C. DE BrUEHL
De Walther.
Écrit à Dresde , le 23 mai 1747.
Mémoire sur ce que dira M. de Feuquières sur les ctffaires de M. le Duc de Bavière et Palatin.
(M. de Feuquières se rendant à son poste comme Ambassadeur extraordinaire du Roi de France en Allemagne , reçut conjointement avec
ses instructions , du 3 février i633, le mémoire suivant. ) ^
Quand les Ambassadeurs d'Angleterre et de Hollande demanderont à M. de Feuquières quel ordre il a reçu du Roi et s'il n'est pas résolu de maintenir le Prince Charles, fils et héritier du Palatin , pour être établi en la dignité Électorale et en ses états, dont le Duc de Bavière tient tout le haut Palatinat , et Heidelberg dans le bas , et le reste est entre les mains des Suédois , M. de Feuquières répondra que jusqu'à présent le Roi de la Grande-Bretagne a témoigné au Roi qu'il estimait que cette affaire , où l'Empereur, comme l'auteur du ban , le Duc de Bavière et les Suédois , comme défenseurs, prenaient intérêt, devait passer par voie d'accommodement , joignant aussi le droit que les Espagnols y peuvent prétendre, tant pour le recouvrement de leurs frais que de leur honneur, pour avoir été contraints par force d'abandonner ces lieux.
Qu'il est évident que pour y remettre et y conserver ledit Duc Charles , il est bien plus à propos d'user de cette dite voie d'accommodement que d'y employer les armes, principalement en la conjoncture présente , que depuis peu M. de Fontenoy a fmt savoir au Roi, en communication par M. le Grande-Trésorier d'Angleterre, que le sieur d'Amstroder. Ambassadeur d'Angleterre , qui est celui
.même avec lequel M. deFeuquières doit traiter,
'prendraitcetexpédientdeterminer cette affaire par un commun accord , ce qui ne se peut faire qu'en une diète des Catholiques et des Protestans où l'on rapportera tout ce qui sera possible pour faire que le Roi de la Grande-Bretagne et ledit Duc Charles^demeurent satisfaits dans les termes de l'équité.
Que cependant le Roi ne doit être pressé de changer du style qu'il tient et de la façon qu'il traite avec le Duc de Bavière, sur ce qui regarde le titre d'Électeur qua tous les autres Princes protestans lui ont donné, ce qui infère qu'il ne le peut donner audit Duc Charles; de quoi M. de Feuquières ne parlera point , s'il n'est contraint de répondre , et évitera de s'en déclarer.
Quant à l'administration de la personne et des biens du Duc Charles, qu'à prise le Duc Louis de Simen , son oncle , le Roi s'en remet à ce que les communs avis du Duc Charles en ont jugé pour le mieux, et appuiera volontiers les justes intérêts dudit Duc Louis pour son rétablissement en ses propres états , quand l'occasion s'en présentera.
Que s'il arrive que M. de Feuquières soit obligé de parler sur cette affaire à M. de Bavière ou à ses ministres qui le presseront de les assurer si le Roi n'est pas résolu de maintenir ledit Duc
de Bavière en la. continua tien de la dignité Électorale en sa maison , et en là possession des terres du déf^nt Comte Palatin , que l'Empereur lui a adjugées pour la récompense de se^ frais au recouvrement de Bohème, le Roi l'ayant promis audit Duc de Bavière par le traité de leur alliance, M. de Feuquières répondra qu'il ne faut douter que S. ;M. observera ce qu'elle a promis , en la manière que le Duc de Bavière estimera plus convenable, qui semble devoir être celle d'un accommodement en une diète générale, par une conférence pattic^lifère entre les parties sur cedifférend , s'il n'était terminé jusqu'au fond.
Que si le Duc ou ses Ministres pressent , et repartent que cependant le Roi doit rétablir par les armes ledit Duc de Bavière , en ce que les Suédois lui ont ôté des terres qu'il possédait au Ba's-Palatinat , M. de Feuquières dira que le Roi ne lui apporterait pas, par ce moyen, tant d'avantages, attirant sur soi la haine de tous les parens et amis du Palatin , que demeurant en état de les pouvoir porter à un accord raisonnable, joint que les Suédois prétendent s'être rendus maîtres de ces places en revanche de l'aggression du Duc de Bavière par les troupes du général Tilly , à Bamberg.