‹ Cours de science hippique professé à lécole des harasChapitre 11 sur 40 · CHEVAL DE TRAIT · texte numérisé non relu

CHEVAL DE TRAIT

Le cheval de irait n’est pas, comme quelques auteurs l’ont dit, une race spéciale au climat du Nord ; c’est une espèce de chevaux qui s’est créée avec les besoins des temps, lorsque l’usage des roulages et du tirage, au pas se fut établi. Les routes n’étaient pas ce qu’elles deviennent chaque jour, horizontales, dures et bien entretenues; elles étaient montueuses, défoncées et remplies de profondes ornières; il fallait alors au cheval, qui ne tirait d’ailleurs qu’au pas, une grande taille, une force de poids matériel énorme, une lourde et épaisse encolure, une tête forte et pesante, toutes qualités qui sont des déhiuts chez le cheval primitif et destiné à la selle et au tirage léger. La race de trait devint donc une race tout à fait spéciale, plus ou moins grande, plps ou moins volumineuse, plus ou moins lymphatique, selon qu’elle était destinée à tel ou tel service. Ainsi, il y eut le cheval destiné au halage des rivières, le plus lourd et le plus matériel de l’espèce, le limonier, le cheval de roulier, le cheval de poste, le cheval de diligence, le cheval d’artillerie, etc. Tous ces chevaux avaient plus ou moins de difformités qui étaient devenues une qualité pour le tirage; on fut même, et quelques personnes sont encore dans celte erreur aujourd’hui, jusqu’à comprendre le cheval d’agriculture dans la catégorie du cheval de trait, tandis que l’agriculture doit venir en aide à l’élevage du cheval de luxe, en donnant du travail à la mère pendant toute sa vie, et aux poulains depuis l’âge de deux ans jusqu’à quatre. Les chevaux de trait eurent une grande vogue en France et l’ont encore malheureusement, par suite de leur rusticité, de la facilité de l’élevage, de leur douceur, de leur propension au tirage, pour lequel ils sont nés. Cependant des modifications importantes s’opèrent dans celte espèce; déjà on ne voit plus ces immenses chevaux boulonnais, qui mangeaient énormément, se fatiguaient vite et n’avaient pour eux que celte puissance matérielle avec laquelle ils traînaient de lourds fardeaux au pas le plus raccourci; il en est de même du cheval cauchois, picard, etc. On 'ne se sert plus maintenant, pour le roulage, l’artillerie, les diligences et les postes, que du cheval breton ou percheron, beaucoup plus lé-

gers , plus énergiques et mieux conformés que ceux dont nous avons parlé. Toutefois de grandes améliorations pourraient encore être introduites dans cette espèce : presque tous les services, ceux des postes et des diligences surtout, réclament raanitenant une vitesse incompatible avec la conformation du cheval de trait, ses hanches courtes et sa croupe souvent avalée, ses épaules droites et courtes, sa poitrine peu profonde, quoique large, son dos bas, son rein mal attaché, le rendent impropre aux allures rapides. Aussi qu’arrive-t-il? c’est qu’il se ruine et se tue même souvent, en deux ou trois ans, au service actif qui lui est maintenant demandé,' tandis que des croisements, judicieusement faits avec des chevaux de sang et de demi-sang, lui donneraient toutes les qualités qui lui manquent sans lui ôter la force matérielle, la rusticité et l’aptitude au tirage, qui font sa spécialité. Du reste, messieurs, une forte tendance se manifeste maintenant dans ce sens; on sent bien que les races de trait ne peuvent plus rester telles qu’elles sont; mais les éleveurs n’agissent encore sur elle qu’avec tâtonnement et par exception; il en résulte que d’un côté on a perdu ces belles races de trait qui avaient au moins le mérite de l’homogénéité , tandis qu’on n’a pas encore opéré la fusion qui fera rentrer un jour la race de trait dans l’ensemble de l’espèce unique, à laquelle ou pourra demander tour à tour un service spécial, non plus suivant l’espèce, mais suivant l’individu.

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