CHAPITRE XXI
DETERMINATION DU CHOIX DU PROCÉDÉ DE REPRODUCTION SUIVANT LA NATURE ET LE NOMBRE DE L'OBJET A REPRODUIRE ET SUIVANT SA DESTINATION.
Nous avons épuisé les principales catégories des procédés de reproduction ; mais, pour que notre œuvre soit complète, il est maintenant nécessaire de préciser, avec quelques détails, les règles qui peuvent guider dans le choix des procédés à employer suivant la nature des sujets à reproduire et aussi suivant le nombre de copies à tirer et suivant l'emploi que Ton en doit faire si, par exemple, ces copies sont destinées à illustrer des ouvrages en étant intercalées dans le texte ou bien si elles doivent former des planches hors texte ; si, enfin, elles sont destinées à un emploi durable ou bien à un usage transitoire.
Ce sont là questions d'un grand intérêt et qui méritent qu'on les étudie de près si l'on ne veut être exposé à tomber toujours dans remploi d'un seul et même procédé, ainsi que cela arrive encore trop souvent, pour reproduire une infinité de sujets différents et destinés à des emplois bien différents aussi.
Pour préciser par un exemple notre pensée, nous dirons tout de suite, parce que cela saute aux yeux, qu'il ferait fausse route celui qui, ayant un dessin au fusain à reproduire, choisirait comme moyen de repro-
duction la photoglyptie au lieu de la phototypie qui se prête infiniment mieux à des copies de ce genre.
Il y a donc lieu de choisir parmi les procédés, et tout d'abord, pour suivre un ordre méthodique, occuponsnous des copies dont il ne faut réaliser qu'un nombre restreint.
Les procédés qui exigent la^ formation d'une planche que Ton imprime ensuite par des moyens mécaniques ne sont pas évidemment ceux qui conviennent à de pareilles reproductions.
Mieux vaut alors recourir à un procédé qui donne directement, par une action lumineuse immédiate, une ou plusieurs copies successives, tirées du même cliché par une série d'insolations distinctes.
On peut, en pareil cas, employer le papier sensible au chlorure d'argent s'il importe peu que les images aient une durée plus ou moins longue; ou bien, si la question de stabilité est à considérer, les procédés au platine, au charbon et aux papiers qui donnent des images de la couleur bleu de Prusse, soit les procédés au ferroprussiate et au cyanofer, sont ceux qu'il faudra choisir.
Ces derniers procédés, comme aussi celui au gallate de fer, sont surtout employés pour des reproductions de dessins et de plans d'après des originaux, ceux-ci servant de clichés directs, quand la copie doit avoir les dimensions des œuvres originales ; en dehors de ce cas, il faut toujours débuter par en faire dans la chambre noire un cliché réduit aux dimensions voulues.
Si le nombre des copies doit être considérable il n'y a pas à hésiter il faut choisir, entre les divers procédés mécaniques, celui qui convient le mieux à la nature du sujet.
Si, par exemple, l'on a à reproduire des émaux, des tableaux à l'huile, des portraits, des objets métalli-
ques, la photoglyptie donnera des épreuves plus solides et en même temps plus transparentes dans les ombres que les autres procédés; mais la photoglyptie offre le désavantage de ne pouvoir se tirer directement avec marge sur son véhicule définitif, il y a lieu à un montage ultérieur qui, dans bien des cas, crée une difficulté à son emploi. On devra donc n'en user que dans les cas où cette difficulté pourra être facilement surmontée. Dans le cas contraire on devra recourir à la phototypie ou bien encore à la photogravure, mais en se soumettant à une réussite moins complète dans le rendu.
Il ne faut pas oublier que la photoglyptie ne se prête guère aux impressions d'images contenant de grandes surfaces blanches. Voilà donc toute une catégorie de sujets qu'il faudra reproduire par d'autres procédés tels que ceux de la zincographie, de la lithographie, de la phototypie et de tous les genres de photogravure.
Ainsi, des reproductions de dessins au trait, de caractères d'imprimerie, de figures géométriques, seraient fort mal rendues par la photoglyptie de même que certains dessins, même modelés, dont l'aspect velouté ne saurait être bien reproduit par l'encre gélatineuse.
Les sujets de ce genre doivent être traités plutôt parla phototypie, par la photogravure en taille-douce, comme aussi par tous les procédés de gravure du genre aquatinta et manière noire.
Evidemment, quand on se contente des formes sans tenir compte de l'aspect superficiel, la plupart des procédés peuvent suffire; mais, si l'on tient à se rapprocher le plus possible du fac-similé, surtout dans les reproductions d'œuvres d'art, il est essentiel de choisir un procédé bien approprié à la nature du sujet à multiplier.
Pour tous les dessins en général : au fusain, à la mine
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de plomb, au crayon Conté et au pastel, nous conseillons l'emploi de la phototypie de préférence à tous autres procédés.
La phototypie permet de tirer des épreuves sur leur support immédiat avec ou sans marge, elle donne des images que Ton peut considérer comme de véritables fac-similé des originaux car on peut les imprimer sur un papier semblable et avec une encre de la même tonalité.
Si l'original est polychrome il est facile de combiner des tirages lithochromiques avec l'impression phototype.
L'on peut bien arriver à de semblables résultats à l'aide de l'héliogravure ; mais le coût de la planche et celui du tirage sont plus considérables que pour la phototypie; et de plus, l'image ainsi obtenue, tout en ayant des qualités artistiques de premier ordre, serait moins conforme à l'original, quant à son aspect, que celle que fournit l'impression phototypique, à moins, toutefois, qu'il ne s'agisse de reproductions de gravures en tailledouce. En pareil cas, rien ne vaut la reproduction par un moyen semblable.
Le plus souvent on n'est pas absolument libre de choisir les procédés les plus convenables si, par exemple, il s'agit de figures à intercaler dans le texte et à imprimer en même temps que les caractères, il n'y a pas à hésiter : la gravure typographique peut seule être employée lors même qu'elle ne donnerait pas de résultats aussi satisfaisants, aussi complets que des planches hors texte.
La typographie ne pouvant s'imprimer qu'à la condition que les images soient formées par des traits ou des points, il est difficile, surtout quand on a recours à procédés photo-mécaniques dans le genre de celui de
de M. C. Petit, par exemple, d'arriver à la perfection des résultats; le morcellement des demi-teintes, la nécessité de hacher, pour ainsi dire, Fimage dans tous les sens, venant s'opposer à ce qu'elle ait jamais le caractère d'un fac-similé à moins qu'elle ne soit la reproduction d'une autre image typographique.
Si Ton a la faculté d'employer des procédés fournissant des planches hors texte, on peut choisir ceux qui conduisent à la représentation du modèle la plus exacte, mais alors il y a lieu de tenir compte souvent, non pas seulement du procédé, mais aussi et surtout du coût de répreuve.
Parmi les procédés industriels, celui qui peut à meilleur marché fournir des épreuves hors texte, parfaitement modelées avec toutes les demi-teintes les plus délicates, tirées directement sur n'importe quel papier et avec marges, c'est la phototypie.
Cette méthode d'impression n'exige pas la création d'une planche que l'on puisse conserver ainsi que cela se passe dans les procédés de photogravure. Et de plus le tirage, qu'il s'exécute à la presse à bras ou à la presse mécanique, n'est pas aussi coûteux que l'impression moins rapide des gravures en taille-douce.
Le cliché photographique constitue la vraie planche, quand il s'agit d'illustrations phototypiques dont on tient à conserver les types ; on peut toujours en tirer des épreuves semblables à celles d'un tirage antérieur, mais à la condition de s'adresser à un praticien connaissant bien ce procédé spécial; ils sont encore rares, malheureusement.
C'est ce qui fait que certaines administrations, ayant des ouvrages à publier, préfèrent les illustrer avec des photogravures dont les planches sont conservées et que l'on peut confier à un imprimeur en taille-douce,
pour de nouveaux tirages, lors d'une nouvelle édition. C'est de ce côté surtout qu'existe la supériorité de la gravure sur la phototypie.
Nous nous bornerons à ces quelques considérations d'un ordre général, elles suffisent pour attirer l'attention sur la nécessité de faire un choix des procédés de reproduction à employer suivant la nature des sujets à représenter.
Le discernement de chacun fera plus en faveur d'un choix convenable que tout ce que nous pourrions dire encore. Etant donné Tensemble des moyens de reproduction décrits dans cet ouvrage, il n'y a plus, pour savoir quel est, dans tel cas, le meilleur à choisir, qu'à rapprocher les divers systèmes à comparer entre eux, les résultats qu'ils produisent et, enfin, à s'inspirer aussi des nécessités du moment, des sommes disponibles, de la rapidité plus ou moins grande de l'exécution et de la durabilité plus ou moins sérieuse des épreuves imprimées.
L'arsenal des ressources que nous offrent actuellement les moyens de reproduction si nombreux et si divers est assez riche pour quQ nous y puissions toujours trouver ce que nous pouvons désirer.
Il y a toute certitude que ces divers moyens se perfectionneront encore; mais, en attendant, ils réalisent déjà les conditions les plus satisfaisantes à tous lés points de vue.
Dans la neuvième partie nous allons, dans une série de tableaux, opérer le rapprochement de tous les procédés de reproduction en indiquant les caractères spéciaux propres à chacun d'eux.