VENTES PAR ADJUDICATION
Les ventes de chevaux par adjudication , se font rarement en France, ou du moins ne se font qu’occasionnellement comme les autres ventes de cette nature. En Angleterre, les ventes par adjudication sont très fréquentes chez les éleveurs, c’est un moyen simple de se défaire immédiatement des chevaux dont on est trop chargé, et comme c’est une marchandise qui non-seulement peut dépérir, mais encore qui mange, ce qui a donné lieu au proverbe : c’est un cheval à l’écurie; il s’ensuit qu’il est souvent très utile de recourir à ce moyen. Une vente de ce genre a lieu toutes les semaines chez le fameux marchand de chevaux Tattersal;
on y vend loul, depuis le petit poney jusfju’au plus beau cheval de course. Je crois que des ventes de ce genre en France, seraient utiles à tous, elles donneraient de l’activité au commerce et debarrasseraient les éleveurs de chevaux qu’ils ne trouvent pas l’occasion de vendre.
Il y a longtemps, messieurs, que j’avais proposé un plan d’organisation dans ce but, mais les choses viennent si lentement, que je crains fort de ne le voir jamais misa exécution (1).
DES UEMONTES DE LA CAVALEIIIE.
La question des remontes de la cavalerie est une des plu.s importantes de la science hippique, elle touche non-seulement aux spécialités de la guerre et du commerce, mais encore à l’amélioration elle-même; depuis quelques années elle est la cause de graves débats entre l’administration de la Guerre, l’administration des Haras et les éleveurs. Ce qui a été dit et écrit à ce sujet est incroyable, et malheureusement la question n’en est pas beaucoup plus avancée pour cela': c’est que, comme il arrive d’ordinaire dans ces sortes d’affaires, chacun a trop rétréci son horizon, la Guerre n’y a vu qu’un moyen d’influence et de suprématie, au moyen duquel elle pouvait dominer et diriger l’industrie chevaline en France, en rangeant parmi les attributions déjà si vastes du ministère de la Guerre l’administration des Haras.
Les Haras de leur côté n'ont pensé trop souvent qu’à repousser l’attaque qui leur était faite, et dans ce but, ils ont porté la torche dans le camp de leurs adversaires, sans trop s'embarrasser s’ils ne risquaient pas en même temps d’incendier leur propre tente; de leur côté, les éleveurs ne
(l) Depuis que ce cours a été professé, un établissement de ce genre a été ouvert à Paris par M. Cliéri , rue de Pontliieu ; le public d’élite auquel il s’adresse y rencontre toutes les garanties de convenances et d honorabilité.
Plus tard, en 185-i, un autre établissement appelé l'atlersal français s’est formé à l’exemple du premier, et a son siège quartier Beaujon.
voient dans la remonte qu’un acheteur comme un autre, auquel ils font payer le plus cher qu’ils peuvent des chevaux plus ou moins médiocres. Puis il y a les faiseurs de systèmes, les gens de théories qui font crouler des industries séculaires avec le bout de leur plume, et dont les élucubrations, appliquées ou non, font toujours un mal énorme, en ôtant la confiance aux éleveurs qui ne savent se reconnaître dans ce dédale d’opinions diverses.
Les uns veulent que'les chevaux soient achetés par les régiments et que le corps des remontes soit supprimé, d’autres veulent que la remonte se fasse par la gendarmerie, par les communes qui seraient imposées à fournir tant de chevaux, comme elles doivent fournir tant d’hommes à la conscription. Je n’en finirais pas si je voulais énumérer la moitié des idées bizarres ou stupides qui ont été émises à propos des remontes. Toutefois cotte question mérite d’être examinée d’un point de vue plus élevé. La remonte de la cavalerie importe à l’indépendance nationale de la France. L’Empereur Napoléon PL qui était bon juge en cette matière, disait: Avec une bonne cavalerie, j'aurais vaincu l’Europe.
La France est une nation continentale à laquelle on conçoit que le service du cheval soit éminemment nécessaire dans les guerres qu’elle peut avoir à soutenir avec ses voisins. Les nations maritimes, telles que l’Amérique, l’Angleterre, la Hollande ont moins besoin de cavalerie, car c’est du côté de la mer qu’elles peuvent être attiiquées; tandis que la France peut craindre les peuples, les plus cavaliers de l’Europe, qui sont à ses portes dans la moitié de ses frontières, ainsi que le dit M. le général Oudinot: « Chaque puissance doit nécessairement subordonner le mode de ses remontes à la nature des guerres qu’elle est destinée à soutenir, aux lois qui la régissent, à sa situation financière, enfin au nombre et à l’espèce de ses chevaux. »
En effet, messieurs, l’Angleterre, quoique possédant abondamment des chevaux propres à tous les services, n’a
pas besoin , comme nous l’avons dit, d’iine cavalerie nombreuse, d’ailleurs elle tire principalement ses chevaux de remonte du Hanovre et de la Hollande, elle trouverait aussi très facilement tout ce qui lui serait nécessaire dans le second choix de ses chevaux de luxe qu’elle a perfectionnés à un si haut degré.
La Russie, dit encore M. Oudinot : « placée dans d’autres conditions, trouve une partie de ses chevaux de guerre dans les haras annexés aux colonies de cavalefie , et qui sont une conséquence de cette institution. » Ils offrent pécuniairement, dit M. le maréchal duc de Raguse, de grands avantages au Gouvernement, qui remonte ainsi, sans achats de chevaux, 180 escadrons, et trouve dans la récolte des terres de chaque colonie, la nourriture des chevaux. Ces haras sont composés de juments russes et d’étalons anglais. Les produits qui en sortent sont remarquables, ils ont de la taille, une bonne conformation, de l’espècé et de la souplesse. Le plus grand nombre de ces chevaux servirait aussi bien à monter un officier général qu’un simple cavalier.
« L’Autriche, la Prusse et les autres États de l’Allemagne ont à leur disposition des ressources chevalines considérables, favorisées par une aristocratie riche et influente et par des haras sagement dotés et bien administrés. »
Revenons à la France maintenant ;
Vous avez vu, messieurs, que les Gaulois durent leur prépondérance à leur cavalerie , il en a été de même dans tous les temps pour le peuple français: notre cavalerie a fait de tous temps l’admiration du monde et jamais à aucune époque la France ne se trouva manquer de chevaux pour repousser l’ennemi , si ce n’est depuis la fin des guerres de Louis XIV, et nous en avons vu la raison , messieurs,'c’est à cette époque que les armées soldées et permanentes vinrent remplacer la cavalerie nationale qu’entretenaient à leurs frais les grands propriétaires du sol français.
Je vous citerai , messieurs, un passage remarquable de
l’ouvrage de M. le général Oudinot, dont nous avons déjà parlé et qui vous fera connaître les divers modes d’achatsqui ont eu lieu en Francejusqu’à notre époque.
« Déjà sous Louis XIV, cette pénurie se faisait vivement .sentir. Cependant l’élève du cheval était encouragée par une cour brillante, par une maison militaire nombreuse, enfin par les mœurs et les habitudes d’une époque où la difficulté des communications obligeait toutes les classes à faire usage du cheval de selle.
« Après les guerres de la Succession, la France, pour remonter sa cavalerie , dépensa plus de 1 00 millions à l’étranger. Ce fut dans le but de soustraire le royaume à une pareille dépendance, ce fut pour augmenter le nombre des chevaux et améliorer nos races, que Louis XIV institua les Haras.
« Il n’est pas inutile de rappeler que depuis l’organisation des armées permanentes jusqu’en 1763, les capitaines propriétaires de leurs compagnies, étaient chargés à ce titre de les remonter, ainsi que de les recruter en temps ordinaire. On n’a toutefois que des documents incomplets sur la manière dont avait lieu l’acquisition des chevaux de troupe avant 1 789. Cependant tout le monde sait qu’à cette époque encore, la plupart des régiments avaient à leurs frais des dépôts de poulains dans diverses contrées de la France. La cavalerie légère, notamment, élevait en Limousin un grand nombre de jeunes chevaux. Leur éducation était dirigée avec le plus grand soin , ils se faisaient remarquer par beaucoup d’énergie et de fond. Aussi quelquesuns ont-ils survécu aux nombreuses guerres de la République.
« La révolution de 1789 détruisit l’institution des Haras, sous prétexte que le Gouvernement exerçait un monopole préjudiciable à l’industrie particulière. Vers le même temps, l’élève des poulains par les régiments fut abandonnée.
« Les prévisions de guerres, et bientôt la guerre ellemême, nous forcèrent à augmenter l’effectif de nos troupes
à cheval. En i790, les régiments passèrent des marchés particuliers pour leurs remontes. Dès l’année suivante, l’intervention directe des corps dans les achats paraissant offrir plus d’inconvénients que d’avantages, le Gouvernement eut recours à des marchés généraux. Presque toutes les remontes livrées parles fournisseurs étaient tirées de l’Allemagne. Les pertes de chevaux furent réparées jusqu’à l’an VIII, au moyen de ces marchés généraux et subsidiairement par des réquisitions ; de grands dépôts furent institués pour recevoir les chevaux de cette douhlc provenance, et pour les diriger sur les corps. Mais ni le mode de livraison, ni le mode de réception n’étaient fixés d’une manière uniforme. Un seul fait suffira pour donner une idée des abus qui se commettaient alors. Le dépôt du Bec-IIellouin avait annoncé, au commencement de l’an ix, le départ de 3,S42 chevaux pour les armées du Nord et les équipages de Sampigny : ils ne sont jamais arrivés à leur destination....?
« De pareils désordres ne pouvaient avoir qu’une durée limitée, il était indispensable d’y mettre un terme. Dès l’an VIII, les régiments avaient dû se remonter en partie au moyen d’une masse, dite de remplacement, et proportionnée pour chaque arme au prix d’achat des chevaux. On voulut en l’an xii étendre et fortifier cette mesure, mais le changement de système ne fit que déplacer les abus. Les régiments chargés de leurs achats se firent entre eux une concurrence aussi nuisible à l’homogénéité et à la qualité des remontes qu’aux intérêts du trésor. Par suite de l’éloignement ou delà proximité des contrées chevalines, en raison aussi des connaissances spéciales des colonels, les remontesdes divers corps présentaient des diiïérences très notables. Les chevaux achetés parquelques régimentsn’étaient propres à aucun genre de service. Enfin, il faut bien le dire, presque tous les marchés étaient simulés. Les officiers faisaient de la remonte un objet de spéculation, soit dans leur intérêt, soit dans celui des conseils d’administration. Par-
tout la fantaisie se substituait à la règle, partout les dilapidations et les banqueroutes étaient devenues la conséquence du défaut de contrôle.
. « 11 ne suffisait plus de sévir contre ces abus, il fallait accroître la population chevaline en France, et améliorer les races. Napoléon le comprit, lui qui se plaisait à faire revivre les grandes conceptions^ il réorganisa en 1806 l’administration des Uaras et voulut par ce moyen assurer les remontes de l’armée. Le temps lui manqua pour compléter cette œuvre importante, et pour obtenir d’elle tous les résultats qu’il en attendait.
« Le mode des remontes par marchés généraux fut rétabli à l’exclusion de tout autre. Les régiments n’intervenaient plus dans les achats ; les chevaux étaient conduits à la garnison par les fournisseurs. Les chefs de corps se voyant ainsi enlever toute action directe sur la remonte furent blessés dans leur amour-propre. Ils n’avaient plus la disposition de fonds considérables qui augmentaient leur influence et formaient une sorte de masse occulte. De là leur opposition contre un système qu’il fallut abandonner en 1809. Le Gouvernement essaya de créer de grands dépôts; il en confia la direction aux généraux dont l’expérience offrait plus de garantie. Cette nouvelle mesure ne put triompher de la résistance des colonels qui, restant encore étrangers à la remonte de leurs corps, trouvaient mauvais tous les chevaux qui leur étaient envoyés.
« La France épuisée ne pouvait réparer seule les pertes en chevaux qu’entraînaient les terribles luttes qu’elle avait à soutenir durant l’époque Impériale. Mais alors nos armées, maîtresses d’une partie de l’Europe, trouvaient chez les peuples conquis les moyens de continuer la guerre. En 1 81 0, on profita d’un instant de paix pour s’occuper sérieusement d’organiser le service de la remonte. Des ofliciers-généraiix éminents furent réunis en commission à cet effet. Ils décidèrent, à une grande majorité, que les abus inséparables de l’achat direct par les corps devaient le faire abandonner
mtis reiour, et que le Gouvernement.avait tout avantage à passer des marches généraux. Mais on était pressé par les événements; laguerre d’Espagne absorbait un grand nombre de chevaux et les principes de la commission étaient à peine formulés, qu’on se trouva entraîné à chaiger temporairement les corps de pourvoir à leurs remontes. La fortune nous étant devenue contraire, nous fûmes réduits à nos seules ressources chevalines, au moment où les désastres de la campagne de Russie nous occasionnaient d’immenses pertes. On mit en réquisition les chevaux des particuliers, comme on avait fait dans les moments de crise de la Révolution. Ces moyens extraordinaires et la levée de quatre régiments de gardes-d’honneur, ne purent donner à l’armée que 29,000 chevaux, encore n’étaient-ils pas en état d’entrer immédiatement dans les rangs.
«A sonretourde l’île d’Elbe, Napoléon eut recours denouveau aux réquisitions, auxmarchéspassés par les régiments. Enfin , les gardes-du-corps et une partie de la gendarmerie durent laisser leurs chevaux à la cavalerie.
« Après les Cent-Jours, nos troupes à cheval furent autorisées à pourvoir directement à leurs remontes. Les régiments de la garde, qui payaient 100 francs de plus que la ligne , par tête de cheval , parvinrent à se remonter, mais les autres éorps ne purent trouver de chevaux au prix qui leur était alloué.
« La cavalerie se vit dans une telle dépendance d’une compagnie de marchands de chevaux que, de 1816 à 1818 inclus, les achats ne purent s’élever au-delà de 3,903 chevaux. Les propriétaires et cultivateurs du Calvados firent, de leur côté, entendre de nombreuses plaintes contre les agents de cette compagnie qui, disaient-ils, les abreuvaient de dégoût et les forçaient à' renoncer à l’élève du cheval. Pour neutraliser rinfluence des marchands afin que les éleveurs pussent livrer à l’armée sans intermédiaire, le maréchal Saint-Cyr arrêta en 1819, qu’un dépôt de remonte serait établi à Caén; ce dépôt fut institué l’année
suivante, et quelques mois après on en créa un autre à Clermont-Ferrand pour explorer les ressources de l’Auvergne et du Limousin.
« Bien que la cavalerie fût alors peu nombreuse, ces dépôts ne purent suffire à réparer nos pertes. Il y eut encore nécessité de recourir aux marchands.
« En 1 823, la cavalerie reçut un accroissement subit. Les circonstances étaient impérieuses, le Gouvernement autorisa quelques régiments, désignés pour entrer en Espagne , à compléter leur effectif en chevaux au moyen de marchés particuliers ou d’achats directs.
« Le service des remontes ne pouvait donc satisfaire à nos besoins. Il n'avait point encore d’organisation fixe et permanente, cependant les essais tentés à Caen et Clermont promettaient de bons résultats. Ils démontraient la nécessité de donner plus de consistance au nouveau système de remontes. Une commission composée d’officiers-généraux, et à laquelle fut adjoint un inspecteur des Haras, proposa d’accroître le nombre des dépôts, et d’y placer, pour y soigner les chevaux , des détachements tirés des divers corps. Par suite de cette proposition , sept nouveaux dépôts furent créés en 1823.
« Après des efforts multipliés et impuissants, après des essais non moins nuisibles à la dignité militaire qu’à l’intérêt général, on commençait à concevoir l’espérance de n’admettre dans l’armée que des chevaux indigènes.
« Cependant, si le but était indiqué, les moyens de l’atteindre n’étaient point assurés. Les officiers, trop peu nombreux pour parcourir le pays, ne pouvaient visiter tous les' éleveurs et détruire les préventions qu’entraînaient les marchands. Ceux-ci continuèrent à faire la loi, et les opérations à domicile, les achats directs par la remonte, étaient presque nuis. Les propriétaires,’ en défiance contre un système tout provisoire, ne venaient point présenter leurs chevaux aux dépôts.
« L’institution fut donc faussée dès son origine. 11 appar-
Icnail à M. le maréclial duc de Dalmalie de la consolider el de lui donner tout lcdcvelo])pement qu’elle comporte. L’ordonnance du \\ avril -ISdl établit des règles fixes, définit nettement les principes. L’article P'' porte : « La remonte « de troupe de la cavalerie et de l’artillerie, la remonte du « train des parcs d’artillerie et du génie, celle des équipages « militaires seront à l’avenir réunies sous la dénomination « de Service génér.vl de la Ue.monte. »
« Cette disposition fondamentale est de la plus grande importance. Elle sera féconde en résultats et ne saurait être assez appréciée. ,
« La plupart des contrées chevalines produisaient des chevaux d’espèces variées, aptes à des services différents. Quand les dépôts se bornaient à l’achat des chevaux pour la cavalerie, l’encouragement était insuflisant. En effet, les accouplements les plus judicieux ne procurent pas toujours les produits qu’on voulait obtenir. Il fallait assurer aux éleveurs un débouché pour tous les chevaux propres aux divers services de guerre. La réunion des remontes des différentes armes n’est pas moins avantageuse à chacune d’elles en particulier qu’aux propriétaires eux-mêmes. Elle accroît ta production et permet d’utiliser toutes les ressources indigènes. Là ne se bornent pas les sages prévisions de l’ordonnance de 1831 . Elle donne au service de la remonte le caractère de stabilité qui lui manquait. L’organisation du personnel de la remonte a subi en 183'2 et 1836 des modifications. Toutefois les bases du système sont restées les mêmes. Il faut s’en applaudir. »
L’institution des remontes, messieurs, comme celle des llaras, a eu ses détracteurs acharnés; rien d’étonnant à cela, l’homme est toujours porté à blâmer ce qu’il ne comprend pas, et personne ne veut maintenant se donner la peine de rien étudier, de rien connaître;' on blâme à tort et à travers sans savoir par quoi on remplacera ce que l’on veut détruire. Pour nous, messieurs, nous serons justes envers l’administration des remontes, bien que quelques officiers de ce
corps aient attaque souvent l’administration des Haras, nous ne les imiterons pas , nous reconnaîtrons qu’à notre époque et au milieu des circonstances qui nous entourent, l’administration des remontes offre d’immenses avantages, en principe, et qu’avec quelques modifications très faciles à introduire dans le service, on pourrait faire arriver cette institution à la perfection des institutions humaines. Espérons qu’il en sera ainsi, mais n’y comptons pas trop; au lieu de légères modifications, il ne manquera pas d’esprits superbes qui voudront tout détruire au lieu d’améliorer. C’est le même plan infernal pc\ur les Haras. Si ces deux administrations nées'pour être sœurs, marchaient sans encombre et en s’aidant chaque jour par l’expérience vers le grand but utilitaire de la production suffisante et de la consommation exclusive du cheval français, pour tous les besoin du luxe, du commerce et de la guerre, la France serait avant dix ans à la tête de tous les peuples hippiques du monde! C’est à vous, messieurs, de hâter le moment où la France éclairée comprendra enfin qu’on ne produit que ce qu’on vend; c’est à' la jeunesse actuelle de venger la vérité de la sottise et de l’aveuglement des hommes de notre âge.
Je dois maintenant, messieurs, vous faire connaître l’organisation des dépôts de remonte. La France est divisée en six circonscriptions d’achat :
1". Caen (Calvados), avec les succursales de Saint-Lô (Manche), Alençon (Ornej, le Bec-Hellouin (Eure) et Angers (Maine-et-Loire); personnel, 29 officiers.
2°. Guingamp (Côtes-du-Nord), avec la succursale de Morlaix (Finistère) ; personnel, 9 officiers.
3°. Ailiers (Nord); personnel, 8 officiers.
i°. Saint-Maixent (Vendée), avecles succursales de Fontenay (Vendée) et Saint-Jean-d’Angely (Charente-Inférieure); personnel, 13 officiers.
5°. Guéret (Creuse), avec la succursale d’Aurillac (Cantal); personnel, '13 officiers.
6®. Audi (Gers), avec les succursales de Tarbes (Hautes- Pyrénées) et Castres (Tarn); personnel, '1 5 officiers.
En résumé 6 dépôts et 1 0 succursales ; personnel, 87 officiers.
Les remontes achètent des chevaux pour la cavalerie légère, la cavalerie de ligne, laréserve, l’artillerieet le train des équipages depuis quelques années; elles achètent aussi les chevaux d’olTiciers qui sont fournis par le Gouvernement.
Chevaux d’officiers 900 fr.
Réserve 800
Légers ooO
Artillerie, train des équipages 550
La taille exigée d’après le dernier réglement, est fixée ainsi qu’il suit :
Cavalerie légère de 1 m. 48 à 1 m. 51
Cavalerie de ligne de 'I m. 51 à 1 ni. 54
Cavalerie de réserve de 1 m. 54 à 1 m. 60
Artillerieettrain des équipages de 1 m. 49 h 1 m. 54
Voici le nombre des chevaux que la remonte s’est procurés en France depuis 1 81 9 ;
/|8/19 — 3,361 , plus 2,533 achetés à l’étranger.
\ 820 — 1 ,625, plus 1 ,1 93 achetés cà l’étranger.
1823 — 22,956, plus 602 achetés à f étranger.
plus 6,948 achetés cà l’étranger,
plus 7,967 achetés à l’étranger.
plus 4,000 achetés à l’étranger.
D’après M. le général Oiulinot, le remplacement des chevaux de guerre, doit se faire en France au 7“®; ain^i, en estimant à 70,000 le nombre de chevaux de l’armée , ce serait 10,000 chevaux par an que la France aurait à fournir aux différentes armes, or ce nombre n’a jamais été demandé qu’exceptionnellement, par exemple en '1 84-8, où l’on voulut mettre notre cavalerie sur un pied de guerre formidable. Mais alors on eut recours aux fournisseurs et aux marchés particuliers et ce fut une faute grave, car les dépôts de remontes eussent fournis à toutes les demandes si l’on eût voulu l’exiger. Malheureusement, il est pénible de le dire, mais il semble qu’il y ait un mol tljcrdre pour avancer que
la I< rance ne peut lonrnir le contingent de chevaux qui lui est nécessaire, et cependant à qui lera-t-on croire que, sur une population de plus de deux millions cinq cent mille chevaux, on ne peut trouver par an, 5, 10 et même \ 5,000 chevaux au besoin ; du reste la vérité s’est fait jour sur cette question et personne maintenant n’est tenté de dire que la France manque de chevaux pour remonter sa cavalerie.
REMOISTE DES HARAS.
Dès la formation de l’administration des Haras on dut songer sérieusement à .une des mesures les plus importantes à prendre, celles des achats de chevaux nécessaires pour la reproduction de l’espèce. 11 n’y eut point d’abord d’acheteurs spécialement désignés, la plupart du temps ce furent les directeurs nouvellement nommés qui furent chargés des achats, ainsi que les inspecteurs généraux auxquels on adjoignit MM. Huzard père et Tessier, membres de l’Institut
Ces achats avaient lieu ordinairement dans le pays même, on choisissait les meilleurs étalons échappés aux réquisitions. Un certain nombre de chevaux arabes venus d’Egypte, des chevaux allemands et espagnols leur furent adjoints; mais les achats avaient lieu principalement en Normandie, pays qui de tout temps semble avoir eu le monopole de la reproduction et où s’étaient conservés les types les plus précieux.
Vous sentez, messieurs, que les premiers achats étaient bien loin d’être parfaits , un grand nombre de chevaux , soit par le manque de sujets, soit par la difficulté de les placer convenablement, étaient au-dessous du médiocre. Peu à peu les choses s’améliorèrent, et au bout de quelques années les Haras en vinrent à posséder un bon choix d’étalons très supérieurs à tout ce que possédait l’industrie particulière, malgré les primes qui furent réservées à ceux-ci. Du reste, en admettant toutes le.s^'aces et toutes les espèces, on re~
cherchait même cette variété, on tenait au type de chaque localité; les chevaux limousins, normands, bretons, percherons, cotentins, avaient chacun leur destination, cela rentrait dans un système de doctrines hippiques que nous n’avons pas à discuter ici, nous ne nous en occupons qu’à l’occasion des transactions dont ces acquisitions étaient l’objet. Cependant ce mode d’achat très bon pour un début, n’était pas sans inconvénient, il n’olTrait aucun mérite dans l’ensemble des reproductions, ni aucune garantie pour l’administration et les éleveurs, relativement au prix payé pour chacun d’eux; tel cheval médiocre pouvait être acheté plus cher qu’un cheval supérieur, et tel étalon qui aurait convenu dans un dépôt restait forcément dans un autre près duquel il avait été acheté quoiqu’il y convînt moins.
Pour obvier à la diversité dans les achats, on confia bientôt cette mission à un oflicier d’un grade supérieur qui en fut spécialement chargé, et quoiqu’il y ait eu bien des fois des dérogations à ce principe, les choses restèrent dans cet état depuis ISIS jusqu’à ces dernières années, et furent consacrées par le réglement de 1825, ainsi qu’il suit ;
Extrait du Réglement du 29 octobre 1 825.