APPAREIL URINAIRE
L’appareil urinaire et l’appareil génital, malgré les différences si grandes de leurs fonctions, ont entre eux d’étroites connexions anatomiques.
Plusieurs de leurs organes ont une origine embryologique commune ou encore se transforment l’un dans l’autre, le canal de Wolff devient le canal déférent; sur certains points, ils sont en contact intime, la prostate avec l’urètre, l’urètre avec le vagin, ou même s’identifient, comme le canal pénien chez l’homme, qui sert au passage de l’urine et du sperme; des vaisseaux et des nerfs de même source, et par places le péritoine, complètent cette solidarité.
Même chez la femme, où les deux appareils sont distincts sur tout leur parcours, les deux conduits terminaux s’ouvrent dans un vestibule commun, la vulve, qui n’est que le cloaque primitif de l’embryon, le sinus uro-génital. Ces connexions morphologiques et nutritives entraînent celles des affections morbides. Les névralgies viscérales, les congestions artérielles ou veineuses, les inflammations, les tumeurs, les maladies microbiennes frappent souvent les deux appareils à la fois ou consécutivement. Il n’est pas jusqu’aux glandes fondamentales ellesmêmes, rein, testicule et ovaire, qui, malgré leur éloignement, ne gardent de leur voisinage immédiat à l’époque embryonnaire des rapports nerveux et vasculaires : la veine spermatique gauche se jette dans la veine rénale, les coliques néphrétiques s’irradient dans les bourses.
L’appareil urinaire, qui représente les neuf millièmes du poids total du corps, comprend : 1° deux glandes de sécrétion de l’urine, les reins; 2° deux conduits excréteurs où coule incessamment l’urine qui filtre des reins, les uretères; 3° un réservoir commun, la vessie; 4° un canal évacuateur à fonctionnement intermittent, Y urètre.
Fig, 1. — Appafeil urinaire.
Nous décrirons tout d’abord les capsules surrénales, glandes de fonction inconnue, mais qui présentent avec les organes génito-urinaires des relations anatomiques importantes.
CAPSULES SURRÉNALES.
Les capsules surrénales sont deux organes situés au-dessus des reins, d’où le nom de reins succenturiers, c’est-à-dire surajoutés ou complémentaires, sous lequel elles ont quelquefois été désignées. Le terme de capsule consacre une erreur des anciens anatomistes, qui les croyaient creusées d’une cavité centrale, et celui de glandes surrénales serait bien préférable.
Elles occupent, en haut de la cavité abdominale, sur sa paroi postérieure, une sorte de carrefour compris entre les reins, le diaphragme, le foie et la rate. Elles sont rétro ou sous-péritonéales, et correspondent à la dixième vertèbre dorsale, au dixième espace intercostal et à la onzième côte. Cette situation profonde et le volume des organes, foie et estomac, qui les séparent de la paroi antérieure, les rendent inaccessibles à l’examen extérieur.
Poids et dimensions. — Le poids spécifique est de 1,016; le poids absolu pour chacune est en moyenne de 7 grammes, avec des variations fréquentes de 5 à 9, et des poids extrêmes de 4 et de 11, avec intégrité complète de l’organe.
Leur hauteur en avant est de 30 millimètres (20-35); leur largeur transversale maxima, 45 (40-55) ; leur épaisseur de 3, atteignant 6 millimètres à la base. Ces chiffres suffisent pour montrer que les glandes surrénales peuvent, sans cause connue, varier du simple au double.
Fixité. — Les capsules sont assez solidement fixées pour qu’on ne puisse les retirer en les arrachant; il faut, pour les avoir intactes, une véritable dissection.
Il est aussi remarquable qu’elles ne sont à peu près jamais
le siège cPectopies; dans les cas très rares où on les a trouvées accolées au hile du rein, il est probable qu’on avait affaire à un rein surélevé.
Cette fixité si particulière n’est pas due au péritoine pariétal ni aux vaisseaux, car les reins, organes facilement déplaçables, ont ces mêmes attaches ; elle tient aux travées cellulo-fibreuses qui, émanant de l’enveloppe extérieure de ces glandes, les lient à tous les organes environnants, à la veine cave, au tronc cœliaque, aux piliers du diaphragme, à la rate .et au foie. Les attaches au bord postérieur du foie sont telles qu’en enlevant cet organe on enlève presque toujours les capsules avec lui.
Les moyens d’union avec le rein sous-jacent sont les plus faibles, et peuvent être à peu près nuis si le sujet est gras : ils sont réalisés par des tractus cellulo-vasculaires allant du pôle rénal à la face concave des capsules.
Forme. — Soit chez les animaux, soit chez l’homme, elle est des plus variables. Ordinairement, elle est triangulaire, verticalement placée et à pointes arrondies (forme de casque aplati, de bonnet phrygien), ou à pointes aiguës; assez souvent elle est ovale, à grand axe transversal (forme de langue, de demi-lune),
plus rarement elle est quadrilatère. L’axe vertical est toujours, comme celui des reins, incliné en bas et en de-
hors.
Dans la forme classique,, en casque, on distingue trois faces et trois bords.
1° Face antérieure.
— Cette face, légèrement bombée, regarde un peu en dehors, et non directement en avant :
le péritoine pariétal la
Fig. 2. — Capsule surrénale droite.
couvre, mais ne lui adhère pas. Elle est en rapport, à droite, avec la partie la plus reculée du lobe droit du foie, en dehors du passage de la veine cave, et ce contact est marqué par une empreinte dite facette ou empreinte surrénale; à gauche, avec le pancréas et l’estomac, plus en dehors avec la rate.
Sur le milieu, et courant parallèlement aux bords, se voit un grand sillon curviligne, qui va en mourant vers l’extrémité externe de l’organe. Il peut être bifurqué ou double, ou coudé, tantôt superficiel, tantôt assez profond pour donner à l’organe un aspect bilobé. Ce sillon, par où pénètrent les plus grosses branches de l’artère capsulaire moyenne et d’où émerge le tronc de la veine principale, est le liile de la glande.
2° Face postérieure . — Plate, beaucoup plus petite, quelquefois de moitié, accolée aux piliers du diaphragme, elle présente souvent une ébauche plus ou moins marquée d’un sillon semblable au grand sillon antérieur.
3° Face inférieure. - Sa configuration est des plus variables. Elle est ordinairement excavée en gouttière, et traversée dans sa longueur par une rainure ou fissure profonde où s’engagent des vaisseaux; ordinairement aussi elle est taillée en biseau plus ou moins oblique aux dépens de sa partie postérieure. C’est la base de l’organe. Elle représente son assiette rénale, car elle est au contact d’une partie de la face antérieure du rein, de son extrémité supérieure et de son bord interne sur lequel elle peut descendre jusqu’au voisinage de la scissure. Ce contact est immédiat, sans cloison péritonéale ou fibreuse; mais tantôt il y a adhérence assez forte entre les deux organes par des tractus celluleux minces et denses, tantôt ces tractus sont très lâches et infiltrés de graisse.
Bords. — Des trois bords, le supérieur mince, courbe, est fixé au diaphragme à gauche, et au bord postérieur du foie à droite, sans interposition de péritoine, et par des liens conjonctifs serrés; quand la capsule est allongée en hauteur et acuminée, ce bord est divisé par ce sommet angulaire en deux portions, dont l’interne est verticale, abrupte, unie à la veine cave ou à l’aorte. — L’antérieur et le postérieur sont les deux lèvres de la gouttière de la base, et viennent s’unir avec le bord supérieur, en
dedans en un angle arrondi, en dehors en un angle effilé, extrémités interne et externe, tête et queue de la capsule.
Asymétrie. — Les glandes surrénales droite et gauche sont rarement semblables.
Celle de droite est ordinairement plus allongée en hauteur, en forme de pyramide ou de cœur; elle est plus petite et plus légère. — Celle de gauche s’étale davantage en ovale transversal ; elle est plus grande, plus lourde de 1 gramme en moyenne, et sa face inférieure descend plus bas sur la face antérieure du rein.
Structure. — Chaque capsule est plongée dans une atmosphère cellulo-graisseuse, continuation de celle du rein. Suivant
Fig. 3 — Enveloppes extérieures de la capsule surrénale. — Coupe verticale du côté droit.
l’embonpoint du sujet, la nappe adipeuse est mince ou épaisse; elle est nulle chez le nouveau-né. Elle est elle-même limitée extérieurement, en avant et en arrière, mais non sur sa face inférieure, par un fascia lamelleux, suite du fascia rénal, et comme lui du type des feuillets sous-péritonéaux; il s’attache aux organes voisins, et par des cloisons conjonctives, qui, émanant de sa face interne, traversent la couche graisseuse, il adhère intimement à l’enveloppe propre de la glande. — Cette disposition ne se voit bien que sur un sujet adulte et de faible embonpoint.
La glande elle-même, isolée de cette atmosphère péri-viscérale, se présente avec une teinte jaunâtre, une surface mamelonnée, à mamelons lisses, striée de grands et petits sillons occupés par les vaisseaux.
L’aspect bosselé ou lobulé est très marqué dans certains cas de cirrhose légère.
La coupe montre qu’il y a deux substances bien distinctes : une périphérique et une centrale, et que les grands sillons extérieurs sont dus à des plissements de tout le parenchyme.
Substance corticale. — Ferme, à cassure fibreuse, souvent rayée à l’œil nu de stries parallèles, de teinte blanc jaunâtre, d’un jaune qui peut être ocre, brun ou rougeâtre; elle constitue la partie principale de la glande et son épaisseur est de lmm à lram5. On y distingue une enveloppe fibreuse, mince, mais résistante, non séparable, car elle envoie dans le parenchyme des septa nombreux; puis une zone striée qui correspond aux cloisons fibreuses et à des cordons cellulaires disposés entre ces cloisons {zone fasciculée ), moins nette vers la surface où les espaces sont plus arrondis {zone glomérulaire ), et enfin vers la profondeur un liseré foncé, de couleur bistre {zone réticulée) .
Substance médullaire . — Elle ne constitue que le tiers de l’organe. Très mince vers les bords où elle envoie trois prolongements, elle atteint sa plus grande épaisseur, 2 à 3ram, dans l’axe de la veine principale. Elle est molle, pulpeuse, friable, d’aspect gélatineux, de teinte gris clair ou gris rosé. On y distingue la coupe de veines nombreuses. Elle prend avec les sels
de fer une coloration glauque, et avec les solutions aqueuses d’iode une couleur rose. Cette réaction qui existe chez tous les animaux est si énergique qu’elle se manifeste même sur des coupes microscopiques (Y ulpian) .
Fig. 4. — Coupe verticale de la C. surrénale: la face antérieure est à gauche.
La substance médullaire est très putrescible, et comme les veines qu’elle contient ont elles-mêmes des parois minces et friables, le sang s’extravase avec la plus grande facilité. Il en résulte qu’on trouve souvent sur les cadavres qui ne sont pas très frais une bouillie noirâtre, liquide ou en gelée (atrabile);elle a fait croire aux anciens anatomistes que la glande était creuse et conformée en sac ou capsule. Mais il ne faut pas non plus attribuer à la décomposition cadavérique toutes les désintégrations de la substance centrale ; il s’en produit aussi pendant la vie, comme l’attestent des foyers formant tumeur, ou la présence d’un liquide séreux analogue à celui d’anciens foyers hémorragiques. La distinction entre les ramollissements cadavériques et pathologiques n’est pas toujours facile (Rayer).
Vaisseaux et nerfs. — Les capsules surrénales sont remarquables par leur richesse exceptionnelle en vaisseaux et en nerfs, indiquant une activité physiologique intense et rendant plus inexplicable l’ignorance complète de leurs fonctions.