ENVELOPPES DES TESTICULES
Chaque testicule est entouré d’une série de tuniques emboîtées de nature et de fonction différentes ; seule la peau forme une enveloppe commune à ces deux systèmes, et encore voit-on sur sa ligne médiane la marque de la suture qui a réuni ses deux moitiés, distinctes elles aussi chez l’embryon.
Ces enveloppes sont de dehors en dedans : la peau ou scrotum, le dartos, la tunique celluleuse, la tunique musculaire ou crémaster, la tunique fibreuse et la tunique vaginale.
Leur ensemble s’appelle les bourses.
Les bourses représentent une masse arrondie, saillante en avant du plan fémoral, renflée en bas, pédiculisée en haut, et comme suspendue au pubis par un collet; elles sont bilobées par la gouttière médiane où repose la verge. Cette masse est dure, globuleuse chez l’enfant et collée contre l’arcade pubienne ; ferme, ovoïde chez le jeune homme; flasque, allongée, pyriforme chez le vieillard. Souvent une des deux moitiés descend plus bas que l’autre. Si le testicule manque, la bourse inhabitée qui lui correspond garde le type infantile.
1° Scrotum. — La peau qui sert en quelque sorte d’écorce aux testicules porte le nom de scrotum (sac ou bourse de cuir). On y remarque une crête saillante, le raphé, ligne de soudure médiane qui va de l’anus à l’extrémité de la verge, et des sillons courbes transversaux ou rides , insérés en barbes de plume sur ce raphé. La peau scrotale présente des caractères très spéciaux : sa pigmentation, sa finesse qui explique la transparence de l’hydrocèle, la facilité de la nécrose, la prédisposition aux plaques muqueuses, à l’érythème, aux sillons de la gale, aux éruptions artificielles, son extensibilité. Les hernies volumi-
neuses, les vastes hydrocèles montrent, tout à la fois, que le scrotum est éminemment extensible, et que pour se dilater, quelquefois jusqu’aux genoux, il n’emprunte rien aux régions voisines, abdominale ou fémorale.
Il contient des poils rares, des glandes sébacées, de nombreuses glandes sudoripares.
2° Dartos. — Le dartos est un feuillet rougeâtre, d’aspect fibrillaire, tantôt très mince, tantôt épais de 1/2 millimètre qu’on trouve accolé à la face interne du scrotum ; il lui adhère par de nombreux prolongements, et bien qu’on puisse le faire mouvoir sur lui, il n’en est séparable que par le scalpel.
Composé de fibres musculaires lisses mêlées à des fibres élastiques, le dartos s’étend sur toute la verge et sur le périnée, constituant ainsi le peaucier ou dartos génital , analogue au muscle aréolaire du sein ; il atteint son plus grand développement sur les faces antérieure et latérale des bourses. Les fibres descendent verticalement de la racine de la verge, dans un sens parallèle au raphé et perpendiculaire aux rides ; elles s’insèrent par des tendinets élastiques à la face profonde du scrotum, aux branches ischio-pubiennes sur le côté, à l’aponévrose périnéale en arrière. Ce sont ces insertions, jointes aux lames celluleuses, qui limitent la région à la périphérie, maintiennent le sillon cruro-scrotal, et conservent aux bourses leur individualité dans les plus grandes distensions.
En haut, le dartos scrotal se continue au milieu avec le dartos pénien qui engaine la verge ; latéralement sur le pédicule il cesse et fait place à l’appareil suspenseur des bourses, appareil élastique attaché aux aponévroses abdominales.
La contraction du muscle dartoïque .produit un mouvement vermiculaire qui fronce et durcit le scrotum (corrugation) ; elle est donc la cause des rides que les libres musculaires coupent à angle droit. Ce mouvement part du périnée et remonte vers la Verge par une sorte de péristaltisme ; son énergie est proportionnelle à la vigueur du sujet, il disparaît dans la vieillesse, dans les maladies graves, et réapparaît comme signe de convalescence.
Le dartos remplit la double fonction de muscle défenseur, en se contractant dans le froid, dans l’effort abdominal, dans certaines émotions, et de muscle compresseur par sa mise en jeu dans la copulation. Sa tonicité ou son relâchement, suivant la plénitude ou la vacuité du testicule, indiquent qu’il est réglé sur la glande qu’il protège. — C’est encore sa contraction qui explique le recroquevillement en dedans des lambeaux et l’absence d’hémorragies dans certaines plaies scrotales.
Cloison clés bourses. — En insufflant de l’air sous le dartos droit, on voit que seul il se distend en une poche de plus en
Fig. 55. — La cloison dartoïque des bourses, vue en coupe frontale.
plus volumineuse, alors que celui de gauche ne change pas; ce fait prouve que le tissu cellulaire qui lui est sous-jacent ne communique pas d’un côté à l’autre.
En effet, sur la ligne médiane, en avant comme en arrière, chaque feuillet musculaire droit et gauche se réfléchit à angle droit et limite une cavité unilatérale; la cloison des bourses est donc double, les deux dartos sont adossés, séparés par un tissu cellulaire fin qui permet leur décollement, et le raplié extérieur marque la ligne neutre de séparation : aussi n’est-il pas froncé dans la contraction musculaire. De là résulte
deux poches ou sacs, sacs dartoiques, poches testiculaires, totalement indépendantes, accolées en bas, séparées en hautpar l’interposition de la verge. Cette indépendance est très manifeste soit dans l’atrophie unilatérale des bourses par absence d’un testicule, soit dans leur dilatation par une hernie ou une hydrocèle.
Le tissu qui constitue la cloison est bien certainement le dartos, dont les fibres étendues en direction antéro-postérieure vont se fixer en arrière aux aponévroses périnéales. Selon Barrois, elles proviendraient non du plan longitudinal que nous avons décrit, mais d’un second plan plus profond et transversal qui est particulier à la région scrotale.
3° Couche celluleuse. — Elle représente le tissu cellulaire sous-cutané, mais très lâche, sans graisse, se dilacérant facilement, de telle façon qu’une partie des filaments conjonctifs reste adhérente au dartos, l’autre à la tunique fibreuse; des vaisseaux et des nerfs la traversent. C’est elle qui s’infiltre de sérosité dans l’oedème, de sang dans les contusions, de pus dans les abcès superficiels, de gaz sur le cadavre en putréfaction; le dartos fendu, elle permet d’énucléer à la main le testicule et le cordon avec leur sac fibreux. Comme tout autre tissu cellulaire, elle se dispose en lames par la pression et le glissement, et entoure ainsi les hernies anciennes d’une série de feuillets qui déroutent l’opérateur.
En arrière, elle est plus ferme et renferme de la graisse qui se continue avec celle du périnée et celle du mont de Yénus; c’est par là que l’infiltration u ri n eu se envahit les bourses. Latéralement, elle se prolonge en dedans sous la couche celluleuse du pénis, tandis qu’en dehors elle reste séparée du tissu sous-cutané de la cuisse par l’insertion du dartos, et sa propre insertion sous forme de lamelles condensées à la branche ischio-pubienne et à l’aponévrose fémorale.
Elle constitue donc l’atmosphère intérieure du sac dartoïque ; elle sert non seulement de lieu de passage pour les vaisseaux superficiels et de réservoir lymphatique, mais aussi d’organe de glissement pour les mouvements ascensionnels du testicule
vers Panneau inguinal. Quand on injecte cette cavité celluleuse, on décolle le testicule et son sac qui pendent en battant de cloche, et Ton voit l’injection se propager autour de la verge, dans le pédicule des bourses et plus difficilement vers le périnée.
4° et 5° Crémaster et tunique fibreuse. — Ces deux tuniques ne sont pas plus séparables Tune de l’autre que le dartos et le scrotum.
La tunique fibreuse (tunique celluleuse, fascia propria, vaginale commune) est un sac pyriforme attaché en haut par sa partie étroite au canal inguinal, où il paraît être la continuation du fascia transversalis, et se moulant en bas sur le testicule qu’il renferme. La tunique est assez mince en haut sur le pédicule, mais sur le testicule elle est épaisse et résistante ; elle est en tous cas toujours assez forte pour contenir une injection poussée au dessous d’elle, un abcès, une tumeur ; elle forme le sac fibreux des hernies. — Elle est en partie conjonctive, mais en plus grande partie élastique, d’où sa teinte jaunâtre ; les fibres élastiques sont disposées en sens longitudinal. Rektorzik a signalé sur sa surface externe la fréquence de productions verruqueuses de nombre très variable, de structure fibroélastique et de dimensions toujours inférieures à 1 millimètre.
Sauf à son origine inguinale, le sac fibreux est libre d'adhérence soit avec le dartos, soit avec la vaginale sous-jacente ; une nappe celluleuse couvre en effet ses deux faces. 11 est cependant un point d’attache dont l’importance est considérable. Au point le plus déclive, le sac fibreux adhère par son fond à l’extrémité inférieure du testicule et de l’épididÿme, et en même temps au fond du sac dartoïque près du raphê. On voit là une lame épaisse, assez résistante pour qu’on la déchire difficilement, qui part du scrotum, englobe la fin de la tunique fibreuse et va se fixer à la jonction du testicule et de l’épididyme; elle contient des fibres musculaires unissant le dartos avec le crémaster interne, et toujours de grosses veines. C’est Y attache scrotcde du testicule, tout à la fois reste et amplification de l’insertion du gubernaculum fœtal au fond des bourses. Elle est
importante en raisoil des voies anastomotiques qu’elle crée entre les circulations superficielles et profondes, de la fixation
Fig. 56. — Attache scrotale du testicule. — Le sac dartoïque
ouvert’.
qu’elle établit pour le testicule et sa vaginale distendue, de l’obstacle qu’elle peut apporter à l’énucléation, et enfin de sa signification morphologique.
Le crémaster (crémaster externe, tunique érythroïde ou musculaire) n’est point une enveloppe complète : c’est un muscle strié à deux chefs qui ne recouvre que partiellement le sac fibreux à la face externe duquel il s’applique. Son volume et sa couleur varient beaucoup d’un sujet à l’autre. Il naît en haut par deux faisceaux, un externe qui vient du milieu de l’arcade crurale, dans la partie concave du canal inguinal, un interne ou pubien qui s’insère à l’épine du pubis; il peut s’y ajouter des fibres accessoires du petit oblique et du transverse. Le faisceau crural est le faisceau principal ; il est le plus gros et existe seul chez plusieurs animaux.
Couvert en haut par un prolongement celluleux du feuillet du grand oblique qui lui sert de gaine, le crémaster descend de
chaque côté du cordon,, garnissant surtout les bords et la face postérieure ; ses fibres s’étalent sur la face antérieure et postérieure de la tunique fibreuse, dans la partie inférieure du cordon et la partie supérieure du testicule ; sur quelques sujets on voit des anses contourner le testicule. L’insertion se fait à la tunique fibreuse, qui est surtout une lame élastique ; les faisceaux musculaires sont engagés dans des cannelures creusées sur la face externe et maintenues par des réseaux élastiques, qui leur servent en même temps de tendons.
Le crémaster est un muscle indépendant et non une continuation des muscles larges de l’abdomen, bien qu’on le voit se contracter synergiquement avec eux dans la toux, le rire, l’effort. Sa contraction est brusque et élève par secousse le testicule vers l’anneau; le testicule est soulevé, moins par la fronde musculaire qui exisle rarement, que par le sac fibreux auquel il adhère en bas et qui lui-même fait corps avec les faisceaux musculaires encastrés dans son épaisseur. Dans ce mouvement ascensionnel, rattache scrotale très extensible s’allonge et, par sa rétraction élastique et musculaire consécutive, ramène le testicule à sa position première.
l^e crémaster est probablement avec les autres muscles du testicule, dartos et crémaster interne, tout à la fois un organe de protection et un agent d’excrétion pour la glande séminale.
6° Tunique vaginale. — La vaginale, portion séparée du péritoine, est une membrane séreuse qui recouvre la glande, comme la plèvre le poumon, ou le péritoine les viscères abdominaux, c’est-à-dire qu’elle constitue un sac fermé dans lequel s’invaginent le testicule et l’épididyme, en conservant une partie découverte pour le passage des vaisseaux; elle diffère, en outre, des autres tuniques en ce qu’elle ne remonte pas dans le pédicule des bourses.
Le feuillet pariétal, assez épais, est revêtu par la tunique fibreuse. Tout le long du bord supérieur ou postérieur de l’épididyme il se réfléchi t, et, devenu feuillet viscéral, mince, adhérent, recouvre les faces droite et gauche de l’épididyme et du testicule et le bord antérieur de celui-ci. Le point de réflexion des
deux feuillets n’est pas exactement sur le bord de l’épididyme, mais plus haut sur le cordon, à 10 ou 15 millimètres ; il en résulte de chaque côté du pédicule vasculaire de la glande un cul-desac un peu plus élevé en dehors qu’en dedans. En outre, tandis que sur la tête et la queue de l’épididyme, fixées au testicule, la séreuse passe directement d’un organe sur l’autre, surle corps,
Fig. 57. — La tunique vaginale vue en coupe vertico-transversale.
au contraire, qui est libre et mobile, elle contourne les trois quarts de l’épididyme avant de revenir sur le testicule sousjacent., d’où la formation d’un mésentère épididymaire, et, entre les deux organes séminaux, une arrière cavité assez profonde, en cul-de-sac (fosse digitale, sac de l’épididyme). — Tout à fait en bas, le feuillet viscéral se réfléchit brusquement de la queue de l’épididyme et du testicule sur le feuillet pariétal, et forme ainsi un pli semi-lunaire dit ligament de l’épididyme; c’est dans ce pli que sont contenues les fibres lisses qui attachent le testicule à la paroi scrotale.
La tunique vaginale est, comme toute séreuse, composée d’une membrane conjonctive et élastique et d’un endothélium de revêtement. Il n’est, pas rare de voir de petites franges ou villosités,
sur le feuillet viscéral surtout, villosités qui, dans les irritations chroniques, forment des nodules très durs. Sa cavité virtuelle est mouillée par la lymphe qui humecte les parois au contact et permet le glissement du testicule. Cette cavité ne se dilate que faiblement dans une distension brusque, mais à la longue elle
acquiert de vastes dimensions, comme on peut le voir dans l’hydrocèle. On remarquera que dans l’état de distension le testicule occupe toujours la partie postérieure et inférieure de la cavité, fait dù aux liens nombreux musculaires, vasculaires et fibreux qui fixent la glande en arrière à la tunique fibreuse, en bas au sac dartoïque.
La vaginale, avons-nous dit, est entourée par la tunique fibreuse, mais elle ne lui adhère pas ; on les sépare facilement, grâce à l’interposition d’un tissu, cellulaire sous-séreux, identique au tissu sous péritonéal. Dans ce tissu, et appliquées contre la vaginale même, se voient des fibres musculaires lisses qu’on peut suivre en haut tout le long du canal déférent, et qui en bas se condensent autour des vaisseaux, se fixent, comme nous l’avons
déjà vu, aux extrémités inférieures du testicule et de son annexe, sous le ligament séreux de l’épididyme, et sont continuées jusqu’au dartos par d’autres fibres contenues dans l’attache
Fig. 59. — Cavité vaginale insufflée. — La face antérieure est à gauche.
scrotale. Ce sont ces fibres sous-vaginales qu’Henle a appelées le crémaster interne. Nous reviendrons plus loin sur leur interprétation.
En résumant les six enveloppes que nous venons de décrire, on peut voir que ce terme est pour plusieurs assez peu justifié. Le dartos fait corps avec le scro tum et n’en est pas séparable, le crémaster avec la tunique fibreuse ne font qu’un tout, la couche celluleuse n’est pas ûne tunique. Il n’y a de réelles que trois tuniques séparées les unes des autres par une couche celluleuse :
1° Enveloppe tégumentaire (scrotum et son dartos).
— Couche celluleuse sous-cutanée.
2° Enveloppe fibro -musculaire (T. fibreuse et son crémaster).
— Couche celluleuse sous-vaginale.
3° Enveloppe vaginale.