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CHAPITRE XX

ÉMAUX ET VITRIFICATIONS

Sommaire : En quoi consiste ia peinture sur émail. — Matières colorantes susceptibles d'aller au feu. — Fondants. — Procédés de la peinture sur verre; — sur porcelaine; — sur faïence. — Impressions sur porcelaine et sur faïence. — Emaux photographiques : procédés aux poudres. — Impressions polychromes vitrifiables.

La différence qui distingue la peinture vitriflable de la peinture ordinaire à l'aquarelle ou à l'huile porte sur la nature chimique des matières colorantes employées.

Il faut évidemment que les matières colorantes propres à peindre sur émail, sur porcelaine ou sur faïence soient susceptibles de supporter des températures fort élevées sans se décomposer.

Quelques-unes peuvent bien, sous l'influence de la cuisson se transformer au point de prendre une couleur différente, — mais connue à l'avance, — de celle qu'elles ont au moment où s'en sert l'artiste pour exécuter son œuvre à l'aide du pinceau; mais, à part ce fait d'une modification prévue, et, par suite, dont il est tenu compte, les matières colorantes propres à la décoration des objets céramiques doivent être capables de résister à Faction du feu. Ce sont généralement des oxydes métalliques broyés avec un mucilage que le feu détruira sans produire aucune altération dans la peinture. Ces oxydes métalliques sont préalablement mélangés avec

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de la poudre d'émail qui constitue la matière vitriflable au feu et destinée à emprisonner la substance colorante. C'est un verre incolore qui porte aussi le nom de fondant. Si l'on employait l'oxyde métallique seul, on comprend qu'on ne pourrait obtenir la vitrification.

Les fondants peuvent varier dans leur composition suivant le degré de fusibilité plus ou moins élevé qu'il est nécessaire d'atteindre.

Les principales matières qui constituent les fondants sont : le borax, le nitre, le sable quartzeux, le feldspath, le minium, l'oxyde de fer, l'oxyde de bismuth, les carbonates de potasse et de soude, la silice et la chaux.

Ces deux dernières substances accroissent la dureté de l'émail, c'est-à-dire le rendent moins fusible ; tandis que la potasse, le feld-spath, le borax et les oxydes de fer et de plomb produisent le résultat contraire.

Suivant le degré de dilatabilité des différents émaux, il y a lieu de recourir à tel fondant d'une dilatabilité égale plutôt qu'à d'autres qui auraient une dilatabilité différente, sous peine de s'exposer à des accidents qui auraient pour effet regrettable de compromettre tout le travail.

Voici une formule de fondant qui réussit fort bien pour l'exécution d'émaux de dimensions restreintes :

Sable

Minium

Nitre

Potasse

Acide arsénieux

Oxyde de manganèse

C'est, en définitive, la composition du flint employé par les opticiens; il suffit donc de se procurer des débris de flint. de les broyer avec le plus grand soin jusqu'à ce

300 grammes.

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qu'on ait réduit ces débris en une poudre aussi impalpable que possible, et l'on aura une poudre yitriflable d'excellente qualité.

On n'aura plus qu'à y ajouter les oxydes métalliques dans la proportion de 1 gramme d'oxyde pour 3 grammes de fondant.

Si l'on veut un fondant très dur, M. Geymet, à qui nous empruntons quelques-unes de ces données, recommande la composition suivante :

Silice (pierre à fusil, calcinée et broyée). 3 grammes.

Oxyde de plomb. . . . , 8 —

Borax calciné I,o0 —

Pour un fondant très fusible, voici la formule :

Silice 10 grammes.

Minium '.\S —

Borax 40 —

Ou bien encore :

Silice 3 grammes.

jNitre 2JJ0 ~

Calcine ^ 4 —

Voici quelques-uns des oxydes métalliques que l'on emploie dans la peinture vitrifiable :

Rouge. — Peroxyde de fer, pourpre de Cassius, protoxyde de cuivre.

Orange. — Oxyde rouge de fer, oxyde d'antimoine (mélangés).

^ La calcine s'obtient comme il suit: on chaulfe à l'air lo parties d'ëtain et 100 de plomb, on recueille le stannate de plomb à mesure qu'il se produit et on le débarrasse par des lavages des paillettes métalliques qu'il contient.

Jaune. — Oxyde d'urane, chromate de plomb, sous-sulfate de fer, oxyde de zinc.

Vert. — Oxyde de chrome^ de cuivre, de cobalt (mélangés).

Bleu foncé. — Oxyde de cobalt.

Bleu clair. — Oxyde de cobalt, de zinc (mélangés).

Violet. — Oxyde de manganèse, pourpre de Gassius.

Noir, — Oxyde de manganèse, de fer, de cobalt, d'iridium (mélangés).

Blanc. — Voici la formule de l'émail blanc opaque tel qu'il est employé sur les cadrans de pendules :

Email Uanc opaque :

Silice

Potasse

Oxyde de plomb Oxyde d'étain. .

On fond le tout dans un creuset et on projette la matière en fusion dans l'eau froide pour la diviser.

On prend alors de ce mélange 44 grammes et l'on y ajoute :

Sable blanc (ou silex) 25 grammes.

Minium 3,50 —

Cristal de commerce à base de potasse et d'oxyde de plomb 2 —

Cet émail, broyé avec un peu d'eau, est réduit en pâte liquide et impalpable dans un mortier d'agate à porphyriser; on l'applique humide, en le prenant avec une spatule de fer ou de porcelaine, sur la plaque de métal qui doit en être recouverte et dont on a relevé légèrement les bords.

Cette plaque doit avoir été préalablement bien décapée à l'acide et rincée à l'eau, puis bien essuyée.

30 grammes.

ÉMAUX ET VITRIFICATIONS

L'émail étalé à Tépaisseur convenable est desséché d'abord à Tétuve, après quoi il est cuit dans la moufle.

La pièce, une fois refroidie, on polit sa surface en la frottant d'abord avec du sable grossier pour faire disparaître les ondulations et on finit avec de Témeri fin. On glace après, avec de la potée d'étain, en se servant d'une lame de plomb simple en guise de polissoir.

Nous empruntons encore à M. Geymet diverses formules d'émaux de différentes couleurs.

Email noir :

Oxyde de cuivre 2 grammes.

Oxyde de cobalt 11/2 —

Oxyde de manganèse 2 —

Fondant 12 —

On fond au creuset et l'on ajoute :

Oxyde de cuivre 11/2 gramme.

Oxyde de manganèse 1 —

Il faut, autant que possible, rejeter l'oxyde de manganèse qui est décomposé par l'acide sulfurique.

Deuxième formule d'émail noir :

Oxyde de cuivre Oxyde de cobalt.

Oxyde d'iridium Terre de Sienne Fondant

Pourpre : ^

Pourpre de Cassius

Borax

Silice

Minium

2 grammes.

1/10 gramme,

Rouge foncé :

Sulfate de fer calciné 1 gramme.

Fondant 3 —

Rouge de chair :

Oxyde roage de fer (rouge anglais] . i gramme.

Fondant 3 —

Orange :

Sous-sulfate de fer 1 gramme.

Acide antimonique 11/2 —

Fondant 8 —

Jaune clair :

Sous-sulfate de fer 1 gramme.

Oxyde de zinc 2 1/2 —

Fondant 11 —

Vert foncé :

Oxyde de cuivre. .

Acide antimonique Fondant

Vert clair :

Oxyde de chrome 1 gramme.

Fondant 3 1/2 —

Bleu foncé :

Oxyde de cobalt 1 gramme.

Fondant 3 1/2 —

Bleu clair :

Oxyde de cobalt Oxyde de zinc. .

Fondant

1 1/2 gramme.

1 gramme.

ÉMAUX ET \ ITRIFICATIONS

Violet :

Borax fondu 3 grammes,

Deuxtoxyde de manganèse 3 —

Oxyde de cobalt 1 —

Fondant 2o —

Gris :

Email bleu clair 2 grammes.

Borax 3 —

Fondant 28 —

Brun :

Sous-sulfate de fer 1 gramme.

Oxyde de zinc 8 —

Oxyde de cobalt 1 —

Fondant 32 —

Toutes ces couleurs Yitrifiables fondent à la température rouge cerise.

Il faut une certaine habitude pour atteindre la nuance exacte que Ton désire avoir après que le feu aura produit son effet, parce que plusieurs des mélanges qui viennent d'être indiqués ne présentent pas la couleur qu'ils doivent produire après la cuisson.

Quant aux couleurs d'or et d'argent, on les obtient en mélangeant de l'or et de l'argent métallique en poudre impalpable à de l'essence grasse, et l'on applique cette couleur au pinceau. La chaleur de la moufle fixe l'or et l'argent sur l'émail, et l'on se sert du brunissoir pour leur rendre leur éclat métallique. On peut, au lieu d'essence grasse, employer aussi le miel et la gomme arabique.

Ces métaux, tels qu'ils sont vendus en coquille par les papetiers, peuvent fort bien servir à la peinture sur

émail, mais voici une manière de préparer ces poudres d'or et d'argent :

Or en poudre :

On achète du chlorure d'or ordinaire que Ton fait dissoudre dans de l'eau distillée dans la proportion de un litre d'eau par gramme de chlorure d'or. On ajoute du sulfate de fer dissous et filtré et il se forme un précipité.

L'opération doit se faire dans un vase long et étroit, comme le sont les éprouvettes.

On laisse déposer pendant plusieurs heures, on décante et on lave le précipité à deux ou trois eaux, puis à l'acide chlorhydrique.

On passe ensuite l'or en poudre dans de Feau chaude et on laisse sécher.

Argent en poudre :

On prend du nitrate d'argent que l'on trouve tout préparé dans le commerce, on en fait une dissolution dans de l'eau à laquelle on ajoute une solution de sel marin ; un précipité floconneux se forme, on le recueille sur un filtre, on le lave à plusieurs eaux et on le met à sécher à l'abri de la lumière qui le réduirait en argent métallique.

On se sert de ce précipité qui est du chlorure d'argent pour en faire de l'argent en poudre en le traitant par le zinc et l'acide sulfurique. On lave ensuite abondamment pour enlever le sulfate de zinc et toutes traces d'acide sulfurique, et l'on a une poudre très fine d'argent réduit.

La manière d'employer ces couleurs diverses échappe à toute règle précise; il y a lieu seulement de tenir compte de la nature du véhicule définitif qui exige

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une température plus élevée suivant que l'on peint sur métal émaillé, sur verre, sur porcelaine ou sur faïence.

La faïence exigeant un plus grand feu, les fondants et les oxydes métalliques qui servent à la peindre doivent être choisis parmi ceux qui peuvent résister le mieux à une forte température sans se décomposer.

L'artiste qui a à faire de la peinture céramique doit naturellement s'identifier avec ce travail spécial et consulter non-seulement des auteurs compétents, mais encore suivre les conseils d'hommes expérimentés; il en est de cet art particulier comme de la peinture en général. Les matériaux employés doivent être appropriés au résultat cherché, au but final; qu'il s'agisse de peinture à l'aquarelle, à l'huile, à la détrempe, au pastel, à la cire ou, enfin, à la peinture sur émail.

Nous n'avons indiqué les quelques données générales qui précèdent que pour en venir à parler plus clairement et plus spécialement aussi de l'objet de ce chapitre, c'est-à-dire des reproductions sur émail.

Ces moyens de reproduction, sont de deux sortes : il y a d'abord les impressions sur porcelaine et faïence à l'aide de procédés déjà anciens et dont les tirages lithographiques sont la base; puis, il y a les reproductions par le moyen de la photographie : cet art servant à reproduire, sans le concours de la main d'un artiste, les œuvres d'art et les sujets quelconques de la nature qui sont rendus en émail, ou, autrement dit, par de la matière colorante emprisonnée dans une substance vitrifiée.

Occupons-nous d'abord des impressions les plus industrielles.

Impressions sur émail, sur porcelaine et sur

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faïence. — Les principes de la peinture sur émail ayant été indiqués, nous aurons bientôt expliqué comment on procède pour obtenir des impressions sur porcelaine et autres surfaces céramiques.

On se sert de la pierre lithographique que Ton encre non plus avec une matière colorante quelconque mais bien avec une encre contenant un oxyde métallique ou un mélange analogue à ceux qui ont été cités plus haut.

Souvent au lieu d'encrer la pierre avec une encre colorée, on encre simplement avec un mordant gras dont on tire les épreuves sur un papier préparé spécialement, c'est du papier gommé avec de la gomme arabique.

L'image au vernis gras étant tirée sur le papier gommé, on en saupoudre la surface avec la poudre de l'oxyde de la couleur voulue, puis on laisse sécher et Ton a une image monochrome qu'il est facile de transporter sur porcelaine, sur verre, sur faïence en l'y collant avec un vernis qui retient bien l'épreuve sans que le mouillage nécessaire à la suppression du véhicule puisse le dissoudre. Quand l'épreuve adhère bien à la surface qu'elle doit décorer oirmouille le dos du papier; l'eau va dissoudre la gomme interposée entre l'image et la surface intérieure du papier et celui-ci s'enlève avec facilité abandonnant l'image sur la porcelaine. On n'a plus qu'à faire cuire pour fixer l'image et en vitrifier la surface.

S'il s'agit d'images polychromes on procédera comme dans les impressions lithochromiques multicolores en tirant successivement sur le même papier des couleurs formées d'oxydes métalliques différents et disposés à la place voulue, place que l'on retrouve à l'aide de repères.

ÉMAUX ET VITRIFICATIONS ;^1)7

Cette impression polychrome est ensuite traitée comme l'impression monochrome de tout à l'heure .

L'on peut donc, de la sorte, multiplier à l'infini les tirages propres à la décoration rapide et industrielle des objets céramiques; une simple application sur les objets à décorer à l'aide d'un procédé quelconque de décalcomanie suffit pour le transfert des impressions aux places qu'elles doivent occuper.

Il va sans dire que ce moyeji d'impression ne peut pas s'appliquer sur n'importe quel genre de surfaces et c'est là une question à examiner à l'avance, que celle de la forme des surfaces à décorer et des dessins dont la dimension se prête le mieux à leur décoration.

Le papier qui sert de support aux images étant peu extensible on conçoit qu'il serait difficile d'appliquer sur des objets d'une certaine forme, fort éloignée de la planimétrie ou d'une courbe régulière, des dessins d'une certaine étendue.

Emaux photographiques. — Les procédés de reproduction par impression lithographique tombent encore dans le domaine de l'exécution à la main et de l'interprétation quand il s'agit de la copie d'une œuvre d'art; mais on peut, en employant la copie photographique, se mettre à l'abri de toute interprétation et obtenir des reproductions en émail d'une très grande fidélité.

Voici d'abord sur quels principes repose la production des émaux photographiques, un de ces principes a été indiqué dans la première partie de ce cours en parlant de la découverte de M. Poitevin sur Faction produite par la lumière sur un mucilage bichromaté. Un autre principe des impressions aux poudres appartient

aussi à Poitevin : c'est celui qui est relatif à raction de la lumière sur les sels de fer au maximum en présence d'une matière organique. Dans l'un comme dans l'autre cas la déliquescence plus ou moins* grande de la plaque insolée permet de retenir de la poudre colorante en plus ou moins grande quantité et de former ainsi une image ayant des modelés continus tout comme le sont les images fournies par les procédés photographiques précédemment décrits.

Le procédé le plus fréquemment employé pour produire des émaux photographiques esi celui dans lequel on se sert, comme couche sensible, d'un mélange poisseux de sucre, de miel, de gomme, d'eau et de bichromate de potasse ou d'ammoniaque.

Voici en proportions définies une formule convenable à employer pour former la liqueur sensible :

Eau filtrée 100 grammes.

Miel 1/2 —

Sucre ordinaire 1 —

Gomme arabique 5 —

Eau saturée de bichromate d'ammoniaque en cristaux 10 —

Glucose 3 —

Ce liquide bien filtré est versé sur une plaque de verre bien dressée, une glace vaut mieux, comme si on le collodionnait, on éponge le bas de la glace pour enlever l'excès du liquide, puis, on chauffe jusqu'à dessiccation sur une lampe à alcool.

La plaque, une fois bien sèche et ramenée à la température ambiante, est prête à recevoir l'insolation à travers un cliché positif.

On doit ne préparer la liqueur sensible et les glaces qu'au moment de s'en servir, sans quoi l'action spontanée du bichromate d'ammoniaque sur les produits

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organiques, miel, sucre, etc., auxquels il est mélangé, les insolubiliserait et les glaces ne pourraient plus servir.

On conçoit ce qui a lieu sous Faction des rayons lumineux; la couche sensible se trouve insolubilisée plus ou moins profondément, suivant que la lumière l'atteint en traversant des parties du cliché plus ou moins opaques ; elle perd en même temps la propriété d'être déliquescente, propriété que possède à un haut degré le mélange de sucre, de miel et de gomme.

Quand donc on viendra, après l'insolation, passer de la matière colorante en poudre à la surface de la couche sensible, cette poudre ne sera retenue et dans un rapport proportionnel à l'action produite par la lumière, que dans les endroits demeurés plus ou moins déliquescents.

Nous avons dit qu'on se sert en ce cas d'un cliché • positif. En effet, les parties claires du cliché insolubilisent les parties correspondantes de la couche sensible; ce sont les parties de cette couche correspondantes aux noirs du positif qui prennent la poudre, et il se forme de la sorte un positif sur la surface insolée.

Pour produire des images vitriflables on se sert naturellement d'une poudre impalpable formée d'un mélange d'oxydes métalliques avec un fondant, ainsi qu'il a été dit au début de ce chapitre.

La formule indiquée par M. Poitevin pour arriver au même résultat, mais en employant un cliché négatif, est la suivante :

Perchlorure de fer 10 grammes.

Eau distillée 30 —

Puis :

Acide tartrique 5 grammes.

Eau distillée 30 ' —

On filtre séparément ces deux solutions et on les mélange en y ajoutant 200 grammes d'eau distillée.

Ce liquide est bien filtré, puis, on le passe comme si on collodionnait sur des glaces doucies, et on laisse sécher dans l'obscurité.

La lumière, traversant un négatif, produit l'effet que voici :

Les parties de la couche sensible correspondantes aux clairs du cliché sont les plus atteintes par la lumière qui réduit le per-sel non déliquescent à l'état de proto-sel déliquescent et susceptible, par conséquent, de retenir la poudre colorante d'oxyde métallique.

Que l'on ait eu recours à l'un ou à l'autre de ces deux procédés, le résultat est le même, et l'on opère d'une manière identique pour transporter l'image sur la surface où elle doit être fixée par la cuisson.

Pour cela faire, on recouvre l'image d'une couche de collodion normal, soit d'une dissolution de 2 grammes de fulmi-coton dans 50 grammes d'alcool à 40^ et 50 grammes d'éther à 60°; dès que le collodion a fait prise, on immerge la plaque dans une cuvette pleine d'eau additionnée d'un peu d'acide chlorhydrique, le collodion entraîne, en se détachant de la glace, l'image qui a été formée sur les parties déliquescentes de la couche sensible, tandis que, se dissolvent dans l'eau, soit la partie du mucilage demeurée soluble, soit le sel de fer; la pellicule séparée de la plaque flotte dans le liquide qu'on peut renouveler avec précaution pour bien laver le collodion, cela fait, on passe par dessous la pellicule, dans Teau, une feuille de papier et on l'enlève pour la transporter dans une autre cuvette remplie d'eau sucrée bien filtrée,

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à 15 grammes environ de sucre pour 100 grammes d'eau.

Après quelques minutes de ce séjour dans ce bain, on transporte l'image, la poudre en dessous, sur la plaque émaillée ; on fait glisser l'émail bien lavé sous le collodion que l'on maintient au fond de la cuvette, on soulève la plaque avec une lame de cuivre recourbée et amincie du bout que Ton introduit entre le fond de la cuvette et l'émail. Ce dernier entraîne avec lui la pellicule et on ne la sort complètement de l'eau que si le collodion a pris une position convenable et que le sujet est bien au milieu.

On rabat ensuite en dessous les parties de la pellicule qui débordent tout autour en tendant doucement la partie de la pellicule qui recouvre la surface visible de l'émail ; les plis ne doivent exister que dans la partie rabattue en dessous.

Peu à peu, avec une très légère pression exercée sur du papier de soie avec un tampon de coton, on dégage l'eau qui a pu rester entre la pellicule et l'émail ; il est nécessaire de faire adhérer partout la pellicule afin d'éviter les bulles d'air qui amèneraient, à un moment donné, des taches sur l'émail.

Cela fait, on laisse sécher naturellement à l'air, et quand l'émail est sec on s'occupe de détruire la pellicule de collodion, à moins qu'on ne la brûle en mettant l'émail à cuire ; mais il est plus prudent de la détruire à l'avance en la soumettant à l'action de l'acide sulfurique. Quand il a détruit toute la couche de collodion, on lave avec précaution dans deux eaux pour enlever toute trace d'acide, on laisse sécher et l'on est prêt alors à donner le coup de feu.

Au lieu d'employer l'acide sulfurique pour détruire la pellicule de collodion, on peut user du mélange sui-

vant : essence de lavande, 100 grammes, essence grasse de térébenthine, 3 grammes.

La dissolution du coUodion ne s'y effectue qu'au bout de vingt-quatre heures environ, si à ce mélange l'on ajoute 50 grammes d'éther et 50 grammes d'alcool la dissolulion sera plus rapide.

La vitrification s'opère dans un fourneau d'émailleur en terre réfractaire et composé de trois pièces principales : le corps du fourneau, la moufle et le couvercle. On charge le fourneau avec des copeaux, un lit de coke et un lit de charbon de bois ; on allume et on place le couvercle pour activer le tirage, quand le coke et le charbon sont bien allumés, on place la moufle fermée partout excepté sur le devant ; elle est entourée de charbons incandescents ; par suite, dans un centre régulier de chaleur; quand l'intérieur du fourneau a atteint le rouge cerise, on introduit l'émail placé sur une rondelle en terre réfractaire dans l'intérieur de la moufle, et au bout de une ou deux minutes, le résultat est atteint, il faut chauffer la pièce peu à peu avant de donner le coup de feu ; la pièce était d'abord d'un aspect superficiel mat et terreux ; peu à peu on la voit prendre du brillant et se glacer comme si elle était recouverte d'un beau vernis. C'est à ce moment, sans plus tarder, qu'il faut la sortir; il vaut mieux rester en deçà de la cuisson que d'aller au delà; on peut la remettre, si elle n'est pas cuite suffisamment, après qu'on l'a retirée une première fois, mais alors un quart de minute suffit pour compléter l'opération.

Il faut, en sortant l'émail du four, ne le laisser se refroidir que graduellement en le laissant au devant du feu, en l'y retournant dans tous les sens.

Au moment où l'émail sort du feu et même pendant la cuisson, on n'aperçoit plus aucune trace d'image, mais

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celle-ci reparaît avec le refroidissement, le fond se montre d'un jaune sale, puis, au bout de quelques minutes, l'ëmail reparaît dans toute sa blancheur et dans tout son éclat.

L'image, terne d'abord, s'est transformée, et grâce à la vitrification elle a pris cette douceur et cette transparence qui font le charme des images émaillées.

Si l'on veut reproduire des sujets polychromes en en faisant des copies émaillées polychromes, on peut peindre sur un émail monochrome obtenu par le procédé qui vient d'être décrit et soumettre à une nouvelle cuisson la peinture exécutée avec des oxydes métalliques appropriés aux couleurs à réaliser.

On peut encore, par un procédé photo-mécanique tel que la phototypie , faire une série d'impressions de couleurs sur du papier gommé, on termine par une impression du modelé général, et l'on transporte ensuite cette image polychrome, formée d'oxydes métalliques divers, sur la surface où elle doit être vitrifiée. En combinant des impressions lithochromiques et phototypiques on peut arriver à produire sur papier à décalcomanie des sujets fort artistiques, que l'on peut transporter sur tous objets céramiques aptes à les recevoir.

Cette industrie est très peu répandue encore, nous ignorons pourquoi.

L'impression phototypique, exécutée à l'aide de repères sur une série de tirages lithochromiques, s'effectue sans aucune difficulté, et d'ailleurs rien ne s'opposerait à ce que l'on mît d'abord sur l'objet à décorer les diverses couleurs tirées par les procédés lithographiques connus. On donnerait un premier feu mais seulement suffisant pour souder l'image à la surface émaillée, puis on appliquerait sur ce dessous polychrome une

épreuve photographique formée par un oxyde métallique donnant une couleur neutre. Au feu Funion intime de cette image avec la précédente s'opérerait en même temps qu'aurait lieu la vitrification complète et la pénétration, par fusion et par translucidité, de toutes les teintes les unes dans les autres.

Des essais faits par nous dans cette voie nous ont donné d'excellents résultats.

De ce qui précède il résulte donc non seulement que l'on peut copier un émail existant en le reproduisant dans le même état, c'est-à-dire par un moyen qui conduit à la formation d'un ou de plusieurs autres émaux semblables; mais encore que l'on peut reproduire en images émaillées monochromes ou polychromes tous sujets quelconques, dessins, œuvres d'art ou objets naturels.

Les vitraux des églises et en général tous les vitraux décoratifs s'obtiennent de la même façon. Le verre est peint avec des oxydes métalliques appropriés aux couleurs que l'on veut reproduire, et par la cuisson l'on fixe la peinture en lui rendant sa transparence.

De plus la vitrification assure la conservation des émaux qui peuvent défier les siècles sans être atteints, s'ils ne subissent des ruptures accidentelles, par l'action du temps.

Les applications de ces procédés, bien qu'elles soient moins fréquentes que celles de la plupart des autres procédés décrits dans cet ouvrage, sont pourtant assez importantes puisqu'elles embrassent la décoration de toute une catégorie considérable d'objets usuels : du verre, de la porcelame, de la faïence et en général de toute la céramique industrielle et artistique.

Les procédés aux poudres qui servent à l'exécution

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des émaux photographiques peuvent aussi servir à l'exécution de certaines gravures en taille-douce ainsi que cela a été fait par M. Garnier et par d'autres qui exploitent actuellement le procédé de M. Garnier. Nous appelons donc l'attention sur ce moyen ingénieux de produire soit des émaux, soit des épreuves indélébiles au charbon comme l'a fait M. Poitevin, soit enfin des gravures en taille-douce.

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