‹ Cours de science hippique professé à lécole des harasChapitre 24 sur 40 · RÉGLEMENT DES KING’S PLATES · texte numérisé non relu

RÉGLEMENT DES KING’S PLATES

Toute personne engageant un cheval dans un king’s plate doit présenter ledit cheval avec son signalement, son

nom et celui du proprietaire aux écuries du roi à Newmarket, la veille de la Course, avec un certificat de l’éleveur spécifiant l’âge exact de l’animal à dater des dernières herbes.

Tout cheval doit partir de une à quatre heures d’aprèsmidi. Une demi-heure de repos est laissée entre chaque épreuve. Tout cheval passant à gauche des poteaux est distancé et ne peut plus courir à l’épreuve suivante.

Le vainqueur de deux épreuves gagne \di plate; mais s’il y a trois vainqueurs, ils courent seuls pour une quatrième, et le vainqueur de cette dernière gagne.

Si un cheval a passé l’âge indiqué, le propriétaire est pour jamais exclu des king’s plates. Il en est de même pour tout jockey coupant ou poussant son adversaire. Le propriétaire lui-même perdra le prix, mais il ne sera pas exclu pour cela des courses à venir.

On doit se faire peser après la Course, sous peine d’exclusion pour l’avenir.

Indépendamment des king’s plates, il existe une multitude d’autres prix et de Courses de toutes sortes institués en différents endroits par les comtés, les villes, les associations, les seigneurs, les particuliers, dont les distances, les conditions varient à l’infini. Pour en donner une idée, je vous offrirai ici le tableau des diverses distances en usage sur le seul turf dé Newmarket :

Miles. Furlongs. Vards.

Beacon Course 4 1 138

Course ronde 3 4 178

Les trois derniers miles de Beacon

Course 3 0 45

Depuis le Ditch in 2 0 97

Le dernier mile à partir de Beacon

Course 1 i /jsg

Ancaster mile 1 0 18

Du Tournant à la Maison du Duc. .0 5 184

Course de Clermont 1 5 217

Miles, l'urlongs.

Antlley Course 1 6

Acros The Fiat 1 2

Rowley-mile \ 0

Ditcli mile , . . ü 7

Abington mile 0 7

Les deux miles de Beacon Course. . 1 7

Courses de deux ans 0 5

Courses d’un an 0 2

fliile de Bombury 0 7

Var<is.

Vous pouvez facilement, messieurs, réduire ces miles, furlongs et yards, en kilomètres et mètres, au moyen du tableau des distances que vous trouverez plus loin; mais, auparavant, je dois vous faire connaître quelles sont les principales Courses d’Angleterre.

Le prix le plus considérable et le plus illustre est le Derby, qui se court à Epsom dans le mois de mai. C’est une poule pour poulains et pouliches de 3 ans; la distance est de 1 mile et demi

Viennent ensuite les Oaks stakes, ou poule des chênes, qui se courent également à Epsom. Ce prix est uniquement réservé aux pouliches âgées de 3 ans.

Le Saint-Léger, qui se court à Doncaster, poule pour poulains et pouliches de 3 ans; distance, 1 mile 7 furlongs 70 yards, presque 2 miles.

Le Two thousand guineas stakes, prix de 2,000 guinées qui se court à Doncaster.

Les liiddleworth, prix qui se courent l’un le lundi et l’autre le mardi.

La coupe d’or h Ascot.

La coupe à Good Wood.

La coupe à Doncaster.

Le Doncaster Champagne stakes.

Le vieux prix de deux ans à Doncaster.

Voici Diaintenant, messieurs, les principaux termes consacrés dans les courses anglaises :

Match, pari entre deux chevaux pour une distance convenue.

Sweeptakes, poule entre un certain nombre d’amateurs qui se réunissent pour faire courir des chevaux d’après des conditions fixées.

Catch xoeight, poids pour attrapper, se dit d’une course dans laquelle chaque concurrent choisit un jockey qui n’est pesé ni avant ni après la course.

Give and take plates, prix donner et prendre. Les chevaux doivent avoir une certaine taille et porter un certain poids; les chevaux d’une taille plus élevée portent le poids le plus lourd, ceux de moindre taille en portent un plus léger.

Whim plate, prix de fantaisie; course dans laquelle on donne le poids à raison de l’âge et de la taille.

Post match, course dans laquelle on désigne seulement l’âge que doivent avoir les concurrents, et dans laquelle on n’exige aucune autre condition, 1e cheval pouvant se présenter au poteau sans être connu.

Handicap match. Le handicap (proprement, la main au chapeau) n’était autre chose primitivement qu’une espèce de jeu de hasard fort ancien en Angleterre, qui consistait en ce que trois joueurs mettaient une somme égale dans un chapeau. Ces trois sommes réunies étaient gagnées par le handicaper, ou l’un des joueurs , suivant certaines combinaisons. Par la suite, on appliqua cette dénomination à un genre de courses dont la distance et les poids ne sont indiqués qu’après l’engagement. Il y en a de deux sortes, le handicap libre et le handicap forcé.

Flay or pay, jouer ou payer. Lorsque cette condition existe dans un pari, le paiement du pari est dû pour le cheval qui ne court pas comme pour celui qui court.

Je néglige, messieurs, une foule d’expressions qui font paKie du langage du turf et qui s’introduisent chaque jour

en France; 1 habitude vous les fera connaître aisément, sans qu il soit besoin de vous les spécifier ici. Permettez-moi, toutefois, une réflexion à ce sujet : autant il est utile, indispensable meme, de s approprier une langue étrangère quand le mot dont on se sert désigne une chose nouvelle, ou s applique avec plus d exactitude à l’ordre d’idées qu’on veut développer, autant il est puérile d’affecter dans les habitudes ordinaires de la vie un langage excentrique et prétentieux. Ainsi tandis qu il était indispensable, au sujet'des Courses, d’adopter les termes d' entraînement , 'du turf, de performances, etc., qui peignent des idées nouvelles, il est ridicule de dire corne here! à tous les chevaux de sa connaissance: de ne compter que par milles et par distances, ou de fermer la bouche en parlant, comme font beaucoup de jeunes gens qui semblent avoir honte qu’on les prenne pour des Français.

Je terminerai, messieurs, les renseignements spéciaux que je viens de vous donner par un tableau des poids, mesures et distances des courses anglaises.

Distances.

Yard 3 pieds, ou 0'",9I4

Furlong 220 yards, ou 201"’, 164

Distance 240 yards, ou 21 0"", 452

Mile. . . 1,760 yards ou 8 furlongs,ou 1609"’,314

Mesures.

1 pouce anglais O"*, 0253

1 hand ou 4 pouces 0"',1025

Poids.

1 livre anglaise. ......

1 stone ou 14 livres

Il y a, messieurs, une question qui se rapporte aux Courses, et qui, malheureusement ou heureusement, comme

on voudra, en fait pour ainsi dire partie intégrante ; c’est celle des paris ou de l’agiotage auxquels donnent lieu les chances si imprévues et pourtant si scientifiquement discutables des jeux du turf. Doit-on proscrire ou encourager les paris dans les Courses? Dois-je moi-même en parler dans un cours destiné à l’instruction hippique d’une jeunesse sérieuse? Je pense que oui, messieurs. Les paris sur les Courses, quand ils sont couverts d’une probité rigide, n’ont rien en eux-mêmes de plus répréhensible que les jeux de la Bourse, par exemple, et ils ont l’avantage sur ceux-ci qu’ils tournent à l’avantage du pays, en favorisant l’amélioration chevaline. Les paris sont un mal sans doute, et un grand mal ; mais c’est un mal peut-être nécessaire jusqu’à un certain point, et n’est-ce pas ce goût des chances aléatoires qui, transporté dans le Nouveau-Monde parles anciens colons anglais, y a formé à lui tout seul ces magniüques trotteurs dont la renommée est universelle, et pour les épreuves desquels on engage quelquefois des sommes fabuleuses?

Quoi qu’il en soit, messieurs, n’attendez pas de moi le développement de la science des paris ; c’est là une étude qui doit se faire à part, et sur laquelle vous trouverez des renseignements dans les auteurs anglais, et mieux encore dans les exemples journaliers que vous aurez sous les yeux dans la pratique des Courses. Je vous ferai connaître seulement quelques-unes des combinaisons qui s’y rattachent, afin de vous en donner une idée sommaire , et je ne peux mieux faire que de me servir des notions que M. de Curnieu avait déjà données à^cet égard à vos devanciers :

« Nous allons essayer de donner une idée superficielle « des combinaisons dont la connaissance parfaite, jointe à « la parfaite intelligence du turf et des événements particu- « liers de chaque Course ou de ce qui se passe chaque jour, « peut faire espérer une chance favorable.

« Soit un prix pour lequel 32 chevaux sont inscrits. 32 « personnes mettent chacune 1 ,000 fr. et tirent au sort un

« (les noms; il est évident que pour chacune il y a une « perte de 1,000 fr. ou un gain de 32,000 fr.

« Si une de ces personnes trouve à parier 1 o contre 1 « contre le cheval qu’elle a tiré, 500 fr. contre 7,500 fr., « par exemple, il en résultera que si un cheval gagne, il « gagnera 32,000 fr. de la poule et perdra 7,500 fr. de son « pari; donc, en définitive, 24,000 fr. de gain.

« Si ce cheval perd, il perdra 1,000 fr. de la poule, et « gagnera 500 fr. de pari; donc, en définitive, 500 fr. de « perte.

« Sa position est donc améliorée, puisque d’abord il avait « 32,000 fr. à gagner et 1 ,000 fr. à perdre.

« Tandis qu’à présent c’est 24,500 fr. à gagner et 500 fr. « à perdre.

« Le gain a diminué, mais la perte a diminué aussi beau- « coup plus.

« Supposez maintenant qu’il trouve à parier 1 2 contre 1 « contre un cheval pour une somme de 1,000 fr., c’est-à- « dire 12,000 fr. contre 1,000.

« Si le cheval gagne, il gagne 32,000 fr. et perd 7,500 fr., « plus 12,000 fr.; 32,000 — 7,500 — 1 2,000 = 1 2,500 fr.

« Si le cheval perd , il perd 1 ,000 fr. et gagne 500 fr. « et 1,000 fr.; total, 500 fr. de gain. Dans ce cas, quelle « que soit la chance de la Course, il ne peut que gagner « soit 12,500 fr., soit 500 fr.

« Supposez encore une Course où 8 chevaux soient en- « gagés avec des chances diverses; les paris seront cotés « d’après des évaluations qui varient sans cesse suivant les « événements de l’entraînement, l’engouement qu’inspire « tel cheval ou même certaines paniques ou certains bruits « qu’on répand à dessein pour en profiter. »

Telle est, messieurs, l’histoire succincte du turf anglais, qui, comme je vous l’ai dit, a porté la race de ce pays à une hauteur inconnue jusqu’ici à tous les peuples; mais comme il est de l’essence de tout ce qui s’élève de tomber

un jour, (les esprits sérieux et qu’il est bon d’écouter ont cru reconnaître déjà dans cette institution des syrnptômesde décadence.

L’abus du bien devient quelquefois un mal ; à force de ne cliercher que la vitesse, les qualités constitutives du cheval ont été moins recherchées ; des calculs sordides ont souillé trop souvent les abords de l’hippodrome : on a fait courir des chevaux de deux ans, on a usé des plus honteuses fraudes; beaucoup de gens ont abusé de leur force ou de leur faiblesse pour diriger, dans tel ou tel sens , les conditions des programmes, et peut-être serait-il temps que les Anglais se préoccupassent du soin d’empêcher que les mêmes causes qui ont amené la supériorité de leurs races chevalines ne devinssent un jour la cause de leur dégradation.

DES COUnSES EN FRANCE.

Venons maintenant à la France, messieurs, et voyons les diverses phases par où a dû passer l’ère des Courses pour arriver où elle est aujourd’hui.

Ainsi que nous l’avons dit, il y avait autrefois des Courses de chevaux dont le souvenir s’est conservé après mille ans en Auvergne, en Bourgogne, en Normandie, et spécialement en Bretagne; mais le but améliorateur en avait été faussé depuis longtemps. Dédaignées par la mode, si puis-^ santé en France, elles ne servent plus guère qu’à l’amusement des hommes de la campagne, qui seuls savent encore garder les vieilles coutumes, et qui n’auraient eu besoin que de quelques encouragements pour les faire tourner au profit de l’amélioration.

Malheureusement nous ne savons en général apprécier que ce qui vient de l’étranger. Au lieu de continuer nos vieilles Courses nationales en les modifiant suivant les besoins de l’époque, on les laissa tomber; puis on les reprit à l’Angleterre avec leur cortège exotique; chevaux, costumes, langage, tout fut britannique; et beaucoup detur-

fistos ne leur auraient pas accorde la moindre allcntion, sans la veste de soie de groom de Londres.

Je dirai peu de choses des Courses qui eurent lieu dans le siècle dernier : ce ne furent que des essais ou plutôt des copies sur les Courses anglaises. Cependant vers 1780, le comte d’Artois, depuis Charles X, tenta sérieusement de les impatroniser en France. Ce prince peut être appelé à juste titre le père du turf français, car c'est à lui qu’est due la première introduction de juments de pur sang en France. Il posséda entre autres Sphinx par Marske, père d’Eclipse, et Shepperd’s Crah Mare, dont il eut Biche par Cornus, et Ilantipole par Milord. Il fit venir aussi plusieurs étalons parmi lesquels on cite King-Pepin par Turf, qui fut ensuite employé à Paris et au haras du Pin comme étalon , et donna de bonnes productions : Cornus par Otho, Barbary par Pangloss, etc. Le duc de Chartres introduisit aussi plusieurs chevaux parmi lesquels on remarque Glow-Worm par Eclipse. Le marquis de Conflans, de son côté, fit venir Theucer par Northumberland. Ces chevaux figurèrent dans les Courses de Fontainebleau , de Vincennes et de la plaine des Sablons , et furent ensuite employés à la reproduction ; il est regrettable sous ce rapport qu’ils n’aient pas été compris au stud-book français. A cette époque on voit paraître parmi les concurrents les noms du comte d’Artois, du duc de Chartres, du duc de Fitz-James-, du prince de Nassau, du marquis de Conflans, du prince de Guemenée) du duc de Lauzun , etc.

Plusieurs grands seigneurs, parmi lesquels il faut ci telle prince de 3Ionaco, avaient aussi des chevaux et des jockeys anglais.

Les auteurs de l’époque, de leur côté, Bourgelat, le Boucher du Crosco, Lafond Pouloti, démontrèrent l’utilité des Courses pour l’amélioration des races, et sans la révolution qui survint, nul doute que cette institution n’eût pris racine en France et ne se fût développée avec la même rapidité et le même succès qu’en Angleterre. Déjà dans les Courses

(le '1783, où ne furent presque engagés que des chevaux de pur sang nés en France, on voit tout ce que ce germe fécond pouvait produire.

En effet, messieurs, le bon sens public concevait si bien l’importance des Courses, que dès la fin de la terreur le Conseil des Cinq-Cents fut saisi de cette question sur le rapport d’Escbasseriaux. Le budget des Courses de chevaux, considéré comme grande institution nationale, devait être élevé à une somme considérable, eu égard aux autres subventions accordées par le gouvernement et à la détresse des finances: mais la ruine et la dispersion des grands propriétaires, l’état de guerre permanent, le malaise général de la nation firent avorter ce projet, dont l’esprit n’en reste pas moins comme un anneau précieux de la chaîne qui relie à notre époque le souvenir des saines idées hippiques de nos pères.

Quoique peu sympathique aux méthodes anglaises, nous trouvons aussi Huzard père parmi les prôneurs des Courses. Vous verrez qu’il recommande de procéder lentement, de faire entrer peu à peu cette institution dans les mœurs et les habitudes du pays.

« Les Courses d’Angleterre, dit-il, comme celles de l’an- « tiquité, ont eu des commencements faibles, ce n’est que « par gradation qu’elles sont arrivées au point où on nous « les fait connaître, et où elles sont actuellement. Commen- « cons donc comme les différents peuples ont dû commencer, •« et essayons d’obtenir les mêmes résultats. »

Huzard voulait créer avant tout une institution nationale et appropriée aux mœurs, aux habitudes, aux besoins de la France, tout en adoptant ce qui pouvait y convenir dans les institutions des contrées étrangères; mais on ne le comprit pas et on ne le comprend pas encore beaucoup mieux maintenant. Les hommes d’intelligence et de conscience ont toujours tort devant leur époque.

Cependant, messieurs, l’Empereur Napoléon 'l'"', par un

décret du 30 août l8()o, fit placer les Courses de chevaux parmi les éléments d’amélioration attribués à la future administration des haras. Les départements qui devaient être le centre des encouragements de cette nature furent l’Orne, la Corrèze, la Seine, le Morbihan ou les Cotes-du- Nord, et les Hautes-Pyrénées.

L’organisation complète des haras, qui eut lieu en 1806, conserva l’institution des Courses, elles commencèrent l’année suivante.

En 1 81 0 parut un nouveau réglement avec attribution de prix plus importants sur les hippodromes désignés. Ces Courses, messieurs, ne produisirent pas un grand résultat; jusqu’alors le cheval de pur sang n’était point connu en France; les guerres continuelles qui duraient depuis l’époque révolutionnaire, le blocus continental et ses suites ne permettaient pas l’introduction du sang anglais, c’eût été le cas de créer un sang national par le cheval arabe; mais il faut le dire, l’élevage intelligent manquait partout à cette époque, les éléments manquaient aussi, surtout en juments; les prix n’étaient pas assez élevés pour donner le goût de s’en faire une industrie, et d’ailleurs, on l’a dit depuis longtemps l’esprit, français si prompt au changement quand ,il s’agit de renverser un gouvernement, est remarquablement lent et méticuleux quand il s’agit de créer un élément de bien-être ou de grandeur nationale. Vous trouverez plus de gens en France propres à faire une révolution que vous n’en trouverez disposés à conserverune belle race de poules ou à faire le moindre sacrifice pour y faire naître un bon cheval.

Les réglements de 1 806 et de 1 81 0 laissaient d’ailleurs beaucoup à désirer; plusieurs dispositions, entre autres celles de la taille, étaient contraires aux saines notions des Courses de vitesse; aussi le pays n’y prit que très peu d’intérêt. De 1807, époque où les premières Courses officielles eurent lieu en France, jusqu’en 1818, on no voit figurer

que 422 chevaux, soit 35 environ par année en moyenne, sur les hippodromes; on ne trouve nulle trace de Courses en 1816 et en 1818.

Cependant depuis quatre ans les douceurs de la paix se faisaient sentir. L’administration des Haras avait fait venir d’Angleterre plusieurs étalons de pur sang , tels que Ad Libitum, Bijou, Camerton, Clayton, Coriolanus, Diamond, D. I. 0., Hamlet, Middlethorpe, Paulus, Piccadilly, Spy, Statesman , Streatlam-Lad, etc., ainsi que des juments de pur sang d’un grand mérite. De son côté, M. le duc de Guiche, par ordre de M. le comte d’Artois, qui avait conservé les goûts hippiques de sa jeunesse, avait établi le haras deMeudon, dont les débuts ont été si brillants et ont eu une grande influence sur l’organisation des Courses en France.

Enfin quelques grands propriétaires, à la tête desquels il faut placer M. le duc des Cars, commencèrent à introduire 'des juments de pur sang et à propager l’amélioration pâlies Courses. Un grand élan fut donné en 1819, d’un bout à l’autre de la France; le goût des Courses sembla jaillir tout d’un coup dans les esprits. Des Courses eurent lieu à la fois sur six hippodromes , savoir : le Pin, Tulle, Saint- Brieuc, Tarbes, Nancy et Paris. Les premiers concurrents sérieux furent MM. le comte de Narbonne, de Royères, Neveu, d’Apremont, le Boucher de Martigny, Rieussec, de Fargues. Toutefois, messieurs, ces Courses étaient encore régies par l’ancien réglement de 1806; il importait d’y ap^ porter d’utiles modifications, c’est ce qui eut lieu par les soins de l’administration des Haras, en date du 27 mars 1820; le réglement nouveau reconnaissait dix hippodromes: Paris, Alençon, Limoges, Poitiers, Tulle, Aurillac, Tarbes, Bordeaux, Saint-Brieuc et Strasbourg, compris dans six arrondissements. Sans être parfait encore, il répondait aux besoins du moment, etonvitselancer dansl’arêne plusieurs éleveurs dont les noms figurent avec honneur parmi les célébrités hippiques de France. Outre ceux que nous avons

cilés, on remarque dans lapériode qui va s’ouvrir MM. Cremicux, des Grands, de la Place, deRosmorduc, le Conte, Daupley, Gaillet, Souchey, de Bonnefond, de la Roque, de Yanteaux, de la Bastide, de Couaridoue, de Kergariou, Sabatier, de Cressolles, le Meur, Ollilrau Dureste et autres.

Ce fut en 1823 que le brillant succès de Nell par Don Cossack et Cristal, élève du haras de Meudon, fixal’attention sur cet établissement, qui a produit un grand nombre d’excellents chevaux. Lucie, à 31. le duc des Cars, eut tous les honneurs des Courses de 1824.

• L’administration des Haras continua à faire venir des étalons de pur sang d’un mérite distingué et quelques juments qui répandaient peu à peu le sang dans le pays. 31. Rieussec fit venir l’étalon Rainbow, un des meilleurs chevaux qui soient jamais venus en France, et forma le haras de Viroflay, dont le souvenir mérite une juste considération.

Enfin tout était préparé pour recevoir le réglement de 1823, qui fit faire un grand pas à la question du sang et des Courses. De son époque doit dater une ère nouvelle pour l’institution.

La France s’y trouve toujours partagée en deux divisions, celle du Nord et celle du 3Iidi; mais les chevaux sont divisés en 1 et en 2® espèce :

• l"®. Ceux nés de père et mère étrangers;

2®. Ceux de père et de mère français ou de l’un des deux.

Les circonscriptions d’arrondissement furent réduites à huit, savoir: Paris, le Pin, Strasbourg, Saint-Brieuc, Limoges, Aurillac, Bordeaux, Tarbes.

Les prix furent modifiés, et trois prix royaux, dont l’un de 6,000 fr., furent accordés, savoir; un de 3,000 fr. à Aurillac; les deux autres à Paris.

Les Courses depuis cette époque progressèrent chaque année, surtout par le mérite des chevaux qui y parurent; quelques bons étalons, plusieurs poulinières remarquables s’y firent connaître. Vous trouverez leurs noms et leurs

perlormances en étudiant le Calendrier des Courses, ouvrage précieux pour vos études, dont chaque, jour vous démontre davantage l’utilité.

Depuis le réglement de 1825 jusqu’à celui de 1832, dont je vais vous parler bientôt, plusieurs arrêtés furent publiés, mais ils ne portent en général que sur des choses peu importantes et ne modifient pas la base de la situation. Pendant cotte période plusieurs nouveaux turfistes entrent en lice, mais comme il serait trop long de vous en faire l’énumération, je me bornerai à vous citer l’apparition de lord Seymour, un des hommes qui ont marqué le plus profondément dans les annales des Courses françaises, et dont la retraite prématurée à laissé vide une place qui n’a jamais été aussi bien remplie tant par le mérite de ses chevaux que par ses connaissances personnelles.

En 1827, le haras de Meudon produisit sur le turf Victoria par Milton et Géane, une des meilleures juments qu’ait fait naître la France et plus tard Sylvio, qui vit encore, et dont nous pouvons admirer, messieurs, la belle descendance de demi-sang, qui lui fera dans les écuries des éleveurs normands un renom égal à celui des Rattler, des D. I. 0., et des Dominant.

Le réglement de 1832 est le premier qui désigne nominativement le cheval de pur sang, il offre divers change: ments que les temps avaient rendus nécessaires et c’est sous son influence que les Courses ont acquis l’importance qu’elles ont en ce moment.

Ce réglement a été modifié à diverses époques et notamment en 1842. Je n’entrerai pas, messieurs , dans le détail des modifications qui ont été faites successivement aux arretés concernant les Courses; je me bornerai à vous inviter à étudier les arrêtés, circulaires et réglements qui ont régi les Courses depuis leur fondation en France. Ce sera pour vous un utile et curieux travail de les analyser, de les comparer enti'e eux et de aoiis formel' une opinion sé-

l■icllseàcel cganl. L’avenir est toujours contenu en germe dans le passé.

Je dois vous parler ici, messieurs, d’une société l'ameuse qui se forma à Paris en 1 833, et dont l’influence a été d’une haute utilité à l’institution des Courses; je veux parler de la société d’encouragement dite Jockey Club. Voici les noms des fondateurs :

La Société d’encouragement donne chaque année des prix considérables qui sont courus sur les hippodromes de Paris, de Versailles et de Chantilly; et on peut dire qu’elle a grandement contribué à la propagation du cheval de pur sang en France.

Je ne vous parlerai point, messieurs, de tous les amateurs qui se sont lancés dans les Courses depuis quelques années, ni de tout ce qui se passe pareillement sur les hippodromes: les lectures, les conversations journalières vous en diront beaucoup plus que nous ne pourrions le faire ici dans ces pages restreintes.

J’ai voulu seulement vous faire connaître le commencement des Courses en France; j’ajouterai, avant de terminer ici, quelques réflexions sur leur avenir.

Les Courses de chevaux sont utiles, indispensables à l’amélioration des races, mais leur premier devoir est d’être nationales, c’est-à-dire d’être utiles aux besoins du pays où on les introduit, de satisfaire son instinct et scs habitudes. Les Courses ne sont et ne peuvent être que le couronne-

MM

MM

Ernest le Roy ,

Ch. de Machado; Prince de la Moskowa; De Normandie; Rieussec;

Lord Henri Seymour.

Maxim. Caccia; Comte de Cambis; De la Marre ; Comte Demidoff; Fasquel ;

Charles Lafitte;

nient delà pensée hippique d un pfiys, couionnement nécesStiire, qui p£ir un juste retour ennoblit et foitifie lo. bnse, mais n’est point la base elle-même. Malheureusement les Courses sont encore très peu comprises en France : les uns, anglomanes absolus, ne comprennent les Courses que lorsqu’elles seront l’exacte copie de ce qui a lieu en Angleterre; les autres n’y cherchent qu’un plaisir de mode, qu’un moyen d’attirer la foule, quelque chose comme un spectacle ou une fête publique; quelques-uns n’y voient qu’un objet de gain présent, une proie qu’il s’agit de disputer, non noblement, mais de gagner par tous les moyens possibles; dans une Course ce n’est pas le cheval qu’ils voient, c'est -l’argent. D’autres enfin y voient une cause de ruine pour les jeunes gens et rejettent sur les Courses les pertes d’argent que font quelques imbéciles pour se donner un air de haute fashion. La vérité n’est pas là; les Courses françaises pour produire du bien ne doivent affecter aucun caractère étranger; elles doivent satisfaire le bon sens des masses, entrer dans les habitudes et dans les goûts des plus simples éleveurs, ou sans cela elles ne valent rien. C’est l’honneur, messieurs, de l’administration des Haras d’avoir compris à cet égard sa noble mission; elle a procédé lentement, sagement; elle a répandu les Courses dans les pays d’élevage, en Normandie et en Limousin, dans la Navarre, dans la Bretagne; elle n’en a point fait un objet de caprice et de mode; elle a compris les besoins des petits éleveurs et leur a fait une large part dans les' encouragements. Je vous dis cela, messieurs, parce que depuis quelque temps on remarque une tendance vers la centralisation, à Paris et dans les grandes villes, de la question des Courses , ce qui serait un malheur, car les Courses sont une chose sérieuse qui se lie à l’élevage sérieux, qui regarde l’éleveur de chevaux de guerre comme celui du cheval de carrosse , comme celui du cheval de trait ; et si ces deux choses venaient un jour à se séparer, s’il y avait un jour où on pût parler de l’élevage de luxe, de l’élevage de caprice et de l’élevage sérieux , ce

jüiii'-là, messieurs, verrait peu à peu décliner les Courses de chevaux, car je vous l’ai dit plusieurs fois, les institutions qui n’oiit d’autre hase que le caprice et la mode et qui h’ont pas pour but une utilité pratique finissent par tomber promptement, en entraînant dans leur chute tout ce qu’elles ont de bon; car la réaction suit toujours l’action, et c’est l’exagération meme du bien qu’il faut craindre dans les institutions françaises. Ainsi, messieurs, ne craignez pas de voir les Courses trop campagnardes, trop paysannes, trop simples, ne craignez pas de voir des mains calleuses applaudir le triomphe des coursiers; craignez plutôt les écharpes de soie et les mains gantées : là est le péril des Courses, et tous nos efforts ne réussiraient pas peut-être un jour à ratteler le char doré que l’on cherche à entraîner maintenant trop rapidement sur la route du plaisir.

Après la revue que nous venons de faire des Courses de chevaux en Angleterre et en France, celles des autres nations nous offriront peu d’intérêt. Je passe rapidement sous vos yeux, messieurs, les imitations des Courses anglaises dans le monde entier; je ne vous dirai rien, bien entendu, des Courses nationales de chaque contrée; vos lectures vous en apprendront beaucoup plus que nous ne pourrions vous en citer ici , et comme ces Courses ont d’ailleurs plus de rapport avec les coutumes et les habitudes des peuples qu’avec la pensée amélioratrice, cette étude vous serait peu nécessaire.

Le goût des Courses, si profondément implanté dans les mœurs anglaises, joint à l’esprit de cosmopolitisme qui distingue cette nation, a fait connaître les jeux de turf aux quatre coins de l’univers. Partout où se trouvent des Anglais on trouve des Courses de chevaux. Vous connaissez le vieux dicton : La première chose que fait un Espagnol en prenant possession d’une terre nouvelle est d’y bâtir une église, le Français un théâtre, l’Anglais un comptoir; nous pouvons y ajouter : et un hippodrome.

Les Allemands ont depuis longtemps importé chez eux

le sport des Courses ; il y a des hippodromes et des steeplechases en Prusse, à Berlin, à Hambourg, à Lubeck et dans plusieurs endroits du Danemarck.

Il y a aussi des Courses anglaises en Hollande, en Hongrie, en Belgique; il y en a môme accidentellement dans le Piémont, en Espagne et en Suisse; mais, dans ce dernier pays, les Courses nationales sont toutes au trot.

En Amérique , les Anglais de la Nouvelle-Orléans et des Etats-Unis du Midi font courir d’après le système britannique. Ces Courses offrent un grand intérêt au point de vue hippique; les chevaux qui s’y distinguent concourent comme reproducteurs dans les Etats du Nord à l’amélioration des races indigènes. C’est de ce croisement que proviennent la plupart du temps ces excellents chevaux de demi-sang connus sous le nom de trotteurs américains.

Mais c’est principalement dans les Indes que se retrouve, avec la différence qu’exige le climat, toute l’organisation des Courses anglaises; chaque année, des prix d’une valeur considérable sontdisputés sur divers hippodromes, particulièrement sur ceux de Calcutta et de Madras. De grandes et utiles considérations pourraient découler pour nous de l’examen de ces Courses, ‘dans lesquelles luttent des chevaux de pur sang arabe; mais ce sujet nous entraînerait trop loin. Je vous dirai seulement, messieurs, que si un jour le gouvernement français veut s’occuper de la régénération du cheval barbe dont nous possédons en Algérie le magnifique berceau, il faudra étudier avec soin les Courses de l’Inde et leur emprunter une partie de leur organisation, qui, du reste, offrirait de bien plus grands résultats en Algérie que dans les Indes.

DE l’extraînement.

Messieurs, on donne vous le savez, le nom d’entraînement, en anglais training, à l’action de préparer un cheval pour subir l’épreuve des Courses. Cette préparation ,

qui consiste simplement à développer son haleine au moyen d’un travail approprié et d’une nourriture spéciale, était connue de toute antiquité et a toujours fait partie de l’hygiène bien entendue non-seulement du cheval, mais de tous les animaux qui doivent exécuter des travaux pénibles, et de l’homme lui-même. Les athlètes des jeux antiques se préparaient aux luttes d’Olympie par un régime analogue. Les veneurs font exercer leurs chiens avant la saison de la chasse, et les Anglais ont pris aux Arabes non-seulement les préceptes de l’entraînement, mais encore les pratiques les plus minutieuses qui y sont habituellement observées : les suées, les galops, les frictions et les divers modes d’alimentation.

Si l’entraînement est indispensable au cheval pour le faire paraître avec avantage et sans danger de la vie sur les hippodromes, il est utile aussi pour le préparer au service auquel il doit être employé; ainsi le cheval de guerre, le cheval de manège, le cheval de chasse, le cheval de route, ne doivent être livrés au travail qu’après un entraînement ou une préparation spéciale . Quelques personnes en France, même parmi les hommes de cheval, avaient prétendu nier la nécessité de l’entraînement; un célèbre médecin , le docteur Royer-Collard, a réfuté victorieusement cette ridicule opinion. Vous lirez cette savante dissertation, messieurs, c’est ce qui a jamais été écrit de plus lumineux et de plus rationnel sur l’entraînement. Voilà ce qui prouve combien les sciences peuvent venir au secours les unes des autres, et combien la haute intelligence peut l’emporter sur de vains préjugés.

L’entraînement du cheval de Course est maintenant, messieurs, une des branches les plus importantes de la science hippique , si importante même, qu’elle demande une étude spéciale que les bornes de ce cours ne nous permettent pas d’entreprendre. D’ailleurs, c’est ici le cas, ou jamais, de vous renvoyer à la pratique; toutes les lectures, tous les enseignements ne vaudront pas, à cet égard , huit

jours passés sur une botte de paille dans une écurie de chevaux de Course. Heureusement pour vous, messieuis, vous avez l’avantage de pouvoir suivre chaque jour 1 exercice des jeunes chevaux qui se fait au Haras même; cest Icà où je vous engage de passer de longues heures, de travailler vous-mêmes de vos mains à toutes les pratiques qui s’y observent. Ne négligez aucune circonstance, si petite qu’elle vous paraisse au premier abord; consultez les hommes qui y sont employés, et rappelez-vous qu’il n’y a jamais de honte à demander ce qu’on ne sait pas, mais qu’il y a de la honte à ne pas savoir ce qu’on a négligé d’apprendre.

Relativement aux ouvrages que vous avez à étudier pour joindre la théorie à la pratique, ils sont fort nombreux en Angleterre, et vous n’aurez à cet égard que l’embarras du choix; plusieurs ont été traduits en français; le meilleur, sans contredit, est le traité qui est joint aux institutions hippiques de M. de Montendre. Il est intitulé De l’Elève, de l’Éducation et de l’Entraînement du Cheval de course et du Cheval de chasse. Ce traité est extrait de divers ouvrages anglais et résume les indications les plus importantes pour élever un cheval depuis sa naissance. Les pratiques de l’entraînement sont presque toutes puisées dans l’ouvrage de Darville, l’un des auteurs anglais les plus justement estimés sous ce rapport.

Vous pouvez encore consulter avec avantage le traité d’Olivier Chuteau. Cet ouvrage, écrit en français, est spécialement destiné à l’entraînement de notre pays et offre un classement assez méthodique; il est d’ailleurs dégagé de cette foule d’indications, souvent puériles, dont les auteurs anglais se plaisent à entourer les principes de l’entraînement, ce qui, aux yeux de beaucoup de personnes, leur donne un cachet de charlatanisme trop souvent justifié par la conduite de certains entraîneurs.

Quoi qu’il en soit, messieurs, rappelez-vous bien que le succès de l’entraînement ne consiste pas à préparer un che-

val pour une Course donnée au moyen d’excitants qui peuvent nuire à sa constitution, ou agir d’une façon plus ou moins funeste sur son organisation. Cette science n’est, au contraire, que celle d’une hygiène parfaite, au moyen de laquelle on met le cheval dans l’état de force et de santé le plus complet possible.

L’entraînement bien entendu est non-.seulemcnt nécessaire au cheval de sang que l’on veut livrer aux Courses, mais c’est encore le complément indispensable de l’éducation d’un poulain, quand même il ne devrait jamais courir. Je vous citerai, à cet égard, le fait suivant, dont vous pouvez constater la véracité sur les registres du haras du Pin.

Le jeune cheval Y. Reveller, par Reveller et Scornfull, né en 1830, fut élevé au haras du Pin avec tous les soins possibles, mais sans avoir été entraîné, ce qui n’avait pas lieu alors; il passa étalon à l’âge de quatre ans, en 1834, et fut envoyé à Rodez, où il resta deux ans, pendant lesquels il fut employé à la monte. C’était un joli cheval, d’un bon ensemble, très compact, mais de petite taille et un. peu rond dans tonte sa conformation. En 1836, l’administration des Haras ayant résolu de faire paraître ses élèves dans les Courses on songea à Reveller, dont le sang était parfait; il fut retiré du dépôt de Rodez et revint au Pin, où il subit un entraînement méthodique, quoique âgé de six ans. Ce cheval changea tout à fait d’aspect : il grandit de quatre centimètres, ses lignes s’allongèrent, ses muscles prirent beaucoup de développement, et de joli cheval qu’il était avant, il devint un fort et bel étalon tout différent de ce qu’il était avant son entraînement. Si vous vous rappelez maintenant, messieurs, ce que nous avons dit des prédispositions héréditaires, vous concevrez combien l’entraînement est nécessaire aux étalons et aux poulinières, quand même on ne les destinerait pas à la Course.

CHASSES A CI1EVAI-.

La chasse à cheval était autrefois l’image de la guerre; les peuples anciens, et surtout les peuples du Nord, s’y livraient fréquemment. C’était principalement pour .cet amusement qu’on élevait ces chevaux vigoureux qui ont fait la réputation du moyen-âge: l’Angleterre est peut-être la nation moderne qui en ait conservé l’usage au plus haut degré; mais cet exercice n’est plus dans ce pays qu’une Course à obstacles. Les Anglais chassent habituellement le renard; ils emploient des chevaux de grande vitesse, et tout le mérite consiste à arriver le premier en franchissant tous les obstacles qui se rencontrent. C’est afin d’habituer leurs chevaux à ce genre de sport qu’ont été institués les steeple-chases et les Courses de barrières.

Autrefois, les Anglais ne chassaient qu’avec des chevaux de demi-sang; ils avaient, à cet effet, créé cette belle race qui réunissait à la force du cheval du Nord la vigueur et l’élégance du cheval du Midi. Ces chevaux, dont nous avons eu quelques spécimens en France, sont remplacés depuis quelques années en Angleterre par des chevaux de pur sang ou très près du sang dont le principal mérite est la vitesse. Aussi cette expression cheval de chasse, dont on se servait il y a vingt-cinq ou trente ans en France pour signifier un cheval ayant du sang et du gros, n’a plus d’application possible maintenant ni en Angleterre ni en France.

En France, la vénerie avait été de toute antiquité un des grands plaisirs des rois et des riches. Les anciens chroniqueurs, les troubadours et les trouvères nous parlent encore des rendez-vous qui avaient lieu en certaines contrées et qui réunissaient l’élite de la nation. Partout on trouve, dans les vieux châteaux, d’immenses écuries souvent plus belles que le château lui-même. Il n’était pas rare, autrefois, de voir des habitations fort mal tenues, et à côté une écurie pour cent chevaux, avec des têtes de cerfs sur les

râteliers. L’amour de lâchasse entraînait le goût du cheval, et surtout du bon cheval; rien n’est tel pour en éprouver tous les genres de mérite; il faut qu’il ait la vitesse pour suivre les chiens, la douceur pour s’arrêter et rester calme dans l’attente, le liant pour éviter le heurt des arbres, la vigueur pour les sauts, la sûreté des jambes pour les descentes rapides; en un mot le bon hunter plutôt que le cheval de Course, est le cheval parfait et, par suite, peut être adopté pour tous les services; aussi, nul doute que le cheval de chasse ne soit l’excellent cheval de guerre, mais encore il sera au besoin le cheval de tirage ou d’agriculture. Les Anglais attelaient autrefois la plupart de leurs voitures, leurs diligences, leurs postes, avec de vieux chevaux de chasse. Je ne crois pas qu’il soit possible de trouver une institution qui favorise à un plus haut point toutes les qualités qu’on demande au cheval ; mais malheureusement la France ne peut se flatter, sous ce rapport, d’arriver à un grand résultat : il n’y a plus que quelques contrées où la vénerie soit admise, et cette coutume se perd tous les jours; Indivision des propriétés, le peu de durée et de certitude dans les fortunes, l’habitude de vivre dans les villes qu’ont adoptée tous les hommes riches, l’abandon de l’équitation, sont autant de causes qui, ensemble ou séparément, et réagissant les unes sur les autres, doivent, dans un temps donné, supprimer en France la vraie, la grande, l’utile chasse à cor et à cri. Aujourd’hui, lâchasse à cheval n’est plus qu’un amusement futile qui ne peut avoir aucune e.spèce d’influence sur l’amélioration de la race chevaline, puisque tous nos amateurs ne se servent que de chevaux anglais! — On avait proposé, il y a quelques années, de former des sociétés de veneurs, mais les résultats n’ont pas suivi l’attente des inventeurs, et il est à craindre que cette idée ne puisse jamais se réaliser. Cependant, il est important de bien comprendre tout l’avantage qui résulterait du développement de cette institution pour l’amélioration delà race chevaline.

Le cheval de chasse, comme nous l’avons dit, est le plus parfait de son espèce pour toutes les qualités qu’il exige; aussi la chasse à cheval donne-t-clle le goût du bon cheval , l’habitude de le juger, de le soigner en santé et en maladie, de le faire naître, de le dresser; en un mot, un bon chasseur à cheval sera non-seulement un cavalier parfait, mais encore un connaisseur et un éleveur; c’est la chasse, beaucoup plus que les Courses, qui a fait de l’Angleterre une nation cavalière; c’est la chasse qui entretient le goût du cheval dans les familles cfe grande tente de l’Orient; parmi l’aristocratie de la Russie, de la Hongrie, de l’Allemagne; c’est la chasse qui donne encore à quelques-unes de nos provinces, comme la Bretagne, l’Anjou et le Poitou, une réputation cavalière; et ce serait la chasse, si elle se répandait dans toute la France, qui nous rendrait encore le sceptre hippique que nous avons laissé tomber.

C’était cette idée, messieurs, qui avait fait établir des Courses de barrières et des stoeple-chases en France, à la Croix-de-Berny, à Avranches, à Boulogne, etc. ; mais malheureusement les Anglais, hommes et chevaux, y étaient en trop grande majorité pour que nous ayons pu en tirer le moindre avantage. On conçoit, en effet, qu’en Angleterre ces institutions puissent être le prélude de leur sport favori ; chez nous, au contraire, c’est un prélude qui ne mène h rien : on a un cheval de barrière uniquement pour courir la barrière; c’est la cause qui devient le but; c’est alors soit une spéculation mercantile, soit un amusement isolé qui n’a aucune influence sur l’amélioration générale. Il en serait autrement si l’on pouvait organiser de grandes chasses à l’instar des Anglais; alors la Course au clocher, les Courses de barrières auraient un but et seraient plus suivies et plus utiles qu’elles ne le sont. Quoi qu’il en .soit, et dans l’état actuel des choses, relativement à l’organisation de la chasse à cheval, nous n’avons que des vœux à former, sans pouvoir préciser l’avenir qui lui est réservé, lequel se lie aux l>lus hautes questions de l’ordre social.

STEEPUî-CIIASKS ET COUHSES DE DAIlUIÈnES.

Ainsi que nous l’avons dit précédemment, les sleeplechases en Angleterre n’étaient primitivement que des préparations pour les chasses , qui elles-mêmes ne sont plus maintenant que des Courses à obstacles ; puis on s’est passionné pour ce genre de sport, et l’on a élevé des murs et creusé des ravins pour le seul plaisir de voir des chevaux exécuter des tours de force aux dépens de leur vie et souvent de celle de leurs cavaliers. L’amélioration n’a rien à voir dans ces luttes furieuses qui, comme les spectacles des gladiateurs romains, tiennent plus de la corruption des mœurs que de la véritable civilisation des peuples. Du reste, les steeple-chases ne sont point fashionables en Angleterre même, où plus qu’ailleurs ils auraient cependant«eu leur raison d’être; il se fait dans le monde des véritables hommes de cheval de ce pays une réaction salutaire contre eux, et c’est avec le plus grand regret que nous voyons la France les adopter en les exagérant encore. En effet, les steeple-chases en Angleterre se font avec les chevaux du pays; ils tiennent aux habitudes cavalières des Anglais; ils entretiennent le commerce des bons et beaux chevaux; mais, en France, ce sont la plupart du temps des chevaux étrangers ou des chevaux hongres qui y prennent part; les chevaux sont le plus souvent montés par des jockeys ; aucun but utile ne s’y attache , et la même pente d’esprit qui nous conduit aux steeple-chases doit, dans un temps donné, nous amener aux combats de taureaux, aux combats de coqs, à tous ces spectacles à émotions désordonnées où la vie de l’homme et celle des animaux sont livrées en pâture à une foule blasée et abrutie.

Je ne m’étendrai pas davantage, messieurs, sur les Courses au clocher; je pense qu’aucun de vous ne prendra goût à ce triste amusement, tout à fait indigne de l’homme de che\al sérieux.

Je dois dire cependant qu’il y aurait moyen de donner à

cette institution, ainsi qu’aux Courses de barrières, une sorte d’utilité: il faudrait d’abord n’y admettre que des chevaux français, puis déterminer un âge au-dela duquel les chevaux n’y seraient point admis; enfin, il faudrait avant tout réduire considérablement la hauteur des obstacles et la profondeur des ravins. Dans ces limites, ces épreuves pourraient servir au dressage des chevaux de chasse de quelques parties de la France: le Poitou, l’Anjou, la Bretagne pourraient y prendre part et mettre ainsi en évidence leurs excellents petits chevaux, qui n’ont besoin que de se montrer pour rivaliser avec les sauteurs irlandais. Avec la limite d’âge, que l’on peut fixer à sept ans, le steeplechase serait, comme il doit l’être, l’épreuve du cheval de service et aussi du cheval de guerre; mais vous le voyez, messieurs, c’est tout un système à établir et pour lequel nous ne pouvons ici faire que des vœux. Quant à ces représentations qui se donnent à Paris et dans un trop grand nombre de villes sous prétexte de steeple-chases, je le répète, on ne peut voir là qu’un engouement de la mode, un besoin d’émotions tragiques et nullement un retour sérieux vers un but d’amélioration et des saines idées hippiques.

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