‹ Cours de style diplomatiqueChapitre 14 sur 62 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

Des Lettres entre les Souverains.

Il est rare que les souverains correspondent directement entre eux sur les affaires politiques. Ils le font, ou dans des cas particuliers, ou pour appuyer les représentations de leurs ministres. Dans ces sortes de lettres les affaires sont traitées en termes fort généraux , et on finit ordinairement

en s'en remettant à ce que le ministre pourra dire plus amplement sur ce sujet.

Ces écritS'Sont trop importans pour admettre aucune idée ou même aucune expression superflue. On ne doit y faire entrer que ce qui appartient au siijet, et ce qui sert à le présenter avec plus de clarté et de force. La concision , la gravité , une simplicité noble , sont les qualités de style les plus convenables à la dignité des souverains.

Ces lettres , comme toutes les autres , contiennent cinq parties toutes soumise à certaines formes du cérémonial :

ï°lJ inscription, dRiis laquelle on apostrophe au vocatif, et quelquefois avec un salut, ceux auxquels on écrit.

a"" Le texte , ou le corps de la lettre.

3° La conclusion , qui exprime ordinairement des vœux ou l'expression de quelques sentimens.

/j"" La souscription j ou formule, qui précède et accompagne la signature, et qui renferme encore quelques expressions de courtoisie.

5° La suscription , ou adresse.

On distingue trois espèces de lettres suivant l'emploi du cérémonial dans ces diverses parties, dont nous venons de parler.

ï** Les lettres de conseil ou de chancellerie, où le cérémonial s'observe dans toute sa rigueur, soit

à l'égard de celui qui écrit , et où ce dernier parle de lui à la première personne du pluriel.

a*» Les lettres de cabinet ou de la main , dans lesquelles on j)arle de soi à la première personne du singulier , et où l'on observe un cérémonial moins rigoureux , mais cependant convenable à la dignité des personilages.

3° Les lettres en billet^ qui, délivrées des chaînes du cérémonial, ne sont pas même assujéties aux formalités des lettres ordinaires.

Les lettres écrites de la propre main des souverains ne forment point une espèce particulière. L'usage n'a point fixé les cas où l'on doit écrire <ies lettres de chancellerie ou de cabinet. On voit ces deux formes également employées pour traiter d affaires importantes et pour des complimens.

£n général il est admis que les têtes couronnées et d'autres princes d'un rang très - élevé s adressent réciproquement des lettres de chancellerie et de cabinet. Les états d'un rang trèsinférieur au roi, tels que les simples ducs, les républiques, etc., ne peuvent leur adresser que des lettres de chancellerie. D'un autre côté, on regarde comme une preuve d'égard , qu'un souvex'ain du premier rang adresse à un prince d'un Tang inférieur ou à une république des lettres de cabinet. Entre souverains égaux l'usage de ces dernières est envisagé comme un procédé d'ami-

tié. Mais ce qui les fait ordinairement préférer aux lettres de chancellerie, c'est qu'elles sont plus favorables au secret.

La différence entre les lettres de chancellerie et les lettres de cabinet se manifeste dans toutes les parties de l'écrit, comme nous allons le voir.

ARTICLE PREMIER

Des Lettres de chancellerie.

Page 1