CHAPITRE II
De la Correspondance ministérielle.
L'intérêt des affaires dont le ministre public est chargé , exige qu'il soit non-seulement muni de nouvelles instructions spéciales à mesure que ses négociations avancent , mais encore qu'il soit tenu ^u courant des nouvelles qui peuvent importer au succès de sa mission, et que son gouvernement l'informe régulièrement de ses vues ^ ou des changemens qu'il aurait adoptés dans ^s intentions. C'est à cet effet que le ministère des affaires éH^angères doit enjtitetenir avec les agens diplomatiques une corresjpondance officielle suivie. Cette correspondance doit être regardée comme faisant suite à l'instruction dont le ministre aura été. muni, et sera menée selon l'usage du gouvernement, ou par Je monarque ou chef de l'état lui-méipe, ou par le ministère des affaires étrangères , ou tel autre que l'on aurait chargé de rédiger les dépêches. On se servait autrefois assez ordinairement de la forme de rescrits pour expédier les ordres et les communications à faire aux agens diplomatiques, tandis que de nos jours on préfère employer Ja forme de lettres.
Les principes généraux qui ont été exposés à l'article des instructions seront encore applicables
(8?) ici', où U ne s'agit que d'instructions continuées et complétées. On exposera, en tant que nécc^« saire, la marche de la politique générale; on recommandera aux soins et à la vigilance du ministre les objets de négociation qui se seront nouvellement présentés; on le munira d'ordres détaillés et on répondra aux demandes d'instructions particulières qu'il aura faites ; en6n on résoudra tous les doutes qui pourraient lui être survenus sur l'exécution des ordres qu'il a reçus , et on ne négligera point de lui procurer toutes les lumières utiles à l'avancement des affaires, et qu'il ne pourrait se procurer d'autre part Si l'exactitude et la clarté sont indispensables dans ces écrits, on est d'autant plus à même d'y donner toute Tattention nécessaire, qu'ils sont exempts de toute gène pour les formes , et que l'on est entièrement libre de choisir l'ordre et la tournure qu'on voudra donner à ses idées.
Il arrive assez fréquemment que l'intérêt d'une puissance exige que ses ministres résidans auprès de différens gouvernemens reçoivent des instructions uniformes sur tel objet ou tel événement, afin de pouvoir £3iire au besoin des déclarations concordantes entre elles. En ce cas le ministère leur expédie des dépêches circulaires en forme de lettres ou de mémoires. Quelquefois même il arrive que plusieurs puissances convien-
nent entre elles d'instruire leurs ministres uniformément sur de certains points ou de certaines affaires dont l'intérêt leur est commun. Ils s'accordent alors sur la rédaction d'une circulaire, que chaque ministère expédie en conséquence à ses divers agens diplomatiques.
C'est l'usage des cabinets qui décide des formes de courtoisie que chaque gouvernement accorde à ses ministres : les règles fixes des chancelleries sur ces formalités, nous dispensent de nous y arrêter ici.
EXEMPLES
Dépêche du Roi de Pologne ait Comte de Loossj
son Ministre à Vienne.
Du ai décembre 1747-
MoirsiEUR LE Comte de IjOOss,
Vous vous souviendrez indubitablement de ce que, dès que les deux cours impériales de Vienne et de Pêtersbourg m'ont fait inviter par les comtes Esterhasy et de Bestuschef d'accéder au traité d'alliance défensive renouvelé entre les deux Impératrices le 22 mai 1746, je vous ai fait donner information entière de l'instruction envoyée làdessus à mes ministres plénipotentiaires à la cour
(89) de Russie, où on élait convenu que l'affaire de mon accession serait traitée. Ge fut le a 3 mai dernier que je vous en fis donner part ; et sur ce que la cour où vous êtes tardait de vous communiqué le traité en question , j'ordonnai de vous en faire tenir au mois de juillet suivailt une copie, de même que de tous les articles séparés et secrets qui m'avaient été communiqués par les ministres impériaux ici, à l'occasion de leur invitation commune. Les miens à Pétersbourg, après avoir déclaré en gros mes dispositions favorables pour
l'accession et produit leur pleîn-pouvoir, se sont
tenus toujours prêts à entrer en matière là-dessus avec les ministn^ autorisés pour cela par les deux Impératrices, S2«is avoir pu y parvenir plus tôt que le 17 septembre dernier, dans une conférence ; et ayant été requis de donner leurs ouvertures pat écrit, ils s'y sont encore prêtés moyennant un promemoria signé le H septembre, dont je vous fais joindre ici une copie sub. A.
Comme en attendant que les deux Cours impériales y fassent réponse par leurs ministres à Pétersbourg, et avant que je me détermine finalement là - dessus pous mon acte d'accession , il m'importe de m'être entendu avec l'Impératrice- Reine sur le partage éventuel qui doit me revenir pour ma portion , en cas que cett-e princesse, de nouveau attaquée contre meilleure attente par
' ( 90 ) le Roi de Prusse, fasse par le concours de mon assistance des dépouilles et conquêtes sur lui, ainsi que cela se trouve expliqué plus en détail dans le xii« article de Finstruction susmentionnée, dont mes ministres à Pétersbourg furent munis le a3 mai , a. c. Je vous charge de cette négociation et vous autorise par le présent ordre, et mon intention est que, ma convention signée ci-devant à Leipsic le i8 mai j 74^, avec la Reine de Hongrie, dont vous trouverez ci-joint sub. B. la copie, pouvant servir de partage éventuel à l'avenir, excepté le troisième degré, ou en cas
que la Cour de Vienne ne put reconquérir, outre le comté de Glatz, que toute la Silésie avec la principauté de Crossen , le cerde de Zueilicbau et les fiefs de Bohème que le Roi de Prusse possède en Lusace, vous demandiez pour moi à l'Impératrice - Reine une part plus considérable à ces conquêtes que ladite principauté, le cercle et les fiefs, et que vous insistiez à ce que cette princesse m'en fasse l'offre, pour que je puisse voir ensuite si ce serait de ma convenance d'y acquiescer. En faisant l'ouverture à l'Impératrice-Reine et à son ministère, confident f.ie ma demande à cet égard, vous leur en exposerez la justice, et l'équité qu'il y a qu'on m'accorde une portion un peu plus avantageuse pour me dédommager et consoler du sort malheureux
(9' ) el des pertes que j'ai essuyés à ibod secours an^ térieuFement prêté de toutes mes forces à S. M. I. Sur les rapports que tous me ferez soccessîyemeut des progrès de votre négociation , je vous ferai parvenir mes ordrâ ultérieurs^ priant, en attendant , Dieu qu'il vous ait en sa sainte garde.
Auguste, Roi.
G. DB Baukhl.
Écrit à Dresde 9 ce ai décembre 1747*
Ju Ministre de confàrenoe et d'état ^ Comte de Looss , à Fierme.
Dépêche du Ducde Choiseul^ Ministre des affaires étrangères de France^ au Baron de Bret&uil^ Ambassadeur de France en Suède y en date du %% d^ avril 1 766.
Tai cru devoir, monsieur, vous dépêcher un courrier pour vous informer avec précision du système politique du Roi relativement à la Suède, afin queJ vous dirigiez invariablement votre conduite d'après les instructions de S. M., et pour le plus grand avantage de son service.
Le Roi désapprouverait, monsieur, que vous confiassiez à aucun de nos amis, même au Comte de Fersen et à M. de Schefler, les vues que S. M, peut avoir relativement à la Suède ; il faut marquer la plus grande confiance slux patriotes pour tout ce
(90 qui peut intéresser leur personnel, et témoigner la protection décidée que S. M. leur accorde à tous en général, et à chacun en particulier; mais il faut se garantir peu à peu de Vabus qui s'est introduit à Stockholm de confier nos vues politiques à nos amis. Outre qu'un secret partagé est toujours fort mal gardé, il n'est pas vraisemblable que dans un pays divisé par différens partis, et par des factions opposées, on ne combine et même on ne confonde souvent les intérêts des puissances avec l'intérêt des particuliers, ce qui produit pour le moins , par rapport aux projets qu'une puissance peut former, et à la situation qu'elle veut prendre, des commentaires toujours inutiles et ordinairement nuisibles à cette puissance.
La France, en se laissant aller à la circonstance du moment, a fait la faute d'exciter et de soutenir le parti qu'on appelle patriotique^ pour enchaîner la puissance royale en Suède , établir dans ce royaume une administration métaphysique, et qui ne serait soutenable et possible qu'autant que tous les Suédois seraient aussi sages d'esprit et de mœurs que pouvait l'être Platon ; et l'on peut même avancer qu'avec cette sagesse, les forces réelles de la Suède ne peuvent pas se soutenir sur un pied qui puisse être utile aux alliés de cette couronne.
Le feu Roi de Suède n'aimait pas la France d'inclination. Au lieu' d'attendre patiemment sa mort, Ton a suivi et outré, pour détruire son pouvoir, les principes qu'on avait adoptés depuis la mort de Charles XII. Dès lors le Roi n'a plus eu la Suède pour alliée de sa couronne, mais unl-^ quement le parti que l'on appelle patriotique. Qu'est-il arrivé ? c'est que la guerre de la Suède contre la Russie, entreprise par l'influence de la France, a été le premier pas de la décadence suédoise. Depuis ce temps-là on^ne s'est occupé à Stockholm qu'à combattre les sentimens du Roi de Suède, et, en les combattant, à détruire les intérêts du royaume* Lorsque le prince actuellement régnant est monté sur le trône de Suède, il était naturellement disposé en faveur de la France; il avait épousé une princiesse, sœur du Roi de Prusse alors notre ami intime. Le Roi de Prusse, qui avait du crédit sur sa sœur, ne devait songer qu'à se servir, ainsi que nous, des forces suédoises contre la Russie et l'Autriche , qui étaient nos ennemies; mais loin de suivre cette route favorable, nous n'étions pas liés avec la couronne de Suède; et nos amis patriotiques, par des sentimens personnels, nommément le Comte de Tessin, voulurent donner des dégoûts à la Reine de Suède; et ce qui était inévitable, cette princesse hautaine et ambitieuse s'occupant du soin de sa
gloire et de son pouvoir, le parti patriotique ne s'occupa que de celui de la réprimer. Il y eut deux factions dans le royaume^ et la France s'embarrassa dans ces deux partis, y dépensa beaucoup d'argent, sans songer que c'étaient les troupes, les vaisseaux et le commerce de la Suède qu'il lui fallait , et non pas que le parti patriotique on celui de la Reine eût le dessus.
Dans la dernière guerre on a cherché à tirer quelque avantage de notre alliance avec la Suède. On forma un projet dont on convint avec elle, et dont l'exécution aurait été très- avantageuse à Talliance, et principalement à la France, si les Suédois avaient pu conquérir la Poméranie Pii^us* sienne. La Suède se serait trouvée une puissance redoutable sur les derrières de l'Empire et dans la même position où était Gustave. Le Roi de Prusse attaqué par l'Autriche , laRussie et la France , ne devait pas vraisemblablement pouvoir faire tête à une armée de Suédois : jamais projet n'a été combiné avec une plus grande apparence de succès, et il a échoué non par les forces du Roi de Prusse , mais par les intrigues de Stockholm. Vous êtes à portée , monsieur, d'é.tre instruit des manoeuvres qui ont arrêté aux yeux de toute l'Europe lemilitaire suédois.
Je conclus de l'expérience que des faits nous ont procurée , que la Suède aristocratique, démocratique et platonique , ne sera jamais une alliée
(95) Utile , et que s'il est de rintérêt de la France de conserver ses liaisons et son intimité avec cette couronne^ il faut augmenter le pouvoir monarchique en Suède , de manière que le Roi ait la principale influence sur les forces du pays et sur les alliances étrangères , ou bien assurer l'état des Sénateurs de manière que dans aucune circonstance ils ne puissent être déplacés ; qu'ils partagent comme conseils la puissance souveraine avec le Roi , et que les états ne soient assemblés que dans la seule vue de le quotité et de la distribution des contributions à fournir an trésor royal , et pour les représentations sur les améliorations de l'intérieur du pays.
Dans l'alternative de ces deux situations, la Suède ne sera pas toujours ,* sans doute , disposée pour la France ; mais cette puissance sera dans la classe^ et l'argent que le Roi dépensera pour les Suédois aura un usage profitable pour le service de S. M. ; au lieu qu'à présent il est impossible de lui présenter une utilité dans son alliance avec la Suède, tandis qu'on ne lui offre chaque jour qu'une augmentation de dépense énorme pour des intérêts particuliers, lesquels même en réussissant ne produisent aucun effet politique , et ne nous garantissent pas d'avoir, peu d'années après, les mêmes dépenses à faire avec l'incertitude du succès.
Le Roi, après une mure réflexion sur son système politique en Suède , a jugé que le bien de son service était de revenir sur les préjugés qui jusqu'à présent avaient obscurci les vrais intérêts de la France en Suède. S. M. a cru qu'il ne lui convenait pas d'être liée dans ce royaume avec un parti qui, d'après l'expérience, ne se trouve pas et ne peut se trouver toujours le plus fort. Elle veut donc diriger toutes ses démarches à Stockholm sur un plan solide , et le Roi a pensé que le meilleur serait de profiter de la circonstance des troubles actuels pour rendre au Roi de Suède l'autorité .que les précédentes diètes lui ont enlevée ; il seroit à propos d'engager nos amis, et ceux qui sont désignés sous le nom de chapeaux^ à concourir à nos vues; mais ib y seront aussi opposés que le sont réellement les partisans de la Russie, qui certainement n'ont pas le projet de donner de l'ailtorité au Roi de Suède ; car en ce point il n'y a point de division dans les deux partis.
INos amis vous diront, monsieur, qu'il faut tâcher de finir cette diète , et puis travailler à en assembler une autre dans laquelle nos projets étant mieux préparés , ils auront un avantage marqué sur leurs adversaires. Je ne suis pas étonné que l'ambassadeur du Roi sur les lieux , travaillant depuis si long* temps l'esprit du parti
( 97 ) auquel il s'est attaché ne s'échauffe des raénaes idées contre la faction qu'il a à combattre , et qui présentent une perspective vraisemblable d'utilité : mais observez que quand les patriotes vous diront que dans une nouvelle diète ils auront la supéi'iorité d'influence dans les délibérations et les résolutions des états , c'est comme s'ils nous disaient : Dépensez deUx millions pour nous dans deux ans, et les Suédois qui veulent le maintien du gouvernement actuel, étant amis de la France , et se trouvant aloi^ à la tête de l'administration , prévaudront sur les Suédois qui , ayant les mêmes principes par rapport au soutien du gouvernement , et les mêmes vues d'ambition , sont les ennemis déclarés de la France.
Considérez attentivement deux choses, mousieur (je ne puis trop le répéter) : i® quelle utilité physique peut-il résulter pour la France et pour le commerce, de cette supériorité de nos amis? Nulle : car il en arrivera certainement un accroissement de faiblesse , et plus la Suède devient faible (ce qui se démontre à chaque diète) plus elle est inutile ; mais quand bien même l'on pourrait articuler quelques petits avantages à retirer de la supériorité de nos amis dans la diète prochaine , leurs antagonistes feront ce qu'ils ont fait depuis la diète passée , et suivront la même marche que nos amis suivent actuellement, ils
(98 ) obligeront à la convocation d'une nouvelle diètes; alors nouvelles dépenses de la part de la France, moins de succès, et accumulation d'anarchie en Suède et d'inutilité pour le Roi; Dans cet état de choses, il faut se déterminer positivement ou à être allié d^une puissance qui ait une consistance solide , ou à Fabandonner à son malheureux sort. Ce qu'il y a de pis, c'est d'en alimenter sans fruit les particuliers.
D'après tout ce que je viens de vous exposer ^ monsieur, le Roi vous ordonne de faire usage de vos connaissances et de vos talens , afin de former un projet de conduite qui tende :
i^ A rétablir le pouvoir monarohique en Suède par l'influence de la France , et assez solidement pour que le Roi, uni au Roi de Suède, dirige ses efforts dans ce royaume vers l'objet unique du maintien du pouvoir monarchk[ue qqe cette in-* fluence aura rétabli. Sur ce point je ne présume pas qu'il vous soit difficile de coneerter un plan avec le Roi et la Reipe de Suède, et leurs oon«^ fidens ;
a"" A engager nos amis à adopter ce parti, et à y concourir de bonne foi et sûrement; à leur présen*» * ter l'idée de cette révolution comme le moyen le plus certain de culbuter le parti dominant, qui , en tous les temps, s'il n'est prévenu, ruinera la Suède; leur foire sentir q«e leur intérêt parti-
culier concourt clans ce mondent-ci avec celui de la France , au succès de ce projet ; les pressentir sur l'impossibilité où se trouve le Roi de soutenir vainement en (îuède un parti qui n'y est pas le plus fort; enôn leur marquer le désir qu'a le Roi que la reconnaissance qu'il a droit d'attendre des anciens patriotes se porte à la formation d'un
nouveau système qui parait seul avantageux aux deux couronnes.
Extrait dUine dépéclie du Ministre des affaires étrangères de France au citoyen Chaui^elin^ Ministre de France à Londres.
Paris > 9 décembre 179a.
Lorsqu'il ne sera plus question que de vous expliquer sur les objets de la sollicitude du mtnistère britannique, vous le ferez sur les principes que je vais détailler.
1° Sur le décret du 19 novembre : on ne peut s'en alarmer que faute d'en comprendre le véritable seï^.
Lorsque nous promettons; fraternité et assistance aux peuples quivveulent secouer le joug des princes avec lesquels nous somi^^aes en guerre, il n'y a nulle difficuUé, et le décret s'applique à ce cas dans la plus grande latitude^ sans, qu'au-
cime puissance étrangère puisse le trouver riiativais. Par rapport aux pays qui appartiennent k des puissances absolument neutres, la crainte que nous ne cherchions à y exciter et fomentet des mouvemens séditieux a pu seule égarer les esprits dans l'interprétation du décret. Y a-t-il effectivement la moindre vraisemblance que là Convention nationale eût pris solennellement , à la face de TEurope, l'engagement illimité de protéger toutes les émeutes, tous les mouvemens séditieux qui peuvent s'élever dans quelque coin d'un état; de s'associer sans raison à leurs auteurs, et de faire ainsi de là cause de quelques particuliers la cause de toute la nation française? Non assurément, et ceux qui peuvent l'avoir ainsi pensé n'ont pas rendu la justice qu'ils devaient à la noblesse et à la générosité des sentimens de la Convention nationale. Mais lorsqu'un peuple asservi par un despote aura eu le courage de briser ses fers ; lorsque ce peuple, rendu à la liberté, se sera constitué de manière à faire entendre clairement Texpression de la' volonté générale, appellera sur la nation Tassistance et la fraternité de la nation française, alors le décret du 19 novembre trouve une application si naturelle, que nous doutons qu'elle puisse paraître étrange à personne. Alors nous donnons à la nation nouvellement libre un appui que nous-mêmes aurions désiré, et que
( lo' )
peut-être nous aurions dû espérer de trouver chez june autre nation libre.
a° Les intentions de la république par rapport à la Hollande. .
La déclaration que nous avons à faire sur ce point est déjà indiquée par les principes exposés dans lé paragraphe. précédent. Nous n'avons ja*mais voulu, nous ne voulons point attaquer la Hollande.
Nous applaudirons aux efforts qu'elle pourra faire pour recouvrer sa liberté, dont le ministère britannique sait parfaitement qu'elle est privée depuis long-temps ; nous les seconderons de no^ vœux, mais c'est à cela que nous nous bornerons, à moins que la Hollande ne nous donne de justes sujets de plainte, et ne nous refuse la satisfaction que nous serions en droit de lui demander.
Mais en donnant à l'Angleterre l'assurance de ne pas nous immiscer dans les affaires intérieures de la Hollande, nous croyons avoir acquis le droit de demander à TAngleterre de s'abstenir, dans cea mêmes affaires intérieures, de toute intervention directe ou indirecte. Nous n'ignorons pas la clause du traité de 1787, par laquelle l'Angleterre s'est rendue garante de la constitution que la violence venait d'établir dans ces malheureuses provinces; mais le ministère britannique ^t beaucoup trop juste, beaucoup trop éclairé
( loa )
pour ne pas sentir qu'une pareille clause est une violation manifeste du droit des nations; qu'on ne peut , sans attenter à l'indépendance d'un peuple , le forcer de rester sous le lien d'un régime qu'il juge contraire à ses intérêts, et qu'il est toujours le maître de <:hanger, fût-ce même pour en choisir un autre encore plus mauvais.
Qu'a pensé l'Angleterre lorsqu'elle a vu trois puissances se réunir pour donner et garantir à la Pologne une constitution qui consommait sa ruine ? A-t-elle pu voir dans cette monstrueuse garantie autre chose qu'un ouvrage de la force , qui ne devait durer qu'autant de temps que les Polonais seraient les plus faibles ? Et n'a-t-elle pas applaudi elle-même aux derniers efforts de cette malheureuse nation pour arriver au terme de ses longues humiliations ? L'Angleterre est trop équitable sans doute pour avoir deux poids et deux mesures, et trop noble, trop généreuse pour se mettre, par rapport à H Hollande, sur la même ligne que la trop célèbre coalition par rapport à la Pologne. Ainsi nous attendons que son ministère ne fera pas difficulté de nous donner sur la Hollande les mêmes assurances que nous vous autorisons à lui donner aujourd'hui.
Lettre du Duc de liassano , Ministre des Affaires . extérieures , au Comte deLauriston^ Ambassa* deur de France a Pétershourg.
Dresde y le a6 mai 1811.
Monsieur le Comte,
J'ai rhonneuT de vous envoyer les copies de deux notes du Prince Kourakîn, en date des 5o avril et 7 mai, d'une note que j'ai adressée à cet ambassadeur le 9 du même mois, et de la réponse qu'il m'a faite le même jour ; et enfin d'une note du 1 1 mai , qui m'est parvenue hier, et par laquelle le Prince Kourakiii renous^eUe sa demande la plus pressante pour obtenir ses passe^ ports.
S. M. ne peut pas croire, M; le Comte, que cet ambassadeur n'ait pas pris beaucoup sur lui. Elle juge convenable que vous demandiez , par une note adressée à M. le Comte de Soltikoff, des pusse-ports pour vous rendre auprès de M. le Comte deRomanzoff, àWîlna, ou dans tout autre lieu de rendez-vous qui vous serait assigné. Vous annoncisrez à M. le Comte de Soltikoff que les communications dont vous êtes chargé, et que vous ne pouvez faire qu'au chancelier ou à TEm pereur lui-m<éme, sont aussi importantes que
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pressantes. Vous montrerez à M. le Comte de Romanzoff toutes les pièces que je vous envoie. Vous exprimerez Fétonnement que S. M. a dû éprouver lorsque je lui ai rendu compte de démarches si inattendues et si contraires aux dispositions que l'Empereur Alexandre vous avait manifestées à vous-même, lorsqu'elle a vu que dans les notes de l'ambassadeur de Russie on présentait l'évacuation de la Prusse comme une condition sur laquelle la France n'avait pas même à délibérer ; condition telle quç S. M. n'en avait js^mais proposé de semblables après les plus grandes victoires ; lorsque enfin ^n réclamant l'indépendance de la Prusse qn viole son indépeudance , puisqu'on exige la destruction de$ engagemens politiques qu'elle a contractés en usant du droit qui appartient à tous les Souverains.
Vous ferez sentir, M. le Comte, combien les notes du Prince Kourakin sont opposées psir leur forme et par leur contenu aux dispositions pacifiques dont cet ambassadeur donnait l'assurance; par quel esprit de conciliation S. M. est portée à penser qu'en les présentant €>t qu'en y joignant la demande réitérée de ses passe-ports, il ^st allé au delà de ce qui lui était prescrit, et ^v^ç quel regret, si elles étaient véritablement l'expre^ion des intentions et le résultat des ordres de la Cour de Pétersbo^rg. S. M. verrait s'éyanouir tout esr
( io5 )
poir de parvenir, par une n^odation qu'elle a constamment provoquée, depuis près de deux ans, à arranger enfin les différends qui divisent les deux pays.
Vous insisterez, , M. le Comte, pour obtenir des explications qui puissent laisser eiicore la voie ouverte à un accommodement.
J'ai l'honneur, etc..
Le Diic DE ^AssAvo.
Dépêche du Cabinet français au Ministre de
S. M. T.-C.yà Madrid:
Le Présidei^t du Conseil des Ministres , chargé par intérim du porte-feuille des Affaires étrangères, à M. le Comte de ta Garde, Ministre du Roi, à Madrid.
Monsieur le Comte,
Votre situation politique pouvant se trouver changée par suite des résolutions prises à Vérone , il est de la loyauté française de vous charger jde donner connaissance des dispositions du gouvernement de S. ]\I. T.-C. au gouvernement de S. M. C.
Depuis la révolution arrivée en Espagne au mois d'avril iSap, la France, ipalgré les dangers
( io6) qu'avait pour etle cette révolution , a mh tous ses soins à resserrer les liens qui unissent les deux Rois et à maintenir les relations qui existent entre les deux peuples.
Mais l'influence sous laquelle s'étaient opérés les ehangemens survenus dans la monarchie espagnole , est devenue plus puissante par les résultats mêmes de ces changemens, comme il avait été aisé de le prévoir.
Une constitution que le Roi Ferdinand n'avait ni reconnue ni acceptée en reprenant la couronne, lui fut depuis imposée par une insurrection mili*taire. La conséquence naturelle de ce fait a été que chaque Espagnol mécontent s'est cru autorisé à chercher, par le même moyen , l'établissement d'un ordre de choses plus en harmonie avec ses opinions et ses principes. L'empïoi dé la force a créé le droit de la force.
De là les mouvemens de la garde à Madrid et l'apparition des corps armés dans diverses parties de l'Espagne. Les provinces limitrophes de la France ont été principalement le thékre de la guerre civile. De cet état de trouble de la Péninsule est résulté pour la France la nécessité de se mettre à l'abri. Les événemens qui ont eu lieu depuis l'établissement d'une armée d'observsttion auit pieds des î^yrénées ont suffisamment justifié la prévoyance du gouvernerAent de S. M.
Cependant le congrès indiqué dès Tanhée dernière pour statuer sur les affaires dltàlie<, se réunissait à Vérone.
Partie intégrante de ce congrès, la France a dâ s'expliquer sur les arméniens auxquels elle avait été forcée d'avoir recours, et sur Tusage éventuel qu'elle en pourrait faire. Les précautions de la France ont paru justes à ses alliés , et les puis* sances continentales ont pris la résolution de s'unir à elle pour l'aider (s'il en était jamais be« soin ) à maintenir sa dignité et son repos.
La France se serait contentée d'une résolution à la fois si bienveillante et si honorable pour elle; mais l'Autriche, la Prusse et la Russie ont jugé nécessaire d'ajouter à l'acte particulier de l'alliance, une manifestation de leurs sentimens. Des notes diplomatiques sont à cet effet adressées par ces trois puissances à leurs ministres respectifs à Madrid; ceux-ci les communiqueront au gouvernement espagnol , et suivront dans leur conduite ultérieure les ordres qu'ils auront reçus de leurs Cours.
Quant à vous , M. le Comte , en donnant ces explications au cabinet de Madrid , vous lui direz que le gouvernement du Roi est intimement uni avec ses alliés dans la ferme volonté de repousser par tous les moyens les principes et les mouvemens révolutionnaires; qu'il se joint également à
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ses alliés dans les vœux que ceux-ci forment pour que la uoble nation espagnole trouve elle-même un remède à ses maux : maux qui sont de nature à iqquîéter les gouvernemens de l'Europe, et k lui imposer des précautions toujours pénibles.
Vous aurez surtout soin de faixe connaître que les peuples de la Péninsule, rendus à la traur quillité, trouveront dans leurs voisins des amis loyaux et sincères. En conséquence vous donnerez au cabinet de Madrid l'assurance que les cecours de tout genre dont la France peut disposer en faveur de l'Espagne , lui seront toujours offerts pour assurer son bonheur et accroîtra sa prospér rite ; mais vous lui déclarerez en même temps que la France ne se relâchera en rien des mesures préservatrices qu'elle a prises, tant que l'Espagne continuera d'être déchirée par les factions. Le gouvernement de S. M. ne balancera pas même à vous rappeler de Madrid et à chercher ses garanties dans des dispositions plus efficaces , si ses intérêts essentiels continuent à être compromis , et s'il perd l'espoir d'une amélioration qu'il se plaît à attendre des sentimens qui ont si longtemps uui les Espagnols et les Français dans l'amonr de leurs Rois et d'une sage liberté.
Telles sont, M. le Comte, les instructions que le I^oi m'a ordonné de vous transmettre au moment où les notes des cabinets de Vienne,
de Berlin et de Saint-Pétersbourg vont êtte remises à celui de Madrid. Ces instructions vous serviront à faire connaître les dispositions et la détermination du gouvernement français dans cette grave occurrence.
Vous êtes autorisé à communiquer cette dé^ pêche , et à en fournir copie si elle vous est de* mandée.
Le Comte dr VillIsle,
' A Paris , le; a5 décembre 1 82a.
Dépêche du Ministre des Affaires étrangères de ' France à VEnpoyé du Roi^ à Madrid.
(Ostensible.)
A Mi le Comte de La Garde', Envoyé extraordinaire , et Ministre plénipotentiaire de S. M. T.-C. , à Madrid.
Paris, le 18 janvier i8a3, à onze heures du soir.
Monsieur le Comte,
J'ai reçu, sous la date du 16 courant, la dépêche n° V, que vous m'aviez adressée. Tout en rendant justice aux termes polis dans lesquels la note de M. San-Miguel à M. le Duc de San-Lorenzo est rédigée, le conseil des ministres n'a pas manqué d'observer que le gouvernement
espagnol a rejeté toute mesure de conciliation* Non*seulement ce gouvernement n'offre aucun espoir du résultat qu on pouvait attendre des sentimens qui ont si long-temps réuni les Es** pagnols et les Français d^ns Tamour de leurs Souverains et d^une sage liberté ; mais même il va jusqu'à exiger que la France retire son armée d'observation , et expulse les étrangers qui sont
venus chercher un asile sur ses terres.
La France n'est pas accoutumée à entendre un pareil langage , et elle peut seulement pardonner à celui qui l'emploie , en considération de l'état d'irritation où se trouvent actuellement les es* prits en J^spagne.
Nous ne renoncerons jamais au glorieux privilège dont nous avons hérité de nos ancêtres. Tout homme qui met le pied sur le territoire français est libre et jouit des droits d'une inviolable hos^ pitalité. Les victimes des commotions qui agitent l'Espagne sont venues chercher un refuge chez nous, et ont été traitées avec toute la considérati(Jn due au malheur ; mais en ne leur permettront pas diB conserver leurs armes ^ le droit des gens a été scrupuleusement respecté.
L'Espagne s'est^elle conduite de la même manière à l'égard de la France ? Elle a donné asile à des criminels condamnés par nos tribunaux , et nous possédons des listes de sujets de S. M. T.-C.
auxquels le gouvernement espagnol a promis de l'emploi dans de^ armé^ destinées à combattre contre leur pays* Nous aurions pu lui adressef des reproches à ce sujet; mais, par amour pour la paix j nous avons gardé le silence.
D'un autre coté, de quel droit exige-t-îl la dis^ solution de notre armée d'observation au moment où , pour la seconde fois, les troupes constitu«» tionnelles viennent de violer le territoire français ? Je vous ai communiqué , M. le Comte , dans mst dernière dépêche, les preuves officielles de ce dé* pJorable événement.
L'état de trouble dans lequel se trouve à pré* sent l'Espagne compromet quelques-uns de nos intérêts les plus essentiels, et lorsqu'elle déclare ne vouloir point y remédier, elle exige que nous renoncions aux précautions que sa détermination même nous force de prendre. Il est trés-désa* gréable d'avoir à relever de semblables contra* dictions.
S. M. T.-C, dans sa sollicitude pour la prospérité de la nation espagnole et pour le bonheur d'un pays gouverné par un Prince de sa famille, avait désiré que son ministre restât à Madrid après le départ des chargés d'affaires d'Autriche, de Prusse et de Russie; mais ces derniers vœux n'ont point été écoutés; son dernier espoir a été déçu. Le génie des révolutions qui a pendant si long-
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temps désolé la France, plane sur les conseils de l'Espagne. Nous en appelons au témoignage de l'Europe. Elle peut dire si nous n'avons pas fait tout pour maintenir avec l'Espagne des relations que nous nous voyons aujourd'hui avec unprofond regret obligés de rompre. Mais maintenant que toute espérance est si éloignée , et que l'expression des sentimens les plus modérés ne nous attire que de nouvelles provocations, il ne peut convenir, M. le Comte, à la dignité du Roi, à l'honneur de la France, que vous restiez plus longtemps à Madrid. En conséquence le Roi voui^ ordonne de demander des passe-ports pour vous et toute votre légation, et de partir, sans perdre un moment, aussitôt qu'il vous auront été délivrés.
Vous êtes autorisé, M. le Comte, à donner copie de cette lettre au Sieur San-Miguel en demandant vos passe- ports.
J'ai l'honneur d'être, etc..
Chateaubriand.
Seconde Dépêche du même jour au même Envoyé,
(Confidentielle.)
Pans , le 18 janvier i8a3.
MoicsiEDR LE Comte,
J'ai rhonneur de vous transmettre, à la date de ce jour , par ma dépêche u° xiv, les ordres du Roi; ils vous enjoignent de demander vos passe^ ports, et de quitter TEspagne avec toute votre légation, mais il est dç mon devoir de vous donner quelques explications sur les expressions que M. de San-Miguel a trouvées amphibologiques dans la note de M. de Villèle, du 2 5 décembre. Lesdites expressions ne sont pas douteuses, excepte pour ceux qui ne comprennent pas le français; mais afin que les ennemis de la France ne puissent pas dire que vous avez quitté Madrid avant que votre gouvernement sût précisément ce qui se passait , je vais 'm'expliquer. Pour rétablir Tordre en Espagne et rendre la sécurité à la France, ainsi qu'aux autres états du Continent, il y a un moyen aussi simple qu'efficace. Tout sera fait le jour où Ferdinand vn pouira lui-même , et de sa propre autorité, faire les modifications nécessaires aux institutions ratifiées par S. M. C. I^e Roi notre maître est d'avis qu'il serait conve- II. 8
Aable en outre de proclamer une amnistie générale pour tous les actéà politiques déduis ï 8 i 2 jusqu'au jour de la promulgation. Tout Espagnol serait obligé de se soumettre au nouvel ordre de choèeà; qui, par le simple retour à Madrid des Ministres étrangers, recevrait la seule sanction et Tunique garantie qu'un acte isemblable sôit susceptible de recevoir de la part dçs autres gouvernemens.
Cet heureux changement maintiendra U paix entre là France et l'Espagne, mais il est évident que <^e changement ne peut être e£Eectué tant que vous demeurerez à Madrid. Depuis le départ des légations d'Autriche , de Russie et de Prusse jusqu'à la réception de cette tettre, quinze jours
se seront écoulés, et dans cet intervalle vous
n'aurez pas été écoulé. Lord Fitzroi Sommerset et Sir W. A'Court n'auront pas été plus heureux. Il est évident que votre personne à Madrid , comme moyen de conciliation , est tout-à^fait inutile , au contraire votre retraite» est de fait nécessaire au nîiaintien de la paix , en ce qu'elle peut seule autoriser le rassemblement sur i!ios frontières de cent mille hommes que nous avons ordonné sur cet objet. Quand S. A. B. le Duc d'Angouléiïie se sera avancé sur les bords de la Bidassoa , le Roi Ferdinand pourr^a se pré^nter sur la rive oppo* sée avec ses troupes. Les deux Princes pourront
avoir une entrevue qui sera suivie d'un traité de paix, dQS modifications constitutionnelles, et de l'amnistie que désire S. M^ T.-C. Alors non^seulemeot notre armée se retirera, mais nos soldats, nos vaisseaux et nos trésors sont à la disposition de l'Espagne. Nous nous regarderons comme trèsheureux d'avoir* contribué à son rétablissement et à sa réconciliation avec les puissances continentales.
Tels sont, M. le Comte , les sentiq^ei;^ xlu gpuvernement français. Il ne prétend imposer aucune (orme de gauveraement à aucun p^suple 4 mais il ne peut ^<x)nsidérer camme légitimes et so« lides des institutions émanant d'un pouvoir illégitime.
Je suis, etc.9
CEAT£AUBRUiri>.
u4 M. le Corme rie La Carde j Emn^fé exim^rdi^ naire et Miniatre pimipotemimre 4k S. M. ie Rm de France ^' à Madrid.
Dépêche circulaire adressée aux Ministres de S. M. Britannique près les Cours étrangères.
Bttr«aa des Affaires Étrangères/ 19 janvier i8ai.
MoirsiEUR ,
Je n'aurais pas jugé nécessaire de vous faire aucune communication dans l'état actuel des discussions entamées à Troppau, et transférées à Laybach, sans une circulaire adressée par les Cours d'Autriche , de Prusse et de Russie à leurs légations respectives , et qui , si le gouverment de S. M. ne s'expliquait à cet égard , pourrait donner lieu à des impressions très-erronées sur les sentimens précédens et actuels du gouvernement britannique^ Il est donc devenu néces« saire de vous informer que le Roi a jugé devoir refuser de prendre part aux mesures en question.
Ces mesures embrassent deux objets distincts , 1* la fixation de certains principes généraux destinés à régler à l'avenir la conduite politique des alliés dans les cas qui y sont indiqués ; a"" le mode proposé d'agir d'après ces principes relativement ' aux affaires actuelles de Naples.
Le système des mesures proposées sur le pre^ mier point serait , s'il était l'objet d'une réciprocité d'action , diamétralement opposé aux lois fondamentales de la Grande-Bretagne. Mais lors même que cette objection décisive n'existerait pas , le gouvernement britannique n'en jugerait pas moins que les principes qi^i servent d^e base à ces mesures ne peuvent être admis avec quelque sûreté , comme système de loi entre les na* lions. Le gouvernement du Rpi pense que l'adoption de ces principes sanctionnerait inévitablement et pourrait amener par la suite, de la part de Sou* verains moins bienveillans , une intervention dans les affaires intérieures des états beaucoup plus fréquente et plus étendue que celle dont il est persuadé que les augustes personnages ont rîntention d'user, ou qui puisse se concilier avec l'intérêt général ou avec l'autorité réelle et la dignité de Souverains indépendans. Le gouvernement de S. M. ne croit pas que, d'après les traités existans , les alliés aient le droit d'assiu:*er aucuns pouvoirs généraux de cette espèce , et il ne croit pas davantage qu'ils puissent s'arroger des pouvoirs aussi extraordinaires, en vertu d'aucune nouvelle transaction diplomatique entre les Cours alliées, sans s'attribuer une suprématie incompatible avec les droits d'autres états; ou même en acquérant ces pouvoirs du consentemedt spé-
cial descIU^ états, sans introduire en Europe un ty^tème f^dératif, oppresseur, et qui non-seulement serait inefficace dans son pl^et, mais encore . pourrait avoir les plus graves inconvéniens.
Quant à Taffair^ p£^rtici:ilière de Naples . ie gouvernement britannique n'a pas hérité dès le comniencemeot à exprimer fortement son improliatian de la manière dont cette révolution s'est effectuée» et des circonstances dont elle pirais*sait avoir été accompagnée ; mais en même temps il déclara f jipressément aux différentes Cours allii^es, qu'il ne croyait pas devoir, ni même pou- YOçr çpp^ei^ler une inter,vention de la part de la gr^nde^Bretagne. Il admit toutefois que d'autres étate europé^s, et spécialement T Autriche et les puissances italiennes pouvaient juger que les cir* con^tance^ «étaient différentes relativement à eux^ et il déclara qme son intention n'était pas de pré* ji|ger la question eu ce qui pouvait les affecter > ni d'ilHervemr dans la marche que tels états pour^ raient juger convenable d'adopter pour leur pro« pre ^imàt^ » poiurvu toutefois qu'ils ftissent dis* posés k donner toutes les assurances raîaonnables qjiie leiii^s vues n'étaient ni dirigées vers des objiets d^agr^wdissement, ni subversives du systèmft terrîtpf ia) de l'Europe , tel qu'il a été établi par les derniers traités.
C'est «*r toes principes que la conduite du ^oai-
( U9) v^rnem<;nt de S. M. re)^|ivement 4 la que^tipp cl^ Nap)e$,aété iqvariablement réglée ^è&l^ premier moofieiit; et des çopifisde$ instructions successives envoyées ^ui^ autorités britanniques, à Naple^, pour leur seryir de guide, ont été tirsinsinises de temps e^ terpps aux gojiiyçrnQniens alliés.
Quant à Tattente exprimée dans la circulaire en question, de l'asseutiment des Cours de Londres et de Paris aux mesures générales dont l'a* dpptÎQq a été proposée comité étant fondée sur 1^ traités ^^istan$ 9 le gouvernement britanniqqe, fidèlf^ à ses principes eit à sa boonç (oi , dqit , ef^ refu^i^flt un Xel assentiment, prptestie^r contre |:oute interprétation de celte. espèce donnée aux traités m question.
Le gouyernement de S. M* n'a j^n^gjs pi^psé que pes )x$iités impqsass^t de semblables oblijga- (iong, eji il ai cpnst9m|[pent et 4'.uue manière claire ni^ cette prppo^Jtiop tar^jt 4»ns le parjeroeiif que jd^ns ses rela4:ipns ayec les gpuvernemens ^iJiés. pn yerrpi qu'il §'es|: toiijpurs conduit à cet i^ard fh la n^nièipre te plus ejtplicite , si Ion se r^ère AUX délibérions de Paris eji 1 8 1 5 , à ceUe^ qui opt préjcé4é h cppclusiop du traité d'aUianjce à Aix4a-Cbapelle en i8i3, et subséquemment à certaines discussions qui ont eu lieu dans le cours (le l'anuée d^rnièr.e.
Après av^ir éjCiirté la fausse idée que le passage
( lao ) '
de la circulaire en question aurait pu accréditer s'il eût été passé sous silence, et avoir énoncé en tenues généraux le dissentiment du gouvernement de S. M. y du principe général sur lequel la circulaire en question est fondée, il doit être clairement entendu qu'aucun gouvernement ne peut être plus disposé que le gouvernement britannique à maintenir le droit de tout état ou états, à intervenir lorsque sa sûreté imlnédiate ou ses intérêts essentiels seront sérieusement compromis par les transactions domestiques d'un autre état; mais comme le gouvernement du Roi pense que l'usage d'un tel droit ne peut être justifié que par la nécessité la plus absolue, d'après laquelle il doit être réglé et limité, ledit gouvernement ne peut admettre que ce droit puisse recevoir une application générale et sans distinction à tous les mouvemens révolutionnaires, sans avoir égard à leur influence immédiate sur quelque état ou états particuliers où l'on puisse en faire en perspective la base d'une alliance. Le gouvernement cfe & M. considère ce droit comme une exception de la plus haute importance aux principes généraux, exception qui ne peut résulter que des circonstances du cas spécial; mais il considère que des exceptions tle cette nature ne *peuvent jamais , sans le plus grand danger , être réduites en règle de munière à être incorporées dans la diplomatie
ordinaire des états , ou dans les instituts de la for des nations.
Comme il parait que certains Ministres des trois Cours ont déjà communiqué cette circulaire aux Cours auprès desquelles ils sont accirédités, je laisse à votre discrétion de faire une communication correspondante de la part de votre gouvernement, en réglant votre langage sur les principes consignés dans la présente dépêche. .Toutefois en faisant une telle communication, vous aurez soin de rendre justice au nom du gouvernement , à la pureté d'intention qui a sans doute déterminéces augustes Cours à l'adoption de la marche et mesures qu'elles suivent. Vous pouvez déclarer que la différence de se^timent qui règne sur cet objet entre elles et la Cour de Londres ne peut , en^ aucune manière , altérer la cordialité et l'harmonie dé l'alliance, relativenaent k tout autre objet, ni diminuer son zèle pour l'exécution complète de tous ses engagemeiis existans.
Castelreagh.
VHI.
Circulaire adressée de la part des Souverains réunis à Troppau à leurs Légations respectives.
Novembre i8ao
Les révolutions d'Espagne, du Portugal et de Naples, ne pouvaient pas manquer d'inguiéter les puissances qui Qnt combattu la révolution. Elle§ (Jurent sentir le besoin d'arrêter les nouveaux malheurs dont l'Ënropiei e^t mefiacéa. Le^ métne;^ principes qui avaient uni lès priemières ppissances du Gontiqent ppur délivrer le monde du despotisme iniMtaire d\un homme sorti du sein de la révolution , devaient devenir effiqaces cpi^t^e la nouvelle puissan^ce de la rébellion qni viçnt de se former.
Le^ piQp^rquQs qni , dans ce même but , se sopt assemblé^ à TroppaM^ osent ei^érer d'y réussir. Les traités qui ont rendu la paix à l'Europe |6t lient tous les états les uns aux autres, seront scrupuleusement suivis.
Les puissances ont sans doute le droit de prendre , d'un commun accord, des mesures de prévoyance contre les états dont les cbangemens politiques produits par la rébellion marchent hosr tilement (ne fut-ce que comme exemple) contre
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le gouvernement légitime, surtout lorsque cet esprit d'inquiétude se communique aux états voisins par des émissaires chargés de le propager. C'est pourquoi les monarques assemblés à Troppau se sont concertés sur les mesures convenables, et ont comrauniqué leurs desseins aux Cours de t^aris et de Londres , sur la manière de parvenir au but désiré, soit par la médiation , soit par les armes. A ces causes, ils ont invité le Roi de Naples de se rendre k Laybaeh, et d'y paraître en qualité de médiateur entre son peuple qu'on a égaré et les autres états dont la tranquillité se trouve menacée. Ayant résolu de ne reconnaître aucun gouvernement produit par la rébellion , ils ne pouvaient conférer qu'avec le Roi en personne.
Comme le système à suivre se fonde uniquement sur des traités existans,ils ne doutent point du consentement des Cours de Paris et de Londres. Ce système n'a d'autre but que d'affermir l'alliance des puissances. Il ne tend ni à faire des conquêtes , ni à porter la moindre atteinte à l'indépendance des autres états. On n'empêchera pas les améliorations sages et spontanées dans l'administration ; mais oii veut maintenir la tranquillité , préserver l'Europe du fléau de nouvelles révolutions , et les prévenir awtant que pos^ble.
Mémoire du Cabinet de Pétersbourg ^ communiqué aux Ministres de Russie.
Saint-Pétersbourg, le 18 avril i8ao.
Le Chevalier de Zéa Bermudez a présenté au cabinet impérial la note ci-jointe en copie^ sur les événemens qui viennent de se passer dans la Péninsule et que nous avaient déjà f^it connaître les informations qui nous ont été transmises par nos Agens auprès des Cours étrangères*
M. de Zéa se borne, dans cette pièce, à nous prévenir que la constitution proclamée par les Cortès de l'année 181 2 a été acceptée par le Roi, et témoigne le désir d'apprendre comment l'Empereur a jugé ce changement de régime.
Si l'on considère la distmce qui nous sépare de l'Espagne et des états qui sont le plus à même d'approfondir la nature des malheurs dont elle est menacée, on reconnaîtra facilenoent que la position du ministère impérial à l'égard du représentant espagnol était difficile et délicate.
La révolution de la Péninsule fixe les regards des deux mondes. Les intérêts dont elle va décider sont les intérêts de l'univers, et si jamais l'Empereur eût souhaité que l'avis de ses alliés
pût servir à régler son opinion , certes c'eût été au moment où la note du Chevalier de Zéa imposait à S. M. I. Tobligation de se prononcer sur un événement qui renferme peut-être l'avenir de tous les peuples civilisés.
Cette obligation existait cependant : elle existait, car de nos jours tout sujet de doute devient une arme pour la malveillance.
La nécessité de répondre à M. de Zéa était donc évidente, mais dans cette grave conjoncture il semblait naturel qu'avant d'asseoir un jugement r£mpereur considérât le but que les Cours alliées s'étaient proposé dans leurs relations avec l'Espagne; qu'il consultât les vœux qu'elles avaient exprimés à cette puissance, et qu'il prît pour guides de sa propre politique les principes de la politique européenne.
C'est ce que S. M. I. devait faire : c'est ce qu'elle a fait.
Depuis l'année 1 8 1 a , plus d'un acte diplomatique atteste la généreuse sollicitude que les diverses Cours de l'Europe ont constamment témoignéeà l'Espagne. Elles applaudirent à la noble persévérance avec laquelle ses intrépides habitans repoussèrent un joug étranger. Elles rendirent hommage à leur sagesse lorsqu'ils surent rallier autour d'un acte constitutionnel les intérêts les plus chers de leur patrie , les intérêts de son indé-
penriance. Enfin , à dater de Tépoque où la Providence ramena Ferdinand vu au milieu de ses peuples , eiles ae cessèrent de reconnaître que des institutions solides pouvaient seules rassurer sur ses bases l'antique monarchie espagnole.
Les Souverains alliés firent plus. Dans le cours des lottgs pourparieiis relatifs au différend du Rio de la Plata et à la pacification des colonies, ils laissèrent as^ez comprendre que ces institutions ne serflrient plus un moyen de patix et de bonheur lorsqu'au W^eu d'être accordées par la bienveillance, comme concession volontaire , elles auraient été adoptées par la faiblesse comme dernière mesure de sahit
Interrogeons, d'une autre part, les grandes transactions qui ont établi ralliante européenne.
Quel est l'objet des engagemens que le A novembre 1 8f 8 a vu sfe renouveler ? ï^es monarques alliés venaient d'effacer alors les. dernières traces de la révolution en Ftatice , mais cette révolution semblait prête à y enfanter de nouveaux malbears. L'obligation des ilionarques était donc, et leur dessein fût d'empêcher que, parti du même hori-^ ton , le même orage «e vint une troisième fois désoler l'Europe.
Cependant comrme s'il n'eût point suffi ides alarmes qu'a excitées et qu'^excite encore Fétat'de la France, comme si les gouvernemens et les peu-
p)és eussent trop peu de doutes qui plàtias^sent surson avenir^ii afallu que le génie du hial choisit un nouveau théâtre , il a faUil quie l'Espagne lui offrit à son tour un affreux sacrifice. La révolution a dùtic diàngé ae terraiâ, mais les devoirs des monai*ques ne sauraient avoir ch^uigé de nature; et le pouvoir de Tinsurrection n'est ni moins redoutable, ni moitts dangereux en Espa^ne qu'il ne Teût été eu Fiance.
Ainsi d'accbl*d avec ses alliés, S. M. né pouvait que désirer de voir accorder à ta Péninsule conikne à ses pravinces d'outre-mer, un Wgime qu'elle regarde comme le s^ul qui puisse encore autoriser quelques espérances >dans ce siècle de catamitéS', mans ^n vertu de ses engagemetlis du A; novembre t8i8, S. M. 'devait frapper de la pkis forte , de la plus solennelle réprobation les nkoyens révolutionnaires mis en ceuvre pour donner à l'E^agne des institutions nouvelles.
Telle est la double idée qui se trouve dévelopf^ée dans la réponse ci -jointe, que le cabinet de Russie a faite au Chevalier de Zéa d'ordre de S. M. l. L'Empereur ne doufte point que ^6s augustes aHiésn'en approuvent le contenu; et peutêtre en ont-iis déjà adressé une semblable à la Cour de Madrid.
lies mêmes vœux ont eto effet pu leùt inspirer le même langage; et convaincus, coiteme S. M.,
que jamais le crime ne portait que des fruits impurs, ils ont sans doute déploré comme elle l'attentat qui vient de souiller les annales de FEspagne.
Nous le répétons , il est déplorable cet attentat ; il Test pour la Péninsule, il Test pour l'Europe; et la nation espagnole doit aujourd'hui l'exemple d'un acte expiatoire aux peuples des deux hémisphères. JjLisque-là triste objet d'inquiétudes , elle ne pourra que leur faire redouter la contagion de •ses malheurs. .
Toutefois au milieu de ces éléraens de désastres, et lorsque tant de motifs se réunissent pour affliger les vrais amis du bien-être des nations, peuton encore s'atteqdre à un meilleur avenir? Est-il quelque mesure sage et réparatrice dont l'effet soit de réconcilier l'Espagne avec elle-même, ainsi qu'avec les autres puissances de l'Europe ?
Nous n'oserons point l'affirmer , car l'expérience nous a appris à regarder presque toujours comme /une illusion l'espoir d'un événement heureux ; mais si l'on se fiait aux calculs que l'intérêt personnel semblerait devoir indiquer, s'il était permis de présumer que les Cortès obéiraient à l'instinct de leur propre conservation , on
pourrait croire qu'ils se hâteraient de détruire,
par une mesure solennelle , tout Ce qu'ont eu de coupable les. circonstances qui ont acconi-
( î^9 ) pagné le changement de Tadminist ration en Espagne.
L'intérêt des Cor tes s'identifie ici avec Tinté* rét européen. La soldatesque égarée qui les a protégés aujourd'hui peut demain les proscrire ^ et leur premier devoir envers leur monarque, envers l'Espagne, envers eux-mêmes, semble être de prouver que jamais ils ne consentiront à légaliser l'insurrection.
Des espérances à cet égard ne paraîtraient donc pas sans quelque fondement. Cependant l'Empe* reur est loin de les nourrir, et s'il admettait la possibilité d un aussi utile résultait , il la ferait dépendre de l'unanimité qui se manifesterait dans Tôpinion des principales puissances de l'Europe , sur l'acte par lequel les représentans du peuple espagnol devraient signaler l'ouverture de leurs délibérations.
Cet accord , toujours si puissant lorsqu'il prend le caractère d'un fait irrévocable, porterait peutêtre la conviction dans l'esprit des membres les plus marquans du ministère de S. M. C. , et les Cours alliées sembleraient avoir un moyen facile d'imprimer à leur langage cette imposante uniformité.
Leurs ministres en France ont traité jusqu'à ce jour, en leur nom , avec un plénipotentiaire de la Cour de Madrid.