‹ Cours de reproductions industriellesChapitre 54 sur 75 · CHAPITRE XXII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXII

RÈGLES A OBSERVER DANS L^EXÉCUTION DES OEUVRES D'ART EN VUE DE LEUR REPRODUCTION PAR LES DIVERS PROCÉDÉS PRÉCÉDEMMENT DÉCRITS.

Quand on exécute un dessin ou une peinture en yue de les reproduire par un des moyens photographiques que nous avons décrits, il est nécessaire de tenir compte de certaines conditions qui peuvent influer favorablement sur le résultat.

S'il s'agit de sujets au trait qu'il soit possible d'imprimer immédiatement, d'après les originaux, ceux-ci servant de clichés, il est essentiel de se servir d'une encre bien opaque, aussi imperméable que possible, aux rayons actiniques et d'un papier assez translucide.

L'on peut introduire dans l'encre une matière colorante jaune, du jaune d'aniline ou une décoction de curcuma. Cela la rendra plus impénétrable aux rayons lumineux.

L'encre de Chine liquide de la maison Bourgoin est très noire, elle convient fort bien aux dessins à la plume et au tire-ligne que l'on veut transformer en clichés immédiats pour en user en employant les papiers cyanofer, au ferro-prussiate, Colas et le procédé de topogravure du commandant de La Noë.

Ces dessins ou plans doivent être exécutés avec le

plus de propreté possible. S'ils sont destinés à recevoir des teintes conventionnelles, on ne les y passera qu'après qu'on en aura fini avec leur emploi photographique. Les teintes, surtout celles qui sont jaunes et brunes, se traduiraient à l'impression photographique par des teintes plus ou moins foncées qui ne correspondraient plus à l'effet que l'on attend des teintes conventionnelles.

Le mieux est de faire passer ces teintes sur les copies photographiques après que ces dernières sont achevées.

Quand les dessins sont destinés à être reproduits à la chambre noire, il convient qu'ils soient exécutés sur du papier bien blanc et non sur des papiers demi-teintés, comme le sont certains papiers à dessin. Autant que possible l'on doit tenir les dimensions des dessins plus grandes que celles que doit avoir la reproduction photographique , celle-ci ne pouvant que gagner à être réduite.

L'artiste a ainsi plus de facilité ; il peut dessiner largement avec toute certitude que son œuvre réduite, par la photographie, sera plus fine et d'un aspect plus soigné que l'original.

La mine de plomb qui est d'un gris brillant donne des résultats moins complets que le crayon Conté et le fusain ; c'est pourquoi nous conseillons d'user de préférence de ces deux derniers crayons.

Si l'œuvre exécutée par l'artiste est destinée à être reproduite par la typographie, elle devra être teintée différemment que si elle doit servir à des tirages de photo typie ou de photogravure en taille-douce.

Ainsi que nous l'avons démontré, l'impression typographique sur clichés gravés en relief ne se prête qu'à la reproduction d'images formées par des traits, des

RÈGLES A OBSERYKU 117

hachures ou des points. Il faut donc tenir compte de cette nécessité quand on dessine pour la typographie. L'artiste fera bien alors d'éviter les modelés continus, il usera de la plume ou du crayon, mais de façon à produire des lignes bien noires et non demi-teintées ; il s'inspirera des bonnes gravures typographiques qu'il pourra consulter et aussi des gravures à l'eau-forte, mais de celles seulement dans lesquelles les traits ne sont pas assez rapprochés pour produire des sortes de clairs-obscurs que la typographie ne rend pas facilement.

L'emploi des papiers de M. Angerer et de M. Gillot dont nous avons parlé plus haut donnera, à ce point de vue, de grandes facilités à l'artiste parce que son trait, s'il a ^ une tendance à se modeler suivant certaines inflexions, se trouvera toujours coupé, au moins, par le gaufrage du papier.

C'est surtout pour les dessins destinés à être immédiatement transformés en gravures typographiques qu'il importe d'observer des règles précises, sans quoi Ton serait loin d'atteindre au résultat désiré.

Quant aux dessins à reproduire par les divers procédés susceptibles de rendre les modelés continus, il n'y a plus aucune règle. L'artiste peut se laisser aller à sa fantaisie pourvu qu'il emploie du papier, blanc ou, s'il a besoin d'une demi-teinte plate sur son papier pour ajouter à son dessin des rehauts de blanc, il devra toujours choisir de préférence les papiers* ayant une légère demi-teinte bleutée et n'user jamais de papier demi teintés de gris ou de jaune. Ces teintes se traduiraient, lors de l'impression, par une valeur de même ton que certaines demiteintes du dessin et l'effet y perdrait de son éclat et de sa netteté.

Les procédés tels que la phototypie, la photoglyptie, la photogravure se prêtent parfaitement aux reproductions

de toutes les demi-teintes. Il n'y aura donc aucune précaution spéciale à prendre dans l'exécution même de l'œuvre à reproduire.

S'il s'agit d'œuvres polychromes, Ton sait que certaines couleurs. : le jaune, le vert, les rouges vermillon et orangé, ainsi que toutes les combinaisons qui en dérivent ne donnent pas, en photographie, la contrevaleur exacte de leur luminosité apparente, de celle qui affecte nos yeux.

L'artiste devra tenir compte de ces différences en exagérant d'abord la clarté de ces couleurs, sauf à les ramener au point convenable pour l'œil après que l'œuvre originale aura été photographiée.

L'on a aussi conseillé, souvent, d'exécuter d'abord le tableau en couleur grisaille, il est reproduit dans cet état par^Fobjectîf, puis le peintre le complète avec toutes les couleurs nécessaires.

Nous croyons que l'on peut éviter cette double phase dans le travail d'exécution. — Ainsi que nous l'avons dit dans la quatrième partie de ce cours, l'on .possède actuellement des procédés de reproduction à la chambre noire, tellement rapides que l'on peut presque négliger les différences du pouvoir réflecteur des diverses couleurs.

Il n'est pas moins vrai qu'il y a toujours un avantage marqué à éviter les colorations sombres et qu'une reproduction sera d'autant plus claire et plus lumineuse que l'original sera plus brillant et plus frais en couleurs.

Quand l'œuvre originale est exécutée spécialement en vue d'une reproduction polychrome, l'artiste peut se borner à la peindre en grisaille, puis il colorie une des épreuves provenant de la reproduction à la chambre noire.

Page 1