc encore nos lecteurs, pour ce travail spécial, aux ouvrages techniques fort étendus sur cette matière ; leur intelligence y trouvera des indications utiles que la pratique viendra compléter bientôt, mieux que tous les conseils et que toutes les descriptions .

Gravure au durin. — La gravure au burin opère sur le métal nu. On trace d'abord à la pointe, sur le vernis, le contours et les places des principales formes des ombres et des lumières, mais on ne fait pas mordre à l'eauforte, on enlève le vernis dès que le tracé est terminé, il est à peine indiqué sur le métal et il se perd ensuite dans l'ensemble du travail.

L'art du graveur au burin exige une très-longue pratique et des études pénibles pour acquérir la connaissance du maniement du burin et la nature des tailles qui conviennent le mieux au rendu des objets à reproduire.

Très souvent on combine la gravure à Teau-forte qui sert à préparer le travail avec la gravure au burin à l'aide duquel on le termine.

Gravure à la pointe sèche. — La pointe sèche est un instrument dans le genre de celui que Ton emploie pour la gravure à l'eau-forte, mais il opère sur cuivre nu, on s'en sert dans les sujets d'une très grande finesse comme, par exemple, dans la gravure topographique.

Gravure sur pierre, — La pierre, comme le métal, peut être recouverte d'un vernis formant réserve puis travaillée à la pointe et mordue à l'acide ; on fait, de la sorte et très facilement, des gravures soit en creux soit en relief.

La pierre étant plus tendre que le métal on en use fréquemment pour graver en creux des sujets à lignes comme des figures de géométrie, des cartes et des plans, mais alors on grave directement sans avoir à vernir d'abord. Les traits creusés restent blancs quand on encre la pierre avec de l'encre lithographique et l'on obtient ainsi très rapidement ces images blanches à fond noir dont on use si souvent dans les ouvrages scientifiques.

Mais l'on arrive aujourd'hui par tant de moyens divers à faire de la gravure en relief sur métal que l'on ne recourt presque plus à la gravure sur pierre.

Gravure chimique en relief. — Le procédé de gravure à l'eau-forte, sur lequel nous nous sommes étendu, n'est pas autre chose qu'une gravure chimique, mais il produit les traits en creux, ce qui ne permet pas d'effectuer des tirages avec vignettes intercalées dans le texte ; l'attention de tous les chercheurs s'est surtout dirigée

vers Tobtention de planches, ou gravures en relief, susceptibles d'être tirées dans le texte.

C'est à ce genre de gravure qu'appartient le procédé de pamconograpMe de M. Gillot dont nous avons parlé dans le chapitre V.

Mais avant M. Gillot d'autres tentatives avaient été faites pour réaliser le désidératum des imprimeurs.

Ainsi M. Dumont a fait connaître, en 1854, un procédé de zincographie qui consistait à prendre une plaque de zinc bien planée, puis gravée avec une molette en acier et du sable très-fin, et à dessiner sur cette plaque avec le crayon lithographique ordinaire ou un crayon composé de :

Cire jaune

Copal ,

Suif de mouton. . .

Poix de Bourgogne Noir de fumée. . . .

dont on fait varier les proportions suivant qu'on désire un crayon plus ou moins tendre.

Cela fait on pulvérise finement de la résine., de la poix de Bourgogne et du bitume de Judée qu'on tamise sur la plaque de zinc après l'avoir fait chauffer.

Le dessin en est entièrement couvert, on enlève ensuite l'excès delà poudre, toute celle qui n'a pas adhéré au dessin, et l'on fait chauffer de nouveau légèrement la plaque, la poudre se liquéfie et forme vernis.

On mord alors la planche par voie galvanique en usant d'une solution de sulfate de cuivre à 15 degrés.

Ce même procédé peut s'appliquer aux dessins à la plume ou au crayon faits sur zinc, sur pierre lithographique, sur papier autographique, au moyen d'un report, que l'on peut ainsi mettre en relief et imprimer en typographie.

25 parties.

Un autre procédé de zincographie est dû à M. Devincenzi qui Fa publié en 1856.

On prend une plaque de zinc ordinaire préalablement planée et gravée et l'on dessine à sa surface avec un crayon ou avec de l'encre lithographiques ; on la passe ensuite dans une décoction de noix de galle , puis à l'eau de gomme.

On lave avec de l'eau, puis on enlève le crayon ou l'encre lithographiques avec de l'essence de térébenthine, on mouille alors la planche et on y passe, au rouleau, un vernis composé d'asphalte, d'huile de lin lithargirée et de térébenthine. Le vernis s'attache uniquement aux portions précédemment recouvertes de crayon ou d'encre. On laisse sécher pendant douze à quinze heures, on décape ensuite, à l'aide d'une faible solution d'acide sulfurique, le zinc qui est à nu et on plonge enfin la plaque dans une solution de sulfate de cuivre à 15 degrés, en même temps qu'une plaque de cuivre de même dimension y est placée parallèlement à 5 millimètres de dis lance et est mise en communication avec l'autre au moyen d'un conducteur de cuivre.

La partie du zinc non* protégée par le vernis gras et résineux est attaquée chimiquement par la dissolution acide du sulfate de cuivre et électrochimiquement par l'action du couple voltaïque.

On retire, de minute en minute, la planche de zinc pour enlever le cuivre déposé, et au bout de quatre à huit minutes le relief est suffisant pour le tirage typographique.

Procédé de gravure typographique Gillot. — Ce système qui a reçu d'abord le nom de paniconographie est celui dont nous avons déjà parlé avec assez de détail dans le chapitre V. La réserve, faite d'abord au crayon

OU à l'encre typographiques, ou bien avec des reports d'autographies ou d'impressions lithographiques, a été plus tard et dans la plupart des cas, obtenue photographiquement, ainsi qu'il a été ditdéjà, soit avec du bitume de Judée, soit avec des reports de phototypie, ou de photolithographie. Ce genre de gravure chimique des objets aux traits ou au pointillé est bien le plus employé entre tous, actuellement, parce qu'il conduit aisément à la formation de reliefs très convenables aux tirages typographiques.

Procédés de M. Vial. — Ces procédés datent de 1863, ils reposent : 1^ sur les précipitations métalliques ; 3^ sur l'affinité des acides pour les différents métaux.

On fait sur du papier un dessin dont on opère ensuite le décalque sur métal par application humide ; on peut aussi dessiner directement sur le métal avec une encre métallique formée, par exemple, d'un sel de cuivre en dissolution pour l'acier et le zinc, d'un sel de mercure pour le cuivre, d'un sel d'or pour l'argent, etc., etc., à graver ensuite par un acide approprié.

Un dessin fait avec une encre de sulfate de cuivre et décalqué sur acier peut donner instantanément une gravure en taille-douce sans morsure ultérieure à l'acide.

Un dessin fait sur zinc avec une encre formée d'un sel de cuivre permet une morsure en relief à l'acide ; le cuivre jouant dans ce cas sur le zinc le rôle d'un vernis protecteur, par suite des affinités que l'acide azotique possède pour le zinc relativement au cuivre.

Procédés de M. Dulos. — Nous terminerons cette nomenclature de procédés de gravure chimique en indi-

n COURS M MPRGDUCf lOKS INDUSTRIELLES

quant lës îiîgéhieuses application qui en ont été faites en 1864 par M. Dulos.

Nous extrayons du rapport de M. Albert Barre, présenté à la Société d'encouragement, les passages suivants où se trouvent parfaitement décrits soit le principe de ces procédés, soit ces procédés eux-mêmes :

« Ils sont basés, dit le rapporteur, sur Fobservation suivante, des effets des phénomènes capillaires : si, après avoir tracé avec un vernis des lignes sur une plaque d'argent ou de cuivre argenté, on verse du mercure sur cette plaque mise de niveau, il se forme, à droite et à gauche des lignes tracées, deux ménisques convexes et le mercure s'élève en saillie au-dessus de la plaque.

» On prend donc une plaque de cuivre argenté sur laquelle on décalque, transporte ou trace un dessin quelconque ; supposons un dessin fait à l'encre lithographique ; le travail du dessinateur terminé, la plaque est recouverte, au moyen de la pile, d'une légère couche de fer dont le dépôt ne s'opère que sur les parties non touchées par l'encre; cette encre étant enlevée avec de l'essence de térébenthine, ou avec de la benzine, tes blancs du dessin se trouvent représentés par la couche de fer et les traits par l'argent même. En cet état, on verse sur la plaque du mercure qui ne s'attache qu'à l'argent et, après avoir chassé avec un pinceau tout le mercure en excès, on voit le métal s'élever en relief là où se trouvait précédemment l'encre lithographique. On peut alors prendre une empreinte, dont les creux, offrant la contre-partie des saillies du mercure, figureront une sorte de gravure en taille-douce.

» Cette empreinte ne pourrait être moulée qu'en plâtre, cire fondue, etc., corps trop peu résistants pour fournir une impression convenable, mais en métallisant le moule et en y effectuant un dépôt galvanique de oui-

\re on obtient la reproduction exacte des traits primitivement formés par le mercure et en quelque sorte une matrice au moyen de laquelle on peut reproduire à l'infini les planches propres à l'impression en tailledouce.

» On remplace avantageusement le mercure par l'amalgame de cuivre ou par un sel de mercure et principalement le sulfate ammoniacal de ce métal.

» Cela compris, voici les divers moyens adoptés par M. Dulos pour reproduire les dessins au crayon et à la plume, les reports d'estampes ou de lithographies et les transformer en gravure en taille-douce et en gravure typographique.

» On dessine au crayon lithographique sur une plaque de cuivre gravée, aussi facilement que sur pierre, et ce dessin peut être transformé en taille-douce ou en gravure typographique, soit par l'amalgame de cuivre, soit par un sel de mercure.

» 1^ Taille-douce par Vamalgame de cuivre, — La planche étant dessinée et ayant reçu au moyen de la pile une couche de fer ^ est soumise après l'enlèvement du dessin à un dépôt galvanique d'argent qui adhère sur le cuivre à l'exclusion des parties ferrées, c'est-àdire celles qui avaient été primitivement touchées par le crayon ; alors un rouleau de cuivre argenté portant Tamalgame de cuivre est promené sur la surface de la plaque ; l'amalgame se fixe sur l'argent à l'exclusion du fer, et une fois solidifié permet de prendre une empreinte galvanique en cuivre qu'on peut mettre sous presse.

» 2^ Gravure typographique par Vamalgame de

^ Voir au chapitre de la galvanoplastie le moyen d'effectuer ce dépôt de fer.

n COURS DE REPKOBUCTIONS INDUSTRIELLES

cuivre. — La plaque dessinée étant soumise à l'argenture, l'argent se dépose sur le cuivre à l'exclusion du crayon ; on enlève le dessin qui n'est plus figuré que par le cuivre même de la plaque que l'on chauffe pour l'oxyder; puis on promène dessus le rouleau argenté chargé d'amalgame qui prend sur l'argent, c'est-à-dire monte autour des traces du dessin primitif, qu'une empreinte galvanique traduit définitivement par des tailles en relief.

» Cette épreuve en cuivre peut servir immédiatement à l'impression typographique.

» Taille-douce par un sel de mercure. — La plaque dessinée est comme ci-dessus argentée au moyen de la pile et le crayon est enlevé avec de la benzine ; après quoi on plonge cette plaque dans une bassine contenant du sulfate ammoniacal de mercure et en même temps on promène sur sa surface, pendant quatre à cinq minutes, le rouleau argenté.

)^ L'excès de mercure se précipite sur l'argent. La planche ainsi obtenue est en état de donner des épreuves.

» 4^ Gravure typographique par un sel de mercure. — La plaque successivement dessinée, ferrée et argentée, est privée de son fer au moyen d'une eau acidulée, plongée dans le bain de sulfate ammoniacal et traitée avec le rouleau argenté pendant cinq minutes environ ; les traits du crayon se transforment en relief et la planche même exécutée par ce procédé direct peut être livrée à l'imprimeur typographe.

» Gravure typographique et en taille-douce au moyen d'un dessm sur vernis Uanc. — On livre au dessinateur une plaque de cuivre recouverte d'un vernis dans la composition duquel entrent du caoutchouc et du blanc

de zinc ^ Ce vernis se coupe avec la plus grande facilité à l'aide de plumes d'acier ou de pointes d'ivoire. Le dessin terminé, la plaque est plongée dans un bain de fer dont le dépôt ne s'effectue que sur les parties de la planche découverte par le travail de la pointe. Si on se propose de faire une gravure en creux par le sel de mercure, on enlève le vernis et on argenté ; l'argent se dépose sur le cuivre à l'exclusion du fer; on attaque le fer avec de l'acide sulfurique étendu d'eau et on traite la plaque par le sel de mercure comme précédemment.

» Pour obtenir le même dessin en relief avec le sel de mercure, il faudrait, en suivant d'ailleurs la méthode précédente, déposer de l'argent et non du fer.

» Les dessms sur vernis peuvent également se transformer en gravure par l'emploi de l'amalgame de cuivre. »

Il va sans dire que l'on peut appliquer la photographie aux divers procédés de M. Dulos.

Procédé de M, Comte. — Puisque nous venons de décrire le procédé de M. Dulos au vernis blanc, il est opportun de parler ici du procédé de M. Comte, au vernis blanc, et permettant d'arriver à une gravure typographique.

Le vernis blanc de M. Comte (on trouvera la composition de ce vernis aux formules diverses) est mis sur une plaque de zinc bien planée et grenée, de façon à la recouvrir très également. Avec une pointe de plume d'oie ou d'ivoire on dessine sur ce vernis comme sur celui de M. Dulos, en mettant le métal à nu partout où doit exister le dessin. On a bien soin de ne pas égratigner le métal. Quand le dessin est terminé, on encre la plaque

1 Voir aux Formules diverses la composition de ce vernis,

à même avec de l'encre lithographique, puis on la nettoie avec de la benzine de manière à la débarrasser de tout le vernis, après quoi, on l'humecte et on l'encre de nouveau. L'encre grasse ne prendra que sur les traits qui ont primitivement reçu le contact de l'encre grasse. On saupoudre alors de poudre résineuse-ces traits encrés et l'on traite la plaque par des morsures successives comme dans le procédé Gillot. Les traits, protégés par le vernis gras et résineux, ne sont pas attaqués et Facide creuse tout autour d'eux de façon à laisser un relief propre à l'impression typographique.

Topograviire de M. le commandant du génie de la Noë. — Nous avons précédemment parlé de l'impression lithographique sur bitume de Judée. On sait qu'une plaque de zinc étant recouverte d'une mince couche de bitume de Judée, en dissolution dans de la benzine et insolée à travers, un cliché, d'après un sujet au trait, conserve, quand on le traite par un dissolvant de bitume, tout le dessin formé par des traits au bitume se détachant sur le métal lui-même.

Une planche de ce genre peut être traitée comme une pierre lithographique et fournir au tirage un nombre d'épreuves assez considérable.

M. le commandant de la Noë * a apporté à ce procédé d'impression sur le bitume un grand perfectionnement qui constitue un procédé spécial de gravure désigné par lui sous le nom de topogravure, parce qu'il convient admirablement à l'exécution des planches topographiques.

Au lieu d'employer un cliché négatif comme cela est nécessaire pour les impressions ordinaires au bitume

1 Directeur des ateliers de photographie de la brigade topographique aux Invalides.

sur zinc, on se sert d'un positif, le dessin original peut servir s'il a été exécuté avec une encre noire sur un papier suffisamment translucide.

Ce positif, quel qu'il soit, est appliqué contre une plaque de zinc et l'on expose à la lumière dans un châssis-presse. Après une insolation suffisante, ce que l'on reconnaît à l'aide d'un photomètre spécial, on plonge la plaque dans un dissolvant du bitume; les traits du dessin s'y dissolvent et l'on a le dessin formé par la couleur même du métal, le vernis au bitume couvrant tout le fond. On soumet alors la plaque à une légère morsure qui creuse un peu les traits du dessin, puis on lave,' on fait bien sécher et l'on recouvre d'une deuxième couche de vernis au bitume, très légère celle-là. Quand elle est sèche, on pose la plaque sur une surface bien dressée, et avec un morceau de charbon de saule on enlève toute la couche superficielle de bitume. Ce charbon ne pouvant pénétrer dans les traits creusés un peu en contre-bas du niveau de la plaque, respecte le bitume qui les rempHt. La plaque ainsi traitée est susceptible d'être encrée lithographiquement et de fournir un tirage tout comme les plaques traitées directement au bitume.

Elle offre sur ces dernières l'avantage de donner une bien plus grande finesse. L'encre canalisée, cloisonnée, pour mieux dire, par le creux des tailles, ne pouvant s'étaler soit au moment de l'encrage, soit au moment de la pression.

De plus, la réserve de bitume protégée par la taille qui la contient, résiste bien plus longtemps au frottement du rouleau.

L'on a, en résumé, tous les avantages que présente la gravure en taille-douce jointe à la possibilité d'un tirage lithographique.

Ce nouveau procédé est donc appelé à rendre de

.-grands services aux arts d'impression des sujets au trait.

Graviire sur vernis à la surface d'une glace. — Nous en aurons fini avec cette assez longue série de descriptions de procédés divers, quand nous aurons expliqué en quoi consiste ce dernier moyen de dessin et de reproduction.

Une plaque de verre ou mieux une glace est recouverte d'un vernis opaque susceptible de se couper parfaitement avec une pointe d'acier. Il faut que la composition de ce vernis soit telle qu'il ne puisse se déchirer ni s'érailler sous la pointe d'acier.

On pose alors le verre sur un pupitre à retoutîlier les photographies, et l'on travaille à sa surface comme sur une planche de cuivre destinée à faire une gravure à Teau-forte. Le dessin se dessine par transparence et, quand il est fini, on l'applique sur une plaque bitumée pour en faire un tirage immédiat au lieu de le transfor^ mer en une planche de gravure à l'eau-forte par un des moyens précédemment décrits.

Graphotypie de M, Dubois. — M. Dubois, de Tours, a imaginé de se servir d'une épreuve positive, obtenue par contact à la surface d'une glace sur une couche de collodion sensible, et sur laquelle il travaille ainsi que nous venons de le dire.

L'épreuve est recouverte d'un vernis qui, tout en étant réfractaire aux rayons actiniques, laisse voir parfaitement le dessin. C'est un vernis formé, soit par du bitume et de la glu marine en dissolution dans de la benzine, soit par du vernis ordinaire à la gomme laque additionné de jaune d'aniline et de très peu d'huile de ricin pour empêcher qu'il ne soit cassant.

L'on procède alors par calque immédiat; le dessin étant sous la pointe, l'on n'a qu'à le suivre fidèlement, puis Ton tire les épreuves par celui des nombreux moyens par nous indiqués qui convient le mieux au genre et au nombre des exemplaires à produire.

M. Dubois a désigné ce procédé ingénieux sous le nom de Graphotypie.

Au cas de retouches nécessaires, on recouvre de vernis au pinceau la partie à retoucher et Ton fait les corrections à la pointe.

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