MARCHE SIMULTANÉE DE PLUSIEUBS COLONNES
Jusqu'à présent nous n'avons eu en vue qu'une seule colonne, ou un seul corps d'armée marchant sur la même route. Nous allons maintenant nous occuper de la marche simultanée de plusieurs corps composant une grande armée, en supposant que l'ennemi soit dans le voisinage.
Nous dirons d'abord que chacune de ces colonnes, pouvant être attaquée isolément et avoir à lutter plus ou moins de temps jusqu'à ce que les autres arrivent à son secours , doit s'astreindre aux mêmes règles de prudence et se conduire d'après les mêmes principes que si elle marchait seule. Ainsi tout ce qui est contenu dans les articles précédents lui est encore applicable : elle aura son avant-garde particulière , ses éclaireurs ; elle se subdivisera en autant de colonnes partielles que les circonstances pourront le nécessiter ou les localités le permettre; elle choisira ses positions, ses cantonnements, ses bivouacs dans les limites de l'espace dont elle peut disposer; elle frappera les réquisitions indispensables à la nourriture et à l'entretien de la troupe ; elle aura son administration à elle , etc. , mais aux conditions de rester toujours en corrélation avec les autres colonnes et de manœuvrer vers le même but.
Indépendamment des avant-gardes particulières dont les.diverses colonnes sont précédées, il y aura un des corps qui précédera les autres et formera comme Vavant-garde générale de toute Tarmée , de même qu'un autre peut rester en arrière comme réserve ou arrière-garde générale. En sorte que la disposition d'une grande armée, partagée en plusieurs corps et marchant sur plusieurs routes, est sommairement indiquée par la figure 42 , dans laquelle on a supposé que l'armée est partagée en cinq corps et s'avance sur trois directions parallèles. La route du milieu est occupée par trois corps A ,
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B , C , la premier formant i'avanl-garde générale , le second le centre de Tarmée et le troisième l'arriëre-garde générale, qu'on appellera plutôt réterve dans cette circonstance. Les deux autres routes sont suivies, chacune par une colonne D ou B, jouant, par rapport à Tarmée entière, à peu près le même rôle que les flanqueurs dans la marche d'une seule colonne isolée.
Toute rétendue de terrain embrassée par les colonnes, c'est-àdire la distance DE , est ce qu'on appelle le front de la marche. D est ordinairement de plusieurs lieues , en sorte que toutes espèces de circonstances de terrain peuvent s'y rencontrer. C'est cependant une règle, dont on ne doit pas s'écarter, d'éviter de laisser entre deux des obstacles, tels que rivières , lacs, grands marais , chaînes de rochers impraticables , qui empêcheraient les corps de communiquer entre eux et de se secourir en cas d'attaque. Si donc de semblables obstacles se présentent en chemin , ou bien l'armée entière fait un circuit pour les éviter, ou bien celle des colonnes que cet obstacle séparerait des autres, si elle continuait à marcher dans la même direction , appuie à droite ou à gauche pour l'éviter, et vient se placer derrière les corps voisins , jusqu'à ce que le pays s'élargissant de nouveau f elle puisse reprendre sa place. Tout comme aussi, il faut faire occuper par les corps flanquants les plus voisins les défilés qui se trouveraient entre les colonnes, et par lesquels il faudrait nécessairement passer pour communiquer de l'une à l'autre. Les corps qui se sont arrêtés quelques heures dans ce but re- ' joignent ensuite la queue de la colonne. C'est une mesure de prudence qu'on ne doit jamais négliger.
La figure indique qu'il y a une avant-garde particulière en tète de chaque corps, et que, de plus, ceux des ailes ont détaché extérieurement des flanqueurs pour éclairer le pays à droite et à gauche. En sorte que, si on a égard à ces détachements, l'armée s'avance réellement sur cinq colonnes. Mais, dans la désignation générale de la marche , on n'indique que la direction suivie par les corps principaux, et, dans l'exemple actuel, on dit que l'armée marche en trois colonnes.
La distance entre les colonnes qui suivent des routes différentes ne doit pas dépasser deux à trois lieues , sauf les cas d'exception dans lesquels on se trouve quelquefois forcément. Ainsi, lorsqu'on peut disposer de plusieurs chemins à peu près parallèles, il ne faut pas que les corps latéraux D et E soient éloignés de plus de trois lieues du corps centrc^l B. A une plus grande distance ils se trouveraient compromis si , étant attaqués subitement par des forces trèssupérieures , ils éprouvaient de la difficulté à se replier sur lea corps
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en arrière; leur canon ne serait pas entendu, et les autres corps, trop éloignés, n'auraient pas le temps d'arriver à leur secours. Quant à Tavant-garide générale A, marchant ordinairement sur la grande route et ayant ses derrières bien dégagés, elle peut, au besoin, opérer plus facilement sa retraite sur les corps qui la suivent, elle peut donc aussi se porter à une plus grande distance en avant : je dis plus, elle le doit, puisque sa tâche est de découvrir l'ennemi, de reconnaître ses forces et sa position ; elle se tiendra à huit ou dix lieues du corps B, ou du moins elle pourra s'avancer jusque-là sans inconvénient, sa distance ne pouvant être fixée d'une manière inva« riable. La réserve G restera, au moins, à trois ou quatre lieues en arrière du corps central , de manière que celui-ci ait le temps de se dégager des défilés qu'il aura à traverser dans sa marche , avant que l'autre y arrive.
La réserve d'artillerie, le grand parc, le& bagages les plusencom* brants sont réunis, autant que possible, à la suite de celle des colonnes qui a le moins de probabilité de rencontrer l'ennemi. Ils sont placés en F dans la figure. Cependant chaque colonne conserve avec elle ce qui lui est indispensable, en fait de bagages, et le place à la q[ueue, sous escorte; plus on débarrasse les colonnes des voitures et des chariots qui les suivent, mieux cela vaut; il en reste toujours
trop.
Le général en chef se tient habituellement au corps central, parce que c'est de là qu'il a plus facilement des nouvelles des autres corps et qu'il peut expédier plus promptement ses ordres. Cela ne l'empêchera pourtant pas de se porter au corps d'avant-garde, quand il devra étudier le terrain avant que Tarmée entière y arrive, ou voir de près les dispositions de l'ennemi.
Pour que la marche s'exécute régulièrement, il est nécessaire que le commandant de chaque colonne soit instruit sommairement du but que se propose le général en chef, et qu'il sache quels sont les corps voisins, qui sont ceux qui le précèdent ou le suivent , par qui il sera appuyé en cas d'attaque , sur qui il doit se replier s'il rencontre des forces trop supérieures. Il faut, de plus, qu'il y ait un échange continuel d'estafettes, d'officiers d'ordonnance, ou d'aides de camp, entre le grand quartier général et les quartiers généraux des corps d'armée, pour que, d'une part, le major général, qui expédie les ordres de marche, sache, à chaque instant, comment ils s'exécutent, et puisse faire connaître au général en chef le véritable état des choses, à mesure que le plan se développe ; et que, de l'autre, les commandants des corps soient tenus au courant de ce qui se passe et informés des modifications qui peuvent être ap-
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portées à l'ensemble de l'opération. Les ordres transmis aux différents corps de l'armée française par le maréchal Berthier, dans les marches qui ont précédé les grandes batailles des dernières guerres, sont, à cet égard, d'une haute instruction.
Il est maintenant facile de comprendre que la disposition que nous venons d'indiquer répond à tous les cas qui peuvent se présenter dans la marche, et donne à Tarmée entière la facilité de se concentrer promptement pour livrer bataille. Si elle rencontre l'ennemi en tète, ce qui est le cas ordinaire, le corps d'avant-garde A fait un mouvement de retraite pour se rapprocher des corps qui le suivent; à moins qu'il ne soit arrivé sur une position importante à garder, auquel cas il fait son possible pour s'y maintenir. Les corps D et E changent de direction à gauche et à droite pour se rapprocher du centre, tout en continuant à marcher en avant. Le corps central B se hâte d'arriver pour appuyer et doubler le corps A. Les corps latéraux D et E se joindront pour former la seconde ligne. La réserve G arrivera ensuite et sera employée à telle destination que le général jugera convenable.
Ces dispositions sont les plus naturelles, mais elles peuvent être modifiées de plusieurs manières; par exemple, la première ligne peut être formée par un des corps D ou E, se joignant à l'avantgarde A, et la seconde ligne par le corps central B et l'autre corps latéral. On peut mettre trois corps en première ligne et deux en seconde, ou deux en première et trois en >seconde, etc. Gela dépend des projets ultérieurs du général et du plus ou moins de facilité qu'il trouve à réunir d'abord tel ou tel corps à l'avant-garde, en raison des distances, de la nature des chemins, ou de telles autres circonstances qui s'opposent à ce qu'on adopte à la guerre une manière d'agir uniforme. Et ceci , bien loin d'être un inconvénient, présente un avantage réel par l'ignorance où l'ennemi se trouve, jusqu'au dei^ nier moment, des dispositifs qui seront pris contre lui.
L'ennemi se montre-t-il en forces sur le côté et menace-t-il d'attaquer l'armée par un de ses flancs, tous les corps font tète de colonne de ce côté, et la disposition générale n'est point changée : il y a toujours un corps d'avant-garde, un d'arrière-garde, un corps central et deux corps pour couvrir les flancs. Si, par exemple, l'armée doit changer de direction à droite, le corps D forme l'avant-garde, B reste au centre, A et G deviennent corps flanqueurs , et E fait la réserve.
Pour un mouvement de retraite, ou pour attaquer un ennemi qu'on a sur ses derrières, le revirement est complet : le corps G devient avant-garde, À arrière-garde ou réserve, les corps 6 et D restent flanqueurs, et B corps central.
En un mot cette disposition est telle que de quelque côté qu'il faille marcher, les corps d'armée conservent toujours entre eux les mêmes rapports généraux, et il y a toujours une marche ou une demi-marche de gagnée par la position du corps qui forme la nou- Telle avant-garde. Aucun général n'a mieux connu ce mécanisme et ne l'a plus habilement employé que Napoléon. Aussi l'histoire des guerres de ce grand homme offre-t-elle aux militaires, capables de l'apprécier, les plus instructives leçons, tant sur les marchesmanœuvres que sur l'ensemble des grandes combinaisons stratégiques. Il faut remonter jusqu'à César, pour trouver un capitaine qui, sous ce rapport, puisse lui être comparé.
La marche des Russes, avant la bataille d'Austerlitz, est tout à fait conforme aux dispositions indiquées ci-dessus. Cette armée, commandée par le général en chef Rutusof, s'avançait sur la route d'Oimiitz à Briinn en Moravie, pour combattre l'armée française dont l'avant-garde était à Wischau, et qui occupait des positions entre les routes de Briinn et d'Austerlitz, un peu en arrière de ce bourg (voyez la figure 43). Kutusof partagea son armée, forte de 90 à 4 00 000 hommes, en cinq colonnes, ne laissant entre elles que la distance nécessaire à leur déploiement. Celles des flancs n'étaient, à proprement parler, que des subdivisions des mêmes corps pour faciliter le déploiement, puisqu'elles se trouvaient sous un seul commandement. Trois corps marchaient sur la route principale : le premier A, sous les ordres du prince Bagration, formait l'avant-garde générale; le second B, dirigé par le général en chef lui-même et commandé par un lieutenant général, formait le centre de l'armée; le troisième C, sous les ordres du grand-duc Constantin , marchait comme réserve. Les deux colonnes de droite D, formaient un seul corps commandé par le général Buxhœwden, et celles de gauche E étaient < aussi en un seul corps, dirigé par le prince de Lichtenstein. Il y avait donc effectivement cinq corps d'armée, dont l'un au centre où se trouvait le général en chef, et les quatre autres autour de lui, dans une position analogue à celle qui a été indiquée plus haut. C'était bien jusque-là ; et si les Russes furent vaincus, c'est que, pendant la bataille, ils commirent la faute de s'étendre par un mouvement circulaire autour d'Austerlitz, dans l'intention de prendre l'armée française M par son flanc droit. Le centre affaibli fut enfoncé et l'armée russe complètement défaite.
Après avoir posé la règle générale, on doit prévenir que les circonstances et led localités peuvent obliger et obligent souvent à la modifier ; l'essentiel est de se conformer au principe que les corps divers, dans lesquels une grande armée est nécessairement parta-
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gée, doivent toujours être disposés de manière, et placés à des distances respectives telles, que leur concentration puisse s'opérer avant que rennemi ait réuni toutes ses forces contre un de ces corps. Il faudra donc, en pays ouvert, se conformer strictement à la règle ; mais aussitôt que quelque obstacle naturel retarde la marche de l'ennemi et s'oppose à ses attaques réunies, en même temps qu'il protège les mouvements de nos propres troupes, il est permis de mettre plus d'intervalle entre les colonnes et d'embrasser un champ de manœu* vres plus étendu, si d'ailleurs on peut se promettre ainsi un plus grand résultat, ou atteindre d'une manière plus complète le but de la campagne.
Lorsqu'on 4805 Napoléon eut concentré son armée aux environs de Stuttgardt et de Ludwigsburg, se proposant de passer le Danube pour prendre à revers l'armée autrichienne cantonnée entre le lao de Constance et Ulm, il partagea son armée en quatre colonnes, dont la première, celle de droite, commandée par le maréchal Ney, dut se porter sur OUnzburg, près d'Ulm, pour attirer l'attention de l'ennemi sur ce point. La seconde, composée des trois corps, de Soult, Murât et Lannes, marchant sur la même route à une demi-journée de distance, se dirigea sur Donawerth, dix ou onze lieues plus bas que GUnzburg. La troisième colonne, composée des corps de Davoust et de Marmont, passa le Danube à Neuburg, cinq lieues au-dessous de Donavirerth ; et enfin la quatrième, sous les ordres de Bernadette, fut dirigée sur Ingolstadt, quatre lieues plus bas encore. Il y avait donc, dans cette marche-manœuvre, une vingtaine de lieues de distance entre la colonne de droite et celle de gauche ; mais l'existence d'un fleuve tel que le Danube coulant entre les deux armées, et la certitude où l'on était que l'ennemi n'avait pas encore rassemblé toutes ses forces, rendaient une attaque de sa part peu probable. El si elle avait lieu contre le corps de droite, celui-ci se repUait sur la colonne du centre, en longeant le Danube qui protégeait sa gauche. L'ennemi, attiré par ce mouvement de retraite, abandonnait la rive droite du fleuve où était sa ligne d'opérations, et la manœuvre générale n'en réussissait que mieux. Il n'y avait donc pas d'inconvénient réel à séparer autant cette première colonne des autres. Si, au contraire, l'ennemi, prévoyant la position où il allait se trouver, se por* tait à tire-d'aile, avec ce qu'il aurait pu rassembler de troupes, sur Donawertb, il se trouvait en présence de la principale colonne fran* çaise, où était Napoléon, et il était toujours débordé par les deux autres, dont la plus voisine pouvait à la rigueur rallier dans la jour* née. Nous devons ajouter que les distances étaient calculées de manière que la colonne la plus forte, celle dirigée sur Donawertb de-
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yaitarriyer avant les autres, et qu'elles s'échelonnaient de telle sorte, que celle-ci, ayant passé le Danube dans les journées du 6 et du 7 octobre, la suivante n'arriva à Neuburg que le 8, et la dernière à Ingolstadt que le 40. En sorte qu'en réalité il n'y avait que celle qui se dirigeait sur Donawrerth qui fût attaquable, et, comme elle était composée de trois corps qui se suivaient immédiatement, elle pouvait disputer le terrain jusqu'à l'arrivée des autres ; ou bien, si elle y était forcée, elle battait en retraite sur la rive droite du Danube en s'appuyant au fleuve, et elle était renforcée le lendemain par la colonne qui marchait sur Neuburg, et plus tard par celle d'Ingolstadt, en même temps que la colonne dirigée sur Giinzburg menaçait le flanc et les derrières de l'ennemi. Plus on étudie cette marche-ma*' nœuvre et plus on la trouve savante ; il n'est aucune supposition à laquelle elle ne réponde, et cependant le front de la marche occupe jusqu'à vingt lieues ! tant il est vrai qu'à la guerre tout dépend de l'habileté avec laquelle on sait plier ses dispositions aux circonstances topographiques.
Après avoir franchi le Danube tous les corps changèrent de direction à droite pour envelopper, par un mouvement plus ou moins étendu, la position d'Ulm, et s'emparer des ponts sur le Leck par lesquels les Autrichiens auraient pu tenter de s'échapper. L'armée entière décrivit un cercle autour de Giinzburg, que le maréchal Ney avait occupé et qui fut le pivot de cette grande manœuvre. Le corps de Soult, qui d'abord formait l'avant-garde, flanqua la gauche ; Murât et Lannes, qui étaient au centre, devinrent avant -garde générale ; Davoust et Marmont se trouvèrent au centre ; Ney conserva la droite, et le corps de Bernadette forma la réserve. En sorte que l'armée, qui était arrivée sur le Danube en présentant le flanc, s'avança sur l'ennemi par une marche de front quand elle eut franchi le fleuve. On sait quels furent les résultats de cette habile disposition : Ulm capi* tula; une armée futjfaite prisonnière en presque totalité; il n'en réchappa qu'une partie, qui prit la généreuse résolution de s'ouvrir un passage par la rive gauche du Danube, pendant que les {''rançais passaient sur la rive droite.
Nous donnons dans la figure 4 4 les grands traits de cette combinaison : M,M représentent la partie de l'armée autrichienne qui s'é-* tait rassemlDlée à Ulm et à Giinzburg ; A est le cojCps du maréchal Ney flanquant les autres colonnes et se dirigeant sur Giinzburg, dont il devait occuper les ponts. Les corps B, C, D, du maréchal Soult, du prince Murât et du maréchal Lannes, formant la colonne principale, sont représentés au moment où ils arrivent à Donawerth; le premier, qui avait passé la veille, se dirige sur Augsburg pour s'assurer de
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cette tète de pont sur le Leck ; les deux aatres, après avoir traversé Donawerth, dégagent Rain, tournent à droite et forment la nouvelle avant-garde générale. Les corps £ et F, commandés par les maréchaux Davoust et Victor, arriveront le lendemain à Neuburg, et, après avoir passé le Danube dans cette ville, tourneront à droite et se dirigeront sur le pont de Rain pour former le centre de l'armée. Le corps 6 de Bernadette, faisant la quatrième colonne, est dirigé gur Ingolstadt et Munich ; il est destiné à composer la réserve générale de l'armée.
En voilà assez pour faire comprendre le mécanisme des marchesmanœuvres exécutées par plusieurs colonnes, et montrer dans quel esprit elles doivent être combinées. Le pays est-il ouvert et Tennemi dans le voisinage, les colonnes se serrent et marchent à portée de se secourir promplement : si, au contraire, les corps ennemis sont morcelés, éloignés ; si de grandes rivières coupent le pays et rassurent contre une attaque inattendue, .les colonnes peuvent se séparer et même se présenter obliquement, pourvu que les corps conservent toujours des positions relatives qui leur permettent de se rassembler. Quand faudra-t-il se tenir rigoureusement à la règle; quand et jusqu'à quel degré pourra-t-on s'en écarter ? C'est ce qu'il est impossible d'établir; les circonstances, qui varient à l'infini, en décident; .c'est à les bien apprécier qu'un général fait preuve de capacité. L'art militaire ne serait pas si difficile; ceux qui s'y distinguent n'acquerraient pas tant de renommée, si tout y était assujetti à des règles fixes et invariables. Il faut chez celui qui l'exerce beaucoup de tact et de discernement, pour choisir le meilleur parti ddns chaque circonstance particulière; il faut de la promptitude de coup d'œil, pour saisir l'à-propos et prendre, en temps opportun, les mesures convenables ; car ce qui est bon la veille, bien souvent ne Test plus le lendemain. Les déterminations d'un chef d'armée sont comme inspirées, tant le travail d'esprit dont elles sont le résultat est rapide ; et cependant tout y est pesé, balancé; chaque circonstance y est appréciée et estimée ce qu'elle vaut; et des objets, qui échapperaient à des esprits ordinaires, y prennent quelquefois une telle importance qu'ils deviennent la raison principale du parti auquel il s'arrête. De là vient qu'un conseil délibérant est peu capable de prendre de bonnes résolutions en affaires de guerre. De là vient aussi que ce n'est pas seulement avec de la théorie qu'on fait de grands généraux.