COURSES AU TROT
Les Courses au trot, messieurs , sont d’origine récente en France; elles ont pris naissance en Normandie vers 1834. Cette institution, tout à fait nationale, aune haute portée, et le bon sens public en a reconnu bien vite le mérite -et l’utilité.
En effet, si les Courses de vitesse sont les seules qui puissent contribuer à la perfection et à la conservation de la race de pur sang, qui doit être' regardée comme le type de l’amélioration des autres races, les Courses ou épreuves au trot sont destinées au dressage des chevaux de service et aussi à déterminer le degré d’énergie des étalons et des poulinières de demi-sang dont l’allure habituelle est plutôt,
(icins nos Hiinuts, lo li'ol que le galoji. l.es (Bourses au trot sont maintenant admises partout , mais c’est surtout dans les contrées de l’Ouest et du Nord qu’elles sont appelées à rendre les plus grands services. Partout où s’élève le cheval de tirage, la seule épreuve rationnelle est celle du trot tant pour les chevaux de service que pour les chevaux de reproduction. Malheureusement les hommes de la mode qui se mêlent de chevaux n’ont pas compris l’utilité de cette institution. Si les Courses au trot eussent été directement d’importation britannique, si quelque excentricité s’y fût attachée, si les jockeys eussent porté le bonnet de laine des Jankees d’ Union- Course, elles eussent eu chance d’avoir leur place au soleil parmi les amateurs parisiens; mais quel spectacle intéressant pouvait offrir un garçon d’écurie normand ou un pâtre breton trottant sa jument poulinière ou son poulain dans toute la simplicité de la nature? Et puis la grande raison , c’est que rien de pareil ne se faisait en Angleterre. Je n’ai pas besoin, messieurs, de réfuter devant vous cette objection, on y a victorieusement répondu maintes fois. La France est, vous le savez, une nation continentale pour laquelle le cheval n’est pas presque uniquement un élément de plaisir, de luxe, de vanité comme en Angleterre, nation insulaire qui met toute sa force dans ses vaisseaux. La force militaire de la France est dans le cheval : depuis César jusqu’à Napoléon, tous les hommes de guerre ont reconnu que la France ne pouvait conserver sa nationalité qu’à l’aide du cheval , qui aussi, de tout temps, a attiré vers lui l’attention de ses gouvernements; mais le cheval de guerre n’est pas seulement le cheval de cavalerie légère, c’est le cheval grand et fort de la cavalerie do ligne, le cheval d’artillerie, le cheval des fourgons, le cheval du matériel, des vivres, de l’ambulance; c’est cette forte espèce, pesante et pourtant active et vigoureuse, que la France seule possède dans sa plus haute perfection et dont l’allure est uniquement le trot.
Vous savez aussi, messieurs, que si les Anglais n’ont
pas de Courses au trot régulières comme celles de France, il se fait journellement des paris à cette allure d’un bout de l’Angleterre à l’autre, et qu’un bon étalon trotteur est estimé presque à l’égal d’un bon étalon de pur sang. D ailleurs s’il fallait absolument que la France fût chercher ses institutions à l’étranger, si on la trouvait indigne de connaître elle-même ses besoins et d’y satisfaire, il serait facile de trouver dans d’autres nations l’exemple des Courses au trot : l’Amérique du Nord en fait son principal et presque son unique sport, et ses races de chevaux trotteurs sont devenues les plus renommées du monde. Quelques parties de l’Italie, la Russie, la Hollande, ont depuis longtemps des Courses au trot auxquelles ces contrées doivent le mérite de leurs races chevalines. Ori peut même dire qu’en général le sport du trot est beaucoup plus répandu sur la surface de la terre que celui du galop, et qu’à part la grande et indispensable utilité des épreuves de vitesse pour la conservation du pur sang, les épreuves au trot sont beaucoup plus utiles et d’une utilité beaucoup plus générale et plus usuelle chez les peuples occidentaux.
Je ne m’étendrai pas plus longtemps ici sur l’utilité des Courses au trot, pour deux raisons: la première, c’est que je craindrais d’influencer votre opinion sur une question qui m’est presque personnelle, puisque c’est moi qui ai organisé en France les Courses au trot en 1834, pour lesquelles furent primitivement créés les hippodromes de Cherbourg, de Saint-Lô et de Caen , et qui de là se sont répandues en Bretagne et dans toute la France. La seconde, c’est que dans mon Traité des Courses au trot, publié en 1844, j’ai développé tous les motifs qui me paraissent propres à en démontrer l’opportunité pratique pour l’amélioration des races actuelles. Je remettrai à chacun de vous, messieurs, un exemplaire de cet ouvrage, en vous priant d’en faire une analyse raisonnée.
l'HIMES.
On a beaucoup discuté, messieurs, sur le plus ou moins de mérite des primes et sur leurs effets améliorateurs. Parmi les auteurs qui les ont combattues, M. Huzard fils s’est prononcé le plus ouvertement; « Qu’est-ce, dit-il, que des en- « couragements donnés à la beauté sans tenir compte des « qualités? » Nous sommes parfaitement de son avis; nous pensons que les primes ont fait en France presque autant de mal que de bien; elles ont contribué à fausser le goût des Français, qui, depuis deux siècles environ, ont pris l’absurde coutume de juger un cheval par sa conformation et de s’en rapporter uniquement à des conditions la plupart du temps arbitraires ou fondées sur des préjugés trop souvent trompeurs.
Toutefois, dans certaines limites rationnelles, les primes peuvent contribuer cà l’amélioration, spécialement lorsqu’il s’agit de poulinières, de vieux étalons qui ne peuvent être appréciés que par leur santé, leur netteté, leur belle et forte charpente, toutes qualités qu’on peut distinguer à l’œil sans le secours des épreuves. D’un autre côté, la solennité avec laquelle se font ordinairement ces distributions est une occasion de réunion pour les hommes de cheval du pays, d’examen et de comparaison à l’égard de leurs chevaux. Enfin, appliquées aux pouliches de deux ans, elles ont contribué, dans beaucoup de pays, à faire garder de bonnes mères qui sans cela eussentétélivrées au commerce. Certes, l’épreuve de la conformation ne suffit pas; il faut d’abord s’en rapporter au sang et aux qualités. Cependant il est certaines proportions, certaines directions articulaires, certaines combinaisons dans la structure générale, qu’il est utile d’apprécier dans l’espèce pour lui conserver son cachet, et même pour apprécier les qualités futures de ses descendants. L’éleveur doit tenir la balance égale entre le mérite reconnu par les épreuves et le mérite reconnu par les principes de beauté plastique admis par les siècles, et
puis il est, comme nous le disons, diflérentes positions dans la vie d’un cheval où vous ne pouvez juger de lui que par sa conformation : — dans son jeune âge, depuis sa naissance jusqu’à ce qu’il ait atteint sa troisième année, dans la condition de la poulinière et dans celle de 1 étalon. Il faut dire qu’il y a, pour le connaisseur, un judicieux mélange à faire dans le jugement qu’on porte sur un cheval 'de ses qualités et de sa conformation, surtout lorsqu’il s’agit d’en tirer race. Les Anglais et les Arabes, les véritables peuples hippiques de la terre, tout en basant leur système d’amélioration sur le fond, l’énergie, le tempérament, la vitesse du cheval, ne négligent pas de s’en rapporter à la conformation dans une foule de circonstances, ou du moins de la compter pour beaucoup dans la valeur d’un cheval, surtout lorsqu’il s’agit de reproduction. Les Anglais, malgré leurs Courses de vitesse et de trot, leurs chasses et leurs épreuves de tout genre, ont aussi recours au système des primes en concours public, soit pour les poulinières, soit pour les étalons; aussi je pense que, sans attacber toute l’importance que l’on a malheureusement attachée trop souvent en France à cet encouragement, en tant qu’il n’était basé que sur la conformation du cheval, on peut dire que lorsqu’il est établi d’après de bons principes, qu’il vient en aide aux qualités reconnues par des épreuves, et qu’il est appliqué aux catégories de chevaux que l’on ne peut soumettre actuellement aux fatigues résultant des Courses ou autres exercices, il est une des chevilles ouvrières de l’amélioration et doit compter parmi les institutions les plus utiles. On l’a dit avant moi , si le système des primes n’a pas produit tout le bien désirable, si même, je le reconnais, il a quelquefois fait plus de mal que de bien, c’est qu’il a été mal compris et mal appliqué. Souvent aussi ça été la faute des jurys; un bon jury est très difficile à constituer; la plupart du temps, les chevaux ne sont jugés que sur la rondeur de leurs formes, leur apparente corpulence, leur embonpoint, leur aptitude à tel ou tel service spécial. On
a vu des jimients recevoir la première prime une année dans un concours, et être rejetées avec mépris l’année'suivante parce qu’elles étaient plus maigres; mais toutes ces imperfections ne sont que les inconvénients d’une chose bonne : remédiez aux défauts, mais ne détruisez pas une institution féconde' en elle-même.
Reste à savoir maintenant, d’après les principes que nous venons d’émettre, à quelle sorte de chevaux sont applicables les primes en concours publics. Nousavons dit, messieurs, que la base de toute amélioration étaient les qualités et l’aptitude au service; que les primes à la conformation devaient être réservées pour les classes d’animaux incapables, dans la circonstance, d’être jugés autrement. Voyons donc à quelles spécialités nous les appliquerons. Les primes sont données généralement en France : aux
juments de pur sang; 2“ aux pouliches de deux et trois ans; 3“ aux poulinières pleines ou suivies de leurs poulains; 4° aux jeunes chevaux entiers; 3° aux chevaux castrés; 6° aux étalons. Examinons ces diverses catégories. Les prirne.s aux juments de pur sang sont généralement données par l’administration des Haras; elles ont pour but de propager cette précieuse espèce ; c’est à leur création qu’on doit l’extension de la race pure dans les écuries des^ particuliers, qui eût eu beaucoup de peine à se développer sans ce secours annuel. Ceci est donc moins de l’amélioration que de la propagation. Dans certains départements, les Conseils généraux et les Sociétés hippiques ont aussi, dans dans ce but, décerné des primes aux juments de race pure. C’est une mauvaise méthode, à moins qu’elles ne s’appliquent, comme celles de l’administration desHaras, qu’à la propagation. Les prix des Courses sont les seules primes convenables de la race pure; mais, dans tous les cas, on ne doit point les mettre en concurrence avec les juments indigènes; c’est une grande faute que font certains départements: l’amélioration de ces deux espèces tient à un ordre d’idées tout différent. Une médiocre jument de pur sang peut valoir
mieux que lu meilleure jument indigène, et une jument indigène ordinaire peut avoir à son tour plus d’importance pour le pays que la plus belle jument de pur sang. Si donc, ce que nous approuvons peu, les départements veulent primer les juments de race pure, on doit, avant tout, éviter de les conl'ondre avec les juments indigènes.
Les primes aux pouliches ont l’avantage de faire gardei’, dans certains pays, de bonnes poulinières, surtout celles provenant des étalons des Haras qui, sans cette institution, sont toutes prises pour le service, et principalement pour la remonte. Dans ce cas, il faut spécilier que les pouliches primées ne peuvent pas être vendues, à peine de rendre l’argent. Ce genre de primes est surtout important à établir dans les localités où ramélioration débute et où on ne peut retenir une bonne mère sans un appât pi'ésent. Je l’ai vu utilement employé; toutefois il est indispensable de ne pas dépasser l’âge de deux ans pour cette exhibition, qui ne s’adresse qu’à la forme. A deux ans, la pouliche n’a rien pu faire; on ne peut la juger que sur l’apparence, et, d'après le progi'amme établi qu’elle doit satisfaire; laprime, dans ce cas, est entièrement de conservation. — Vous’garderez votre pouliche qui est plus forte, plus membrée, mieux établie et de meilleur sang que les autres, et vous aurez droit à une prime de tant ! Voilà ce que dit le jury à l’éleveur... Dans ce sens, la prime donnée à deux ans réunit tous les avantages. Il n’en est pas de même de laprime donnée à trois ans : à cet âge, la pouliche a pu et même a dû travailler; si elle est de race pure, elle aura été entraînée; de race commune, mise à la charme; de demi-sang, elle aura dû être dressée pour le service. C’est donc, dans tous les cas, par des épreuves que l’on devra juger la pouliche de trois ans, même dans le but de la faire garder comme poulinière dans le pays. Une première opération doit indiquer préalablement celles qui, par leurs défauts de construction, leurs tares, leur chétivité, etc., ne conviendraient pas comme poulinières; [)uis les é|»reuves seules
du trot ou du galop doivent assigner le classement entre celles qui ont été reçues.
Ces primes rentrent donc dans les éprouves et sortentde notre sujet.
Les primes aux poulinières pleines ou suivies de leurs poulains sont tes plus générales en France et celles qui ont paru jusqu’ici produire les plus utiles résultats. En effet, messieurs, le prix des chevaux, eu égard aux dépenses qu’ils occasionnent, ne dédommage pas suffisaniment les éleveurs de leurs avances; il est utile que des primes viennent augmenter leurs bénéfices et leur apporter en outre une satisfaction d’amour-propre bien légitime, puisqu’il est le fruit de leurs efforts et de leurs sacrifices.
Les primes aux poulinières sont soumises, en France, à une foule de réglements très divers: dans les uns, les juments doivent justifier de leur naissance; dans d’autres, non; dans les uns, les juments pleines ou même saillies sont assimilées à celles qui sont suivies de leurs produits; dans d’autres, elles doivent avoir été saillies par un genre spécial d’étalons. Bref, chaque programme est établi sur des bases diverses, et s’il doit en être ainsi jusqu’à un certain point, àcause de l’amélioration plus ou moins avancée des localités et des habitudes du pays, il n’en est pas moins vrai qu’il serait désirable d’adopter en principe ifne marche plus uniforme dans l’organisation des primes. Autrefois, avant '1830, l’administration des Haras joignait des allocations assez considérables à celles qui étaient votées par les Conseils généraux; l’administration avait la haute main dans les distributions: c’était elle qui faisait le programme, qui nommait le jury, etc.; il en résultait que, outre la somme plus grande d’argent qui était consacrée à cet objet et répandue dans le pays, ces distributions se faisaient mieux et avaient un meillleur emploi. La cessation des primes données par l’État a porté un grand préjudice à l’amélioration des races françaises, et il y a plusieurs localités qui n’en sont pas encore relevées. Quoi qu’il en
soit, voici les principes généraux sur lesquels nous semblent devoir être basées les distributions des primes aux juments poulinières : d’abord la jument doit être suivie de son poulain, et les qualités du poulain doivent répondre à celles de la mère. On fait souvent cette question dans les distributions de primes: Est-ce la mère que l’on prime ou le poulain?
A ceci je réponds: C’est l’un et l’autre! la jument en considération du poulain, le poulain en considération de la jument. Si vous primez une mauvaise jument qui ait un bon poulain, qui vous dit que ce poulain ne se déformera pas et ne prendra pas en grandissant les défauts de la mère? Si, au contraire, vous primez une bonne jument qui ail un mauvais poulain, il est à croire que la jument a parmi ses auteurs de mauvais chevaux dont elle reproduit les défauts. Ainsi c’est à la meilleure jxment , suivie du meilleur 'pou,lain, qu’il faut donner la prime. On voit par là combien il est important que la mère soit suivie de son poulain. C’est donc une mesure peu rationnelle de primer des juments pleines ou seulement saillies; les primes aux poulinières ne doivent être données qu’aux juments suivies de leurs produits de l’année.
Ensuite les juments doivent être distinguées en poulinières et en non poulinières, c’est-à-dire qu’on doit éliminer premièrement toutes celles qui, par leurs tares, leur mauvaise conformation, leur âge avancé, leur petitesse de taille ou leurs autres défauts, sont incapables d’améliorer l’espèce; mais, ce premier choix fait, on ne doit pas s’en rapporter à la conformation pour la classification, mais bien au degré de sang, aux qualités prouvées par des épreuves, aux allures, à leur mérite comme poulinières. Ainsi, une fois qu’à la première élimination une jument a été reconnue bonne poulinière, le choix du jury, pour les premières primes, doit porter spécialement sur les bonnes juments et non sur les belles, ce qui se fait trop communément et ce qui a fait dire justement à Pichard, àM. Huzard
et à M. de Monleiidre, que les primes ont pour ell'el d'encourager les mauvaises races.
Les primes aux jeunes chevaux entiers sont tout ce qu’il y a de plus contraire à une bonne amélioration; c’est sur cet objet surtout que portent les observations deM. Huzard, et il a complètement raison. Premièrement, un jeune cheval n’a d’autre mérite que ses qualités: s’il est de pur sang, il devra subir les épreuves de vitesse; s’il estde demisang, les épreuves de la chasse ou du trot attelé et monté; enfin, s’il appartient aux races de trait, il devra se montrer le plus robuste et iJplus vite soit à l’allure du (rot, .soit au tirage des lourds fardeaux. Secondement, c’est jeter f éleveur dans une mauvaise voie en lui faisant garder ses poulains entiers au lieu de les castrer de jeune âge, ce qui serait beaucoup plus avantageux pour lui ainsi qu’à l’amélioration générale. On ne peut trop s’élever contre le déplorable effet de ces primes, qui doivent être entièrement bannies non-seulement des pays où l’on élève des chevaux pour le commerce, mais même de ceux où l’on élève des étalons. Soit comme étalon, soit comme cheval de service, ce n’est pas par des primes données à la conformation qu’on doit juger un cheval. Je ne parle donc ici, messieurs, de ces primes que pour les proscrire au nom de l’autorité des bons auteurs, de l’expérience et du bon sens.
Les primes aux chevaux castrés seraient bonnes et utiles dans les pays d’élevage, mais il faudrait qu’elles fussent données de jeune âge, comme à un ou deux ans, plus tard c’est aux épreuves que nous voulons juger les chevaux castrés; il est certainement très important' d’encourager la castration des jeunes chevaux en France ^ mais les Courses au trot sont le meilleur moyen pour arriver à ce but. En tout cas, ces primes n’ont pas besoin d’être considérables en valeur, mais elles doivent être nombreuses, afin que tous les poulains passables puissent y participer et qu’il n’y ait que les trop mauvais qui soient écartés. C’est plutôt un
encouragciiiGiil à la castration qu une prime proprement dite; il ne s’agit point ici de conformation, mais seulement de développer l’élevage du cheval hongre; ce n’est point tant la qualité que la quantité qu’il s agit d obtenir. Ainsi je suppose que vous donniez quatre primes de 1,000 fr. aux plus béaux poulains hongres, vous nuirez à l’amélioration sans faire aucun bien au pays, car ces quatre chevaux qu’on vous présente eussent pu faire de bons étalons, tandis que les mauvais et les médiocres resteront entiers; si au contraire vous donnez quarante primes de 100 fr., les bons poulains resteront entiers èt vous ferez castrer quarante chevaux inférieurs qui seront de bons chevaux de service et s’élèveront plus facilement. Nous ne pouvons qu’approuver l’institution des primes aux chevaux hongres, mais seulement dans les limites que nous avons posées, c’est-à-dire à l’âge d’un ou deux ans et à condition que les primes seront très nombreuses et d’une valeur peu élevée, en tant enfin qu’elles seront non une prime à la confonnation, mais uniquement un encouragement à la castration du plus grand nombre possible de chevaux médiocres ou destinés au service.
Les primes aux étalons peuvent avoir de bons effets, mais elles ont besoin d’une bonne direction, elles peuvent avoir lieu soit pourune seuleannée, soit pour plusieurs. L’administration des Haras prime les étalons des particuliers pour un certain nombre d’années , mais la prime est toujours révocable tous les ans ; les départements donnent quelquefois des primes, soit annuelles, soit en concours publics, à certains genres de chevaux dont ils veulent favoriser l’espèce dans le pays. C’est ainsi que dans le Perche, en Bretagne, dans les Ardennes, des chevaux la plupart du temps appartenant aux races de trait reçoivent de forts encouragements, soit qu’ils appartiennent aux races du pays, soit qu’ils soient importés d’ailleurs. Les primes aux étalons sont surtout favorables aux races de trait, dont le gouvernement ne peut pas s’occuper directement, et (jui sans en-
couragement tomberaient bientoUlans le plus profond abâtardissement, puisque, même avec ce secours, partout où l’administration a retire les étalons de cette espèce qu’elle entretenait, les races ont dégénéré complètement.
Une chose importante a considérer, messieurs, dans les encouragemeiils à donner aux étalons, ce sont les conditions d admissibilité; souvent ces conditions, pour être trop spéciales, ne sont ni faciles a appliquer, ni mêmes favorables à l’amélioration. Ainsi on voit des Conseils généraux exiger que les chevaux primés seront de race percheronne, de race bretonne, etc.; qu’en résulte-t-il? C’est que les chevaux améliorés et qui pourraient eux-mêmes améliorer en sont exclus, tandis que des étalons difformes sont compris dans la catégorie et souvent sont préférés par les pays. La seule race pure est la race arabe, et sa descendance le pur sang anglais; les autres sont toutes plus ou moins mélangées. La question se réduit donc à savoir s’il vaut mieux primer un étalon de trait amélioré par le sang anglais ou tout autre croisement qui aura augmenté ses qualités et amoindri ses défauts, ou un étalon détérioré par le sang picard, boulonnais ou tout autre croisement incohérent, qui le rendra impropre à faire aucun bien. Dans ces termes la question est résolue aussitôt que posée, mais il ne manque pas encore d’amateurs qui ont en tête une race pure percheronne ou bretonne, et qui sur ces fausses données égarent les administrations et font perdre tout le fruit de leurs encouragements.
Nous ne sommes plus au temps où les chevaux de trait tirant de lourds fardeaux parla masse de leur corps, la pesanteur de leur tête, l’obliquité de leur bassin, devaient être avant tout des animaux gigantesques et volumineux dans toutes leurs parties et posséder une conformation particulière. Maintenant le bon cheval de trait est celui qui se rapproche par son genre des races distinguées, tout en possédant le gros, la force et la prédisposition nécessaire
pour satisfaire aux exigences du service qui lui est demandé
En résumé , voici , messieurs , les genres de primes qui nous paraissent devoir être adoptées, tantpay le gouvernement que par les départements, selon les localités et le besoin qui s’en fait sentir :
1°. Dans les contrées où l’on fait naître: Primes aux pouliches d’un à deux ans , pour conserver les bonnes mères ;
2°. Dans ces mêmes contrées: Primes aux juments poulinières de quatre ans et au-dessus, à condition qu’elles seront habituellement livrées à la reproduction et suivies de leurs poulains de l’année;
3“. Dans les pays où l’on se livre à l’étalonnage-: Primes aux étalons de quatre ans à quatorze ans, divisés par espèces : — chevaux de pur sang, — chevaux de demi-sang léger, — chevaux de demi-sang carrossier, — chevaux de trait;
i°. Dans les pays où l’on élève: Primes aux chevaux castrés d’un et deux ans, de très petite valeur et très nombreuses.
J’ajouterai que pour éviter les inconvénients signalés par les auteurs dans la distribution des primes, il est utile de procéder avec méthode à l’examen des sujets présentés et de les classer d’après leur mérite réel. A cet effet, vous pouvez, messieurs, adopter les bases suivantes, dont j’ai fait une longue étude dans plus de cinquante concours, et qui a reçu l’approbation des hommes les plus compétents. Il s’agit d’apprécier les chevaux présentés sous les trois rapports de la race, des qualités et de la conformation, — de donner des points à chacune de ces spécialités ; et le quotient déterminera le numéro du sujet pour le rang qu’il doit obtenir.
Ainsi soient données quatre poulinières A, B, G, D, on peut supposer les résultats suivants :
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CONFOIïMATION