‹ Cours de science hippique professé à lécole des harasChapitre 12 sur 40 · CHEVAL DE PUR SANG .\NGLAIS. — LES RACES PURES CONTINEN- TALES · texte numérisé non relu

CHEVAL DE PUR SANG .\NGLAIS. — LES RACES PURES CONTINEN- TALES

Messieurs, en vous rappelant ce que nous avons dit, que l’expression de race, appliquée aux chevaux, entraînait avec elle une idée de localité, vous concevrez difficilement, au premier abord, qu’elle puisse s’appliquer au pur sang, qui, de sa nature, est cosmopolite, et vous tomberez dans une erreur commune à beaucoup de personnes et même à des hippiatres, qui ont donné le titre de race pure à toutes les races indigè- >

nés auxquelles on ne peut assigner aucun croisement depuis de longs siècles. C’est pourquoi je tiens à définir avec soin l’expression de race pire, et h ne lui laisser à vos yeux aucune ambiguïté. On ne doit entendre en langage hippique, par l’expression de race pure, que les quatre catégories suivantes : 1“ la race orientale de premier sang, à laquelle de longues généalogies, l’opinion générale, toutes les preuves logiques, en un mot, ont fait reconnaître un degré de pureté aussi certain que possible ; 2“ la race de pur sang, formée en Angleterre, et dont la généalogie est portée au Stud-Book anglais, race qui est censée descendre de père et de mère de la race pure orientale; 3° la race qui peut se former par les provenances de croisements entre le pur sang arabe et le pur sang anglais ; 4“ enfin , les races pures qui peuvent se former sur la surface de la terre, au moyen de provenances de père et de mère de pur sang oriental ou anglais. Nous reviendrons tout h l’heure sur ces diverses catégories. Toutefois, ce simple exposé doit vous faire comprendre déj'a, messieurs, pourquoi nous donnons le nom de race à l’espèce de pur sang, sans y attacher une idée de localité spéciale, puisqu’elle' peut se trouver et qu’elle se trouve en effet maintenant répandue sur toute la surface du globe ; c’est -que dans celte race, quels que soient les lieux où elle se rencontre, nous retrouvons toujours théoriquement la race i)récieuse des légendes arabes, provenant, soit des juments de Salomon, soit des juments favorites du Prophète. , soit, enfin, d’une race plus ou moins fictive, si l’on veut, mais qui n’en est pas moins reconnue comme possédant un degré de pureté supérieur à toutes les autres, et que cette race a pour berceau un pays déterminé, qui est l’Arabie.

Quant à l’opinion dont je vous ai parlé et qui tend à admettre des races pures partout où l’on trouve une race indigène ancienne, elle n’a besoin, pour être réfutée, que d’une seule réflexion. Dès lors que nous avons admis que le cheval primitif était originaire de l’Orient, on ne peut donner ce nom qu’aux chevaux de ce pays ou à ceux qui en sont issus directement. Comment pourrait-on admettre que des races pures se maintiennent au milieu de toute la diversité des croisements, des importations, de l’hygiène, des soins, des services, etc., qui se font remarquer dans les chevaux de tous les pays? Les

roc6s S£iuv3§€s inêiïi6 ne peuvent conslituei des ruces pures « leur origine n'est pns assez certaine pour cela. D ailleurs, messieurs, comme je vous l'ai dit, le piopre de toute science est de donner aux expressions dont on se seit 1 acception la plus juste et la plus déterminée que possible ; sans cela il est impossible de s’entendre. Or il est important, pour la science hippique, de se conformer à cette règle; nous n’admettrons donc l’expression de rcice pure que pour la race orientale de premier sang et ses dérivés. J’insiste sur ce point, me.ssieurs, parce que des hippiatres distingués n’ont pas partagé cette opinion. M. Huzard fils, entre autres, dont les écrits méritent un si haut degré de considération, n’a peut-être pas vu lui-même la question sous son véritable point de vue ; il n admet pas le terme de race pure, qui, selon lui, constitue plus qu’un pléonasme, un véritable barbarisme. « Qu’est-ce qu’une race qui n’est pas pure? dit-il ; je ne connais pas ce que c’est... Il y a race ou il n’y a pas race. Une race qui n’est pas pure ! j’ai beau chercher, je ne vois pas ce que ce peut être. » Vous le voyez, messieurs , M. Huzard donne au mot race un sens beaucoup trop absolu , et la différence entre l’expression race et celle de race pure se sent si bien, le sens qu’on y attache est tellement précis, dit M. Gayot réfutant M. Huzard, « que nul ne s’y trompe, que tous le comprennent, sans en excepter M. Huzard lui-même , car il s’en est beaucoup servi dans ses différents écrits sur la matière. »

Tous les historiens , tous les auteurs, tous les hommes 'de cheval, ont reconnu que l’Orient possédait une race spéciale conservée pure depuis de longues générations; seulement on a varié sur le nom qu’elle porte. Toutefois il paraît certain que son vraj nom est kohlani ou kahlani. On fait venir ce nom du mot arabe kohl, genre de teinture dont les femmes d’Orient se noircissent les paupières. Voici ce qu’on raconte à ce sujet : Mahomet avait cinq juments favorites, qu’il montait lui-même ou qu’il faisait monter à ses fidèles Ali, Omar, Abuker et Hassan ; il avait béni ces cavales et leur avait noirci les paupières avec du kohl, h la façon des houris promises à ses élus. De là furent appelées kohlani ou kahlani les familles qui descendirent de ces juments. Quoi qu’il en soit, messieurs, nous verrons plus loin que, de tous temps et même dans un temps antérieur

à Mahomet, les Orientaux avaient toujours eu soin de conserver une. race supérieure à toute autre et préservée de tout mélange de sang étranger. La race kahlani, originaire de l’Arabie, se trouve particulièrement dans la province de l’Irak. Elle n’est pas cependant spéciale à celte contrée; on la retrouve dans toute l’Arabie, et même dans toute l’Asie et une partie de l’Afrique, mais il est difficile de lui reconnaître partout le même degré de pureté , malgré les généalogies pompeuses des Orientaux.

Les auteurs que vous consulterez vous donneront aussi des renseignements sur toutes les races orientales , et il ne manque pas d’écrits sur cette matière. Mais je vais vous faire connaître l’opinion d’un auteur qui n’a point été imprimé, et qui résume tout ce qu’on peut dire de mieux à ce sujet. Voilà comme s’exprime, sur le sang arabe, M. de Curnieu, dans le cours qu’il a professé à vos prédécesseurs :

« Le cheval arabe domestique est le plus beau que nous connaissions. La parfaite exactitude de ses proportions le rend propre à tout, ou au moins lui donne une facilité de mouvement bien plus générale.

« Sa taille n’est pas élevée : il a de six à neuf pouces. Il n’a ni la vitesse du rcicer anglaLs, ni la prodigieuse puissance musculaire du hunter, ni la masse des boulonnais, ni le trot rapide des trotteurs hollandais ou américains, ni la souplesse e.xcessive du genet d’Espagne ; mais il est le premier père de toutes ces races, et leur véritable type. Aussi, lorsqu’il est transporté loin de son pays et employé comme étalon avec des juments d’une espèce particulière, il donne des produits perfectionnés, chez lesquels les qualités de la mère perdent un peu d’abord, mais beaucoup moins que leurs défauts.

« Ainsi la taille s’accroît rapidement, les moyens spéciaux sont presque les mêmes, et le fonds augmente. Remarquons, toutefois, que ces heureux effets ne s’obiiennent que par l’emploi du véritable cheval arabe pur, d’une espèce ancienne , et anciennement connue j)ar des qualités transmises durant une longue suite de générations.

« On doit donc être très-difficile sur l’origine du cheval arabe, et ne pas prendre tout cheval entier oriental pour un étalon précieux. Malheureusement, on n’a que trop souvent eu con-

fisncc tu dts fluituflux £ui hssârd > ovtc ou s3ns (jusli—

tés, donnés en présent par des scheiks qui ne se défont que de ce qu’ils méprisent, ou achetés par des hommes étrangers à la science du cheval, des marins, par exemple (1).

« Nous n’avons pas, du reste, de connaissances bien positives sur la manière d’élever des Arabes, sur leur manière de juger les chevaux et sur les diverses races qu’ils distinguent ; ce sont d’ailleurs les premiers maquignons du monde, passionnés pour le cheval et pleins de mépris pour les chrétiens. Ils croient faire acte de justice et de patriotisme en empêchant les Européens de se procurer des étalons et des juments de prix.

« Les renseignements que je puis vous donner ici ne peuvent donc être que fort imparfaits, et nous n’aurons de données certaines sur cette race précieuse que lorsqu’un homme savant et sûr aura été envoyé passer des années dans ce pays, et qu’il réussira à se mêler à ces peuples nomades et défiants.

« Toutefois, je. vais mettre sous vos yeux quelques fragments de relations qui vous donneront une idée, sinon juste, au moins intéressante et instructive sur le cheval arabe.

« Niebhur, voyageur danois, mais astronome et peu homme de cheval, nous dit que les Arabes ont deux races principales :

« 1° Les attechi, ou races inférieures les plus communes ;

« 2“ Les cadishi, races nobles, mais avec plus ou moins de taches ou de mélanges avec un sang inférieur ou inconnu, ce qui répond au demi-sang des Anglais.

M Bourgelat et Huzard ont commis la plus grande erreur en disant que, parmi les cadishi, on pouvait en trouver d’aussi bons ou de meilleurs que dans la première espèce; quelles que soient leurs qualités apparentes, la puissance régénératrice n’est plus la même, et on s’en aperçoit cruellement aux pro-

(1) En effet, depuis le magniûque convoi de chevaiii arabes ramenés par M. do Portes, la France moderne n’avait pas eu de types supérieurs d’Orient. Mais la mission confiée à M. du Pont, inspecteur général des haras, etâM. duTaya,a enrichi les haras français d’un certain nombre de reproducteurs dans les rangs les plus renommés du désert. C’est aux éleveurs à savoir les utiliser, et à ne pas laisser infructueux un sang si riche, et qui devient de plus en plus rare en Orient même.

ductioiis. Mieux vaut la maxime du comte de Newcastle : Un cheval bien ne', quand ce ne serait qu'une rosse, vous donliera de meilleurs produits qu’un étalon mal tracé, ou de sanq inconnu.

« 5° Enfin, les kohlani ou kahlani, sang pur, remontant, disent les Arabes, a deux mille ans; on prétend avoir vu des généalogies de quatre cents ans, et même remontant, par la tradition, à Salomon.

« Toujours est-il que Mahomet a régénéré les chevaux aussi bien que les hommes de son pays. Le conte véritablement arabe de ses juments, dont une avait une tête humaine, et le conduisit, par le soleil et la lune, face h face avec Dieu, s’explique naturellement par le but secret de ce grand législateur. 11 a voulu intéresser les croyances de son peuple à la conservation d’un animal si utile et si précieux, surtout pour le genre de guerre et de domination, chez une civilisation où tout est cavalerie, et il a fait descendre ses juments des haras de Salomon, comme il rattacjiait le Coran à la Bible.

« Je ne parlerai pas ici des chevaux du Nedji, si précieux, à ce que l’on nous dit à présent; nous attendrons que les nouvelles du jour passent à l’état de vérités consacrées.

« Sachons, toutefois, que les Anglais font une exportation considérable de chevaux arabes dans les grandes Indes, par Mascate et Bassora : ils servent aux remontes de la cavalerie et aux besoins du luxe, qui est immense, comme, on sait, chez les nababs. On les eraploia aux courses, aux chars, h la promenade, à la voiture; ils supportent, mieux que le cheval anglais, le climat de l’Inde, si contraire au cheval, que les élèves anglais réussissent mal, au moins dans le voisinage de l’équateur.

« Le cheval arabe a la tête telle que nous l’avons déjà décrite ; son port de queue, est inimitable , l’énergie musculaire s’y montre au plus haut degré. On ne pourrait lui reprocher qu’une épaule un peu ronde et un peu courte, qui le rendrait inférieur au cheval anglais, si les quelques individus de l’origine desquels nous sommes moins incertains ne nous prouvaient que, chez le véritable arabe, cette partie est au moins aussi belle que chez le plus beau racer anglais; que, par conséquent, ce que l’on admire dans les belles races britanniques,

elles ne le doivent qu’h des ancêtres purs, et tels qii il en faudrait aujourd’hui h la France.

« J’ai déjà parlé de la configuration des pieds, qui peut encore jeter de grandes lumières dans les jugements que nous aurons à porter sur tels ou tels prétendus arabes. Outre sa conformation, le cheval arabe réunit encore tous les signes de la plus haute race et de la plus parfaite organisation. Ainsi, rien n’égale la finesse de sa peau et de ses crins, la fermeté de tous ses tissus, et surtout l’admirable expression d’intelligence et de loyauté qui respire, dans sa physionomie.

« ’Voici, du reste, l’opinion générale des Anglais, toujours ■disposés, comme on sait, à dénigrer tout ce qui ne vient pas d’eux, et surtout h préférer le sang barbe au sang arabe, par deux raisons ; 1“ parce qu’ils croient que leurs races sortent d’une souche barbe; 2" parce que, persuadés de la supériorité de l’arabe, ils veulent engager leurs rivaux dans la plus mauvaise voie.

« Le cheval arabe n’est pas regardé par tout le monde comme parfait dans sa forme. Sa tête, cependant, est inimitable : son front large et carré, la brièveté, la beauté de son museau, ses yeux h fleur de tête et brillants, la petitesse de ses oreilles, ses veines apparentes, caractérisent toujours la tête arabe.

« Son corps peut être considéré comme trop léger et sa poitrine trop étroite; mais, derrière les bras, le cerceau est généralement renflé, et laisse assez de place pour le jeu des poumons.

« De la formation de l’épaule jusqu’à celle de la tête, l’arabe est supérieur à toute autre espèce. Le garrot est haut, l’omoplate inclinée en arrière, et si bien ajustée, qu’en descendant une colline la pointe du coude ne frotte jamais la peau ; il ne paraît pas assez grand, ayant rarement plus de quatorze paumes deux pouces.

« La finesse de ses jambes, l’obliquité de ses paturons, pourraient le faire croire faible; mais la jambe, quoique mince, est plate et dure. Les anatomistes savent que ses os ont une densité rare, et que les muscles partant de l’avant-bras et de la cuisse indiquent qu’il est capable d’accomplir tout ce qu’on peut lui demander.

« Après être convenus que le cheval arabe n’était le premier du monde pour aucune spécialité, ne sommes-nous pas obligé de dire enfin pourquoi nous le préférons à tous comme régénérateur de nos races sans exception?

« Eh bien! cest a la force de sa constitution, à sa puissance occulte de génération, qualités qu’il doit au sol qui l’a vu naître, et qui est sa véritable patrie, puisque c’est sous ce seul climat que ce cheval ne dégénère pas et tend à rester le même, sans subir d’antres influences que celles des croisements et des soins,

ff Maintenant, cette qualité occulte et difficile à définira cependant sa mesure, et cette mesure, c’est sa faculté de traverser le désert. L’Arabe, obligé de traverser des distances énormes avec une vitesse excessive, ne prise que la vigueur, la sobriété, la possibilité, en un mot, de supporter sans acpident une épreuve qui tuerait sans exception tout animal, le chameau excepté.

« Renvoyons donc en leur lien les contes arabes de la honteuse défaite des racers anglais; mais croyons que ni jockeys ni huntmj-gentlemen , bien montés, ne suivraient le Bédouin du désert dans des plaines sablonneuses et sans eau (1) ». '

Passons maintenant, messieurs, au cheval de pur sang anglais.

Vous avez vu, dans les ouvrages de MM. Huzard et de Moutendre, ainsi que dans les nombreux articles publiés par le Journal des Haras, tout ce qui peut former la base de notre opinion sur ce point important de la science hippique. La lecture de l’ouvrage de Lawrence, du The Horse, et de plusieurs autres auteurs anglais, vous sera encore utile; enfin, je vous donnerai la définition qu’en a faite M. de Cnrnieu dans son Cours déjà plusieurs fois cité :

« L’espèce que nous sommes convenus d’appeler le pur sang anglais doit attirer spécialement notre attention. Nous avons entendu dire que les Arabes conservaient des généalogies pures

(1) L’histoire du cheval arabe, peu connue encore malgré les nombreux écrits des voyageurs, vient d’être magnifiquement complétée par la traduction de l’ouvrage intitulé ; le Nacéri, ou Traité complet d' Hippologie et d’Hippiatrie arabes, par M. Perron.

et sans tache depuis plus de cinq cents ans. Malheureusement, nous sommes peu en état d’en profiter. La difficulté des communications et des achats, la différence de langue et d’usage, la haine religieuse des mahométans contre les chrétiens, l’excessive subtilité ou la mauvaise foi des Arabes, sont autant d’obstacles au profit que nous pourrions tirer du soin qu’ils ont mis à conserver leurs races.

« Recourir au sang arabe est donc une méthode sûre et excellente, mais dont nous ne pourrions malheureusement espérer que des résultats chanceux et bornés.

« Nos communications avec l’Angleterre étant faciles et fréquentes, les travaux des Anglais seront pour nous une ressource, faute de mieux.

« Les Anglais, sachant comme nous le soin que les Arabes •apportent à conserver les généalogies de leurs chevaux, ont créé le Siud-Book, que tout le monde, en France, peut lire et étudier. C’est un dictionnaire où, les juments étant rangées par ordre alphabétique avec leurs produits et le nom du père de chacun, l’on peut remonter à la source première.

« Maintenant, quelle est cette source première? On a beaucoup parlé, beaucoup écrit là'dessus. 11 est donc facile de lire Bourgelat, Huzard, Lawrence, etc.; mais il est plus simple de lire le Stud-Book, qui relate en substance tous les renseignements qu’il a été possible de se procurer.

« La moindre étude de ce livre prouvera jusqu’à l’évidence que d’abord on fit courir les chevaux à peu près au hasard, et que les meilleurs coureurs furent choisis par cela même comme reproducteurs.

« Un jour, on s’aperçut de la supériorité des produits des étalons de sang arabe ou oriental, et on imagina d’importer de ce pays des étalons et des juments. Témoins les royal mares, ou juments royales, que l’on doit à Jacques I".

« Le hasard aida beaucoup h découvrir les étalons. Ainsi Godolphm, acheté au marché aux chevaux de Paris, attelé à une charrette, était boute-en-train, et il ne saillit Zîoxana que sur le refus à’Hobyobün; il produisit Loth, qui fut vainqueur. On recommença l’expérience, et le succès fît la renommée de Godolphin, dont, aujourd’hui, tous les chevaux de pur sang descendent, de manière ou d’autre.

« Cunuens-binj-Barb, donné à Louis XÏV par le roi de Maroc, fut enlevé à la France, et produisit en Angleterre d’excellents chevaux, dont nous achetons fort cher les descendants aujourd’hui.

« Toulouse-Barb eut le même sort. Belgrade-Turk avait aussi appartenu à un Français, le prince de Craon.

« La liste des chevaux arabes auxquels remontent toutes les généalogies, ou pedigrees anglais, est h la fin du premier volume du Stiid-Book, où elle est facile à lire avec le peu d’anglais qu’il est impossible à un homme de cheval d’ignorer aujourd’hui.

« On voit, après avoir tracé quelques généalogies, que le sang oriental ne fut presque jamais employé pur; mais que l’on donna aux étalons orientaux les meilleures juments de course, d’une origine plus ou moins certaine. On eut ainsi d’abord du demi-sang, puis du trois quarts, du sept huitièmes, du trente et un trente-deuxième, etc., etc., en sorte que la tache disparut graduellement. De plus, les épreuves de la course éliminant de la reproduction tous les animaux qui couraient mal, il en résulta une épuration et la naissance d’une spécialité : celle de la vitesse ; par conséquent, les conformations les plus favorables à la course se généralisèrent dans les espèces et s’accentuèrent dans les individus. D’où il résulte qu’aujourd’hui le cheval de pur sang anglais, véritable lévrier de l’espèce chevaline, est plus vite que le cheval arabe type, et que, en employant ce dernier, il faudrait , pour arriver à la même vitesse, une épuration analogue pendant plusieurs générations.

« Il est facile de voir par là que, s’il s’agit de vitesse, le sang anglais est incomparable comme producteur ; mais que, pour tout autre service, la question de supériorité entre l’arabe et l’anglais est loin d’être jugée, bien que le racer anglais ait par lui-même toutes les qualités nécessaires pour nous être utile dans les croisements, soit à défaut d’arabes, soit même concurremment avec lui, en consultant les climats et les localités.

« Toujours est-il que le pur sang anglais ne fut originairement que le résultat d’un triage opéré, au moyen des courses, parmi les productions de coursede tout pays dans lesquelles on

faisait entrer le sang oriental dans la plus grande proportion possible.

« Tel eût été le résultat de nos courses de TEmpire, en Limousin, en Auvergne, etc., si le goût du cheval eût été aussi prononcé en France qu’en Angleterre. Les connaissances spéciales, les sacrifices, eussent épuré la race en multipliant le nombre des produits et en rendant le choix plus sévère ; les années eussent fait le reste. Malheureusement, tel n’est pas l’état des choses dans lequel nous vivons; il a fallu, au lieu de nous renfermer dans le cercle étroit de nos travaux insuffisants, mal suivis, mal compris, aller chercher les ressources qui nous manquaient en Angleterre, où nous trouvons grand nombre, par conséquent, choix et épuration, expérience d'un siècle et plus, enfin, des hommes qui savent n’épargner ni peine ni argent pour se créer de bons chevaux. »

Ainsi que vous le voyez, messieurs, il ne manquerait pas de difficultés si Ton voulait remonter exactement ii l’origine du pur sang. Il en est de même de la définition positive de la chose. Mais ces chicanes de mots ne signifient rien ; en affaires chevalines, il faut adopter des bases fixes et pratiques, et éviter les vains sophismes et les distinctions embrouillées, qui, sous couleur de science, tombent dans l’incompréhensible et souvent dans l’absurde.

Et d’abord qu’entend-on en France par l’expression cheval de pur sang? Diverses opinions ont été émises à cet égard, et les auteurs comme les amateurs n’ont pas toujours été d’accord sur ce point; le Jockey-Club français n’aregardé longtemps comme cheval de pur sang que celui qui avait sa généalogie awStud-Book anglais, tandis que, de son côté, l’administration desharas, conformément aux instructions ministérielles en exécution de l’ordonnance du 3 mars 1833, regarde comme chevaux de pur sang les chevaux de pur sang anglais et les chevaux de pur sang arabes, turcs, barbes et persans, ainsi que la descendance qui provient soit des deux races distinctes, soit de leur mélange entre elles. Un comité, nommé par le ministre, désigne sur pièces probantes, parmi les chevaux orientaux, ceux qui doivent prendre rang dans cette classe privilégiée.

Les Anglais , de leur côté, ont varié sur le principe du

— no —

cheval de pur sang ; quelques-uns veulent que les chevaux inscrits au Stud-Book soient la descendance pure et sans mélange des chevaux orientaux de père et de mère, d’autres veulent que ce soit seulement l’ancienne race du pays, modifiée par de judicieux croisements avec le cheval orientai. Enfin , une troisième opinion lient le milieu entre celles-ci, et, reconnaissant quelques familles pures, mais en très-petit nombre, auxquelles ils donnenl.le nom de thorought-bred, ne voient dans les autres inscrites, au Stud-Book que le résultat d’un métissage très-long et très-suivi des chevaux orientaux avec les meilleures juments de course, soit du pays, soit venues de Normandie ou d’Espagne. Le Stud-Book, d’après celte opinion, serait seulement un recueil de généalogies de chevaux de course, race Iwrse, dans lequel les amateurs peuvent faire leur choix, d’après la réputation et les hauts faits des ascendants; quoi qu’il en soit de ces opinions, nous voyons que le sang oriental est toujours le type du cheval pur sang anglais, dont nous donnerons en prin-, cipe la définition suivante : descendance de la race orientale pure, grandie et modifiée par la nourriture et le climat du Nord.

Le cheval de pur sang est donc un animal spécial, cultivé artificiellement; sa race forme une famille dans la grande famille chevaline, et ses aptitudes sont mises au service de besoins divers.

Le premier de ces besoins est celui des courses, avec les- (luelles il forme une si intime connexion, que l’un n’existe que par l’autre: sans le cheval de pur sang point de courses régulières, et sans les courses point de cheval de pur sang ; c’est l.ii qui est en même temps la cause et l’effet de ces grands spectacles qui remplacent, pour le monde moderne, les jeux antiques et les tournois du moyen âge.

Le second est le croisement des espèces inférieures, qu’ils réchauffent d’un sang plus riche et douent d’une organisation plus parfaite.

Voici l'axiome extrait d’un des meilleurs auteurs anglais sur la matière, qui résume celte opinion, et que je vous cite de confiance parce qu’il n’a pas trouvé un seul contradicteur sérieux ;

« En admettant une quantité convenable de pur sang par le moyen des croisements et des métissages, nous sommes parvenus à rendre nos chevaux de chasse, de promenade, de guerre, de voiture, et même nos chevaux de gros trait, plus forts, plus actifs, plus légers et plus propres h endurer la fatigue qu’ils n’étaient avant l’introduction du cheval de course.

«Le cheval de pur sangentre pour beaucoup dans la valeur des autres races, augmente leur mérite et plus souvent même est la cause de leur valeur. »

Ainsi, voilà qui est bien prouvé : le cheval de pur sang, en dépit des protestations des esprits arriérés ou peu éclairés, est la cause principale de la supériorité du cheval anglais sur tous les chevaux des autres pays, supériorité reconnue par le monde entier, puisqu’il n’est pas une puissance, un État, une nation qui ne lui rende hommage en allant chercher en Angleterre des chevaux de luxe ou de service : la France comme la Russie, l’Autriche comme la Prusse, les Etats d’Allemagne comme ceux d’Amérique, l’Italie comme l’Espagne, voient affluer chez eux le cheval anglais; on en trouve dans les écuriés du grand sultan, dans celles du pacha d’Egypte, du shah de Perse et de l’empereur de la Chine.

Toutefois, messieurs, vous remarquerez que c’est principalement chez les peuples soumis aux mêmes habitudes et aux mêmes influences climatériques que le cheval anglais est le plus apprécié; c est dans le nord et dans les zones tempérées de l’ancien et du nouveau monde qu’il est apte à rendre d’utiles et longs services. Dans les pays meridionau.x, le cheval anglais est physiquement hors de son milieu, et son utilité peut être contestéeavec avantage, soitpour le service, soitpourla production. Les essais tentés a cet égard par les Anglais eux-mêmes dans les Indes orientales et dans quelques Etats de l’Amérique du Sud ne laissent aucun doute à cet égard. Aussi le cheval anglais, dans les pays chauds, est-il la plupart du temps un objet de mode et de curiosité.

Quoi qu’il en soit, le cheval de pur sang anglais est maintenant connu de tous les peuples de la terre, et plusieurs en possèdent un nombre considérable. La France a fait en ce genre de grands progrès depuis quelques années; l’introduction avait commencé vers la fin du règne de Louis XVI, mais

elle fut arrêtée par nos troubles civils et ne reprit que vers 1820. A cette époque, on ne comptait pas en tout plus de vingt animaux de cette race dans la France entière. Aujourd’hui les introductions et la multiplication en ont porté le nombre à près de 2,000 têtes, et il augmente chaque année dans une remarquable proportion.

Après la France, la Russie est la nation quipossède le plus de chevaux de pur sang : plusieurs haràs ont été formés par de riches boyards, et la réussite a été assurée à leur élevage toutes les fois que les circonstances climatériques ont offert quelque analogie avec celles de l’Angleterre.

Enfin, messieurs, la Prusse, l’Autriche, les Etats allemands, la Belgique, l’Amérique du Nord, possèdent un nombre plus ou moins considérable de chevaux de pur sang, qui s’identifient peu à peu avec le climat de ces contrées; mais, il faut le dire, l’Angleterre conserve à cet égard une supériorité 'si éclatante, qu’on ne peut lui opposer aucune rivalité, même exceptionnelle ; nous chercherons dans les leçons suivantes à découvrir le pourquoi de ce grand fait ; nous nous bornons ici à le constater.

Jusqu’à présent, messieurs, les auteurs et nous-même n’avons considéré que deux genres de pur sang : le pur sang oriental et le pur sang anglais, son dérivé. Mais nous allons arriver à [une époque où, tout en adoptant comme base de toute pureté le sang oriental, la science hippique sera, forcée . de reconnaître d’autres variétés ou plutôt d’autres divisions de pur sang. En effet, chaque nation civilisée ne tardera pas à sentir l’indispensable nécessité du pur sang pour la régénération de ses races indigènes, mais cette race supérienre, ce levain qui doit faire fermenter le sang de la population chevaline des diverses latitudes, doit-il être et peut-il être le même partout? A cette question, controversée jusqu’à présent, nous pensons qu’il faut répondre négativement. En effet, messieurs, voilà deux types différents quoique provenant de même origine, un cheval arabe pur et un cheval anglais pur ; conviendront-ils également tous deux pour régénérer les chevaux de chaque pays? Non certainement; si d’un côté le cheval arabe ne convient pas toujours au croisement de la forte cavale pour tous les services réclamés par les besoins de la

civilisation, de l’autre, le cheval de pur sang anglais convient encore bien moins, soit pour se reproduire par lui-même , soit pour croiser les races des climats chauds : dons précieux de la nature, perfectionnés par un art judicieux pour un milieu spécial, les chevaux de pur sang n’ont de puissance efficace, de raison d’être que là où la nature offre toute latitude audéveloppejuent de leur organisation. Aussi, messieurs, devra-t-il s’établir dans chaque nation, dans chaque zone même, un pur sang spécial approprié au pays, où le sang oriental pèsera d’autant plus qu’on approchera davantage du midi , le sang anglais à mesure qu’on approchera davantage du nord. Je n’ai pas besoin de vous répéter, messieurs, que, selon nos convictions, le sang anglais perfectionné sous certains rapports pour des besoins spéciaux , mais évidemment dégénéré sous le rapport de la souche primitive, ne devra pas remonter au delà d’une certaine zone, où le sang pur oriental doit régner seul et sans partage ; nous admettrions plutôt un rajeunissement plus ou moins éloigné de la race pure du nord par le sang d’Orient, que la moindre parcelle de sang anglais dans la race pure arabe des bords de l’Euphrate.

Rappelez-vous toujours que l’amélioration procède du midi au nord et ne remonte pas vers sa source; on peut appliquer à l’amélioration chevaline ces vers de Virgile :

Facilis descensus Averiii

Sed revocare gradum superasque evadere ad auras,

Hoc opus, hic lahor est.

Dès à présent, messieurs, nous pouvons constater divers •essais vers cette gradation des races; plusieurs familles pures procédant du sang oriental ont été formées dans divers pays, et si elles n’ont pas acquis l’importance et le renom de la race anglaise, cela tient au défaut d’ensemble, d’idées exactes, de persévérance, d’épreuves judicieuses, et surtout au manque (l’un registre spécial qui, connu en Angleterre sous le nom de Stud-Book, constate avec soin la généalogie et la descendance de chaque individu. Ainsi, en France seulement, sans parler de la race de Deux-Ponts, qu’il eût été facile d’épurer et de

rendre propre au croisement des espèces inférieures, nouîi avons au haras de Pompadour la famille arabe provenant de mères et de pères des races les plus pures du désert. Si aux soins d'appareillement, de nourriture et d’éducation qui lui sont donnés, on avait joint un travail énergique comparable aux épreuves réservées aux chevaux arabes ou aux chevaux anglais, nous aurions déjà là des types d’un ordre élevé dans l’échelle des races amélioratrices.

Divers peuples du Nord, entre autres l’Autriche et la Prusse, possèdent depuis longtemps déjà une race noble qui descend directement de père et de mère de souche orientale; cette race, où l’on trouve de magnifiques chevaux de selle, est très-propre au croisement des fortes espèces pour faire des chevaux de carrosse, de manège et de guerre. Si dès le début elle avait eu, comme la race anglaise, la sanction des épreuves de courses, elle serait à la hauteur du pur sang pour le perfectionnement des races; cette variété n’a pas de Stiid-Book spécial, quoique sa filiation fût assez bien établie pour que cela eût été possible.

Les peuples qui se trouvent dans des zones intermédiaires, tels que les Hongrois, les Italiens, les Espagnols, doivent directement au sang oriental tout le mérite de leurs espèces chevalines ; cependant il peut leur être utile, dans certaines contrées surtout, de recourir à des croisements avec le pur sang du nord; un judicieux mélange du sang oriental avec le pur sang anglais convient très-bien au croisement des espèces communes de ces latitudes, et les essais qui ont été faits dans la France méridionale ne laissent aucun doute à cet égard.

Maintenant, messieurs, si nous passons à l’examen des nations méridionales, nous y trouverons le pur sang plus ou moins caractérisé, mais toujours apprécié au moins de nom. Dans l’Arabie seule il est à l’état d’indigénat ; mais la Perse, l’Egypte, la Barbarie, réclament aussi une espèce supérieure, parmi leurs chevaux, qui, quoique arbitrairement définie, semble néanmoins reconnue par l’opinion générale.

Vous concevez, messieurs, que la race pure de ces contrées ne peut être autre que la race orientale native de l’Orient, et qu’il serait contraire à tous les principes, comme nous l’avons dit, d’y appeler des chevaux, même de race pure, nés en Occident. Ces* considérations ne sont pas à négliger pour nous.

messieurs, car, nous aussi, nous avons une France orientale; l’Algérie est appelée h partager les progrès hippiques de la mère patrie et peut-être même à les aider puissamment; mais pour cela il faudrait qu’un système fixe d’amélioration y fût exercé, et qu’une race pure, reconnue et consacrée, y fût sanctionnée par un Stud-Book spécial.

A ce propos, messièurs, il est utile de vous parler des essais de renouvellement de pur sang anglais par le sang oriental, plusieurs tentatives ont eu lieu en Angleterre dans ces derniers temps, mais le résultat n’a pas généralement paru satisfaisant, soit que les types orientaux dont on s’est servi ne fussent pas d’un grand mérite, soit que l’on ait craint de voir ralentir la vitesse exigée maintenant dans les courses : toujours est-il que l’étalon Exquisité est le seul, depuis un certain nombre d’années, qui ait obtenu de grands succès, et encore son sang n’a pas fait souche.

En France, les essais tentés par M. de Bonneval. directeur du haras du Pin, ont été heureux et encourageants. Les succès A’Eylm, à’Agar, à' Espérance et de plusieurs autres ont prouvé que celte voie pourrait s’ouvrir avec avantage à la persévérance et à l’intelligence d’une science éclairée. Maintenant, messieurs, ces produits mélangés de sang oriental et de sang anglais réussiront-ils mieux dans les croisements, soit qu’fi s’agisse de régénérer les races du nord et du midi, selon que le sang anglais dominera ou sera pur, selon que le sang arabe dominera ou sera pur. Toutes ces choses, messieurs, ont besoin, vous le concevez, de beaucoup plus d’expériences qu’il n’a pu encore en être fait avec le peu de stabilité des institutions de notre pays et avec le peu de goût des éleveurs pour tout ce qui rentre dans la théorie d’un art qui leur rapporte peu de bénéfices assurés. Quoi qu’il en soit, dans la pratique, un bon cheval est toujours bon dans le Nord ou dans le Midi; mais il est utile dans la science de voir de haut et de loin, et la question du pur sang comme régénérateur, chez tous les peuples de la terre, est une des plus importantes des études hippiques; je n ai fait que l’esquisser ici, nous y reviendrons dans les leçons suivantes.

Un mot encore, messieurs, avant de terminer celte leçon.

J ai essayé de vous donner la définition physique du cheval de

pur sang; à mesure que nous avancerons clans ce cours, nous éludierons les caractères physiologiques qui le dislinguent. En effet, nous avons vu que la question du sang prise absolument était une question purement généalogique : un cheval est de pur sang parce que son père et sa mère sont reconnus de pur sang, et si l’un des auteurs n’est pas pur, la descendance ne pourra jamais parvenir à la pureté, quand même, par la suite des générations, elle en approcherait le plus possible, de même que deux lignes parallèles ne peuvent jamais se rejoindre. Mais qu’était primitivement le cheval de pur sang en admettant l’unité de création de la race chevaline , et que deviendrait-il s’il était livré à l’intempérie des saisons, privé de tous les soins (jui lui sont ordinairement dévolus, et placé dans un climat défavorable et insalubre? Et, d’abord, comment se fit la séparation du cheval de sang et du cheval commun ? Par ceci seulement, que la race de l’un fut soumise à des épreuves qui constatèrent son mérite, qu’elle reçut en conséquence des soins spéciaux et intelligents, et qu’elle fut élevée dans un mdieu favorable an développement de toutes les perfections du cheval. Il résulte de là qu’en dehors des nécessités de généalogie et de situation, il faut encore au cheval de pur sang les épreuves, les soins et le climat; sans ces trois conditions réunies, nous avons cette multitude de chevaux qui couvrent la terre, qui possèdent isolément quelques-unes des qualités qui font le bon cheval et l’organisation parfaite, mais qui laissent toujours à désirer en quelque chose. Le cheval de pur sang seul, soit oriental, soit anglais, est le nec plus ultra du genre. Supérieur à toute sa race par la texture des organes, plus achevé dans toute son organisation, d’une intelligence plus développée, plus élevé dans l’échelle des' êtres , par l’influence vitale et nerveuse , le cheval de pur sang est la perfection physique et intellectuelle de l'espèce.

Des généalogies et du Stud-Book.

Dès la plus haute antiquité, tous les peuples hippiques ont reconnu l’importance et la nécessité de constater la filiation des chevaux. On a cité ce mol d’un vieux Grec à un jeune

athlcle qui lui demandait quelle chance avaient les coursiers qu’il présentait dans la lice. « Demande-le à leur mère, » répondit-il. Chez les Grecs, toutes les races de chevaux étaient distinguées par des marques différentes.

« Les chevaux sont marqués à la cuisse d’un fer chaud, »

dit Anacréon.

Les marques les plus ordinaires étaient une tête de bœuf ; les chevaux ainsi marqués s’appelaient Bcù«tpa).oi ; c était la première race de Thessalie et un souvenir des anciens Centaures ; c’est là, comme vous le savez, messieurs, ce qui fit appeler Encéphale le cheval d’Alexandre. D’autres étalent marqués du t (tau), ou du 2 (sigma), ou enfin du k (kappa), Aristophane , dans les Nuées , représente un jeune Athénien endormi qui prononce en rêvant le nom de ses chevaux, Coppatias, Samphoras, ainsi appelés à cause du kappa et du sûjma imprimés sur leurs cuisses.

Ces marques, que nous pouvons appeler le blason de la race équestre, se retrouvent chez tous les peuples anciens et même chez les peuples modernes. L’usage de marquer d’un fer chaud les diverses races de chevaux h telles ou telles parties du corps s’est répandu dans le monde entier; il existe encore eu Allemagne, en Russie, chez les peuples à demi sauvages de l’Ukraine, en Espagne, en Italie, et même chez les peuples orientaux, où de tout temps les plus grands soins ont été employés pour constater la descendance des races chevalines. On sait que les peuples de l’Orient y attachent une importance qui se lie à leurs rites religieux. Aussi non-seulement les marques de fer chaud, mais encore les certificats faits sous l’invocation de Dieu, les témoignages traditionnels, les généalogies consignées dans les poésies ou dans des livres spéciaux appelés hutlgé, sont-ils employés journellement pour éviter toute fraude à cet égard.

Les Circassiens, qui, comme l’on sait, sont grands amateurs de chevaux, ont une marque pour chaque race particulière, à laquelle ils attribuent un mérite spécial. Cette marque a tant d’importance à leurs yeux, que celui qui s’aviserait d’imprimer ce signe de noblesse à un cheval de race commune pourrait payer de sa vie cette infraction aux vieilles coutumes nationales.

En Italie, on a de tout temps attaclié la plus haute iinporlance aux marques des haras, et plusieurs auteurs n’ont pas dédaigné d en faire l’objet d’ouvrages savamment écrits. Je vous citerai, entre autres, il signor Aloïse Morosini, da Pietro- Franc, et plus récemment Dufourny.

Je ne m étendrai pas plus loin, messieurs, sur tous les essais tentés jusqu’à présent par les divers peuples, tant anciens que modernes, pour constater la fdiation des chevaux; mais je vous engage à lire avec soin les auteurs qui ont traité de ces importantes questions ; particulièrement les auteurs orientaux, que l’on ne peut trop méditer et approfondir; mon but était seulement de vous faire comprendre l’importance de la conservation du sang, principe éternel de l’amélioration des races.

Nous allons maintenant, messieurs, passer à l’étude du livre généalogique que les Anglais ont ouvert à leur race pure, etauquel ils ont donné le nom de ou livre des haras.

Les Anglais, comme vous le savez, ont perfectionné, depuis quelques siècles, une famille particulière de chevaux, dont la spécialité était les courses de vitesse. Cette race, qui procède du sang oriental à un degré plus ou moins éloigné, avait bien une filiation reconnue, mais qui pendant longtemps fut enveloppée d’une sorte d’auréole mystérieuse : cela ne sojtait pas du monde des grooms et des turfistes, et beaucoup de fraudes et d’erreurs se commettaient à cet égard. Ce fut pour y remédier que, vers le milieu du siècle dernier, on résolut d’ouvrir un registre d’inscription à la noblesse chevaline de l’Angleterre. Ce registre, qui ne fut d’abord qu’un extrait du registre des morts des principaux haras, porta différents noms. Le premier, en date de 1750, fut désigné sous le nom de : An Historical list of JJorse matches; le second fut édité sous le nom de : The Sportin;) Calendar; le troisième, sous celui de : The Raciny Calendar. Mais ce ne fut qu’en 1791 que parut le Stud-Book actuel sous le titre suivant qu’il conserve encore : The (jenei'al Stud-Book containing pedigrees of race Horses. Cet ouvrage fait remonter les familles de race pure aussi haut que possible et jusqu’aux premiers temps de l’importation, et il continue à transmettre leurs descendances à mesure des naissances qui s’opèrent.

L’étude du Stud-Book anglais est une des plus nécessaires à l’hoimne qui veut connaître la science chevaline. C’est là, messieurs, où, beaucoup mieux que dans les plus volumineux ouvrages , vous pourrez comprendre la question du pur sang ; vous vous convaincrez que le racing-blood est la descendance presque pure du sang oriental ; car, si quelquefois la tête généalogique vous présente à côté d’un cheval orientai le mot inconnue, au lieu de celui d’une barbe-ynare, cela n’est pas une raison pour affirmer que la jument dont il est question est de race commune, mais seulement que la filiation n’a pu être suivie.

Le Stud-Book français date de 1858; il est calqué sur l’ouvrage anglais, à quelques modifications près. Pour les généalogies anglaises, on s’est contenté de renvoyer à la page et au volume de l’original. Les animaux y sont divisés en quatre groupes :

r Les étalons de race pure anglaise ;

2" Les poulinières de même race, nées et importées eu France;

3° Les étalons de pur sang arabe ;

4“ Les poulinières de race pure arabe et leurs produits.

Des Slud-Books spéciaux ont été établis, sur les mêmes bases à peu près, dans le Mecklembourg, la Prusse et en Russie.

Je n’abuserai pas de votre temps, messieurs, pour vous détailler minutieusement tout le parti que l’on peut tirer pour son instruction de la connaissance approfondie du Stud-Book. Vous ne tarderez pas à vous en convaincre, et plus vous étudierez ce livre curieux, plus vous y trouverez matière à réflexion. Quelques personnes apprennent le Stud-Book par cœur ; c’est une heureuse facilité de la nature de pouvoir ainsi retenir un grand nombre de noms ; mais pour ceux qui ne sont pas si merveilleusement doués, il suffira de savoir cherebw au besoin les renseignements que l’on veut obtenir. A cet effet, et pour vous habituer à chercher vous-mêmes, je vous proposerai quelques exercices, dont voici les modèles ;

Extraire du Stud-Book la descendance complète d’un étalon. Exemple :

PRODUITS DE DANGEROÎJS,

Né en Anglcicrrc en 1830.

Son père, Tramp; — sa mère, Défiance.

Page 1