A LA TROISIÈME PARTIE
Avtiks avoir classifié et traité séparément dans la seconde partie de cet ouvrage tous les divers genres d'écrits politiques, nous réunirons dans cette troisième partie ceux qui sont particulièrement du ressort des missions diplomatiques, ayant pour but d'offrir ainsi un aperçu d'autant ptus net de ces compositions, qui, sans ce soin, auraient dû être mentionnées séparément sous les différentes rubriques auxquelles elles appartiennent. Ce sont ici des lettres, des mémoires et des discours, dont le caractère particulier du style et les formes ont déjà été exposées,. mais qui, adaptées à un but séparé et important , méritent lïrie attention renouvelée.
Les progrès de la culture des nation^, en augmentant leurs rapports entre elles , requièrent la feciUtation des moyens de réunion pour négocier leurs intérêts réciproques. D'ailleurs on ii vu naître de nombreux états dans un autre hémisphère, qui vont se mettre en rapport avec les nations qui les ont devancés dans la carrière po- I. ^8
litîque. Les liaisons diplomatiques gagnent en étendue .y et le besoin de les cultiver se fait sentir plus vivement que jamais. La diplomatie a pris place au nombre des sciences , ses formes se sont simplifiées, et le style de ses compositions se perfectionne.
L'ancienne diplomatie-, en partant du principe erroné qui attribuait au monarque la possession personnelle du territoire de la nation , suivait les idées d'une politique intéressée en traitant de cours à cours et non de nations à nations. Mais depuis que les trônes ont renoncé à ces maximes aussi fausses que surannées, depuis que les princes eux-mêmes ont autorisé l'espoir des peuples de voir introduire l'ordre dans l'administration, la saine raison dans les affaires d'état , et les prin* cipes libéraux dans les gouvernemens , la réforme de la diplomatie se prépare, et cette science va refaire son système pour suivre la marche éclairée du siècle.
Si tels sontles progrès qu'a faits et que doit encore faire la science des négociations, on voit combien il importe que l'épuration et la perfection du style aille de pair avec celle du système. Au lieu des ambiguités et des phrases composées et circonlocutoires à l'usage desquelles on se complaisait , on s'appliquera à la clarté et k la simplicité du style; au lieu de la roideur et de la
pesanteur des formes, on y introduira partout la dignité et la noblesse. Les communications des ministres et autres agens diplomatiques , adressées tant aux gouvernemens auprès desquels ils sont accrédités qu'aux leurs propres, se fafsant presque généralement par écrit , il est de la plus haute importance pour tout individu qui se destine à remplir une mission diplomatique, de se former un style analogue. Même en connaissant à fond la science de la diplomatie et en possédant toutes les branches de Fart des négociations, Fagent public ne saurait satisfaire à sa destination s'il n'a acquis une entière facilité à s'exprimer tant de bouche que principalement par écrit , et s'il ne possède la parole au point d'être même, comme Pitt disait des Français, capable de blesser poliment.
On doit regretter que parmi les nombreuses collections de lettres et mémoires que nous possédons sur les plus importantes négociations, et dont BOUS avons nommé les plus distinguées à la première partie de notre ouvrage , il n'y en ait point de celles des derniers temps, où l'on pût trouver une suite de modèles comparatifs du style récent avec celui des derniers siècles. Nous ne possédons dans ce genre que quelques pièces publiées séparément , et il reste à désirer de voir paraître le texte entier d'une négdciatioft suivie.
C'est de ce style propre à tous les genres d'écrits et de coippositions qui sont du jfssçTt des missions diplomatiques que nous essaierons de donner ici les règles. Il ne s'agira à cet effet que de fsrire l'application particulière des principes exposées dans la seconde partie de ce Go%i|« aux différentes espèces d'écrits diplomatiques pro* prement dits.
Pour mettre de l'ordre dans la distributi otk des matières y noqs joipdrons tous ces écrits sous les deux rubriques de Pièces relatives à texpédâion^ et de celles relatives aux foncticns des Ministres publics ou Agens diplomatiques. Sous le premier de. ces titres , en comprenant dans l'expédition entière des agens leur retour aussi bien que leur départ, noqs traiterons des Passe-ports^ des Pleins* pouvoirs ^ des Lettres de créance^ et de celles de^ rappel et de recréa nce. Sous le second titre, nous parlerons des Instructions ^ de la Correspondance ministérielle^ à^^ Notes ^ Mémoires ^ Lettres^ Dépêches et Relations , et des Discours* Enfin nous ferons suivre le tout d'une troisième section , où nous réunirons les observations à faire sur les écrits concernant les affaires traitées en congrès. Jl est inutile^ d'avertir qu'il ne pourra être question ici ni du cérémonial ni des droits ou des fonctions des agens diplomatiques. Plusieurs ouvrages estimables traitent ces matières dans.
toiite leur étendue, et M. de Martens en a donné un résumé dans son Manuel diplomatique. C'est à ces traitj^s que nous nous bornons, conformément au but de notre ouvrage, à renvoyer nos lecteurs.
Pour rendre aussi complète que possible la collection- des exemples destinés à montrer l'application des règles que nous donnons, et vu que ces exemples se trouvent d'ailleurs répandus dans un nombre d'ouvrages parfois difficiles à consulter , nous en avons joint ici autant qu'il a été possible d'en rassembler sans passer les bornes de l'ouvrage.