CHAPITRE IX
CONSIDÉRATIONS GÉNÉRALES SUR LES REPRODUCTIONS MONOCHROMES DE DESSINS OU D'OEUVRES D'ART A DEMI-TEINTES CONTINUES MODELÉES PAR DES DEMI-TEINTES CONTINUES.
Sommaire : Nomenclature des procédés propres à la reproduction des images modelées par des demi-teintes. — Procédé d'impression au gélatino-bromure d'argent : impression, développement, fixage.
Dans la première partie de ce cours nous n'avons eu en vue que la reproduction des œuvres telles que : dessins, gravures et écritures, au trait ou au pointillé ; nous avons donc laissé de côté, pour nous en occuper dans cette deuxième partie, l'immense groupe des œuvres d'art ou objets naturels, où, des demi-teintes continues doivent être reproduites par des ombres à dégradation continue.
Quelques-uns des procédés déjà décrits dans les chapitres précédents se prêtent également à cette deuxième série de reproduction.
Ce sont :
1^ Le procédé au chlorure d'argent sur papier salé OU albuminé ; 2° Le 'procédé au ^platine ;
Le procédé au ferro-prussiate.
En dehors de ces trois procédés distincts, aucun de ceux que nous avons indiqués ne peut servir pour donner des épreuves à demi-teintes continues.
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Pour ce genre de reproductions il faut recourir aux divers procédés ci-après :
lo Procédé au gélatino [bromure] d'argent ; 20 Procédé au charbon et aux poudres colorantes ; 3^ Procédé Woodbury ou photoglyptie ; 4° Photoiypie ;
5^ Héliogravure en taille-douce ; 6° Héliogravure typographique ; •7^ Lithographie au crayon;
8° Gravure en taille-douce en manière noire au tavis et à Vaqua-tinta,
N'ayant pas à revenir sur les procédés précédemment décrits, nous allons tout de suite nous occuper de ceux dont nous venons de faire Ténumération sommaire.
Disons tout de suite que plusieurs de ces derniers procédés pourraient fort bien être appliqués à reproduire des objets au trait. De ce nombre sont : le procédé au gélatino-bromure d'argent, la phototypie, les procédés de gravure, de lithographie et de typographie avec ou sans le concours de la lumière. Aussi, sauf ce qui concerne remploi du gélatino-bromure d'argent, avonsnous eu soin de citer dans la première partie du cours les autres procédés, où tout au moins leurs applications plus spéciales aux reproductions de sujets au trait.
Nous ne reviendrons donc plus sur les applications de la phototypie, de la phototypographie, de l'héliogravure aux reproductions de dessins ou de gravures au trait, puisqu'elles ont été déjà décrites avec assez de détails, seulement nous ferons remarquer que les manipulations propres au procédé au charbon et à la phototypie occuperont, dans cette deuxième partie, une place bien plus importante que celle qui leur a été accordée dans la première partie où nous ne les avons indiquées
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que très sommairement, puisque nous nous proposions cVy revenir.
Procédé au gélatino-bromure d'argent. — Nous aurions pu, d'une façon plus générale encore, citer tous les procédés quelconques aux sels d'argent comme étant susceptibles de donner des épreuves avec des demiteintes.
L'iodure et le bromure d'argent sont les produits qui formaient la couche sensible de la plaque Daguerrienne.
Beaucoup d'autres composés chimiques, tels que : les sels de fer, d'uranium, la glu marine, le goudron de houille, etc., sont aussi très sensibles à la lumière et permettent d'imprimer des images à demi-teintes ; mais nous ne saurions ici passer en revue tous les procédés possibles, nous ne devons et voulons parler que des principaux procédés usuels, ayant la sanction d'une expérience pratique et au sujet desquels il existe, commercialement, des éléments nécessaires à leur emploi.
Le procédé d'impression positive au gélatino-bromure d'argent mérite d'avoir ici sa place parce qu'il offre des ressources que l'on ne trouverait dans aucun autre procédé, il permet de faire des impressions très rapides, avec le seul concours d'un éclairage artificiel de peu d'importance ; il permet en outre d'agrandir facilement, avec une lumière artificielle ordinaire , des épreuves dont les clichés, pris sur nature, ont une dimension trop petite pour l'usage qu'on peut avoir à en faire.
A ce point de vue il est intéressant de connaître ce procédé comme il sera utile de décrire dans un chapitre spécial le moyen d'obtenir des négatifs au gélatinobromure.
On trouve dans le commerce la préparation toute
prête formée d'une émulsion de bromure d'argent à la gélatine ; on désigne par le mot émulsion un liquide tenant en suspension dans sa masse un composé chimique très divisé.
La gélatine additionnée soit d'eau, soit d'alcool, soit de collodion est ici le liquide (à une température convenable, bien entendu, d'environ 30 degrés centigrades et au-dessus) et le bromure d'argent à l'état pulvérulent est le composé chimique en suspension.
La gélatine sert donc de véhicule au composé d'argent sensible, elle permet de l'étendre en couches régulières, soit sur du verre, soit sur tous autres supports, soit enfin, sur du papier.
Si l'on ne veut faire soi-même l'opération de la préparation du papier sensible à la gélatine on en trouve de tout prêt et dans d'excellentes conditions chez les marchands de produits spéciaux pour la photographie.
Nous supposons donc, sans entrer dans plus de détails, que l'on a à sa disposition du papier sensible, il s'agit de l'impressionner, de le développer et de fixer enfin l'image.
Impression du papier au gélatino-bromure d'argent. — Ainsi que nous venons de le dire, l'impression sur ce papier peut s'opérer avec un éclairage artificiel. Une simple bougie ordinaire suffit. Mais procédons par ordre.
La sensibilité du papier en question est telle qu'on ne saurait, sans produire un voile, qui altérerait la pureté de l'épreuve, le sortir de son étui qu'au sein d'une demi-obscurité, tempérée seulement par une lumière rouge.
Le cabinet noir qui sert à ces manipulations est éclairé faiblement par une lanterne ad hoc, munie d'un verre
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rouge rubis ; on trouve à acheter des lanternes pour cet objet.
Le papier est donc sorti de son étui et coupé en fragments de la dimension voulue, puis le ou les châssis sont chargés, c'est-à-dire que les négatifs sont posés sur la glace du châssis en avant de la feuille sensible. On ferme le tout. Les châssis sont maintenus renversés et l'on procède ensuite à l'impression.
La même lanterne qui a servi aux opérations peut être utilisée, il suffit pour cela d'enlever l'écran de verre rouge qui est placé en avant de la bougie ou de la lampe à huile ou à essence dont est garnie la lanterne. Le cliché, placé à environ 50 à 60 centimètres de la source lumineuse, est redressé verticalement, de manière que le faisceau lumineux se répartisse bien également sur sa surface. Quelques secondes suffisent; suivant que le cliché est plus ou moins translucide, la durée de l'exposition peut varier de cinq à trente secondes et même à une minute.
Un premier essai fait rapidement sur un bout de papier permet de vérifier avec exactitude le temps d'exposition nécessaire à chaque cliché, étant données comme valeurs constantes la lumière d'une bougie ordinaire et une distance déterminée de la bougie au cliché à imprimer.
La lumière agissant sur la couche sensible, dans un rapport inversement proportionnel au carré de la distance, l'on saura que, si le cliché est placé à 30 centimètres au lieu de l'être à 60, la durée de l'exposition sera 4 fois moindre ; si, au contraire, il était porté à 120 centimètres, c'est-à-dire à une distance plus grande du double, la durée de l'exposition serait 16 fois plus longue.
En moyenne, il faut régler la distance d'après les
dimensions du cliché ; )3lus il est petit et plus on peut rapprocher la source de lumière; s'il est grand, on devra éloigner la source lumineuse dans un rapport proportionnel à la plus grande diagonale, de façon que chaque point du cliché reçoive une égale quantité de lumière.
L'impression d'une ou de plusieurs épreuves^ une fois achevée, et l'on peut arriver à faire de la sorte dans une heure jusqu'à 300 impressions de petites épreuves du format carte ou album, on procède au développement toujours dans la lumière rouge.
Développement. — Nous avons ici une marche opératoire toute différente de celle que l'on suit en imprimant les images au chlorure d'argent. Les impressions produites par la lumière, au lieu d'être visibles comme dans ce dernier cas, sont à l'état latent, il faut les développer à l'aide de certains révélateurs doués de la propriété de réduire à l'état d'argent pur le composé d'argent atteint par les rayons lumineux.
Un bon développateur pour révéler les épreuves qui viennent d'être imprimées à l'état latent sur la gélatine bromurée est ainsi composé ^ : dans un litre d'eau de pluie filtrée ou distillée, dissolvez à froid 300 grammes de sulfate de fer pur, et après dissolution, ajoutez-y trois gouttes (pas davantage) d'acide sulfurique. Puis filtrez. Ce bain (A) se conserve bien huit ou dix jours, mais pas davantas:e. Il doit avoir une couleur verte pâle (émeraude) ; dès qu'il prend une couleur rouille, il ne donne plus d'aussi bons résultats.
Il faut employer pour cette formule du sulfate de fer en petits cristaux d'une couleur vert-émeraude.
y C'est la formule du docteur Eder recommandée par M. le docteur Monckhoven dans la 7« édition de son Traité général de photographie.
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Dans un litre d'eau de pluie (ou distillée), dissolvez à froid 300 grammes d'oxalate neutre de potasse (pas de Toxalate acide de potasse ou sel d'oseilje que Ton trouve chez tous les pharmaciens, mais de Foxalate neutre de potasse). Ce liquide est filtré. Nous le désignerons par B.
Il se conserve indéfiniment et l'on peut en préparer plusieurs litres àTavance.
Enfin, dans 100 grammes d'eau de pluie (ou distillée) dissolvez 10 grammes de bromure d'ammonium.
Ce liquide se conserve indéfiniment : nous le désignerons par C.
Pour préparer le bain développateur, versez dans un bocal 300 centimètres cubes du liquide B (oxalate), puis introduisez-y une spatule de verre avec laquelle on tient le liquide en mouvement. L'on y verse alors, par portions successives, 100 centigrammes cubes du fer A (inutile de chauffer), le liquide se colore en rouge, ne se trouble pas et peut être employé de suite.
Ou bien on peut l'employer le lendemain. Bref, il se conserve très bien deux jours, à moins qu'il ne serve un très grand nombre de fois, auquel cas on s'aperçoit, au développement qui dure de plus en plus longtemps, qu'il a perdu de ses propriétés réductrices.
Il faut verser le fer dans l'oxalate et non l'oxalate dans le fer, sinon le liquide peut se troubler. Il faut trois parties en volume d'oxalate contre une de fer. Pour préparer un litre de bain de fer, il faut donc 750 centigrammes cubes d'oxalate B et 250 de fer A.
La quantité de bromure que l'on doit ajouter varie suivant l'émulsion que Ton emploie et les effets que l'on veut obtenir.
Sans bromure, les épreuves sont très douces, mais se voilent facilement. Veut-on de l'intensité ou désire-t-on se mettre à Tabri du voile, on ajoutera aux 400 centi-
grammes cubes de développateur 2, 4, 6 ou 8 centigrammes cubes delà solution de bromure C.
Quand on s'est servi du bain, il faut le verser dans le flacon d'où on l'a versé et tenir celui-ci bien rempli et bien bouché.
En somme, ce bain peut être considéré comme un mélange d'oxalate ferreux, de sulfate et d'oxalate de potasse.
Ce bain se suroxyde facilement à l'air ; aussi, quand on s'en est servi pour développer une ou plusieurs épreuves en même temps, il faut le reverser dans le premier flacon. Dès que le travail de jour est fini, il faut agiter le flacon et le tenir bien rempli.
Le révélateur à l'oxalate de fer se conserve environ deux jours ; dès qu'il s'y est formé un dépôt, il développe les images plus lentement et avec moins d'intensité. Mais cela dépend évidemment du nombre d'épreuves qu'il a développées. Plus on en fait et plus souvent il faut préparer de nouveaux bains. Dès que le bain perd de ses qualités développatrices par un usage trop répété, il faut en préparer de nouveaux.
Le papier, avant d'être mis dans le bain développateur, est immergé dans de l'eau, puis on met quatre, cinq ou six épreuves au plus, pour pouvoir bien les suivre, dans le bain d'oxalate de fer. A mesure que l'on voit, en les retournant dans l'ordre d'immersion, qu'il y en a une qui a atteint le degré voulu, on la sort et on la met dans de l'eau, et ainsi de suite, puis on lave le tout à une deuxième, puis à une troisième eau, et enfin l'on fixe.
Fixage de Vimage, — Cette opération se fait encore dans l'obscurité en immergeant les épreuves dans un bain d'hyposulfite de soude à 20 0/0. Il faut renouveler
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fréquemment cette solution qui jaunit et colorerait le fond des épreuves.
Après que le fixage est complet, ce qui a lieu au bout d'un quart d'heure environ d'immersion dans Thyposulfite, on en sort les épreuves et on les lave très abondamment à plusieurs eaux ; elles sont alors prêtes à l'usage auquel on les destine.
Nous aurons lieu de reparler de ce procédé quand nous parlerons des agrandissements photographiques.