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IV PRÉFACE

s'abstient complètement de modifier les propositions de dépenses du gouvernement. L'action gouvernementale est même devenue tellement forte que la Chambre des Communes a fini par se rebiffer. On est en train d'organiser un contrôle plus efficace des Communes, par l'organe de commissions d'études. Mais cela ne va pas sans difficultés.

Aux Etats-Unis, la loi du 10 juin 1921 sur le budget fédéral est très nettement orientée dans la voie de la centralisation budgétaire. Ici, à cause de la forme du gouvernement, c'est le Président des Etats-Unis lui-même qui est le grand chef financier. La loi de 1921 s'etforce de mettre en relief le caractère politique du budget, de plan gouvernemental, en interdisant aux différents ministres de demander individuellement des crédits au Congrès. Il reste d'ailleurs beaucoup à faire pour que le Congrès renonce à bouleverser les propositions financières du gouvernement. Il y a des habitudes séculaires à réformer.

En France^ en Italie et en Belgique, on n'a, pas encore, tiré de la nature politique du budget ces conséquences logiques. En apparence, les crédits sont demandés par le gouvernement tout entier; en réalité, ils le sont par chaque ministre. L'indépendance ou plutôt la rivalité des ministres, voilà le fait. D'autre part, en France, le budget des dépenses, présenté en apparence par le gouvernement tout entier, en réalité par chaque ministre pour son département, est bouleversé par la Commission des finances de la Chambre des députés dont l'esprit brouillon et l'action envahissante sont célèbres dans le monde entier. C'est moins un comité d'études qu'un groupe de « naufrageurs » du ministère en fonctions, impatients de le remplacer. Enfin, les crédits sont accordés non pas au gouvernement mais aux ministres^ ce qui est la négation de la solidarité gouvernementale. Tout cela a des conséquences détestables pour la bonne gestion des finances publiques. Il serait désirable que le budget en France prît plus nettement la physionomie de programme politique d'action gouvernementale.

Naturellement, le côté « comptabilité » du budget est important. Le négliger serait une absurdité. Mais il n'y a pas de risque qu'on le néglige. La routine est trop bien établie en sens contraire. Ce qui importait, c'est de redresser la notion du budget en soulignant son caractère politique essentiel.

Paris, mars 1922.

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