DES DISCOURS
Une grande partie d'objets de discussion po^ litique sont susceptibles d'être traités de vire^ voix, offrant ainsi des sujets de discours plus ou uKHns étendus et dont le toti doit varier en conséquence dés circonstances et du but qu'on se propose, puoiqu'en les travaillant on doive avoir égard aux principes de rhétorique , il n'en est pas moins vrai que le style , les totirs de phrases et les ornemens des harangues y seraient entière^ ment déplacés^ Il ne s'agit point ici de discussion » mais d'allocutions simples daôis lesquelles on annonce son but en peu de mots : la concision et la brièveté y sont essentielles.
Le style de ces discours doit être noble et grave , sans affectation et sans apprêt ; les périodes q'uon y emploiera siéront courtes , coupées et naturellement unies : on en éloignera tout superflu et tout ce qui pourrait nuire à la force et à la clarté des paroles. On variefra d'ailleurs les termes selon le sujet: ils seront ou prévenans, persuasifs et pressans , ou passionnés et rapides ,
et même lorsqu'il s'agira d'exprimer le mécon- ^ tenteinent et l'indignation , on y mettra de la dignité 'et de la modération.
Quant au cérémonial il est le même que dans les lettres et les mémoires, à l'exception des termes de courtoisie de la conclusion et de la souscription, qu'on ne saurait employer dans les discours , même lorsqu'on les présenté par écrit. La politesse doit être franche et. sitnple, dé même qu'amicale ou respectueuse , selon les rapports mutuels enti^e les personnes qui parlent et celles à qui s'adressent les discours.
Les constitutions représentatives récemioent introduites dans plusieurs états ont ouvert une nouvelle carrière à l'éloquence des discours pour l'ouverture et la clôture des congrès de représentans des nations. L'objet de ces discours appartient cependant plutôt aux règles générales* de l'éloquence et au style particulier de chaque cour, ou gouvernement, qu'au but que nous nous proposons ici. Je crois donc devoir me contenter de n'en donner qu'un seul exemple, d'autant plus que l'histoire du jour en fournit à chaque page.
EXEMPLES
Discours du Doge de la République de Gènes, Lascar i ^ au Roi de France Louis xiv, du
i5 mai i685.
Sire , ma République a toujours tenu pour maxime fondamentale de se signaler par le profond respect qu'elle porte à cette puissante cou^ ronne que V. M. a reçue de ses ancêtres, et qu'elle a élevée à un si haut degré de force et de gloire, par des actions étonnantes, que la renommée, qui dans tout autre sujet ordinairement exagère, ne pourra, même en les diminuant , les rendre croyables ^ la postérité.
Ces prérogatives si sublimes qui obligent tous les états à les considérer et à les admirer avec une soumission très - profonde , ont particulièrem^it porté ma république à se distinguer pardessus tous les autres , en le témoignant de telle manière que tout le monde en doive demeurer convaincu; et l'accident le plus funeste qu'elle ait jamais éprouvé , est celui d'avoir pu véritablement offenser V. M. , et quoiqu'elle se flatte que c'est un pur effet de son malheur , elle voudrait néanmoins que tout ce qui s'est passé, et dont V. M. n'a pas été contente , fùit , à quelque
prix que ce fut , effacé non-seulement de sa mémoire , mais encore de celle de tous les hommes, étant incapable de se consoler dans une si grande affliction jusqu'à ce qu'elle se voie rétablie dans les bonnes grâces de S. M., qu'elle s'attachera désormais non - seulement à conserver » inais même à en mériter l'augmentation.
C'est dans cette vue que , ne se co|[iteutant pas des termes le$ plusrespectueuiL, la République a voulu ^ servir de manières inusitées et très-pjair^ ticulières en lui envoyant son doge avec quatre de ses sénateurs , espérant qu'après de telles démoi^$trations,y, M. sera pleinement persuadée de la très-haute estime que ma République fait de votre royale bienveillance.
Pour ce qui est d^ moi , Sire, je m'estime très^ heureux d'avoir l'honneur d'exposer à V. M. ces sentimçns respectueux, et je tiens à gloire particulière de paraître devant un monarque d'un CQui*age invincible , et révéré par sa grandeur d'ame et sa magnanimité.
J'espère que V. M. 9 pour faire voir de plus en plus à tout l'univc^rs l'étendue de sa générosité, daignera regarder ces témoignages aussi justesque respectueux comme provenant de la sincérité de mon cœur, et de ceux de messieurs les séoa-' teurs comme de tous les citoyens génois , lesquels attendent ave^ impatience les marques que V. M.
voudra bien leur donner du retour de sa bienveillance.
Discours du Roi de France Louis xiv au Duc d* Anjou , pour le reconnaître en qualité de Roi d'Espagne.
Monsieur, le Roi d'Espagne vous a fait Roi , les grands vous demandent , les peuples vous souhaitent et moi j'y consens. Penser seulement que vous êtes Prince de France. Mais je vous recommande d'aimer vos peuples , de vous attirer leur amour par la douceur de votre gouvernement , et de vous rendre digne de régner sur là monarchie là plus grande qui ait jamais été dans l'univers , et sur une nation très-brave , très-éclaîrée , et qui a toujours été l'exemple de l'honneur et de
la fidélité.
Discours au Roi de France,
Sire,
C'e^t eu vain que nous auriqnft recours au prestige de l'éloquence pour atteindre le cœyxiç de y. M. Quelle plus touchante prière que les. cris d'une douleur universelle et les gémissemens de tout un peuple ?
La capitale et las provincea retentissent de la nouv^le la plus accablante et la plus imprévue :
au silence de la consternation et de la surprise ont succédé ces questions tumultueuses et réci*» proques : Le ministre est-il disgracié ? de quoi s'est-il rendu coupable ? est-il sacrifié à Tintri'» gue ? son éloquence mâle et libre aurait-elle déplu? est-on blessé des formes helvétiques et fières avec lesquelles il a présenté la vérité? Enfin la religion du P.oi anrait-elle été trompée ? ' Ah , Sire ! au milieu des sollicitudes paternelles dont votre ame doit être agitée, daignez jeter les yeux sur le tableau consolant de votre administration, et la comparer à celle des Rois vos prédécesseurs : quels grands et rapides changemens n'ont pas couronné les travaux de V. M. C'est du choix de ses ministres que dépendait le salut de l'état; ce choix elle a su le faire, elle a montré Mentor à son peuple ; elle lui a rendu ses juges naturels; elle a refusé des tributs légitimes; enfin, Sire, vous avez été clément et juste, et vous avez fui la louange, en faisant tout pour la mériter.
V. M. a confié les ressorts les plus compliqués du gouvernement à celui que son état et sa communion semblaient exclure , et qui n'eût pas été choisi par un prince faible ou indifférent au bien public.
C'est ici que se multiplient les obstacles de tout genre , c'est ici que les idées vont plus loin que les expressions et qu'un administrateur dés finances
doit se montrer supérieur à la disgrâce comme à ses ennemis, il doit affronter leurs haines dangereuses pour le suffrage glorieux de vingt millions <rhommes.
Celui qui emporte aujourd'hui les regrets de la nation, dans sa pénible carrière et les yeux fixés sur V. M. comme l'aigle sur le soleil , il a dédaigné les méchans qu'il aurait fallu chercher dans les ténèbres.
Livré tout entier aux grandes pensées de l'ad»* ministration, il ne s'est occupé que des moyens qu'il fallait pour ainsi dire créer. Vos trésors, une marine formidable, un zèle, un enthousiasme universel , allaient vous rendre l'arbitre de l'Eu*rope ; vous deveniez l'exemple des souverains dans un âge où l'on n'a que des modèles à imiter ; des jours de triomphe allaient encore embellir la France ,^et l'histoire de votre règne était celle de vos vertus et de vos succès, le nom seul de votre ministre inspirait autant de confiante à vos sujets que de terreur à vos ennemis. La plupart de ceux qui l'ont précédé ont passé comme ces météores qui désolent la terre ; celui-ci laisse après lui un sillon de lumière qui doit éclairer, mais effrayer ses successeurs.
V. M. pourra-t-elle résister aux instances d'une jeune princesse, l'ornement de sa cour, la patrone de ses peuples, qui tempère les respects par les I. a7
grâces, et qui ne peut vouloir que votre repos, votre gloire et la prospérité de l'état.
V. M. jmhira-t-elle un homme vertueux ' qui défend l'innocence et l'amitié comme il a défendu sa patrie , un sujet dévoué à son maître, qui n'a pas craint de lui déplaire en montrant le courage et l'énergie d'un chevalier français.
Enfin , s'il est vrai que le plus grand monarque de l'univers doit régler ses opinions sur celles dêi quelques hommes siipérieurs qu'il regarde ^mme l'ame de ses conseils, quel doit être l'ascendant du vœu général de la nation, qui, prosternée aux pieds de V. M. , la supplie de rappeller un ministre , l'interprète de ses sentimens, un ministre qui est l'image |d'un bon roi comme V. M. est celle de Dieu sur la terre !
Harangue du Duc de Bouflers au Sénat de Gènes, lorsqu'il yUc envoyé^ en 1747» P^^ '^ ^oi de France y à Gènes , pour commander les troupes génoises , françaises et espagnoles.
Seriéi^issime Priwce , TrAs-Excelleits Seigi^ eurs, Le Monarque de l'Europe le plus puissant, et, Ce qui n'est pas un moindre titre , le plus fidèle à ses engagemens, m'envoie vers vous pour partager Vos travaux et votre gloire.
M. de Castf ies«
Il m'ordonne de vous déclarer qu'il est résolu ,
"à (juelque prix que ce soit, de rendre à cette gé*
Yiéreuse et infortunée République la splendeur et
l'indépendance que les nations les plus barbares
rougiraient de vous disputer.
Dans vos malheurs je regarde comme un grand avantage que les partis les plus honorables se troU"^ vent liés à la plus saine politique. En effet, quand vos ennemis vous proposeraient lés capitulations les plus spécieuses, quelle confiance pouve^-vous jamais prendre dans une puissauce si décidée à vous subjuguer.
Elle a détruit vos fortunes, elle a tenté de vous réduire à l'esclavage le plus humiliant par la bouche même de son général, elle a menacé vos citoyens du supplice le plus infâme; mais elle na pu encore vous enlever ni votre honneur ni votre liberté. Ces biens inestimables, mille fois plus précieux que la vie, sont encore en votre pouvoir. C'est à vous-mêmes que vous devez cette heureuse révolution qui a prévenu le secours de Vos alliés. C'est vous , illustre République, qui vous rendez aujourd'hui l'émule de cette ancienne Rome, de ce sénat dont la présence d'Annibal et d'une arhiée victorieuse répandue sous ses mufailles ne put ébranler le courage. Ne perdez donc jamais de vue vos véritables intérêts : d'un côté la honte et l'esclavage, de l'autre la gloire et la
liberté. Surtout ne cessons point d'espérer danê cette Providence qui déteste toujours la tyrannie: elle vient d'éclater sur vous d'une façon trop marquée au coin de la divinité pour que vous ne la secondiez pas de tous vos efforts.
Les moroens sont précieux, ne les employons pas en de vagues délibérations , qu'un seul esprit nous anime. Enfin, très-excellens Seigneurs, daignez prendre confiance en l'homme du monde qui a le plus à cœur votre liberté. Je ne suis que le meilleur des Français en devenant le plus zélé de vos citoyens. Montrez -moi le péril; ma charge est de le reconnaître; je ferai toute ma gloire de vous en garantir.
Réponse du Doge au nom du Sénat, Les sentimens que V. Exe. témoigne à la République, au nom du Roi T. - C. , nous font oublier nos malheurs passés, et regarder presque avec complaisance notre situation présente. Quand les monarques aussi grands par l'étendue de leurs forces que par l'exactitude à remplir leurs promesses s'intéressent pour elle, elle se croît en sûreté, et s'applaudit d'avoir soutenu avec une fermeté invincible ses engagemens.
Les disgrâces qu'elle a souffertes n'ont servi qu'à augmenter son courage et à affermir sa constance. Intrépide dans les plus grands dangers, elle a toujours été prête à tout sacrifier pour sa liberté»
t si les efforts de la République ont ouvert aux
su*ines toujours victorieuses de S. M. T.-C. un
^:heinin pour accélérer les nouveaux efforts de ses
intentions magnanimes, elle en fera de nouveaux
f>ar la satisfaction infinie qu'elle ressent d'en voir
l'accomplissement.
L'arrivée de V. Exe. a été pour nous une époque de bonheur. I^es marques éclatantes de joie que le public en a données en sont une preuve bien sensible. Tout le monde connaît les avantages de votre naissance et vos grandes qualités. L'estime qu'a pour vous votre monarque , par&it connaisseur du vrai mérite, fait votre éloge. S. M. ne pouvait donner à la Sérénissime République un gage plus assuré de sa bienveillance que par le choix de votre personne, recommandable par tant d'endroits. Et si pour l'amour de la liberté nous nous sommes portés à de si fortes épreuves, que ne serons-nous pas en état de faire et de soutenir pour terminer glorieusement nos entreprises avec le secours d'un si grand monarque, et sous les yeux d'un de ses sujets qui en remplit si dignement la place.
Je ne doute point que V.Exc. ne rende compte à S. M. de la force et de la sincérité de nos senti* mens, et je vous assure, au nom de tous les citoyens, que nous sommes en état d'en donner des preuves dans toutes les occasions.
Discours du Roi de France à l'ouverture des Chambres des Pairs et des Députés .^ en i8i5.
« Messieurs, lorsque l'anuée dernière j'assemblai pour la première fois les deux Chambres^ je me félicitai d'avoir, par un traité honorable, rendu la pnix à la France. Elle commençait à en goûter les fruits, toutes les sources de prospérité publique se rouvraient : une entreprise criminelle, secondée par la plus inconcevable défection, est venue en arrêter le cours. Les maux que cette usurpation éphémère à causés à notre patrie m'affligent profondément. Je dois cependant déclarer ici que, s'il eût été possible qu'ils n'attei-gnissent que moi, j'en bénirais la Providence; les marques d'amour que mon peuple m'a donnée» dans les momens même les plus critiques, m'ont soulagé dans mes peines personnelles; mais celles de mes sujets, de mes enfans, présent sur mon cœur; et pour mettre un terme à cet état de choses, plus accablant que la guerre même, j'ai dû conclure avec les puissances qui, après avoir renversé l'usurpateur, occupent aujourd'hui une grande partie de notre territoire, une convention qui règle nos rapports présens et futurs avec elles. Elle vous sera communiquée sans aucune restriction aussitôt qu'elle aura reçu sa dernière
opme. Vous connaîtrez, messieurs, et la France entière connaîtra là profonde peine que j'ai dû ressentir; mais le salut même de mon royaume Tendait cette ^ande détermination nécessaire; et c^uand je l'ai prise, j'ai senti les devoirs qu'elle m'imposait. J'ai ordonné que cette année il fût Tersé du trésor de ma liste civile, dans celui de l'état, une portion considérable de mon revenu. Ma famille, à peine instruite de ma résolution, m'a offert un don proportionné. J'ordonne de semblables diminutions sur les traitemens et dépenses de tous mes serviteurs, sans exception. Je serai toujours prêt à m'associer aux sacrifices que d'impérieuses circonstances imposent à mon peuple. Tous les états vous seront remis, et vous connaîtrez l'importance de l'économie que j'ai commandée dans les départemens de mes Ministres et dans toutes les parties de mon administration. Heureux si ces mesures pouvaient suffire aux charges de l'état! Dans tous les cas, je compte sur le dévouement de la nation et sur le zèle des deux Chambres.
«Mais, messieurs, d'autres soins plus doux et non moins importans vous réunissent aujourd'hui, c'est pour donner p)us jde poids à vos délibérations; c'est pour en recueillir moi-même plus de lumière que j'ai créé de nouve^u^ Pairs, et que Le nombre des Députés des départemens a été
augmenté. J'espère avoir réussi dans mes choix, et l'empressement des Députés dans ces conjonctures difficiles est aussi une preuve qu'ils sont animés d'une sincère affection pour ma personne et d'un amour ardent de la patrie.
« C'est donc avec une douce joie et une pleine confiance que je vous vois rassemblés autour de moi 9 certain que vous ne perdrez jamais de vue les bases fondamentales de la félicité de Fétat, union franche et loyale des Chambres avec le Roi , et respect pour la Charte constitutioiuielle. Cette Charte que j'ai méditée avec soin àv^nt de la donner, à laquelle la réflexion m'attache tous les jours davantage , que j'ai juré de maintenir, et . à laquelle vous tous, h commencer par ma famille, allez jurer d'obéir, est sans doute, comme toutes les institutions humaines, susceptible de perfectionnement; mais aucun de nous ne doit oublier qu'auprès de l'avantage d'améliorer est le danger d'innover. Assez d'autres objets importans s'offrent à nos travaux; faire refleurir la religion, épurer les mœurs, fonder la liberté sur le respect des lois, les rendre de plus en phis analogues à ces grandes vues, donner de la stabilité au crédit, recomposer l'armée ; guérir des blessures qui n'ont que trop déchiré le sein de notre patrie, assurer enfin la tranquillité intérieure, et par-là faire respecter la France au dehors; voilà où doivent
endre tous uos efforts. Je ne me flatte point que ant de biens puissent être l'ouvrage d'une session; mais si à la fin de la présente législature, on s'aperçoit que nous en ayons approché, nous devrons être satisfaits de nous. Je n'y épargnerai xien, et pour y parvenir, je compte, messieurs, sur votre coopération plus active. »
Discours adressé en i8o4j par le Président des
r États^' Unis , JeJJerson , à la députât ion des
guerriers et chefs indiens de la tribu des Osages,
(Traduction.)
Je vous réitère l'assurance de la satisfaction que j'ai éprouvée en vous recevant ici; indépendamment des fatigues qu'a dû vous causer un pareil voyage, la confiance que vous mettez dans l'amitié et l'honneur de mes compatriotes ajoute un nouveau prix à votre démarche.
Je me flatte que vous n'avez pas eu à vous repentir d'avoir ainsi placé votre confiance, et qu'après avoir traversé le Mississipi, vous vous êtes trouvés parmi des frères et des amis, avec lesquels vous étiez aussi en sûreté que dans le sein de votre famille.
Mes enfans, je verse des larmes bien sincères sur les tombeaux de nos chefs et de nos amis, morts de la main de nos ennemis en défendant
la rivière d'Osage. S'ils eussent été faits prisonniers, et qu'ils fussent vivons, nous aurions travaillé à reconquérir leur liberté; mais aucune voix ne peut éveiller les morts, aucune puissance ne peut rendre la vie à celui qui l'a perdue. De ce côté du Mississipi, où notre gouvernement est organisé depuis loDg*temps et notre autorité reconnue, nos amis peuvent venir nous visiter sans crainte. Nous espérons que notre voix ne tardera pas & être entendue, et que nos armes seront bientôt respectées par ceux qui méditent dMnsulter nos alliés de l'autre côté de cette rivière. Le gouverneur Harrison recevra immédiatement l'ordre de prendre les mesures convenables pour s'enquérir des circonstances de cet arrangement, et nous les transmettra, afin que nous puissions prendre de nouvelles mesures $i le cas l'exige.
Mes enfans, au moyen des derniers arrangemens entre la France et l'Espagne, nous devenons vos voisins, vos ami^, vos pères, et nous espérons que vous n'avez aucune raison de regretter le changement qui vient d'avoir lieu. Il y a si longtemps que nos aïeux ont franchi la grande rivière pour venir ici, que cette époque est sortie de notre mémoire, et qu'ils semblent être originaires de cette contrée aussi bien que vous. Vous n'aurez plus désormais de cbangemens à éprouver. Nou3 ne sommes maintenant qu'une seule fa-
^■nille née sur le même sol , intéressée à vivre en dfrères; les peuples établis au delà de la rivière ont pris naissance parmi nous. L'Être- Suprême vous a donné ainsi qu'à nous la vigueur nécessaire pour défendre nos vies et nos fortunes, mais non pas pour l'employer les uns contre les autres. Nous devons, autant qu'il est eu notre pouvoir, travailler au bien général. Nos habitations sont, à la vérité, éloignées; mais elles ne le sont pas assez pour empêcher que nous ne formions des liaisons de commerce et d'utilité réciproque.
Vous avez des fourrures et des pelleteries qui nous manquent, nous avons des draps et des laines, et autres objets dont vous avez besoin • employons nos moyens en services réciproques. Pour commencer cette opération de notre côté, il était nécessaire que nous prissions connaissance des nations qui habitent la grande contrée appelée Louisiane, qui embrasse toutes les eaux du Mississipi et du Missouri. Nous avions besoin de eonnaitré la quantité de pelleteries qu'^elles pourraient nous fournir, quelles qualités et espèces de marchandises leur conviendraient, ou seraient les dépôts les plus convenables pour elles; et enfin de dresser une carte de toutes les rivières. Pour parvenir à ce but, j'ai envoyé un homme généralement estimé, le capitaine Louis, l'un dea officiers de ma maison , afin de prendre connais,^
sance du peuple avec lequel nous sommes maintenant amis, vous inviter a venir nous visiter, et vous dire combien nous pouvons vous être utiles. Je vous remercie de l'empressement que vous avez mis à vous rendre à son invitation, et de Testime que vous lui avez témoignée lorsqu'il a passé le Missouri. Je me flatte que vos compatriotes favoriseront et protégeront sa marche dans toute l'étendue du pays qu'ils occupent. A son retour il nou^fera part de ce qu'il aura vu et appris , et nous établirons des maisons de commerce dans le lieu que nos frères de la rivière Rouge croiront le plus avantageux , et nous pourrons faire avec eux des échanges des objets réciproquement nécessaires , à des conditions dont ils seront satisfaits.
Dans les mêmes vues j'ai conçu également le dessein de remonter la rivière Rouge jusqu'à sa source, et de là à la source des Arkansas, et de redescendre à son embouchure. Mais je donnerai en ce moment des ordres de remonter la rivière Rouge, à une petite distance seulement, dans cette saison , et de revenir nous dire ce que l'on aura vu , et dé ne pas aller plus loin avant le printemps prochain, époque où vous ,serez dans vos habitations. J'espère servir de guide dans ce voyage. Je me propose aussi de parcourir la rivière Kausas , en remontant jusqu'à sa source,
^t de là à celle de la rivière Finis , et de redes- Cîendre jusqu'à son embouchure, et de là jusqu'à la rivière du coté du nord du Missouri. Mais pour ^voir des guides qui facilitent les moyens de côtoyer ces rivières , il faut que nous prenions des sirrangemens avec les nations établies dans le pays <2ui les avoisine. Mes enfans, je suis fâché d'apprendre qu'un schisme s'est élevé parmi vous , et qu'une partie de vos compatriotes» a divisé ses intérêts des vôtres. Nous leur enverrons un xigent; et nous emploierons nos bons offices pour les engager à revenir à la cause commune et à vivre avec vous en bonne union. Nous désirons aussi qu'ils deviennentnos alliés et que notre liaison soit également utile à vous et à nous.
Nous nous proposons , mes enfans , de faire résider 'au milieu de vous un représentant qui vous transmettra nos intentions et nous fera connaître vos sentimens : qui maintiendra la paix et l'amitié qui doivent exister entre nous, qui fera connaître aux deux parties la vérité et dissipera tous les faux rapports qui pourraient tendre à aliéner et diviser votre nation de la nôtre .^ et conservera l'union et l'amitié entre nous. Comme l'éloignement ne vous permet pas de venir nous exposer vos plaintes ou vos besoins , vous les adresserez à notre résident , qui nous en 'fera part , de manière que nous serons certains que les réclama-
lions, s'il y a lieu d*en faire, viendront directement devons. L'intervention d'un tel agent sera un garant sûr de la conservation de notre amitié réciproque ; et il veillera à ce que vous n'éprouviez aucune sorte d'injustice de la part de notre nation, comme nous nous flattons de n*en jamais essuyer de votre part. Si des individus mal intentionnés commettent d^s injustices, soit de votre côté , soit du nôtre, qu'ils soient légalement punis ; «'ils échappent , donnons-nous réciproquement la meilleure satisfaction possible, et que la paix ne soit jamais altérée entre nous par les manœuvres des méchans; car il est chez tous les peuples des hommes qu'aucune loi ne peut retenir dans le devoir. Comme vous avez fait un très-long voyage pour visiter vos pères, nous désirons que vous ne retourniez pas dans vos foyers sans avoir parcouru notre pays , nos villes situées sur les côtes de la mer. Ce spectacle serçi aussi nouveau qu'agréable pour vous; il vous donnera la connaissance des pays situés en deçà du M ississipi , connaissance que nous cherchons à acquérir de ceux de l'autre rivage , en envoyant des personnes de confiance les reconnaître. Nous nous proposons de faire, dans votre pays seulement, ce que nous désirons que vous fassiez dans le nôtre. Nous pourvoirons à* ce que vous ne manquiez de rien de ce qui vous sera nécessaire dans votre voyage,
insi qu à ce que vous retourniez sains et saufs d^ans votre contrée , emportant avec vous les ;j)reuves de l'estime que nous témoignons à nos amis, et de la manière distinguée dont nous ^vous avons accueillis. Lorsque vous serez de ï-etonr dans vos foyers , dites à vos compatriotes que je prends lé plus grand intérêt à leur bonheur, que dans la suite je deviendrai leur père, qu'ils regarderont notre nation comme leur amie «t leur bienfaitrice; que nous n'avons d'autres vues à leur égard que d'établir un commerce qui nous soit réciproquement utile et avantageux , de les maintenir en paix avec leurs voisins, afin que leui*s enfans puissent se multiplier , croître et vivre long-temps, et que leur^ femmes n'aient plus à Redouter les vexations d'aucun ennemi.
Th. Jeffersoit.
Le secrétaire d'état a remis en même temps à cette députation la pièce suivante , écrite sur parchemin :
Le Président des États-Unis vous prend sous sa protection et vous invite, ainsi que toutes lesï nations du peuple Rouge, qui habitent le territoire des États-Unis, à le regarder comme leur père et leur ami , et à se reposer avec une confiance entière sur l'intention qu'il a de les diriger et de les maintenir dans les voies de la paix et de l'harmonie; il les invite à cultiver l'amitié
de leurs frères de la même couleur ainsi que des citoyens des États-Unis.
Nous avons maintenant établi entre nous une chaîne d'amitié qui nous lie ainsi que vous. Pour l'amour de vous, pour l'amour de vos enfans^ nous devons préserver cette chaîne de la rouille. Aussi long-temps que les montagnes de nos contrées existeront, aussi long-temps que les rivières» couleront, puissent les peuples Rouges et Blancs» qui habitent ce pays vivre dans les liens de \sl. fraternité et de l'amitié!
Afin que cette amitié soit perpétuelle ^ et de prévenir autant que possible toute cause capable de l'interrompre, il est annoncé et déclaré, par l'autorité des États-Unis, que toutes les terres qui vous appartiennent dans le territoire des États- Unis seront et demeureront propriétés de votre nation, à moins qu'il ne vous plaise les abandonner ou en disposer. 11 est défendu à toutes personnes et à tous citoyens des Étas-Unis de vous troubler, ou votre nation, dans la possession desdites terres,
« Le Président des Etats-Unis vous envoie par vos chefs bien-aimés une chaîne qui est d'or pur à l'épreuve de la rouille. Puisse le Grand-Etre nous aider à conserver cette chaîne d'amitié dont celle d'or que voici est l'emblème, pendant une longue suite de siècles.